vendredi 23 septembre 2016

23 septembre 2016, Paris, Gabon, conférence de presse ‘Gabonwitness’

Ce vendredi, au siège du Secours catholique, en collaboration avec la coalition Tournons la page est organisée une conférence de presse sur les massacres en cours au Gabon, pendant le coup d’Etat électoral.
En attendant un bilan plus approfondi en collaboration avec les grosses associations de droits humains – Amnesty n’a pas été autorisé à aller au Gabon enquêter - , seuls des bilans partiels sont disponibles. Le site, http://gabonwitness.com, publie ce jour un ‘rapport préliminaire de la société civile’. ‘GabonWitness a choisi de publier progressivement des données incontestables et vérifiables sur les victimes. 10 morts sont listés même s’il y en a beaucoup plus et beaucoup plus en cours de vérification. Les familles ont peur de signaler des morts ou des disparus, la coupure d’internet empêche les gabonais d’envoyer des informations, des noms, des photos, des vidéo (Le couvre-feu internet sera arrêté le 28 et les réseaux sociaux réouverts entre le 28 et le 30 septembre). La police est entrée dans les hôpitaux et a fait disparaître des preuves. Des blessés graves, touchés par des balles de gros calibres, ont eu peur de se soigner.
Il est aussi question des arrestations, kidnappings et disparitions. Par exemple, personne n’a de nouvelles d’Ollo Firmin, le coordonnateur du Mouvement des Jeunes de l'Union nationale qui a disparu dans la prison de Libreville où il était enfermé.
La question est aussi de savoir pourquoi le débat sur les victimes d’Ali Bongo, son gouvernement et la Garde républicaine ne s’entend pas. Pour l’intervenant principal, Bruno Ondo, la communauté internationale a considéré beaucoup trop la partie politique mais pas assez la partie droits humains. Il demande que le « curseur » soit urgemment déplacé pour arrêter les crimes qui continuent. Les informations circulent aussi plus concernant Libreville, par exemple sur les 17 morts du massacre du QG de Jean Ping, alors qu’il y a eu des massacres dans d’autres villes, en particulier à Port-Gentil où l’armée « tirait à balles réelles en particulier sur tous les gens qui filmaient ».
Bruno Ondo demande à l’Elysée d’intervenir pour assister un peuple en danger, ce qui ne serait pas de l’ingérence. Il réclame surtout maintenant une enquête internationale sur les crimes au Gabon. Quelques jours plus tard, le 28, la Cour pénale internationale, lancera son enquête préliminaire. C’est un début, mais la CPI est très lente, et le Gabon a besoin d’une intervention rapide pour arrêter les crimes des auteurs récidivistes du coup d’Etat électoral et empêcher que le pays n’entre dans un cercle vicieux de type ‘élection au résultat inversé, impunité, répression, élection au résultat inversé’.

Régis Marzin, article écrit et publié le 5.10.16

jeudi 22 septembre 2016

22 septembre 2016, Paris, Congo Brazzaville : la plateforme Frocad-Idc alerte sur la situation

A Paris, les yeux de la presse ‘Afrique’ sont depuis un mois tournés vers le Gabon. D’autres pays en souffrent. Le coup d’Etat constitutionnel sanglant d’octobre 2015 et le coup d’Etat électoral de mars 2016 à Brazzaville s’éloignent dans le temps. Au printemps, la communauté internationale n’avait presque rien fait pour aider ce pays, depuis laissé à la merci de son tyran sanguinaire dans une indifférence certaine. La répression a continué. Le pays est sous une chape de plomb, sans possibilité pour l’opposition de s’organiser.
Ce 22 septembre, tout près du siège de l’Unesco, la plateforme Frocad-Idc organise une conférence de presse pour alerter sur l’aggravation de la situation. Y interviennent Jean-Didier Ekori, Joseph Ouabari Mariotti, porte-parole Europe du Frocad-IDc et l’avocat du Frocad et de l’Idc, Benjamin Fa. Aux journalistes présents (AFP, Libération, …) est distribuée la liste des détenus politiques, une centaine, la majorité depuis près d’un an, depuis octobre et novembre 2015.
Le plus connu d’entre eux est évidemment Jean-Marie Michel Mokoko, le candidat de la présidentielle, victime de l’inversion de résultat, quand Denis Sassou Nguesso, estimé quatrième au premier tour s’est auto-proclamé président en vertu de résultats inventés. Le dictateur de fait souhaite empêcher Jean-Marie Michel Mokoko de continuer sa carrière politique, il pourrait le laisser en prison des années. Est aussi emprisonné Paulin Victor Makaya président du parti UPC. Selon le document distribué, Katengué Delly Rufin, collaborateur d’André Okombi Salissa arrêté le 18 juin est décédé en prison, « des suites de tortures ».
Des organisations de société civile et l’avocat Maurice Massengo-Tiassé ont remis au Conseil des droits de l'homme des Nations-Unies à Genève le 11 août 2016, et à la Cour pénale internationale un rapport sur les atteintes aux droits humains, mettant l’accent sur les responsabilités du chef de la police Jean-François Ndenguet, entre autres organisateurs des crimes.
Dans le Pool, sous prétexte de recherche du pasteur Ntumi, les « bombardements des hélicoptères militaires … détruisent des villages, dévastent les cultures »… entraînent des « déplacements de population en forêt ». Le dictateur congolais a fait venir des mercenaires, désignés par Me Maurice Massengo-Tiassé dans Paris-Match, comme une troupe échappée du conflit centrafricain de 2013, celle du chef rebelle « Martin Koumtamadji alias Abdoulaye Miskine, avec plus d'un millier de ses combattants», sans compter, selon Joseph Ouabari Mariotti, dans la Garde Républicaine « des réfugiés hutus depuis 1997 et des militaires de Mobutu ». Il peut y avoir des « dizaines ou des centaines de morts » sachant qu’il n’y a pas d’accès facile pour observer. Les journalistes se voient refuser leurs visas.
Le gouvernement français ne s’est pas prononcé après le coup d’Etat électoral. Avant de partir, Hélène Le Gall, la conseillère de François Hollande, prétextait l’excuse de l’ingérence, parce  que «  ce n’est pas une colonie », préférant plutôt aller vers la « négligence bénigne » face à « un président de fait ». Les media français parlent très peu du Congo Brazzaville. L’Union européenne a exprimé ses doutes  sur la « la crédibilité des résultats » de la présidentielle, en renvoyant vers les législatives. L’Onu est dans la « logique d’un dialogue inclusif », mais le rapport de Bathily n’a pas encore été publié et est attendu. Les législatives qui sont prévues en février ou mars 2017 se feraient avec un « déséquilibre Nord / Sud » qui garantirait la victoire de Sassou avec une minorité de voix. Dans les conditions actuelles, selon Joseph Oubari Mariotti, parlant pour la « plateforme Frocad-Idc-Composante Jean-Marie Michel Mokoko », « nous n’iront pas ».
La plateforme Frocad-Idc-Composante Jean-Marie Michel Mokoko demande la libération des prisonniers politiques, « la fin des recherches policières contre le Pasteur Ntumi, et la fin de l’Etat de siège » et « un dialogue national inclusif » véritable. Le 5 octobre, dans une conférence de presse à Brazzaville Charles Zacharie Bowao a demandé un « cadre paritaire préparatoire qui devrait en fixer l’ordre du jour et le mode opératoire » du dialogue.
Régis Marzin, Article et écrit le 6 octobre 2016

