mardi 28 février 2017

25 et 28 février 2017, Paris, Djibouti : manifestations pour la démocratie

25 février 2017, Trocadéro
28 février 2017, Place Madeleine
Dix mois après son coup d'Etat électoral d'avril 2016, l'assassin présumé du juge Borrel est reçu à l'Elysée par François Hollande, le président « normal avec les dictateurs ». La diaspora djiboutienne se battant pour la démocratie à Djibouti condamne cette réception d'Ismaël Omar Guelleh à l'Elysée. La coalition d'opposition Union pour le salut national a appelé à deux manifestations, le samedi 25 février place Trocadéro, puis le mardi 28 février Place Madeleine.
L'Elysée n'a pas communiqué avant le 28 février sur les raisons de son choix de recevoir un chef d'Etat criminel et isolé, au risque de salir son image déjà bien écornée en Afrique. Les journaliste de RFI ou Monde ont été obligés de faire des hypothèses sur la politique militaire ou la réaction à l'influence chinoise à Djibouti.
Finalement, le 28 février, la présidence française a sorti un communiqué sans référence à l'Etat de droit, axé uniquement sur les aspects militaires et économiques, avec une référence imaginaire ou ironique à la démocratie au travers de la francophonie, qui pourra être aussi comprise comme une insulte méprisante à l'égard des démocrates. Le message affiché est celui d'un soutien « normal » à un dictateur alors que celui-ci a maintenant augmenté le niveau de dictature à un niveau très élevé, réprimant maintenant fortement toutes les activités politiques d'opposition.
Les partis sont systématiquement clonés, et les politiciens des vrais partis empêchés d'agir. Ismaël Omar Guelleh est à nouveau décomplexé. Débarrassé d'une surveillance internationale qui s'était installée avant la présidentielle, il peut facilement désorganiser les opposants. A l'ombre des bases militaires, il pourrait même bientôt se payer le luxe de développer un peu le pays – ce qui n'est pas si fréquent dans les pays où les richesses sont détournées par un clan – en faisant comprendre au peuple qu'il ne sert à rien de perdre son temps avec de la politique !
Ce que l'on observe, principalement, c'est que durant tout le quinquennat, François Hollande et son gouvernement auront été incapable de sortir d'une soumission à l'influence militaire dans plusieurs pays d'Afrique, Djibouti en particulier. Dans ce pays, le soutien constaté en 2014 des diplomates occidentaux à la démocratisation s'est effacé en 2015 quand le dictateur a fait progressivement valoir ses arguments, militaires et économiques. François Hollande est dans la continuité de la reculade de début 2016.
En 2012, au moment où les Verts sont entrés au gouvernement et ont accepté le Ministère du développement pour une personnalité de type 'économiste' et très peu 'politique', il était alors question du protocole d'accueil des dictateurs africains, avec ou sans tapis rouge. Ce n'était sans doute pas la bonne question. Les échanges diplomatiques ne s'arrêtent jamais. Un rejet trop marqué des dictateurs par les anti-néocolonialistes alors que ces chefs d'Etat interviennent dans le domaine militaire, a peut-être facilité indirectement le jeu des conseillers militaires français, qui ont trouvé chez des dirigeants socialistes peu compétents et sans programme une écoute attentive, parce que ceux-ci se sentaient dans une obligation de mettre en œuvre une politique réaliste et compatible avec les contraintes sécuritaires. Il y a eu un coup de balancier quand la bonne volonté de départ pour la démocratie a disparu fin 2012 et au premier semestre 2013. Les conseillers militaires étaient alors devenus très présents et les démocrates africains n'ont presque plus été écoutés jusqu'à mi-2014.
Que se serait-il passé si les opposants démocrates avaient développé leurs positions dans une «approche globale» sur le modèle européen ? Est-ce qu'il aurait été possible d'empêcher les militaires français et le gouvernement d'oublier la nécessité de maintenir des exigences fortes sur la démocratisation de l'Afrique, en dehors de la gestion des crises militaires, au Mali et en Centrafrique? La question se repose en 2017. Si un nouveau président très incompétent sur l'Afrique accède à la présidence française, est-ce que la politique française en Afrique peut se rééquilibrer ou pas ? Ce nouveau président va-t-il par défaut se laisser guider par des stratèges du Ministère de la défense sous prétexte de lutte anti-terroriste ?
Les démocrates djiboutiens confrontés à la violence de la répression des dictatures attendent eux et elles de la politique française qu'elle affiche un soutien réel et ferme à la démocratie. Sur RFI, Maki Houmed Gaba, le représentant en France de l’USN, a indiqué: "Nous lui disons : vous allez recevoir Ismaïl Omar Guelleh, ce qui est une mauvaise opération puisque Omar Guelleh a une politique antidémocratique dans son pays. Aucune opposition à Djibouti ne peut fonctionner. La société civile, les opposants… à Djibouti, pratiquement tout le monde est sous surveillance. Djibouti est un pays complètement fermé à la liberté, à la démocratie, aux élections... Ce que nous disons à Monsieur François Hollande c’est que Djibouti, représente, évidemment, un intérêt majeur et stratégique pour la France, avec le passage maritime et... la piraterie [qui] est surveillée. Nous comprenons donc que François Hollande ait besoin que la France – partenaire historique de Djibouti – soit toujours présente et il est normal que la France soit présente. Néanmoins, la France a tout à fait la possibilité de conseiller à son partenaire djiboutien pour qu’il ne favorise pas uniquement son clan et qu’il n’interdise pas la démocratie à Djibouti". 
Pour ce faire, il serait utile que la diplomatie française accepte de mettre en œuvre réellement une «approche globale», qui respecte l'équilibre entre les domaines, Démocratie et Etat de droit, Paix et sécurité, Economie et développement. En ce qui concerne la démocratie, la priorité serait évidemment à mettre sur la qualité des processus électoraux.
Ismaël Omar Guelleh n'a jamais été élu selon une élection démocratique, et à Djibouti, même l'Assemblée nationale n'est pas élue puisque le résultat a été totalement inversé aux législatives en 2013. Des élections municipales viennent d'avoir lieu qui n'ont aucun écho puisque elles n'ont aucun rapport avec la démocratie.
Faut-il encore s’appesantir sur François Hollande ? La question est maintenant de savoir quelle politique mènera son successeur. Le point de l'influence anormale et excessive de l'armée française est en suspens, parce que le soutien à la démocratie en Afrique n'est toujours pas mis en avant par des propositions concrètes incontestables, en particulier dans le domaine électoral. Dans ces conditions, après l'élection de 2017 en France, les décisions seront sans doute de plus en plus prises à Bruxelles, et, dans le domaine de la politique étrangère, les transferts de pouvoir continueront de se faire par défaut, faute de politique française adaptée à l'évolution de l'Afrique.
Régis Marzin,
article écrit et publié le 28 février 2017

