vendredi 21 mars 2025

20 mars 2025, Aubervilliers, Campus Condorcet : conférence sur les sciences sociales

Nadège Chabloz, co-éditrice des Cahiers d’Études africaines (EHESS), Ibrahima Poudiougou, anthropologue, postdoctorant à la Norwegian University of Life Sciences (NMBU), Patrice Yengo, anthropologue à l’EHESS, Boris Samuel, co-rédacteur en chef de Politique africaine (association liée à éditeur Karthala) et politiste à l’IRD (IMAF), à la table ronde ‘Publier des sciences sociales plurielles et internationalisées sur l’Afrique’, proposée par les Cahiers d’Études africaines et Politique africaine, au Centre des colloques du Campus Condorcet, pendant le festival Printemps des Humanités, le 20 mars 2025.

Espérant un débat un peu plus animé, je pose une question, après avoir évoqué les sciences politiques présente dans la revue Politique africaine et pas dans les Cahiers d’Études africaines : « La recherche française ne pourrait-elle pas être confrontée aux mêmes difficultés que les politiciens français si décriés ? » Je propose quelques hypothèses, « un manque de chercheurs généralistes, un cap historique pas encore franchi pour traiter la période contemporaine après l’évolution simultanée de beaucoup de pays après 1990, les difficultés à travailler sur des pays sans Etat de droit et sans liberté d'expression, des acteurs de la répression étant vivants et actifs. » Patrice Yengo répond : « Il n’y a plus de chercheurs sur toute l’Afrique, c’est mieux. Il n’y a personne qui connaît l’Afrique maintenant. On ne peut s’enrichir que de petites choses. Quand j’entends que va parler un spécialiste de l’Afrique, j’éteins le poste, il va parler de lui. » Boris Samuel évoque le « savoir aréal » et le débat se termine alors faute de temps. 

Je ne précise ma pensée sur les méthodes de synthèse, les particularités du choix, du mélange et de la vérification des sources primaires et secondaires en augmentation du niveau de synthèse, le choix d'un angle qui réduit le domaine de recherche, par exemple l'angle des élections pour aborder une vaste histoire politique, les bases de données pour travailler sur une grande quantité de données, les classements et comptages exhaustifs, une sorte de projection mathématique des histoires dans un espace de données simplifiées, la complémentarité du récit historique littéral classique et d'un cadre théorique général simplifiant la vision, ou encore la relation entre histoire et sciences politiques.

Régis Marzin

21 mars 2025, corrigé le 22 mars

dimanche 2 février 2025

1er février 2025, Noisy-le-Sec, la France empire et Nicolas Lambert de mieux en mieux

Il y a presque 20 ans, le 21 mai 2004, je voyais pour la première fois Nicolas Lambert sur scène, le jour où je rencontrais François-Xavier Verschave, dans une journée sur la Françafrique dans un squat, que j’avais organisé avec Survie au Festival des résistances et des alternatives de Paris. Après Elf, l’argent du pétrole et les partis politiques français, après le nucléaire et les ventes d’armes, l’artiste est de retour avec un nouveau spectacle ‘La France empire’. Il est ce samedi soir dans la médiathèque Roger Gouhier à Noisy-le-Sec, une médiathèque qui dispose d’une petite salle de spectacle qui lui permet d’avoir un très bon programme.

Le show part d’une discussion entre l’acteur et sa fille de 15 ans à propos d’un sujet de BPEPC sur l’armée française et les « valeurs de la République ». Cela renvoie d’abord l’auteur à ses souvenirs d’enfance avec ses grands-parents, puis, cela le lance dans une grande réflexion sur l’histoire de l’empire français, une histoire encore trop peu présentée et méconnue. Il y quelques progrès récemment sur le Cameroun, avec le rapport de la Commission Ramondy (voir aussi le volet artistique). Pendant deux heures, l’artiste passe d’une émotion à l’autre à un rythme effréné. Le public passe du rire à la confrontation à des faits graves.

Le spectacle donne une grande part aux femmes dans l’histoire coloniale. Par exemple, il est question de la prostitution au Maroc, au quartier Bousbir (Prospère) à Casablanca entre 1924 et 1955, autorisée dans les dernières années alors qu’elle est interdite en France, une prostitution sans doute moins connue que celle des « bordels militaires » d’Algérie pendant la guerre d’Algérie. Ce sont aussi les viols de l’armée française en Algérie qui sont abordés, comme méthode de torture fréquente sur les hommes et les femmes, avant même la guerre d’Algérie.