mercredi 21 septembre 2016

21 septembre 2016, Paris : Gabon : conférence de presse des avocats

Alors qu’à Libreville, toute l’attention est portée sur l’exercice de la Cour constitutionnelle, à Paris, les avocats Eric Moutet, avocat de Jean Ping, et William Bourdon, organisent une conférence de presse ce mercredi 21 septembre à midi, avec un témoin du massacre du QG de Jean Ping par la Garde républicaine le 31 août. Sont présents RFI, AFP, TV5 monde, Le Point, …
Les avocats présentent deux plaintes de franco-gabonais déposées au TGI de Paris, auprès de la Juge Aurélia Devos et du pôle génocide et crime contre l’humanité, pour "arrestation et détention arbitraire en bande organisée, torture et actes de barbarie en bande organisée, tentative d'assassinat et crime contre l'humanité". Ils annoncent une autre plainte aux USA et une demande d’enquête de leur part à la Cour Pénale Internationale (CPI).
Me Eric Moutet insiste sur la présence du camp des soldats français à 400m du QG. Des gabonais ont demandé à l’ambassade de France d’intervenir pour arrêter le massacre. Il y a là une forme de « non-assistance » à personne en danger.
Le témoignage du franco-gabonais présent dans le QG est terrifiant. Il est demandé à la presse de préserver son anonymat. 500 personnes se trouvaient au QG avant l’attaque. Il décrit les tirs de l’hélicoptère faisant les premiers blessés et tués, puis l’attaque de la Garde républicaine, d’une cruauté extrême : « un œil arraché, une main arrachée, un tibia coupé en deux, … sept corps morts» qu’il a vus (Le bilan non indiqué à la conférence de presse selon l’opposition pourrait être de 17 morts). L’homme a participé à soigner les blessés avec deux femmes avant d’essayer de fuir et d’être lui-même arrêté. Il décrit  juste à côté du QG un viol de soldats suivi de meurtre. Pendant l’emprisonnement, il explique qu’une femme enceinte à perdu ses deux enfants jumeaux devant ses co-détenu-e-s.
Un citoyen gabonais, Yannick Nambo, prend également la parole pour alerter sur l’imminence d’un nouveau massacre à la suite de la validation probable du coup d’Etat électoral par la Cour constitutionnelle. Il demande de « stopper le débat sur l’ingérence », rappelle que la MOE-UE était chargé de contrôler selon un protocole. Il prévoit que la communauté internationale risque de ne plus pouvoir agir en RDC si elle laisse faire au Gabon.  Il trouve « inadmissible de ne rien faire en sachant qu’un massacre se prépare ».
Me William Bourdon évoque l’hypothèse de la présence de mercenaires français, à étudier.
Il indique que « le rôle de la CPI, c’est de juger, mais aussi de prévenir, par la dissuasion ».
Eric Moutet signale, lui, que la convention signée entre l’Union européenne et l’Etat gabonais était contraignante en droit (international).
Dans les couloirs, les discussions continuent sur d’autres points. Par exemple, l’existence d’un charnier à la Cité de la démocratie à Libreville, signalé par un militaire à des journalistes gabonais.
La tension augmente en raison de la proximité de l’annonce de la Cour constitutionnelle pressentie comme favorable au coup d’Etat électoral, mais aussi en raison du silence anormal des acteurs internationaux depuis le début de l’exercice de cette cour. 
Comment va réagir la population face au hold-up ? Que vont faire l’ONU, le gouvernement français et l’Ue, ou même l’Ua dirigée par Idriss Déby et si souvent favorable aux dictateurs, en cas d’explosion sanglante ? La résolution de la crise sur ces deux aspects, droits humains et processus électoral, est essentielle pour la crédibilité de la communauté internationale et africaine.

Régis Marzin, écrit et publié le 22.9.16 à 22h

dimanche 18 septembre 2016

18 septembre 2016, à la ferme de l'Amap dans l’Oise

Après 3 semaines et demi de suivi de la crise gabonaise, j’ai besoin de repos ! Je me glisse dans la visite de la ferme de mon Amap, une visite que je voulais faire depuis des années. Au programme, auberge espagnole, coupe et tri d'haricots verts puis visite de la ferme. Une belle journée !

samedi 17 septembre 2016

17 septembre 2016, Paris, Gabon : ne sait-on pas déjà qui risque d’aller à la CPI ?

Une 3e manifestation des gabonais-es contre le coup d’Etat électoral au Gabon a eu lieu à Paris, le samedi 17 septembre, entre Trocadéro et l’ambassade du Gabon. Elle a réuni environ 1500 personnes, un peu moins que les précédentes, dont beaucoup habillées en rouge.
La lutte n’a peut-être pas pour l’instant mis la priorité sur la Cour pénale internationale, alors que la Cour Constitutionnelle a jusqu’au 23 septembre pour donner un avis, mais l’option continue d’être discutée et préparée. Les informations circulent vers la CPI.
Deux choses importent quand des individus sont responsables de crimes contre l’humanité susceptible de provoquer des violences de plus grande envergure : le bilan des victimes et l’identité des principaux responsables. Gêné par la censure partielle d’internet, avec difficulté, le bilan des victimes continuent de se réaliser.
Une banderole envisage les noms des principales personnalités susceptibles d’être visées par la CPI, surtout si les violences redoublent si la Cour constitutionnelle participe au coup d’Etat électoral en allant dans le sens de l’inversion du résultat.
Il s’agit, sur cette banderole, d’Ali Bongo, évidemment, de Marie-Madeleine Mborantsuo, présidente de la Cour constitutionnelle, de Mathias Otounga Ossibadjouo, ministre de la Défense nationale, de Pacôme Moubelet Boubeya Ministre de l'Intérieur, et d’Alain Claude Bilie By Nze, Ministre de la communication et porte-parole de la Présidence. Cette liste subjective n’est sans doute qu’une 1ere approche.
C’est ce que j’ai principalement retenu de plus important à la manifestation de Paris du 17 septembre, au travers de cette banderole « le droit ou la CPI !!! ».