lundi 27 février 2017

26 février 2017, Paris, Bobines Sociales, Alice Diop

Je passe dire bonjour aux ami-e-s à la fin du festival Bobines Sociales, à la Belleviloise à Ménilmontant. Lors de la dernière séance sont proposés les films d'Alice Diop, «Vers la tendresse» (2015, 39min), et «La Mort de Danton»
(2011, 64min).
Le premier, que j'ai vu déjà 2 fois en 2016, expose 4 récits de jeunes hommes, sur leur vie sentimentale, sexuelle ou amoureuse. Le second nous retrace l'expérience d'un homme en école de cinéma, originaire d'une cité, originaire d'où...?... peut-être un peu aussi du Cameroun, car un de ses amis intime l'appelle de bamiléké. Il est question un moment de l'hypothèse de voir jouer Danton par cet acteur de peau assez foncée, qui à l'écran est un tout petit peu jaune d'ailleurs ce soir, et des préjugés supposés des professeurs sur la question.
Alice Diop qui vient de recevoir un prix pour le premier des courts-métrages s'est décommandée au dernier moment. Patrick, l'une des 3 personnes filmées, est avec nous. Son point de vue est qu'Alice Diop présente une «universalité» au travers de quelques cas. Les expériences présentées n'ont pas été choisies pour représenter la banlieue et ne correspondent pas à un classement sociologique.
Le film a été projeté récemment à Saint-Denis, devant un public jeune qui a eu des difficultés à discuter d'homosexualité. Cela me rappelle une bande-dessinée que je viens de terminer, «Gouines à suivre», d'Alison Bechdel. J'ai lu ce livre avec un plaisir lié au fait que les histoires, extrêmement bien racontées, pourraient être vécues par des personnes de tous 'genres', la référence à une catégorie n'étant pas la seule chose intéressante. Patrick pense que les histoires racontées dans le court-métrage d'Alice Diop parlent de choses essentielles qui dépassent une quelconque catégorie.
La salle commence un peu à débattre de la question de la référence à ces «catégories». D'ailleurs, existe-t-elles toujours? Garçons de banlieue? Homosexuel-le-s et-ou bisexuel-le-s? «Noirs et arabes» ou de couleur foncée et originaires du Maghreb, d'origine kabyles, etc...? Une personne s'inquiète de l'«instrumentalisation» potentielle de «Vers la tendresse» dans un contexte de montée de l'extrême droite, et, une autre considère, à juste titre sans doute, que le film est suffisamment bien construit et pensé pour empêcher une mauvaise analyse. Il s'attaque aux préjugés.
Il aurait fallu pouvoir débattre un peu plus de la «La Mort de Danton» pour mélanger les réflexions sur plusieurs types de préjugés, de discriminations, de manière et de sentiments d'être, d'adaptations ou d'assimilations, d'histoires vécues... Débat à suivre... peut-être à Bobines Sociale 2018?
Régis Marzin,
article écrit et publié le 27 février 2017

samedi 4 février 2017

4 février 2017, Paris-Pantin, Tchad : 9e Commémoration de l’assassinat Ibni Oumar Mahamat Saleh

Les intervenant-e-s à la 9e Commémoration de la disparition d’Ibni Oumar Mahamat Saleh le 2 février 2008, à la Fondation Gabriel Péri, sont, de gauche à droite, Makaila Nguebla, célèbre journaliste en exil, Delphine Lecoutre, experte sur l’Union africaine et responsable bénévole sur le Tchad à Amnesty International, Thomas Dietrich, écrivain et aventurier, qui a organisé l’événement, Seidik Abba, journaliste au Monde Afrique, Roland Marchal, chercheur au CERI à Sciences Po, auteur d’un rapport édité en 2015, ‘Petites et grandes controverses de la politique française au Tchad’, et, absent de l'image, Brahim Ibni Oumar, fils benjamin du leader de l’opposition tchadienne assassiné par le président tchadien. Le député Gali Gata Ngothé a annulé sa venue. 
Delphine Lecoutre fait le point sur le dossier qui a été très défendu depuis le début par Amnesty. Arrivant en retard, je manque cette intervention, celle de Brahim Ibni Oumar et le début de celle de Roland Marchal.
Roland Marchal parle de la relation entre les états tchadiens et français les dernières années. Il souligne la violence de l’armée tchadienne au Tchad, citant un militaire français, pour qui il ne s’agit pas de soldats mais de guerriers. D’après lui, la lutte contre le terrorisme nécessite des armées qui sachent rassurer la population, ce qu’est incapable de faire l’armée tchadienne.
Il regrette en France : « la survalorisation de l’outil militaire qui signifie une fin de réflexion politique » (lire aussi ‘La politique africaine française sous influence militaire ?’, 7.7.13), posant problème dans la « structure », quand il y a « une incapacité des diplomates à jouer leurs rôles ». La relation entre le ministre de l’Afrique de Hollande, Jean-Yves le Drian, et chef d’Etat tchadien est restée au beau fixe pendant 4 ans 1/2, tandis que l’enquête en France, sur son assassinat n’avançait pas.
Seidik Abba prend un autre exemple qui illustre la proximité du ministre commercial en armement avec le président criminel. Sur l’affaire des votants militaires disparus pendant la présidentielle, alors que le lorientais passait à Ndjaména, le journaliste a pu entendre la conseillère du président français, Hélène le Gall signifier qu’« on avait pris acte » sans donner de suite. Il rappelle que Jean-Yves le Drian a interrompu ses vacances pour venir à l’investiture après le coup d’Etat électoral.
Thomas Dietrich intervient sur les droits humains. Makaila Nguebla continue sur ce sujet en remarquant que les media sont actuellement au plus bas au Tchad. Il constate que les chercheur-se-s français-e-s comme Roland Marchal ou Marielle Debos ne sont pas écouté-e-s comme il se devrait et que le député socialiste Philippe Baumel, qui contestait la relation avec le Tchad a été à cause de cela « ostracisé à l’Assemblée nationale », comme si le gouvernement ne supportait aucune critique à propos de son alliance avec le dictateur qui lui était utile dans sa lutte contre le terrorisme au Mali.
L’activiste Abdelkerim Yacoub ne compte pas sur la France et pense, lui, que l’affaire d’Ibni Oumar Mahamat Saleh est l’affaire du peuple tchadien.
Thomas Dietrich lit un texte en hommage. Une vidéo est aussi projetée qui indique qu’Ibni Oumar Mahamat Saleh était un opposant qui critiquait le pouvoir et les rébellions, s’étant éloigné des deux.
Thomas Dietrich lance le débat en présentant dans le public « son général », Mahamat Nouri, ancien chef des  rebelles de l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD), qui réside depuis cinq ans en France et dont des comptes viennent d’être gelés pour 6 mois par le gouvernement français. Paradoxalement, Mahamat Nouri reconnaît qu’Ibni Oumar Mahamat Saleh a été tué alors qu’il était pacifiste et opposé aux violences. Un peu plus tard, une personne du public affirme qu’Idriss Déby pensait que les rebelles « politico-militaires travaillaient pour Ibni Oumar Mahamat Saleh ».
Les questions du public renvoient sur la politique du gouvernement français sous Hollande. Roland Marchal voit « une continuité historique » sur plusieurs dizaines d’années avec des « changements de raisons » : d’abord, une alliance avec Déby « contre l’islamisation face à Khartoum », avec les rebelles au Soudan considérés comme des mercenaires d’El Beshir, puis un « containment de Khadafi », puis la lutte contre le terrorisme au Mali, le gouvernement français utilisant son « imagination pour justifier un soutien ».
A cela, il serait possible de répliquer que le fait que les raisons se succèdent ne fait pas qu’elles ne soient pas d’une certaine pertinence. L’argument ne sous-estime-t-il pas les qualités ‘logiques’, sans être éthiques, des raisonnements des 'stratèges' militaires et politiques français ? Ne faudrait-il pas insister sur le fait que l’armée française ne tient a priori pas du tout compte du fléau des dictatures en Afrique et de la nécessité d’une démocratisation ? Le leader actuel de l’opposition, Saleh Kebzabo, souhaiterait, lui, que le gouvernement français fasse la différence entre Déby et l’armée tchadienne>, sachant que l’opposition démocratique est, elle-aussi, très sensible aux arguments de Paix et sécurité en Afrique. Pendant le quinquennat d’Hollande, l’armée française et le gouvernement français n’ont pas montré qu’elle et il faisaient autre chose que de favoriser le maintien d’une dictature au Tchad. Le niveau de répression des libertés a pendant ce temps un peu baissé, alors qu’il remontait violemment à Djibouti, au Gabon et au Congo Brazzaville en 2015 et 2016.
Le chercheur se souvient que mi-2012, « Hollande a commencé par ne pas vouloir rencontrer le président tchadien, puis que les militaires ont influencé, et qu’il y a eu un enchainement rapide avec Serval au Mali et une logistique installée en 2 semaines, et que Déby s’est retrouvé au centre du jeu ». Seidik Abba indique que fin 2012, « alors que Déby n’était pas allé à Kinshasa, la DGSE et les miliaires l’ont persuadé d’envoyer un contingent au Mali », pour finir par avoir « open bar » à Paris.
Enfin, une rebelle exilée fait l’éloge du parti d’Ibni Oumar Mahamat Saleh, le Parti pour les Libertés et le Développement (PLD). Puis un homme en colère se disant appartenir à la rébellion le Front pour l'alternance et la concorde au Tchad (FACT), bombardée en décembre par le Général libyen Haftar, attaque verbalement violemment la France. Le général Nouri en profite dans signaler à l’auditoire qui se lève alors ,qu’il n’a pas de comptes en banque en France. La commémoration s’achève ensuite rapidement…
Régis Marzin
Compte-rendu écrit et publié le 12 février 2017