Nicolas Lambert évoque également le droit de vote des femmes retardé dans les colonies françaises entre 1945 et 1960. C’est un sujet que j’ai étudié et sur lequel je peux apporter quelques précisions : le droit de vote féminin est instauré au Sénégal en 1945 pour élections françaises entre 1945 et 1960, au Togo en 1945 grâce aux commerçantes « Nana Benz », en Algérie en 1945 pour françaises surtout d’origine européenne, et seulement en 1958 pour les algériennes et au Bénin ou Dahomey en 1956. Puis, l’histoire du vote féminin et du suffrage universel se confond avec l’histoire des indépendances en commençant par la Tunisie en 1957 après l’indépendance en 1956 et les autres pays en 1960. L’ONU met une certaine pression sur l’instauration du suffrage universel en même temps que sur la décolonisation à partir de 1945. Grâce à cette pression qui correspond aussi à un consensus entre USA et URSS, dans les années 60, le suffrage féminin se répand facilement dans le monde et en Afrique. Les résistances locales en Afrique sont visibles presque uniquement au Nord du Nigéria. En Afrique, la diffusion du suffrage féminin est tellement rapide et cachée par les indépendances qu’elle semble ensuite négligée comme étape historique majeure.

Le droit de vote change tout ! Concernant le suffrage masculin en Algérie, en Algérie à partir de 1870 et en Tunisie à partir de 1881, le vote sous la colonisation correspond presque à un apartheid, au travers de la séparation des citoyennetés selon l’origine géographique, la culture, les mœurs et la religion, et la sélection d’africains privilégiés dans un collège séparé au vote censitaire capacitaire masculin ou équivalent. L’apartheid général est bien connu en Afrique australe et il se basait sur un ‘apartheid électoral’. La limitation du suffrage des Algériens entre 1870 et 1958 peut être considéré comme une cause de la guerre d’Algérie. Il s’agit là-aussi d’un ‘apartheid électoral’ comme celui pratiqué en Afrique australe.

Le spectacle se termine aux Comores, à Mayotte ou Maoré. S’il y a un sujet qui perturbe les dirigeants français, c’est bien le fait que pour le droit international et les Nations-Unies, l’île de Maoré a été volée, tout simplement « volée ». Le sujet de la situation à Mayotte n’est pas tabou mais le « vol » au moment juste après le référendum d’indépendance est tabou. C’est moi qui rajoute ce mot que n’emploie pas Nicolas Lambert. Il insiste, lui, sur la déstabilisation de Bob Dénard source de l’appauvrissement de l’Union des Comores et de la différence de niveau de vie avec Mayotte, cet écart économique séparant maintenant les îles et les populations. L’absurdité et la violence extrême de la situation à Mayotte symbolise bien un impensé persistant lié à l’histoire coloniale en France. Dans tout le spectacle, le décor est le « nationalisme », celui des décideurs mais aussi celui du quotidien, qui aide un peu trop à accepter une histoire incohérente, trouée, biaisée.

Nicolas Lambert sera au Théâtre de Belleville à Paris jusqu’au 28 juin 2025. Est-ce la peine de préciser que je vous conseille d’aller le voir ?

Régis Marzin

2 février 2025

 

dimanche 26 janvier 2025

25 janvier 2025, Livia Phœbé en fest-noz à Noisy-le-Sec

Samedi 25 janvier 18h, Noisy-le-Sec, Médiathèque Roger Gouhier. La soirée dansante et poétique commence par un fest-noz. Livia Phoebé à la harpe, Gwenael Piel à la clarinette et Wadie Naïm aux percussions.

Comme le souligne Livia, la médiathèque est un lieu très animé avec un bon programme. Par exemple, s’y verra bientôt la pièce de Nicolas Lambert, ‘La France empire’. Je sens l’endroit très chaleureux, habité par une bonne équipe. Pour les musicien-ne-s cela compte, l’accueil, le décor. Il y a à côté une exposition faite par l’équipe de la médiathèque. Surtout, j’observe que dans le public, beaucoup se connaissent et sont à l’aise les un-e-s avec les autres. Grâce aux conseils de Livia et Gwenaël, ils et elles apprennent très vite à danser les ‘an dro’, gavottes, ‘plinn’, … avec un peu de confusion et beaucoup de joie. Il y a un rappel !

Après le fest-noz, Virginie Capizzi entraine à l’étage le public dans une déambulation poétique. C’est la suite de l’atelier d'écriture et de sélection de poèmes de l’après-midi. Ses récitations continuent pendant un buffet constitué des plats et boissons apporté-e-s par chacun-e-s. Merci ! Cela donne envie de revenir !

Régis Marzin