Régis Marzin, Paris, écrit et publié le 19.9.16

jeudi 15 septembre 2016

15 septembre 2016, Paris : débat ‘Elections en Afrique en 2016’ à EELV

Le jeudi 15 septembre, la commission Transnationale d’Europe Ecologie les Verts organisait une conférence-débat au siège du parti, avec Delphine Lecoutre, Coordinatrice Tchad/Centrafrique à Amnesty International France, Laurence Ndong, activiste gabonaise de la campagne « Tournons La Page », Rémy Bazenguissa-Ganga, directeur d'études à l’EHESS, spécialiste du Congo Brazzaville, et moi-même comme journaliste spécialisé dans les élections en Afrique. Cécile Duflot était espérée mais ne passe pas. La soirée est animée par Abdessalam Kleiche et Régis Essono.
Je commence la conférence sur 3 points. L’année 2016 correspond dans le processus de démocratisation continental depuis 1990, à un pic électoral qui arrive après 10 années de stagnation. Ces 10 années ont vu s’accumuler la tension entre population et dictateur, un ras-le-bol. Il y a équilibre 22 / 22 en dictatures et démocraties en Afrique, et l’évolution des prochaines années changera l’aspect du continent. Je reviens ensuite sur les 3 coups d’Etat électoraux, avec inversion de résultat, du printemps, au Congo Brazzaville, au Tchad et à Djibouti. Les méthodes étaient similaires : inversion à la compilation des résultats, avec une nuance au Congo Brazzaville avec l’invention totale des chiffres sans référence à des procès verbaux. Ce pic a montré l’incohérence des réactions internationales et l’absence de prise en compte internationale à la qualité technique des processus électoraux. Il y a eu aussi un gros problème d’information dans les media.
Ensuite, j’analyse l’évolution assez nette des positions internationales dans la gestion de la crise gabonaise. La qualité du processus électoral est mise en exergue parce que le coup d’Etat électoral est trop évident dans un cas de ‘rapport de force’ équilibré et même favorable à l’opposition sur certains aspects. Il apparaît que le rôle de l’Union européenne, avec sa mission d’observation, impacte maintenant l’Union africaine. Celle-ci est invitée à s’améliorer pour faire face à une crise, où la Responsabilité de protéger les populations, discutée surtout au niveau des Nations-Unies, entre en jeu. La crise est concomitante du ‘dialogue national’ à Kinshasa, et fait réfléchir sur l’avenir de l’Afrique centrale au niveau démocratisation. La question est posée : peut-on laisser ‘pourrir’ l’Afrique centrale à moyen terme quand les populations ne supportent plus les dictateurs ?
Delphine Lecoutre fait le bilan des violations des droits humains lors de la présidentielle d’avril au Tchad, en évoquant, entre autres, les arrestations et détentions arbitraires de leaders de la société civile et les disparitions de militaires. De graves atteintes aux libertés d'expression, de réunion et d'association ont été commises par les autorités tchadiennes dans le cadre de ce processus électoral. Amnesty demande à l’Union africaine d’agir pour la protection de la société civile et des défenseur(e)s des droits humains afin de leur permettre de faire leur travail sans restrictions injustifiées ni harcèlement.
Rémy Bazenguissa-Ganga décrit les « guerres électorales en insistant sur le Congo Brazzaville ». Il y a parfois « menace de dissolution de la totalité politique ». Selon lui, les processus électoraux ne s’achèvent pas, il y a « continuité politique », dans la « reproduction d’un ordre autoritaire ».
Sur le Gabon, Laurence Ndong revient sur l’histoire du pays, le pouvoir d’Omar Bongo puis d’Ali Bongo. Le dictateur sortant a envenimé rapidement l’Etat du pays, en ne respectant pas le droit, en se nommant président de l’agence des grands travaux, en légiférant par ordonnances sans débats, en laissant faire les crimes rituels, en laissant la situation s’aggraver au niveau pauvreté et éducation. Elle décrit ensuite le coup d’Etat électoral. Elle craint des centaines de morts et la découverte de charniers. Pour elle, le conflit est entre Ali Bongo et le peuple, alors que Jean Ping incarne l’alternance.
Le débat avec la salle, environ 50 personnes, permet de revenir surtout sur la situation au Gabon. Ce qui interroge, c’est évidemment la discontinuité dans les positions des acteurs internationaux. Concernant le Gabon, la discussion des logiques sous-jacentes permet de commencer à commencer à comprendre sans anticiper sur la suite. La diversité des configurations nationales en Afrique doit aussi être considérée : le Gabon est différent de Djibouti, du Tchad, du Congo B ou de la Guinée Equatoriale.
La dernière question porte sur le « poids et l’efficacité de l’Ue, de l’Onu et de l’Ua actuellement au Gabon ». Je réponds que, bien que l’on soit habitué aux échecs et à l’hypocrisie du soutien international à la démocratie en Afrique, l’on peut aussi décrire des nouvelles logiques et causes-conséquences, par exemple en tenant compte de la Responsabilité de protéger les populations en arrêtant les crises au plus tôt. Ainsi, actuellement, pendant l’exercice de la Cour constitutionnelle, il apparaît une situation inédite, pendant laquelle la qualité technique du processus électoral est réellement pour une fois en cause, pendant laquelle se modifient les relations entre puissances influentes, Ue, Ua, Onu, sans que l’on sache comment cela se poursuivra, entre « impuissance, théâtralité, influence douce et/ou arbitrage international ferme ».
Régis Marzin, Paris, écrit et publié le 19.9.16

mardi 13 septembre 2016

13 septembre 2016, Paris : Cameroun, en route vers l'inconnu en 2018

Alors que tout le monde a les yeux tournés vers le Gabon, la fondation Gabriel Péri organise au siège du PCF une rencontre intitulée 'Vers une alternance pacifique au Cameroun à la présidentielle de 2018?' avec une table-ronde de quelques partis politiques d’opposition composée de Hervé Ewotti, Coordonnateur en France du Cameroon People's Party (CPP) (à gauche), Augusta Epanya, membre de la direction en France de l’Union des Populations du Cameroun (UPC) dit des fidèles (à droite), Marianne Simon Ekane, du Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie (Manidem), et Peter Mbafor, conseiller du président du Social Democratic Front (SDF) de Ni John Fru Ndi. 
A aucun moment, le débat ne décolle. La représente du Manidem, qui pense qu'il faut faire tomber Paul Biya dans la rue, insulte gaillardement le peuple gabonais alors que celui-ci essaye de se libérer de la dictature... Celui du SDF s'emmêle les pinceaux dans une polémique sur les journalistes et une rumeur sur Boko Haram. Sans que cela n'ait de rapport avec le débat, il se met aussi à raconter une mystérieuse histoire de Françafrique entre Marafa Hamidou Yaya, actuellement emprisonné, Nicolas Sarkozy, Paul Biya, et Vincent Bolloré, dont je ne sais que penser. Difficile, sur ses bases d'avancer. Je préfère ne pas prendre la parole.
Le CPP et l’UPC, entre autres, se sont regroupés dans "Debout pour le Cameroun / Stand up for Cameroun" pour organiser des Vendredi noirs, avec la société civile. Un des objectifs est de lutter contre une nouvelle modification de la constitution et un déplacement de la présidentielle de 2018 à 2017.
Le Tchad était auparavant la dictature la plus violente parmi celles des ex-colonies françaises, devant le Congo Brazzaville et le Cameroun. Actuellement, après les coups d’Etat électoraux de mars et avril, la violence apparaît maintenant maximale au Congo B, puis au Cameroun, puis au Tchad et à Djibouti. Aucune des conditions préalables nécessaires au démarrage d’un processus électoral n’est présente au Cameroun. Pour l’instant, les conditions sont celles de la préparation d’une mascarade totale comme en Guinée Equatoriale. Les opposants n’obtiendront pas les conditions pour rivaliser dans le vote avec le pouvoir et Paul Biya n’aura pas besoin d’inverser le résultat (de faire un coup d’Etat électoral), puisqu’il se sera assuré une victoire en amont du processus.
Peut-être que ce débat n'était que le début d'une discussion... s'il reste un an ou deux. L'impression est évidemment que l'élection de 2018 en soi ne permettra pas d'aller vers une libération de la dictature. Depuis la salle, Raimundo Ela Nsang, opposant à la dictature en Guinée Equatoriale, remarque que "le déblocage des pays se fera ensemble", et que si la crise au Gabon n'est pas résolue, après la série des deniers coups d'Etat électoraux de 2016, alors "on peut oublier le Cameroun". On attend des législatives au Tchad et au Congo Brazzaville, peut-être en 2017. Le processus de la présidentielle en RDC changera aussi les choses. Seul, le Cameroun semble définitivement prisonnier de son tyran sanguinaire, est-ce qu'un mouvement plus général en Afrique centrale arrivera un jour à fournir une énergie supplémentaire pour une mobilisation et une résistance au Cameroun ?
Régis Marzin, Paris, écrit et publié le 19.9.16

lundi 12 septembre 2016

12 septembre 2016, Paris, Gabon : conférence à l’Espace des femmes

Ce lundi plus calme au Gabon, a permis à certains gabonaise-s de se retrouver à Paris, pour faire le point sur la situation, à l’invitation de Mengue M’Eyaa, porte-parole de Jean Ping. A notamment été discuté, le rôle de la mission d’observation européenne, le premier comptage des voix et la visibilité de l’inversion du résultat global par la CENAP.
La journaliste Sylvie du Boisfleury a de nouveau témoigné sur le massacre dans le QG de Jean Ping le 31 août (vidéo1, vidéo2) : la première attaque d’un hélicoptère avec des bombes assourdissantes, puis l’attaque de la Garde présidentielle qui a décimé les hommes de la sécurité du QG, dont les corps n’ont jamais été retrouvé.
Un responsable de l’organisation de jeune Egal a estimé que « le combat du peuple gabonais est celui de l’Europe ». Une ex-PDGiste a également témoigné.
Répondant à une de mes questions, Mengue M’Eyaa a estimé qu’une mission d’enquête des Nations-Unies est nécessaire pour faire le bilan du massacre.
Après la manifestation du samedi à Paris dédiée aux victimes, l’émotion du deuil était encore très présente dans cette rencontre.