vendredi 27 janvier 2017

27 janvier, Aubervilliers : Qu'est-ce qu'on attend ?

« Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ? » dit la chanson. Le dernier film de Marie-Monique Robin, c'est « Qu'est-ce qu'on attend ?» pour ... être en transition, en transition comme le village d'Ungersheim. Les symptômes se déplacent dit le psy, et on a beau vouloir être heureux, il y a toujours quelque chose qui cloche quelque part. Mais en Alsace, il existe tout de même un village extraordinaire.  
Le collectif climat d'Aubervilliers organise cette projection-débat au cinéma le Studio à laquelle participe la réalisatrice. Selon Bernard, qui présente le film, « il y a souvent un réflexe d'aller vers l'Etat et les collectivités, alors qu'il est possible pour les gens et la société civile de se mobiliser pour interpeler et devenir une force de proposition.»
Le film présente la transition écologique, dans le bâtiment, l'énergie, les déchets, l'agriculture, l'alimentation, telle quelle a été mise en œuvre à Ungersheim, très inspiré par son maire, Jean-Claude Mensch. Celui-ci a patiemment réussi, pendant 20 ans, avec un groupe d'une cinquantaine de personnes motivées, à entraîner dans « un cercle vertueux » le reste du village de 2200 habitants. On sent une grande convivialité dans le village, avec un peu de fierté à participer à la construction d'un modèle.
Pendant le débat, Marie-Monique Robin propose de parler des « lanceurs d'avenir » comme on parle des lanceurs d'alerte. Elle évoque une « société post-croissance », le partage du travail, la décarbonation de l'alimentation, l'isolation thermique, l'exode urbain, et plus globalement de changement de paradigme face à une crise sociale, économique et écologique.
Elle observe la prise de conscience sur le climat, regrette que «la gauche soit encore très productiviste » et espère que les élections en France, puissent enfin faire avancer les choses, s'il y avait une alliance... Le documentaire tombe au bon moment pour parler des choses en sortant des simplifications liées à un ancien schéma de pensée basé sur une 'valeur travail obsessionnelle' et un mythe de croissance illimitée.
Régis Marzin, article écrit et publié le 1er mars 2017

jeudi 19 janvier 2017

19 janvier 2017, Aubervilliers, le Campus Condorcet en 2019 !

C'est en juin 2019 que doit s'ouvrir le Campus Condorcet, dont près des trois quarts seront à Aubervilliers près du Métro Front populaire, et dont le quatrième quart sera Porte de la Chapelle à Paris. Un dernier bout, la MSH existe déjà à Saint-Denis sur le site du Front populaire. Le campus en sciences humaines et sociales abritera 18 ou 19000 étudiant-e-s et 3500 chercheur-se-s. Il sera l'un des plus grand d'Europe. Le site regroupera 4000 étudiant-e- au niveau licence, 4100 au niveau master, 4800 doctorant-e-s, et 4200 enseignant-e-s chercheur-se-s.
Les responsables sont invités par la Mairie d'Aubervilliers pour présenter le Campus. Sont présents, aux côtés de Silvère Rozenberg, conseiller municipal déléguéà l'Urbanisme, Jean-Marc Bonnisseau et David Bérinque, respectivement Président et Directeur général du Campus Condorcet.
Selon eux, les recherches en sciences humaines et sociales doivent servir à aider à éviter des dérives liées à l'ignorance, aider à la décision, par exemple dans le domaine des migrations. L'idée est partie en 2007, du projet de déplacement de l'EHESS, et, il y avait pénurie d'espace pour les chercheur en intra muros.
Aubervilliers a donné le foncier. Le premier ministre a confirmé le projet en 2015. La région Ile-de-France a la maîtrise d'ouvrage pour certains bâtiments, mais l'essentiel sera géré en Partenariat Public Privé (PPP). Le contrat PPP, à Aubervilliers seulement, a été décidé en 2012. L'Etat paiera pendant 25 ans, un loyer à des sociétés privées. Les contrats ont été signés en 2016 avec, entre autres, Vinci pour la construction et Engie Cofely pour l'exploitation.
Les architectes principaux seront Elizabeth et Christian de Portzamparc, en particulier pour la bibliothèque de 14 millions d'ouvrages. Le campus abritera en plus des universités 1, 8 et 13, le CNRS, l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), l'Institut National d’Études Démographiques (INED), l'École Pratique des Hautes Études, l'École Nationale des Chartes. Il participera à la ville, sera ouvert sur la ville, sans aucune clôture. Plusieurs bâtiments seront ouverts au public en journée, en particulier le rez-de-chaussée de la bibliothèque. Un centre de colloques attirera du monde. Quelques bâtiments seront très hauts, par exemple la Cité universitaire de 17 étages, en respectant 40% d'espace au sol libres, dont 20% végétalisés. Le tramway T8 pourrait un jour être prolongé depuis Porte de Paris. Plaine Commune investit 4 millions dans l'aménagement des rues, en zone 30. Beaucoup de place sera accordée aux piétons et aux vélos.
D'octobre à décembre 2016, des rencontres citoyennes ont permis de définir 24 engagements négociés entre mairie et campus, dont des plantations d'arbres ou une priorité dans l'accès aux femmes à l'espace public. Abderahim Hafidi, conseiller municipal chargé de la Coopération internationale, de la Vie universitaire, et du Campus Condorcet Paris-Aubervilliers souligne la dimension nationale et mondiale du pôle universitaire.
La salle demande ensuite des précisions. Quelques personnes ont des inquiétudes concernant le très haut bâtiment et d'autres concernant le lien entre le campus et la ville. Est-ce que les routes et chemins à pied et en vélo vont être amélioré-e-s? La question se pose à peine car la campus arrivera en même temps que le métro. Cependant, l'aménagement du canal est encore à travailler, il est question de nouvelles passerelles. Le logement autour du campus créera aussi du lien. Catherine, chercheuse engagée, reconnaît que les professeurs auront au début peur de venir. Il reste aussi une prairie dont l'usage n'a pas encore été défini. Une personne demande des garanties pour des emplois en local. Une autre semble en vouloir aux mécaniciens en plein air. On lui répond qu'il y a des amendes. Un élu répond sur l'attractivité de la ville mais se 'trompe' selon mes critères dans ses références à des lieux, prouvant qu'il y a encore du travail à faire là-aussi.
Le débat est un peu frileux, clivé, sans enthousiasme, comme si plusieurs mondes se parlaient pour la première fois, le savoir, la parole facile, et l'argent d'un côté, des habitants peu habitués aux grands projets et aux grands discours, de l'autre, comme si une nouvelle réalité décalée s'inscrivait dans un espace par surprise. Qui est le plus intimidé ? Les cités de banlieue ne sont pas évoquées explicitement. Les élu-e-s locaux font leur maximum pour faire le trait d'union.
Quant à moi, en tant qu'habitant-chercheur en sciences politiques, en plus d'être journaliste-blogueur, je suis pour l'instant enthousiaste ! Au lieu que j'aille à l'Ehess, l'Ehess va venir près de chez moi, à 1 minute en métro de ma porte, merveilleux ! Une grande bibliothèque sera juste à côté. Il y aura des conférences. Il y aura des jeunes dans la ville, plus de vie, de débats intellectuels. Évidemment, on ne pas prévoir exactement comment cela va tourner, mais cela sera très intéressant d'observer les choses et sans doutes les mélanges de genres à venir. A suivre...
Régis Marzin, article écrit et publié le 2 mars 2017