Régis Marzin, écrit et publié le 14.9.16

dimanche 11 septembre 2016

10 et 11 septembre 2016, la lutte pour la démocratie au Gabon à la fête de l’Humanité

Alors que la manifestation devant l’ambassade n’était pas encore terminée, l’activiste Laurence Ndong s’est rendue à la Fête de l’Humanité où elle devait prendre la parole dans l’espace principal de débat de la fête, l’Agora. La journaliste Rosa Moussaoui a mené l’interview.
La fête de l’Humanité est un lieu de revendications sociales et économiques virulentes. Pour se faire entendre dans cette immense foire, où l’on croise des stands qui n’ont pas bougé depuis la fin de la guerre froide, certain-e-s en rajoutent dans les critiques et les invectives. Au village du monde, des militants embadgés viennent rappeler aux nouvelles générations les vertus de l’anticapitalisme et de l’anti-impérialisme. Jean Ping et sa coalition issue du système d’Omar Bongo sont-ils acceptables à la Fête de l’Humanité, au milieu des posters de Che Guevara ?
Mais la fête gère ses contradictions depuis très longtemps et permet aussi de nombreux débats subtils. Laurence Ndong commence par expliquer le sens de l’élection présidentielle gabonaise pour la population. Ce que peut comprendre le public français, c’est que ce qui compte, ce ne sont pas les personnalités politiques, mais l’exigence de la population d’un changement radical, la fin de la dictature de la famille Bongo et de son parti, le PDG. Elle commence par rappeler, à la manière de la Campagne Tournons la Page dont elle fait partie que « 87% des gabonais n’ont connu que la famille Bongo au pouvoir », et que le vote n’est « pas pour Jean Ping mais contre Ali Bongo ». Elle précise que Jean Ping s’est engagé à réaliser des réformes constitutionnelles, élection présidentielle à deux tours et maximum de deux mandats. Pour elle, la population a changé, et la relation avec la France, aussi, a changé.
Elle décrit ensuite les massacres, qui auraient fait « entre 50 et 100 morts et plus encore de disparus ». Elle évoque l’utilisation d’acide lancé par hélicoptère. Puis, Laurence Ndong conclut sur le processus électoral et la Cour constitutionnelle, la « tour de pise » qui penche toujours du même côté. Selon elle, les observateurs de l’Union européenne pourront « assister au recomptage » - ce qui n’est pas évident, aux dernières nouvelles -, surtout concernant le Haut-Ogooué, et que les résultats « bureau de vote par bureau de vote » donneront Jean Ping vainqueur.
Le lendemain matin, les débats redémarrent. Le village du monde lui-même, c’est-à-dire, le journal L’Humanité en lien avec le PCF, organise un débat sur la Cour pénale internationale, très axé sur la Côte d’Ivoire. La star de l’altermondialisme simplifié, Aminata Traoré, demande à tous les états africains de se retirer de la CPI, qu’elle considère comme un instrument de domination occidentale. Le burkinabé Bénéwédé Sankara réclame des justices nationales efficaces. L’ancienne ministre ivoirienne du FPI, Odette Sauyet, réclame une justice africaine.
Sur l’Afrique, d’autres débats ont lieu. Au stand de la Plateforme panafricaine, le dimanche, lors de mes passages, les débats portent sur le Tchad, le Burkina Faso et le Bénin. Au stand de l’association Survie et du Collectif Ni Guerres Ni état de Guerre, j’arrive par hasard au début du débat « Elections en Françafrique, focus sur le Gabon », où intervient Régis Essono, responsable du groupe Afrique d’Europe Ecologie les Verts et membre actif de la diaspora gabonaise. Après avoir présenté le processus électoral de manière assez détaillée et la situation de crise actuelle, celui-ci insiste sur la volonté de voir le gouvernement français agir plus concrètement par des sanctions. Le 3 septembre, EELV a « exhorté la communauté internationale, y compris l’Union africaine (UA) et la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC), à ne pas reconnaître les résultats de cette élection et à prendre les sanctions appropriées ».
Comme spécialiste des Elections en Afrique présent dans le public, je suis heureux d’intervenir au milieu des militant-e-s de Survie Paris pour parler du contexte international. C’est l’occasion pour moi de rassembler mes idées sur les raisons potentielles de changement de positionde la communauté internationale et africaine. Ce débat de la fête de l’Humanité n’a rien permis de conclure sur les différentes hypothèses. Les participant-e-s sont reparti-e-s avec leurs doutes.
Au milieu de l’après-midi, la plupart des débats concernant l’Afrique se terminent, et il ne reste plus que le bruit de la fête. En cette année marquée par les attaques terroristes, l’Huma est toujours là pour apporter la joie dans la banlieue et dévoiler désir de luttes, de bonheur, d’amour de la musique, de liberté sous le soleil. La société exprime sa résistance insouciante sous toutes ses formes, vestimentaire et inconsciente.
Régis Marzin, écrit et publié le 14.9.16 

samedi 10 septembre 2016

10 septembre 2016, Paris, Gabon : manifestation contre le coup d’Etat électoral

Une première manifestation contre le coup d’Etat électoral et pour la reconnaissance de la vérité des urnes, sur le même parcours, entre Trocadéro et l’ambassade du Gabon à Paris, avait eu lieu le samedi précédent. Cette fois, sur facebook, les organisateur-trice-s ont demandé de s’habiller en noir pour honorer les morts au lieu du jaune il y a une semaine pour montrer la victoire de Jean Ping. Entre 2000 et 2500 personnes ont défilé, de la diaspora gabonaise surtout, certain-e-s venant de toute la France. La manifestation avait lieu dans une dizaine d’autres villes.
Combien la répression menée par le chef de l’Etat gabonais sortant a-t-elle faite de victimes ? tué-e-s, blessé-e-s, disparu-e-s ? Entre 50 et 100 tués comme l’a estimé Jean Ping le 7 septembre, ou plus ? Certaines personnes estiment que 100 morts pourraient être un minimum, mais aucun bilan avec des noms n’a encore pu être synthétisé, freiné par les coupures d’internet, et alors que la bataille se poursuit au niveau du processus électoral au niveau technique, avec le passage ‘imposé’ par la Cour Constitutionnelle.
Qui sont les responsables des massacres en dehors d’Ali Bongo, qui pourrait être poursuivis par la Cour pénale internationale si elle fonctionnait encore correctement ou qui pourraient être désignés par des sanctions internationales, comme ce fût le cas au Burundi en 2015? Des noms déjà connus, sans doute, ne sont pas encore diffusés dans la presse, très timide à ce sujet, bien que le 1er septembre, Ban Ki-Moon ait averti que « Les individus responsables d’actes ou incitations à la violence en seront tenus responsables ». Le 11 septembre, le célèbre leader de la société civile, Marc Ona, a indiqué : « Face à cette situation, la société civile exige une enquête internationale sur les massacres des populations par la Garde Républicaine, la Police Judiciaire et des milices à la solde d’Ali Bongo, dont les responsables et les donneurs d’ordres sont bien identifiés, des forces de répression au service d’un homme, d’un clan et d’une famille. » L’opposition demande aussi une enquête internationale, au moins pour l’attaque du QG de Jean Ping, alors qu’il y eu de nombreuses victimes dans de nombreuses villes.
Un groupe de femmes a durant toute la marche illustré les violences et rendu hommages aux victimes, sous la forme d’une scène de théâtre. La marche arrivée devant l’ambassade, des prises de parole ont commencé. Par exemple, la journaliste Sylvie du Boisfleury a témoigné sur le massacre dans le QG de Jean Ping le 31 août (vidéo1, vidéo2).
Régis Marzin, écrit et publié le 14.9.16

samedi 3 septembre 2016

3 septembre 2016, Paris, Gabon, manifestation contre le coup d’Etat Electoral

Parmi les 22 dictatures africaines en 2016, le régime gabonais, comme celui du Burkina Faso en 2014, pouvait apparaître comme l’un des moins durs. Mais la logique de détérioration est implacable. La population est beaucoup plus mécontente d'un second coup d'Etat électoral que d’un premier. Le peuple veut agir au plus vite et au plus fort pour stopper l’installation d’un pouvoir monarchique. Le second coup d’Etat électoral enclenche un engrenage vers un conflit sans réconciliation possible. Pour échapper à la sanction populaire, le dictateur augmente le niveau de la dictature définitivement.
Globalement en Afrique, plus les peuples réclament la démocratie, plus les dictateurs résistent et accentuent la répression. Entre autres, cette logique de détérioration pousse la communauté internationale à s'impliquer, parce que sinon, les conflits iraient grandissants au point de risquer d’échapper à tout contrôle extérieur. Une fois la négociation entamée, il s’agit de trouver une issue, pour le peuple comme pour les diplomates. Au Gabon, cette solution ne peut plus passer par Ali Bongo. Le tyran mafieux est mort politiquement, et n’a plus pour lui que la violence de sa Garde républicaine et de ses miliciens encagoulés. Le coup d’Etat électoral se transforme en répression militaire violente qui pourrait se pérenniser.
Ce 3 septembre, à Paris, ils et elles étaient 3000 à se rassembler pour montrer leur refus catégorique d’un nouveau coup d’Etat électoral. C’est surtout la diaspora gabonaise qui s’est rassemblée, même les personnes qui n’ont pas voté. Elle a pour cela utilisé au maximum les réseaux sociaux sur internet. Cette diaspora est avant tout pour la fin de la dictature. Elle reconnaît que, selon les règles du jeu de la démocratie, Jean Ping a gagné, avec une alliance de l’opposition. Le coup d’Etat électoral est évident : dans la dernière province dont les résultats ont été connus, le Haut Ogooué, le fichier électoral a été fortement gonflé, la participation a été fixée sur le papier à 99% et le vote pour Ali Bongo a été inventé à 95%.
Peut-être que le reste de l’Afrique n’a pas encore bien compris cette nuance entre choix d’un leader et rejet de la dictature. En outre, l’enjeu continental est dans le basculement potentiel du nombre de pays dictatoriaux et démocratiques actuellement à l’équilibre, 22 et 22, du côté des démocraties. Un seul pays ferait passer la majorité du côté de la démocratie. C’est pourquoi, les derniers dictateurs, qui cette année viennent de commettre le même type de coups d’Etat électoraux, au Congo-Brazzaville, à Djibouti, au Tchad, ou en Guinée Equatoriale, se taisent. Ces coupables ont pour l’instant laissé les diplomates européens et américains se débrouiller, pour que les regards ne se retournent pas vers eux. Seul Idriss Déby, l’auteur d’un coup d’Etat électoral au Tchad en avril 2016, s’est exprimé le 4 septembre au nom de l’Union africaine dans un style convenu.
Les gabonais-es se sont aussi souvenus de l’amitié liant Nicolas Sarkozy et Ali Bongo et se sont mis-es à crier « Sarkozy ! vient chercher Ali. » Robert Bourgi est là aussi. François Fillon est là aussi. Jean-Luc Mélenchon est là aussi. Mais la question qui se pose n’est pas celle d’un règlement de compte de fin de Françafrique ou celle de la fin d’un « impérialisme » : la question principale est maintenant celle du respect des règles de la démocratie dans les pays sans alternance depuis 25 ans, comme l’a souligné le député socialiste Philippe Baumel.
A en croire les pancartes et les slogans sur la CPI, la foule souhaite aussi qu’Ali Bongo soit jugé pour les massacres en cours. Même les media qui comprennent la victoire de l’opposition reprennent étrangement les bilans officiels, qui n’ont rien à voir avec la réalité. Dresser un bilan des massacres est devenu une urgence, au-delà de l’émotion et des deuils.
Le même jour, au Gabon, l’opposition explique que les procès verbaux de la province ou Ali Bongo a organisé l’essentiel des fraudes pour inverser le résultat, le Haut-Ogooué, permettent facilement de montrer que les chiffres officiels de cette province sont totalement inventés, et que Jean Ping est donc vainqueur. La communauté internationale et la MOE-UE en particulier peuvent accéder à une grande partie des PVs du Haut-Ogooué et estimer les résultats ce qui confirmerait la victoire de Jean Ping. La MOE-UE n’a pas été jusqu’au bout de ses possibilités d’action. Pourquoi ?
Ali Bongo continue de refuser la publication de tous les PVs des bureaux de votes comme le réclame l’Union européenne, le Conseil de sécurité de l’ONU, les diplomates français et américains, avouant ainsi son mensonge. La communauté internationale pourrait décider d’agir fermement en fonction de cet aveu indirect.
Le 5 septembre au matin, Jean Ping a appelé à la « grève générale et au blocage économique du Gabon ». Le Gabon est politiquement perdu pour Ali Bongo et son clan. Vont-ils rester par la force et persister dans le déni de la réalité ? Alors que des « dizaines » de gabonais-es ont déjà sacrifié leur vie, la communauté internationale est face à la question de la limite à ne pas dépasser pour les dictateurs africains, la limite actuelle, à quelques mois des élections en République démocratique du Congo, pays ou la même question pose déjà des difficultés beaucoup plus importantes.
Mais les dictateurs africains ont habitués le monde à des surprises. Ils sont aussi solidaires entre eux. Voilà que le 5 septembre toujours, l’Union européenne (SEAE) et le gouvernement français (MAEDI) en France ont accepté l’idée d’une délégation de présidents africains menée par le président de l’Union africaine, Idriss Déby, bien que celui-ci soit lui-même auteur d’un coup d’Etat électoral au Tchad en avril 2016. L’issue pour le Gabon après le coup d’Etat électoral se trouvera-t-elle à l’échelle géopolitique supérieure ? Ou est-ce le début d’un nouveau renoncement dans le soutien des démocrates africains ?
Régis Marzin, Paris, écrit et publié le 5.9.16 

jeudi 25 août 2016

24 août 2016, Paris, Gabon : conférence de la Plate-forme nationale de la société civile