19 janvier 2017, Paris, Centre Pompidou : Magritte

19 janvier 2017, exposition « Magritte. La trahison des images » au centre Pompidou su 21 septembre 2016 au 23 janvier 2017. Les peintures me semblent avoir un peu vieilli, peut-être parce qu'elles sont souvent très conceptuelles . Elles sont déjà assez célèbres, très adaptées au monde moderne et à ses multiples images publicitaires. Une fois un concept connu, il manque par la suite de surprise. C'est une statue qui me surprend le plus finalement, « La folie des grandeurs » de 1967.
Quelques temps auparavant, j'étais allé découvrir avec un ami, le Musée Picasso, à quelques pas de là, à la fin de l'exposition « Picasso-Giacometti, Dialogue entre deux maîtres ». J'y avais trouvé un peu plus de mystère et de richesse de style... Pour le souvenir.
Régis Marzin, post-souvenir écrit et publié le 1er mars 2017

lundi 16 janvier 2017

16 janvier 2017, Aubervilliers, Musulmans « ordinaires » d’Europe

Nilüfer Göle, sociologue et directrice d’études à l'EHESS,  auteure de "Musulmans au quotidien, une enquête européenne sur les controverses autour de l’islam", La Découverte, Paris, 2015, présente la conférence "Musulmans « ordinaires » d’Europe", organisée par le Campus Condorcet, au Lycée le Corbusier à Aubervilliers.
Nilüfer Göle a voyagé en Europe pour étudier les "controverses", en multipliant des échanges sur des thèmes comme le voile, les mosquées, ou l'alimentation halal.
Elle affirme sa volonté de sortir de la société du spectacle (Guy Debord), parce que le spectacle "empêche de se lier", de "soustraire la vie publique de la vie médiatique", parce que les gens ne se voient maintenant qu'au travers des media. Elle insiste sur l'idée de "surmonter le rejet et se familiariser avec l'autre, grâce au "potentiel créatif dans l'espace public", illustré par une présentation d’œuvres  artistiques questionnantes. 
Au début du débat, le politologue et élu local d'Aubervilliers, Abderrahim Hafidi, s'éloignant de la culture du consensus albertivilarienne, exprime fortement sa déception, parce que, pour lui, il faut se replacer dans "une histoire complexe de Napoléon à la guerre en Irak".
Une autre personne du public remarque que les technologies actuelles réduisent les distances entre les lieux géographiques. Nilüfer Göle voit plutôt les technologies en question, internet, comme un frein à la rencontre réelle avec une "familiarisation", entre les uns et les autres. Elle estime que "le rôle des intellectuels doit changer" et conclut sur son rôle de "traductrice".
Régis Marzin, 16.1.17, 22h45 

lundi 9 janvier 2017

9 janvier 2017, Aubervilliers : débat « le mal logement »