Trois jours avant la présidentielle du samedi 27 août, le président de la Plate-forme nationale de la société civile gabonaise, Georges Bruno Ngoussi, est venu à Paris rencontrer la diaspora gabonaise. Ayant pris des responsabilités importantes dans le suivi du processus électoral, le Pasteur Ngoussi a pu quitter Libreville 24 heures, pour venir montrer à la diaspora l’importance d’une unité autour de l’alliance de l’opposition constituée depuis la nomination d’un candidat unique.
A ses côtés, intervient Mengue M’Eyaa, militante de la diaspora gabonaise à Paris et conseillère du candidat Guy Nzouma Ndama. Celle-ci commence par évoquer la sécurité sociale et l’accès à l’eau potable comme bien public, deux enjeux de développement. Elle revient ensuite sur l’élection, rappelant que les président-e-s de la Commission électorale nationale autonome et permanente (CENAP) et de la Cour constitutionnelle sont inféodé-e-s à l’auteur du coup d’Etat électoral de 2009. Elle informe sur des urnes bourrées trouvées récemment, demande à l’Union européenne de dénoncer ces faits et de « ne pas venir pour entériner la victoire du président sortant ».
Le président de la Plate-forme nationale de la société civile gabonaise commence par faire le point sur le processus électoral qui « n’obéit à aucune norme démocratique ». Il dénonce « le fichier électoral truqué », « la délivrance de pièces d’identités provisoires de 3 mois à des ressortissants de pays étrangers », « des media publics non régulés » et au service d’Ali Bongo, « la casse des panneaux publicitaires » autres que ceux du président, la distribution d’argent pour venir aux meetings, «  de 5000 à 1500 CFA », l’« achat de cartes d’électeurs  entre « 45 000 et 150 000 » CFA, le transport de forces de sécurité pour participer en civil à des meetings dans les camions militaires, « le déplacement du Ministère de l’intérieur »  et « le déplacement de la CENAP un mois avant les élections dans une caserne de la Garde républicaine ».
Georges Bruno Ngoussi constate que « les observateurs internationaux semblent impuissants » et pourraient se contenter d’accompagner une mascarade électorale « dans le calme », comme cela s’est fait pour d’autres « dictateurs », en « reconnaissance de services rendus ». Il ne parle pas explicitement de la mission d’observation européenne. Selon lui, Jean Ping va « continuer la lutte pour la protection de l’environnement et contre l’insécurité ». Il regrette qu’un diplomate américain ait félicité Ali Bongo sur de tels points et demande à la diplomatie américaine de suivre la « déclaration du congrès américain » du 12 juillet. Il demande aussi au pouvoir français d’ « éclaircir sa position ».
Le pasteur rappelle que des membres des syndicats et de la société civile, Jean Rémy Yama et 22 autres personnes, sont toujours en prison. Il signale enfin que des ressortissants étrangers au Gabon pourraient « perturber le processus électoral ».
En conclusion, il revient sur la volonté populaire d’une candidature unique, revendication qui a été reprise par la société civile, qui s’est ensuite largement rassemblée derrière cette candidature. Georges Bruno Ngoussi a mené la société civile dans les discussions qui ont abouti à la désignation de ce candidat. Cette désignation de Jean Ping suite au ralliement de Guy Nzouma Ndama d’Héritage et Modernité, le président de l'Assemblée nationale jusqu’au 31 mars 2016, et de Casimir Oyé Mba, le candidat de l’Union nationale, a été connue le 16 août, 11 jours avant le scrutin. Georges Bruno Ngoussi tient à raconter l’histoire de cette négociation.
Selon le Pasteur, la négociation a duré 72 heures. Les candidats ont d’abord, le premier jour, été auditionnés par la société civile. Les 3 candidats principaux étaient d’accord sur le principe de la candidature unique mais voulait tous être ce candidat. Casimir Oyé Mba a demandé que soient définis des « critères objectifs ». Ces critères ont été choisis : « réseau international, capacité de mobilisation, humilité, solvabilité » pour aller au bout de la campagne. Georges Bruno Ngoussi a rencontré le président de l'Union nationale, Zacharie Myboto et un report pour « mutualiser les efforts et emmener d’autres candidats » a alors été décidé. Une annonce était prévue et ce premier rendez-vous n’a pas été annulé : la plate-forme des 12 organisations y a indiqué que l’annonce était reportée le 16, toujours à l’église Nazareth d’Okala. Jean Ping a été alors choisi dans la nuit, une nuit avec des « sages », en plus des candidats et de la société civile. Le fait que Jean Ping, connu à l’international, soit allé dormir dans tous les villages y compris des villages des pygmées, a été symboliquement remarqué.
Après la fin de l’intervention du président de la plate-forme, le débat avec la salle est lancé. La candidature unique a redonné de l’espoir et les propos sont constructifs. Le pasteur demande à la diaspora de s’unir. Des manifestations sont déjà prévues chaque jour devant l’ambassade du Gabon à Paris, en particulier samedi jusqu’au dépouillement après la fermeture du bureau de vote à 23h. La diaspora enquête sur la préparation des fraudes dans les grandes villes françaises. Des explications sont redonnées sur l’enveloppe du vote qui pourrait poser problème : l’enveloppe est formée de deux parties, une noire pour les bulletins non utilisés notée ‘poubelle’, une blanche pour le bulletin voté. Cette enveloppe originale en Afrique avait été demandée par l’opposition, en particulier Pierre Manboundou.
Quelques intervenants sont cités à propos du processus pour arriver à une candidature unique de l’opposition :  sans oublier de nombreux citoyens activistes, entre autres, parmi les membres de la société civile, Georges Mpaga, le président du Réseau des Organisations Libres de la Société Civile du Gabon (ROLBG), et dans les partis, au niveau de l’Union national, Mike Joktane, lui aussi très actif. Côté France, sans préjuger du poids de cette influence, Mengue M’Eyaa, membre du Parti socialiste français, reconnaît avoir pris contact avec les député-e-s Claude Bartolone et Elisabeth Guigou, la société civile a tenté de rentrer en contact avec l’Elysée. Personne ne parle de Robert Bourgi qui a pris position et est cité par la Lettre du Continent. La question de la Françafrique est rappelée par une personne de la salle et rapidement abandonnée, sans doute considérée comme secondaire dans le contexte actuel.
Une autre question posée concerne la possibilité – ou pas –, dans l’hypothèse d’une victoire, pour les opposants d’aider d’autres pays africains à se démocratiser. La question n’étant pas simple et méritant à elle seule un débat plus large, elle est laissée sans réponse claire.
Après l’alliance, les programmes de quatre candidats ont été rapidement synthétisés et Jean Ping fait maintenant campagne avec un programme commun. Mengue M’Eyaa insiste sur la priorité de Jean Ping à la réforme des institutions, mais aussi sur « la santé la culture, la coopération décentralisée, le codéveloppement, la jeunesse ». L’ancien président de la Commission de l’Union africaine a dans son programme « l’école gratuite jusqu’à 16 ans ».
La société civile a formé des scrutateurs, qui travailleront aussi avec les partis politiques, après que le Ministère de l’intérieur ait sorti une note pour les empêcher d’agir indépendamment. Des « brigades de sécurisation des résultats » seront déployées dans les bureaux de vote. Pour les observateurs, apporter sa propre nourriture et refuser les « sandwichs de la CENAP » est recommandé. Un appel a été lancé pour que la population surveille les bureaux de vote selon le principe « Je vote, je reste ». En particulier, il est question d’empêcher les votes multiples liés aux cartes électorales achetées ou de contrôler les votes par procurations.
Pour le rassemblement des résultats, l’opposition utilisera l’application ‘regardez les élections au Gabon’ (REGAB) créée par Pierre-Desthin Soghe, informaticien gabonais au Québec, « réalisée avec la collaboration d’un groupe Facebook qui compte 2.574 membres ». La coupure générale d’internet est évidemment crainte. Dans le contexte actuel, elle serait fortement dénoncée à l’international. La société civile est en contact avec l’ONU et les diplomates à Libreville. Elle espère dans tous les cas, et même en cas de coupure générale d’internet pouvoir faire connaître rapidement des résultats indépendamment de la CENAP et de la cour constitutionnelle, jugées d’avance sans crédibilité.
Le climat du Gabon a changé. Selon le pasteur, « les gens parlent à visage découvert, la peur a changé de camp ». Pendant la conférence, des images des nombreux meetings sont projetés, un drone a permis de filmer des foules. Le président de la plate-forme constate un « phénomène Ping ». Un intervenant voit Jean Ping comme « la pointe d’une lance »  capable de briser une glace épaisse. Derrière se trouve le peuple, qui, selon cet intervenant, « quelque soit le résultat, sera dans les rues », et aura la possibilité d’aller, si besoin, vers « la désobéissance civile et pacifique ».
Le pasteur donne une connotation religieuse au débat, il fait référence à la bible en citant le slogan de Jean Ping « Etre à l’abri de la peur, être à l’abri du besoin ». L’affaire des crimes rituels est évoquée, une personne de la salle parle de revenir aux « valeurs du christianisme universelles ». Cela fait réagir Mengue M’Eyaa, qui rappelle la place des athé-e-s et des musulman-e-s et rebondit sur la culture originale gabonaise et sur l’idée de biens communs. Elle souligne également que le Gabon de demain se fera avec les femmes, sous les vifs applaudissements de la salle.
Aucun dictateur africain n’a accepté de perdre une présidentielle depuis le 27 décembre 2002 quand, au Kenya, Daniel Arap Moi et l’ancien parti unique KANU avaient accepté les règles du jeu de la démocratie, en particulier l’application de la limitation à deux mandats et l’alternance de parti politique. Est-ce que le Gabon pourrait être le premier pays depuis 13 ans et demi où un président accepterait de quitter le pouvoir par les urnes ?
Selon Georges Bruno Ngoussi, « quelque soit la fraude, Ali Bongo va partir ». Le 22 août, dans une lettre à tous les Gabonais , Guy Nzouba Ndama, Jean Ping et Casimir Oye Mba ont déclaré: « Nous vous invitons à vous tenir prêts à défendre votre vote. Quoi qu’il nous en coûte, individuellement et collectivement, nous ne devons pas reculer ! … Vous avez le devoir de vous demander ce qu’il adviendra de chacun d’entre nous et de notre pays si, par extraordinaire, Ali Bongo rééditait son passage en force… Envers et contre tout, nous vous appelons à la mobilisation, à la prise de conscience des défis et enjeux de cette élection…  L’élection du 27 août … doit nous permettre de faire entrer notre pays dans la modernité. »
Le fait que les opposants soient sortis du ‘système Bongo’ avec une connaissance de ses rouages revient plusieurs fois dans le débat. Les départs du Parti démocratique gabonais (PDG) ont constamment affaibli le ‘fils’ d’Omar Bongo et pourraient continuer. La dictature d’Omar Bongo étaient, dans les ex-colonies françaises, la moins violente, ce qui a permis que la classe politique ne soit pas ensuite décrédibilisée et rejetée par la population. Au milieu des solides dictatures africaines dans lesquelles les mascarades électorales sont depuis longtemps imparables (selon un intervenant du public, la « loi du casino » selon laquelle le propriétaire est toujours gagnant), cet affaiblissement depuis 7 ans d’un chef de l’Etat qui n’avait fait que récupérer le système ‘paternel’ a fait la spécificité du Gabon.
L’alliance de l’opposition 11 jours avant le scrutin est aussi inédite et a créé une première surprise. Cet accord tardif a l’avantage de mettre en évidence la force de chacun des membres de la coalition et de la rendre ainsi plus crédible, plus réaliste car constituée sans gommer les divergences. L’électorat d’Ali Bongo est maintenant estimé comme très inférieur à celui du candidat de l’opposition. L’alliance de l’opposition et son candidat cachent une diversité d’approche dans la société civile et les différents partis, complexe et riche, proche de ce que qui pourrait permettre une nouvelle sorte de transition de la dictature vers la démocratie. Cette configuration originale avant le scrutin a soudain augmenté la probabilité d’une première chute de dictature par les urnes en Afrique depuis 2002. Cependant, les dictateurs ont eux-aussi l’habitude de créer des surprises, sans aucun scrupules, des surprises d’autant plus inattendues, perverses ou violentes, qu’ils se sentent menacés.
Régis Marzin,
Paris, 25 août 2016
Texte également publié sur le blog Regard * Excentrique

mercredi 17 août 2016

17 août 2016, Morgat, La Smala au Mardi de Morgat

Ambiance folle furieuse ce soir à Morgat ! avec le groupe la Smala (banda) !

jeudi 4 août 2016

3 août 2016, Paris, le député tchadien Gali Ngotté Gatta en conférence

Le mercredi 3 août, le député tchadien Gali Ngotté Gatta est en conférence à Paris, où il a informé des membres de la diaspora tchadienne et quelques journalistes, dont le journaliste Seidik Abba (photo, à gauche). La conférence était organisée par l’inépuisable blogueur Makaila Nguebla (à droite).
Après avoir rappelé la situation désastreuse dans laquelle se trouve son pays, par exemple, au niveau de la santé complètement sinistrée depuis la chute du prix du pétrole, le leader tchadien est revenu sur la présidentielle d’avril. Il appartient au groupe des 6 candidats qui se battent contre le nouveau coup d’Etat électoral d’Idriss Déby, et incarnent, ensemble, la nouvelle configuration de l’opposition à la dictature.
Le député universitaire décrit les 3 phases de la fraude formant le coup d’Etat électoral. Après 2 présidentielles boycottées, l’arrivée de la biométrie avait amené un « espoir » qui a conduit des « inscriptions massives », mais la biométrie n’a pas été installée correctement, puisque « les cartes d’électeurs ont été distribué sans vérification » et que, « le jour du vote, il n’y a pas eu d’authentification à cause de l’absence du kit ». Gali Gatta parle de l’absence de lecteur de carte à puce. La première phase a donc été celle de la fraude par le fichier électoral, avec des mineurs, des étrangers.
La seconde phase, le jour du vote, a été basée sur la « duplication des procès verbaux » et leur transmission par une « Commission électoral nationale indépendante (Ceni) parallèle », comportant certains membres de la vraie Ceni, comme l’avait par ailleurs indiqué, Saleh Kebzabo le 30 mai à Paris. Dans la présentation finale des résultats, « seuls les résultats régionaux ont été compilés ». La Ceni a aussi oublié des urnes qui ne sont pas arrivées à Ndjaména. La troisième phase implique le Conseil constitutionnel qui n’a pas récupéré les Procès verbaux réels. Un résultat impossible a été publié par la Céni et validé par le Conseil constitutionnel. Même avec toutes les voix au Nord, Déby était tellement distancé au sud qu’il ne pouvait pas franchir les 50%.
Gali Gatta parle ensuite sur la politique militaire d’Idriss Déby qui pèse très lourdement sur le budget du Tchad et est décidée de manière secrète, par exemple au Yémen. Il insiste sur Boko Haram, sur la question politique que cache la question militaire. Selon lui, la partie tchadienne de la zone du Lac Tchad est une zone à problème à cause du gouvernement, une zone dans laquelle des jeunes entrent dans Boko Haram pour se révolter contre le pouvoir tchadien. Il alerte également sur la montée du salafisme et du wahhabisme qui gagne du terrain sur la confrérie Tijani(yya).
Dans le débat, Gali Gatta souligne que le 21 avril, Idriss Déby a montré qu’il n’hésiterait pas à tirer si la population contestait les faux résultats de l’élection, et que lui-même s’est donc opposé à ce que les jeunes sortent dans la rue. Il revient également sur la création récente du Front de l'Opposition Nouvelle pour l'Alternance et le Changement (Fonac) et sur l’idée du Gouvernement de salut public, une « expression de la légitimité », « à réfléchir ».
Sur le soutien du gouvernement français à Idriss Déby, « l’homme de la situation » (plus ou moins par défaut ou « vu comme le moins pire » dans une question de Seidik Abba), il souligne que « les français se font du mal à eux-mêmes en niant tout ce que Déby a fait avec le terrorisme », citant les membres de la famille de Déby chassé par celui-ci à cause de leur lien avec Boko Haram. Il souhaite que l’opposition tchadienne présente au gouvernement français des arguments documentés sur le sujet, pour en discuter. Concernant la Françafrique, il pense que, les « élections fraudées sont la dernière trouvaille » et que « seuls les pouvoirs démocratiques pourront reposer les questions » autour de la relation entre la France et l’Afrique.
Dressant ce bilan, le député pense qu’Idriss Déby est déjà dans des difficultés telles, qu’il doit dialoguer avec son opposition, et que cette opposition doit dépasser un « choix cornélien », pour exiger ce dialogue. Le 23 juillet, le Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux Affaires politiques, Jeffrey Feltman, « a appelé ses interlocuteurs à soutenir un dialogue inclusif, notamment en vue des prochaines élections législatives ». Gali Gatta indique que pour ce dialogue, on ne pourra éviter d’inclure les « politico-militaires » qui pourraient profiter, comme par le passé, de « ralliements ». Avec « optimisme », Gali Gatta pense qu’Idriss Déby ne pourra finir son mandat, car il sera battu « par un rapport de force dans la démocratie », « une victoire par la démocratie, un refondement avec le peuple ». Il insiste sur la place de la société civile pour arriver à « un changement ».

Régis Marzin, Paris, compte-rendu rédigé le 4 août 2016

lundi 1 août 2016

31 juillet 2016, Paris, Quartier d'été, Naïssam Jallal

Naïssam Jalal and Rhythms of Resistance, au parc de la Butte du Chapeau Rouge, à Quartier d'Eté, antidote à la morosité ambiante depuis l'annulation du Cinéma en plein air à la Villette. C'est beau, c'est calme... on  se retrouve entre ami-e-s. On attend à peine un sans-logis qui habite là et rêve très fort de darbouka. Des enfants jouent devant la scène et font voler le sable. Le soleil hésite et fait varier la couleur, la couleur de la musique, la flûte traversière, le saxophone, la guitare, le violoncelle, la contrebasse, la batterie, la darbouka. Entre deux chansons, entre jazz et mélodie orientale, Naïssam Jalal rend hommage au peuple syrien.

dimanche 31 juillet 2016

30 juillet 2016, Paris, Gabon, alerte de la société civile à quelques semaines de la présidentielle