Le débat "le mal logement", avec comme principale intervenante la Ministre du logement, Emmanuelle Cosse, a lieu ce lundi à Aubervilliers au café culturel ‘le Grand bouillon’. Il a été organisé par Elisabeth Guigou, députée d’Aubervilliers et Evelyne Yonnet, sénatrice. Intervient également, Nancy Bouché, ancienne inspectrice générale de l’Equipement, actuellement en retraite mais toujours très active, qui a été Présidente du Pole national de lutte contre l'habitat indigne de 2002 à 2009.
Le débat doit parler des thèmes « habitat insalubre, marchands de sommeil, logement social », et en introduction, Elisabeth Guigou insiste sur l’habitat indigne et les marchands de sommeil.
Evelyne Yonnet indique que 10% du parc locatif privé en Seine-St-Denis est de l’habitat indigne. Aubervilliers a la particularité d’avoir beaucoup de logement d’une ou 2 pièces et de « propriétaires occupants impécunieux », au point que « les plus pauvres sont les propriétaires privés ». Elle rappelle les projets de rénovation urbaine des quartiers 4 chemins-Villette et Landy, et évoque des Plans de sauvegarde de copropriétés endettées. Le temps d’attente pour obtenir un logement social est de 8 ans. Elle signale la présence d’une Pension de famille ou Maison-relais.
Au Sénat, une loi présentée par Évelyne Yonnet et Jean-Pierre Sueur, est en préparation sur l’habitat indigne et les marchands de sommeil, en lien avec Emmanuelle Cosse. La sénatrice parle des lits superposés, des appartements avec entre 10 et 15 adultes et des enfants en plus. Quatre propriétaires ont été condamnés et un autre est proche de l’être. Paris a éradiqué son logement indigne mais cela a repoussé les « propriétaires malfaisants » vers la banlieue proche.
Emmanuelle Cosse était vice-présidente de la Région Ile-de-France chargée du logement avant d’être ministre. Elle constate que le ‘droit de propriété est très protégé’. Les éléments de langages sont nuancés : elle différencie les « propriétaires négligents » des marchands de sommeil, en constatant que « tous font de l’argent » et que la question est aussi « d’éradiquer le commerce de l’insalubre ». La loi Alur de 2014 prévoyait déjà une « police de l’insalubrité », avec des sanctions contre les marchands de sommeil, des blocages au niveau de la CAF, des « permis de louer », des « permis de division ». En ce moment, il y a des « divisions pavillonnaires avec une famille par pièce ». Concernant le parcours législatif de la loi, elle attend les réponses de la Cour constitutionnelle.
La ministre constate l’absence de relogement des DALOs (Droit au logement opposable) dans certains départements, dont les Hauts-de-Seine, 28% seulement, le Var, le Vaucluse, qui ne respectent pas la Loi relative à la solidarité et au renouvellement urbains (SRU), alors que Paris et le 93 relogent 90%. Elle redoute les projets du candidat Fillon. Il y a des problèmes dans 100 communes sur 3600. Elle « n’insiste pas sur les effectifs du Tribunal de Bobigny ».
Nancy Bouché regrette que les « sans-papiers soient les premières victimes », puis, se plaint de l’absence d’un site internet qui centraliserait toutes les informations sur l’insalubrité. Elle affirme que « contre les marchands de sommeil, le plus efficace, ce sont les travaux d’office », et qu’il faut « la police d’abord, la discussion après, et non pas l’inverse », comme cela semble être le cas très souvent.
Pendant le débat, le Maire de Pantin, Bertrand Kern, regrette « un droit de propriété trop fort, qui bloque les projets des mairies contre les marchands de sommeil, qui, eux, multiplient les procédures pour gagner plusieurs années, avec des loyers au noir ».
Emmanuelle Cosse indique que, grâce à la loi SRU, avec les 25% de logements sociaux, il y a un enjeu de 700 000 logements. Elle signale un besoin qui grossit de logement pour les retraités, des difficultés dans les successions en indivision, le manque de magistrats et d’officiers de police judiciaire associés. Elle souhaite des brigades spécialisés. Elle regrette, citant l’arrivée de la Ligne 12 à Aubervilliers, le « phénomène d’éviction des populations les moins favorisées » (sous-entendu « par un phénomène de « gentrification » »).
En conclusion, Elisabeth Guigou propose de commencer par rencontrer en délégation le président du Tribunal de Bobigny.
Le débat montre l’importance d’Aubervilliers, ville à la fois pauvre et proche de Paris, dans les débats législatifs. Plusieurs personnes félicitent Evelyne Yonnet pour ses efforts sur le terrain et au sénat.
Régis Marzin