Georges Mpaga, président du Réseau des Organisations Libres de la Société Civile du Gabon (ROLBG), et acteur illustre de la société civile gabonaise, est en France, « en mission de plaidoyer dans le cadre de l’élection présidentielle du 27 août 2016 ». Il a été invité par la Convention de la Diaspora Gabonaise, proche du candidat Jean Ping, à venir présenter la situation des droits humains et s’exprimer sur le processus électoral.
Georges Mpaga dresse le bilan au niveau des droits humains d’Ali Bongo depuis 2009, insistant encore une fois sur les crimes rituels, l’état des prisons, la criminalité financière. Il informe la diaspora la répression actuelle, des leaders étudiants et syndicalistes. Ali Bongo est arrivé au pouvoir avec l’aide de Nicolas Sarkozy. Le militant gabonais appelle « la France à arrêter de se compromettre », et en prendre en compte que «  le système démocratique est garant des intérêts français ». Il invite l’Union européenne à agir pour la démocratie. Il souhaite sensibiliser « le peuple au respect des urnes », et le pousser à prendre ses responsabilités en cas de « coup d’Etat électoral ». Il appelle à « s’unir, même si l’on ne vote pas pour le même candidat », alors que trois candidats principaux d’opposition sont en lice dans le scrutin à un tour.
A la perspective, d’une nouvelle mascarade électorale au Gabon, la salle exprime d’abord sa violente colère. Dans la diaspora, beaucoup était pour un scénario (une « stratégie ») ‘Destitution Transition Election’. Il reste une sorte de malentendu sur le fait que maintenant, c’est l’élection qui se prépare. La qualité du processus électoral va être discuté au Gabon surtout, et la diaspora à Paris, aura sans doute du mal à participer. La question de la répression en cas de coup d’Etat électoral est aussi dans les têtes.
Le 25 juillet, l’Union européenne a signé pour une Mission d’observation (MOE-UE) dirigée par la députée européenne bulgare, Mariya Ivanova Gabriel. Celle-ci a déjà présidée en 2011, la mission d’observation au Congo Kinshasa. Cette semaine, l’Union européenne vient quasiment d’‘annuler’, un projet d’observation de la société civile mené par le Réseau des Organisations Libres de la Société Civile du Gabon (ROLBG). Un doute légitime apparaît sur le rôle que souhaite jouer l’Union européenne.
Au Togo, l’autre pays d’Afrique avec un dictateur faible, l’Ue a un bilan catastrophique : elle a réussi à s’embourber et à se faire instrumentaliser par la dictature, pendant les élections de 2010, avec une mission d’observation correcte techniquement mais instrumentalisée politiquement, et de 2013 et 2015, avec des budgets gaspillés dans les observations factices d’une société civile manipulée par le pouvoir.
Pour l’instant, la communauté internationale, malgré la résolution du Congrès américain du 12 juillet et la Mission d’observation européenne, n’a pas encore montré de volonté de mettre une pression suffisante pour empêcher un nouveau coup d’Etat électoral au Gabon. Les fraudes se préparent en amont, le fichier électoral est déjà un élément de fraude majeur. Est-ce que l’Union européenne va mener jusqu’au bout une vraie mission d’observation en refusant d’être instrumentalisé par la dictature, ou, va-t-elle se faire imposer un compromis qui signifierait le maintien d’une dictature sept ans de plus et un conflit électoral supplémentaire en Afrique centrale ? Il est encore trop tôt pour le dire et l'observation internationale n’est qu’un élément parmi d’autres. L’opposition gabonaise et la société civile, mènent un plaidoyer en Europe mais, surtout, s’activent au Gabon, pour l’alternance et, au-delà, peut-être, un changement profond.
Régis Marzin
Paris, 31 juillet 2016

samedi 23 juillet 2016

23 juillet 2016, Aubervilliers, Auber'Jazz Day

C'est la 7e édition du Festival Auber'Jazz'Day, toujours devant la mairie. On me dit que le matin, au marché, les artistes sont passés se présenter à la scène de Tuvalu. Je manque de motivation au niveau photos. J'ai plus envie de discuter avec des ami-e-s, qu'autre chose. Cet après-midi, j'ai aussi pensé aux suites de l'attentat de Nice. C'est dans la tête d'autres personnes, sans doute... il nous faudrait quelque chose de vraiment gai pour oublier. A la fin, la place s'anime. Le groupe de jeunes, Echo, est très apprécié du public. Je remarque une anomalie statistique avec quelque chose de différent des autres années. Les femmes et les filles sont plus présentes, plus vivantes, plus festives. Je me demande si certaines ne veulent pas montrer quelque chose, s'il n'y a pas un truc, là... entre défoulement d'oubli et message de revendication d'un droit au bonheur. C'est une lecture en négatif influencée par le contexte et ma subjectivité, certes... je ne sais pas.

samedi 2 juillet 2016

2 juillet 2016, Paris, Festival Rhizomes

C'est avec le plus grand plaisir que je retrouve encore cette année, le festival Rhizomes, mais sans l'été, qui tarde. Au square Rachmaninov, se produit un groupe malien, avec un batteur d'ici, BKO Quintet. Le dépliant indique "tradi-moderne mandingue". Je remarque le musicien qui joue de la ngoni, la guitare tradiditionnelle, en s'excitant un peu comme avec une guitare électrique, d'autant plus que la sienne est électrique et avec des pédales d'effet.
Ensuite, aux Jardins d’Eole, commence le concert de Finzi  Mosaïque Ensemble, de la chanteuse et danseuse Nuria Roviro. Cela commence à peine, que la pluie commence à tomber. Je ne suis pas encore chaud. L'orage est assez fort et arrête tout. On se retrouve à s'abriter sous les arbres, et plus tard, l'eau sur le matériel ne permet pas de redémarrer. Dommage pour le spectacle. C'est tout de même très convivial !

vendredi 24 juin 2016

24 juin 2016, Paris, les fruits du Paradis, nous mangeons

Paris, auditorium du Louvres, vendredi 24 juin, 20h. Je suis ému d'entrer dans le Louvres, pour aller voir un film et écouter un concert. Le responsable de la salle nous explique que les musicien-ne-s arrivent juste maintenant 20 minutes en retard parce que leur train a été bloqué tout l'après-midi. Avec mon voisin, on décode que le train venait de Londres en pleine la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne. . 
Le film, c'est "Les fruits du paradis (nous mangeons)" de Vera Chytilova, film tchèque de 1970, sans le son. La musique sur scène, c'est le groupe de Thurston Moore, avec James Sedwards en seconde guitare, Ich Newman à la batterie (et pas Steve Shelley comme je croyais), Debbie Googe à la basse. Thurston Moore a choisi le film, comme il a choisi deux autres films pour deux soirées précédentes. 
Je suis au troisième rang, au centre, j'ai le son des trois amplis dans les oreilles, assez fort, des amplis massifs avec un son comme j'entends rarement. Ce que je vois et j'entends, c'est ni le film ni le groupe, c'est une œuvre originale, un mélange de 2 choses.
Le film commence par une peinture du paradis des couples, en images superposées, magnifiques, et les musiciens démarrent avec la même intensité. Cela dure 1h40 et un morceau de plus. Je sens le guitariste de Sonic Youth inspiré, peut-être lié à l'histoire par sa propre histoire. C'est impossible à décrire, parce que cela va au delà de la compréhension du scénario du film, des impressions visuelles, du plaisir à écouter une musique. Il y a un effet inédit, multiplicateur du plaisir. Film et musique sont parfois en décalage émotionnel rythmique, mais peu importe. Le mélange des images et de la musique décalées seraient comme la manière de raconter un rêve qui s'éloigne du rêve pour dire autre chose. Il est question d'amour, de couple, de désamour, de connaissance, de flirts, de désir, de mort, et surtout pas de dieu. Les images et les situations à l'écran, sont elles-mêmes très poétiques, symboliques, rêveuses. Elles ne se comprennent pas rationnellement. La musique enfonce dans une perception plus inconsciente encore.
Alors, il n'y a rien à en dire. Chaque spectateur-trice sort avec un changement indescriptible en lui et, sans doute, attendra la nuit, seul-e ou accompagné-e, pour voir si demain matin un rêve lui révélera quelque chose de nouveau.
Merci à Thutston Moore et à son groupe.
Régis Marzin, 24 juin, minuit 55