Compte-rendu écrit et publié le 11 janvier 2017

dimanche 8 janvier 2017

7 janvier 2017, Nancy, Gabon : en attendant le parlement européen…

La conférence s’intitule "De Nairobi à Strasbourg : quelles perspectives et quels acteurs (nationaux et internationaux) pour la paix et la démocratie au Gabon?". Elle a lieu à Vandœuvre-lès-Nancy, ville universitaire de 35000 habitants accolée à Nancy, entre Paris et Strasbourg, pas très loin du Parlement européen. Dans quelques jours, au Parlement européen, aura lieu, enfin !, le débat et le vote d’une résolution sur le coup d’Etat électoral dont a été témoin la Mission d’Observation européenne (MOE-Ue) dirigée et contrôlée par des parlementaires.
Les intervenant-e-s sont, de gauche à droite, Scheena Donia, du bureau du Conseil des Gabonais de la Résistance (CGR), El Ali Ibrahim, activiste à Paris, Laurence Ndong, auteure du livre « Gabon, pourquoi j’accuse », Séraphin Moundounga ex ministre de la Justice gabonais, qui a démissionné du gouvernement le 5 septembre 2016, et moi, journaliste-chercheur auteur d’un bilan 2016 des élections en Afrique.
La conférence a été organisée par Laurence Ndong. Le conteur Chyc Polhit l’anime. Deux musicien-ne-s introduisent l’après-midi par un court spectacle. La mairie de Vandœuvre-lès-Nancy accueille chaleureusement l’événement, et, est représentée par le maire-adjoint, Jean-Paul Bernard.
Je commence par le bilan de l’année 2016, pic électoral avec 14 présidentielles, dont 7 en dictatures, et 10 législatives, contextualisé dans l’historique de la démocratisation du continent africain depuis 1990. Le coup d’Etat électoral gabonais a eu lieu après les coups d’Etats électoraux du premier semestre au Congo Brazzaville, au Tchad et à Djibouti.
En 2017, trois dictatures changent d’état et passent en statut ‘instable’ : la RDC arrive dans une vraie transition vers la démocratie, la Gambie va vers une chute possible de son dictateur ubuesque, la Gabon reste en crise électorale de haute intensité. Le Tchad, en banqueroute, avance d’une autre manière, vers l’inconnu. L’année 2017, sera donc une année de gestion des crises électorales, alors que 2016 avait d’abord montré l’indifférence et l’hypocrisie de la communauté internationale et africaine face aux coups de forces des dictateurs.
L’enjeu augmente en Afrique centrale, dans laquelle, l’absence de dates pour les législatives au Congo Brazzaville, au Tchad, et au Gabon, est la preuve d’une crise électorale régionale dont la logique dépasse celle de chaque crise nationale. Cette crise régionale met la communauté internationale et africaine devant ses responsabilités : prévenir vaudrait mieux que d’agir a posteriori. Le levier d’action est connu : exiger la qualité technique des processus électoraux par un une pression politique ferme.
Puisque l’Union africaine en reste toujours à soutenir les dictateurs, il est recommandé de ne pas appliquer les principes de complémentarité et de subsidiarité entre Onu, Ue et Ua, au profit des dictateurs. Le coup d’Etat électoral au Gabon met l’accent sur la relation Ue-Ua à réformer à plus long terme. La Mission d’observation européenne au Gabon a mis en évidence que les missions d’observations européennes étaient instrumentalisées par les dictatures, alors que les missions de l’Ua ne servent pour l’instant à rien si ce n’est à soutenir les régimes. La politique européenne de soutien à la démocratie est en jeu, y compris au niveau de l’Accord de Cotonou.
Le revirement de la communauté internationale et africaine au Gabon, face à Ali Bongo et à Idriss Déby venu le soutenir, s’est en grande partie fait, quand, pendant l’Assemblée générale de l’Onu, les acteurs influents au Gabon ont mis la priorité sur la RDC en enlevant la pression sur la Cour constitutionnelle gabonaise. Aujourd’hui, l’influence démocratique en RDC a tendance à jouer négativement au Gabon, il serait sans doute possible d’agir à ce niveau.
Scheena Donia présente le Conseil des Gabonais de la Résistance (CGR) qui les derniers mois a mené la lutte sur Paris, en coordonnant les activités de la diaspora. Elle insiste sur la non-violence et sur la multiplicité des actions possibles. En ce moment, celle-ci se mobilise autour de la résolution du parlement européen et de la Coupe d’Afrique des nations (Can) qui va commencer au Gabon. Une manifestation aura lieu à Strasbourg le mercredi 18 janvier, la veille du débat au parlement le jeudi 19. Le CGR invite les diasporas des autres pays à se joindre à cette manifestation. Au Gabon, la lutte va s’intensifier pendant la période des matchs de foots.
El Ali Ibrahim parle lui aussi des méthodes d’actions. Il évoque à la fois Gene Sharp, Gandhi et Mao Tsé Dong trouvant des actions stratégiques alternatives. Au Gabon, cela revient par exemple à dialoguer avec les militaires, comme Sams’K le Jah, du Balai citoyen au Burkina parlait constamment aux policiers, qui, ensuite, n’ont pas tiré sur les manifestants pendant la révolution. Il souligne la culture légaliste de Jean Ping, issu du milieu diplomatique, et pense qu’Ali Bongo craint la CPI en cas de violence face à une manifestation dans la rue. Il signale que pour la CAN, Ali Bongo voudrait remplir les stades d’enfants emmené-e-s des écoles. Il craint que pour se bouger, « chacun attende quelque chose de l’autre ».
Laurence Ndong explique ce qui s’est passé à Nairobi, quand les parlementaires européens ont voulu mettre dans une résolution sur le Gabon l’exigence d’un recomptage. Il y avait peu d’espoir que cela passe. Elle présente ensuite la ‘gouvernance au Gabon’ : « la kleptocratie, le clientélisme, le népotisme, la déperdition des valeurs, la paupérisation de la population, l’éducation négligée, avec 18,5% de bacheliers en 2015 et 14,7% en 2016 ». Elle cite le chanteur camerounais Valséro parlant de « régime de conservation du pouvoir, d’immobilisme, de zombification, d’endoctrinement » quand le régime veut faire croire à la « population qu’elle ne peut rien faire ». Elle remarque que les églises contribuent aussi à rendre des gens passifs.
Séraphin Moundounga revient sur le thème de la conférence « quelles perspectives et quels acteurs (nationaux et internationaux) », en soulignant, comme il l’avait fait le 16 décembre à Paris, que « l’action internationale se déroule en appui des actions des gabonais », et « en fonction des évolutions ». Il rappelle avoir été victime de plusieurs tentatives d'assassinat début septembre, qui l’ont poussé à l’exil. Il explique son parcours, en évoquant les prisons et les crimes rituels. Il signale que des réformes, dont « la prescription après la majorité pour les viols », ont été bloquées. Surtout, il indique que « le code pénal protège les militaires des crimes », au travers d’une procédure inapplicable basée sur les 2 uniques « magistrats du 7e groupe », « sans différence entre siège et parquet ». Cette procédure permettaient que les crimes de la présidentielle de 2016 soient possibles.
Il précise les faits à ‘Nairobi’. Il y avait 77 parlementaires européens et 77 des ACP. Les européens posaient deux questions : celle du recomptage et celle d’une mission d’enquête internationale. La réponse au deux propositions a été négative. Les députés gabonais ont fait le maximum pour l’empêcher. Les parlementaires européens pourraient maintenant rédiger une résolution demandant des sanctions, sans doute ciblées comme en RDC, à l’exécutif européen et au Conseil européen. Cela suivrait logiquement les rapports des missions d’observation, celui très dur de l’Ue, publié le 12 décembre (rapport pdf 66p), et même celui de l’Ua, pour lequel il n’y a pas eu de communication officielle. Il rappelle également la Responsabilité de protéger de l’Onu.
Il conclut sur le « droit de désobéir », par exemple si « les enfants sont envoyés à la CAN », puis par une citation d’Etienne de la Boëtie issue du ‘Discours de la servitude volontaire’ de 1574 : « … tous ces peuples qui se laissent promptement allécher à la servitude, pour la moindre douceur qu'on leur fait goûter. C'est chose merveilleuse qu'ils se laissent aller si promptement, pour peu qu'on les chatouille. Le théâtre, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes curieuses, les médailles, les tableaux et autres drogues de cette espèce étaient pour les peuples anciens les appâts de la servitude, le prix de leur liberté ravie, les outils de la tyrannie. Ce moyen, cette pratique, ces allèchements étaient ceux qu'employaient les anciens tyrans pour endormir leurs sujets sous le joug. » Je traduis : Ali Bongo pense y arriver à l’ancienne, avec un vieux logiciel périmé.
Le débat est réduit au minimum faute de temps. Un activiste revient sur les modes d’actions, sur un mélange possible des méthodes. Un autre présente les « marches numériques » qui ont déjà du succès. Séraphin Moundounga a le mot de la fin. Il invite à « solliciter le soutien européen » en argumentant sur la « paix assise sur la démocratie » en Afrique.
Régis Marzin
Article compte-rendu écrit et publié le 8.1.17

vendredi 16 décembre 2016

16 décembre 2016, Paris, Gabon : conférence sur la crise post-électorale

Paris XIe, Espace Hermès, vendredi 16 décembre, 19h30, une conférence-débat a été organisée par des membres de la diaspora gabonaise sur « la crise post-électorale gabonaise » pour présenter « témoignages, expériences et perspectives ». Les intervenants sont le syndicaliste Jean Rémy Yama, Alfred Nguia Banda, et l’ancien ministre Séraphin Moundounga. Jean Remy Yama est le président de la Dynamique Unitaire, le principal syndicat des fonctionnaires. Il a passé 89 jours en prison entre le 8 juillet et le 6 octobre pour aucune raison valable si ce n’est son combat contre la dictature.
Alfred Nguia Banda, ancien directeur général de la Société gabonaise d’entreposage de produits pétroliers (SGEPP), a quitté le Parti démocratique gabonais (PDG) d’Ali Bongo pour créer le 30 avril 2016 son parti, le Rassemblement républicain et socialiste. Passé dans l’opposition, le 23 septembre, il a dû fuir le Gabon précipitamment pour ne pas être arrêté.
Séraphin Moundounga a été ministre de la Justice et second vice-Premier ministre de 2014 à 2016. Le 5 septembre 2016, il a démissionné du gouvernement afin de protester contre l’absence de recomptage des votes du scrutin du 27 août. Il affirme avoir été victime d’une tentative d'assassinat le 7 septembre, qui l’a poussé à l’exil.
Les 3 intervenants ont donc été victimes de la répression autour du second coup d’Etat électoral d’Ali Bongo. Jean Rémy Yama, est en liberté provisoire, toujours accusé de « délit d'attroupement non armé ayant troublé l'ordre et la tranquillité publics », il a pu quitter le Gabon pour « raison de santé ». Les deux autres sont maintenant en exil politique. Séraphin Moundounga précisera ensuite qu’il ne pouvait pas empêcher l’arrestation de son voisin Jean Rémy Yama en raison de la « séparation des pouvoirs ».
Jean Remy Yama explique qu’il a créé le mouvement les Témoins actifs en juin 2016 pour surveiller le processus électoral, sans craindre la répression car « on ne peut pas mener un combat si on peur de la prison ou de la mort ». Quatre leaders de Dynamique Unitaire ont été emprisonnés. Il insiste sur la non-violence, et termine en demandant à la diaspora de ne pas faiblir.
Alfred Nguia Banda raconte sa fuite, pendant laquelle il a été blessé au pied d’une double fracture, et revient sur d’autres exemples de la répression. Il cite 3 noms de colonels de l’armée. Il affirme que la répression continue. Il juge que le Haut-Ogooué est pris en otage.
Séraphin Moundounga développe une analyse sur l’Accord de Cotonou qui lie le Gabon et l’Union européenne (Ue). Il explique la logique des articles 8, 9 et 96 et le processus qui démarre en cas d’ouverture d’une consultation. Un document sur une réunion à Libreville sur ce sujet vient de circuler sur les réseaux sociaux mais ce document après vérification après la conférence ne paraît pas fiable. Le ministre exilé demande une enquête internationale indépendante sur les violations des droits humains, des réformes pour une justice plus indépendante, une Commission électorale (Cenap) et une Cour constitutionnelle indépendante, des réformes pour les élections futures.
Il approuve le fait que le débat sur les législatives ait été rejeté. Concernant la présidentielle, il propose de revoter dans le Haut-Ogooué et dans le 2e arrondissement de Libreville, ou de rayer les résultats de ces 2 zones, ce qui dans les deux cas confirmera la victoire de Jean Ping, ou, troisième option, une transition allant vers une élection anticipée sous protection internationale. Il invite à continuer les démarches vers l’Ue, l’Onu, les différents pays européens et africains.
Le débat avec la salle porte surtout sur l’Union européenne et l’accord de Cotonou. Il est question des difficultés dans une procédure et des sanctions selon l’Accord de Cotonou. Le Gabon pourrait supporter des sanctions européennes mieux que le Burundi. Séraphin Moundounga a aussi étudié l’échec des sanctions au  Togo et les sanctions ciblées actuellement en RDC.
L’ex-ministre de la Justice précise qu’il ne s’agit pas d’attendre la procédure européenne, qui viendrait en appui au principal, les actions des gabonais. Il évoque le livre « De la dictature à la démocratie » de Gene Sharp (1993), très lu au Gabon, parce qu’il décrit des méthodes d’action non-violente. Concernant l’Onu, Séraphin Moundounga souhaite aussi que l’on parle de sa Responsabilité de protéger.
Régis Marzin,
Compte-rendu écrit et publié le 30.12.16

mardi 13 décembre 2016

13 décembre 2016, l'Elan dans la nuit sauvage parisienne

Cette photo n'est pas très bonne mais elle résume bien la soirée de ce mardi, au Bus Palladium près de Pigale. Il y a un Elan dans le fond et ce n'est pas normal. Il y a aussi un bassiste déchaîné qui est aussi le réalisateur sans doute tout aussi déchaîné du film l'Elan, qui doit être un film assez fantastique dans son genre. Ce film va sortir en salle le 28 décembre et c'est tout de même un peu normal qu'il y ait une soirée de promotion. Lui, c'est Etienne Labroue et les autres autour ce sont les chanteurs et musiciens du groupe Les Producteurs de Porcs, avec le guitariste chanteur et tireur de photo argentique, Marc Upson. 
Vous aurez commencé, là, à vous rendre compte que cet article est exceptionnellement sur ce blog, un peu publicitaire, mais néanmoins punk, enfin disons plutôt punk-rock et terriblement joyeux, tout à fait en décalage avec la désolante fébrilité dépressive pré-électorale hivernale. 
Au programme de cette soirée publicitaire parisienne, donc, quelques privilégié-e-s ont pu admirer le mystérieux Étienne Charry, Tony Truant et ses Solutions Du Gay Paris, qui ont interprété la "chanson de l'Elan", et Les Producteurs de Porcs, plus de nombreux invité-e-s, dont les actrices du film,Aurélia Petit et Délia Espinat-Dief, ou encore Jean-Pierre Morgand sur scène pour une irrécupérable version de "La nuit est chaude, elles est sauvage". 
A noter, le tube de l'hiver "les fachos font chier", et une reprise furieuse des Beatles jouée au double de la vitesse normale, puis la chanson finale "Fight for your right (to party)" des Beasty Boys. Une soirée de réjouissances ... en attendant le film en salle. 

lundi 12 décembre 2016

12 décembre 2016, Aubervilliers, modèle d’intégration ?

Ce lundi soir se déroule à Aubervilliers, la 4ème conférence du cycle « Mobilité et migrations dans le monde et l’histoire » du Campus Condorcet. Patrick Simon de l’Institut national d’études démographiques (Ined) intervient sur le thème ‘le modèle d’intégration et la France multiculturelle’. Il a remplacé Cris Beauchemin qui n’a pu venir et avait proposé de parler des ‘Migrations d’Afrique subsaharienne’. Patrick Simon est co-auteur, co-directeur, avec Cris Beauchemin et Christelle Hamel en 2010 de ‘Trajectoires et Origines. Enquête sur la diversité des populations en France’, dont il présentera des données et des conclusions.
En introduction, le chercheur indique que « la France est devenu une société multiculturelle, et que ce n’est plus une question ». Il retrace ensuite l’histoire de l’immigration, pour arriver aux années 80, pendant lesquelles l’intégration est conçue comme une synthèse entre assimilation et insertion, entre assimilation et société multiculturelle, dans un compromis après négociation. Ensuite les débats iront sur les questions de ségrégation, de communautarisme, de reconnaissance du pluralisme, pour arriver en 2016 à nouvel équilibre de questions autour  de l’assimilation, de l’identité nationale, de la laïcité et des valeurs républicaines, avec des discours tels que ceux autour de la « théorie du grand remplacement ». Il explique que cela est passé d’un discours sur les difficultés, la pauvreté, à un discours sur des « minorités menaçantes » avec un débat sur l’Islam.
Viennent ensuite des chiffres importants tirés de l’enquête de l’Ined de 2008-2009 précitée. Elle distingue « immigrés, descendants d’immigrés, originaires des DOM, et population majoritaire » : France : immigrés 10%, descendants d’immigrés12%, originaires des DOM 2%, et population majoritaire 76% ; Ile-de-France : immigrés 21%, descendants d’immigrés 18%, originaires des DOM 3%, et population majoritaire 58% ; Seine-st-Denis : immigrés 39%, descendants d’immigrés 28%, originaires des DOM 8%, et population majoritaire 25%. Pour la France, il indique aussi d’autres chiffres : 5,7 millions d’immigrés soit 8,7% et 6,7% de descendants soit 10%. Sur l’origine, il donne : Maghreb 4% pour la France, 14% pour l’Ile de France et 28% dans le 93, Afrique subsaharienne 2% pour la France, 7% pour l’Ile de France et 12% pour le 93.
Il continue sur la ségrégation au travers de la concentration dans des quartiers défavorisés, les taux de chômage. Puis il est question du sentiment d’être discriminé. Une autre enquête a eu lieu en 2015 en Ile-de-France, qui montre une forte augmentation du sentiment d’être discriminé.
Patrick Simon embraye ensuite sur quelques points : l’apprentissage de la langue fonctionne assez bien selon lui, les relations sociales aussi, le mélange dans les couples aussi. Au niveau de la couleur de la peau, cela se mélange plus qu’aux USA. Cela se mélange beaucoup moins entre religions, y compris pour les athé-e-s. Il considère que le sentiment d’appartenances multiples augmente. Je remarque qu’il oublie alors de parler du sentiment d’être d’une province, d’un pays, d’une ville, et surtout d’être européen ou citoyen du monde. Les questions ont aussi portés sur l’« altérisation », au niveau de la reconnaissance par les autres. Les musulmans sont à 54% immigrés, 39% descendants, 5% de la population majoritaire, et 30% se définissent par la religion. La religiosité est plus importante pour les musulmans et juifs. Il évoque le chômage maximum pour les femmes avec voile.
En conclusion, le chercheur constate la « singularité française d’une frontière invisible », qui touche « l’emploi, le logement, le pouvoir », dans « une ouverture en apparence, et, un blocage en pratique ».
Le débat, avant un peu de musique, est très court. L’élu local Abderrahim Hafidi prend en premier la parole, constate qu’il y a eu 3500 rapports depuis 30 ans, pose la question du rôle de l’Etat, dénonce « la tromperie sur l’intégration », puis évoque un « conflit de mémoire, un passé qui ne passe pas ». Quelqu’un demande ensuite le droit de vote des « immigrés ».  
Patrick Simon termine en signalant qu’il ne produit pas de préconisation pour les politiques. Il regrette  que beaucoup d’entre eux se basent sur des « suppositions sur l’opinion publique » fausses. Il rappelle la distinction entre immigrés et étrangers. Il remarque enfin que s’il y a spécificité française au niveau de la laïcité, il y a dans le reste de l’Europe des partis politiques équivalent du Front national qui tournent aussi autour de 20%.
La conférence et le débat ont été assez consensuels, comme souvent à Aubervilliers, ville à culture locale consensuelle, comme chacun sait, au contraire de Saint-Denis ou de Montreuil. Je remarque à la fin dans les transparents des éléments de langage qui n’ont pas été employés et qui auraient pu faire débat, en particulier « division ethno-raciales » et « racialisation », un peu plus dans le style de Saint-Denis branché sur les universités américaines.
Il y a eu beaucoup de données mais il pourrait y en avoir beaucoup plus encore. Les questions des enquêtes comportent déjà un point de vue, et, par exemple, ne laissent-elles pas croire que la culture multipolaire et diversifiée mais aussi assez ‘pauvre’ d’une ville globalement discriminée n’est pas porteuse d’une identité valorisée par des individus ? Certes, l’époque est à l’inquiétude dépressive française et tous les événements ne se terminent pas une danse avec le public, comme le 12 novembre, lors de la journée «Port Refuge», très bien organisée par les services de la ville. Pour finir, la musique classique était ce soir un peu tristounette.
Article écrit et publié le 18 décembre 2016

mardi 29 novembre 2016

28 novembre 2016, Aubervilliers, Politique migratoires et droit de l’homme

Les conférences du Campus Condorcet donnent ce lundi la parole Danièle Lochak professeure émérite de droit public à l’Université de Nanterre et membre du Groupe d’information et de soutien des immigrés (GISTI), dont elle a été présidente entre 1985 et 2000. L’intitulé de la conférence est ‘Politique migratoires et droit de l’homme : une conciliation impossible’.
Danièle Lochak explique une série de violations des droits humains et de problématiques juridiques. Ce sont les lois Pasqua qui avait enlevé la sécurité sociale aux sans-papiers qui avaient provoqué la création de l’Aide médicale d’Etat (AME), menacée en ce moment. Actuellement la durée de détention sans voir un juge est de 48h.  Les contrôles d’Identité au faciès posent problème. Il y a une multiplication de fichiers dont le Système d’Information Schengen (SIS), les enquêtes policières à domicile contre le regroupement familiale et les faux mariages. La carte pluri-annuelle augmente la précarité. La liste des délits pénaux et des incriminations augmentent, par exemple sur la paternité de complaisance ou les délits de solidarité transformés en accusations diverses. Elle reproche à l’Union européenne de ne pas faire ce qu’elle dit en tenant à distance les migrants, et de causer des atteintes aux droits humains touchant le droit à la vie. Elle condamne l’externalisation de la politique migratoire dans les pays tiers, en particulier la Turquie, le filtrage de Schengen, la politique des visas et des visas de transit, les amendes de 5000 euros aux compagnies aériennes qui laissent passer un sans-papier, Frontex qui a déjà bloqué le passage aux canaries, à Gibraltar, à Lampédusa, essaye de bloquer en Méditerrannée, complique les passages et provoque des morts dans le Sahara, en Méditerranée, les viols et la torture dans les camps libyens, le tri avant refoulement sur les bateaux de Frontex, les accords de réadmissions et la pénalisations des sortie de territoires en Algérie et au Maroc qui remet en cause le droit d’asile, le processus de  Khartoum pour la Corne de l’Afrique, les centre d’accueil en Erythrée, au Soudan et en Ethiopie, le blocage des libyens par l’Ue depuis 2011, l’absence de réalisations des objectifs d’accueil des syriens, alors que Erdogan va faire comme Khadafi en lâchant de temps en temps des salves de migrants, la destruction du camp de Calais, le nouveau Centre humanitaire de 400 places ouvert à Paris, l’accord de Dublin avec la référence aux pays d’entrée en Europe, la remise en cause du droit d’asile pour les afghans, syriens, soudanais, érythréens, dans l’hostilité aux étrangers, l’absence de capacité d’accueil pour les réfugiés, l’irrespect des procédures d’accueil.
Elle souligne qu’en ce moment des soudanais sont expulsés de la France vers le Soudan. Il pourrait y avoir une différence de faite entre mélange de faim, de dictature et de guerre au Soudan, et dictature la plus dure d’Afrique en Erythrée.
Danièle Lochak demande tout simplement la libre circulation. Elle souligne l’effort d’Angela Merkel (en cherchant après le débat les chiffres : 600 000 réfugiés syriens dont 429 000 en 2015). Elle trouve que la distinction entre asile et autre cause de départ est une « distinction problématique ». Elle pense que quelque soit les barrières les gens partent d’Afrique ou d’ailleurs. Elle dénonce la pensée unique depuis l’arrivée du FN dans le débat. Elle regrette que le gouvernement PS qui se dit « ferme avec humanité » préjuge de l’opinion publique et en rajoute, en allant vers une défaite électorale, puisque « l’on préfère l’original à la copie », et que le parlement européen depuis qu’il a plus de pouvoir a changé de position sur les migrations, comme quoi le pouvoir pousserait à un basculement de position.
La salle semble assez d’accord et personne ne réagit de manière critique. Pendant le débat, des élu-e-s d’Aubervilliers se demandent quoi faire avec afghans et les érythréens. Danièle Lochak pense qu’ils finiront par se perdre dans la nature et ne seront pas renvoyer. Un ancien élu communiste remarque que l’on parle de l’immigration pauvre et réclame qu’on s’engage politiquement au-delà des questions de droits humains.
Et pour finir, de manière surréaliste, les élèves du conservatoire, Ambroise, Jérémy et Olga nous joue et nous chante un peu de Schubert.
Que dire ? C’est délicat. Il n’y a pas eu de débat contradictoire. La position de Danièle Lochak est ancienne, elle est morale et idéologique, même s’il s’agit de droit et de faits très concrets, mais elle est aussi en décalage avec la réalité. Par exemple, la politique européenne est bien plus complexe, intelligente, ancrée dans une dimension géopolitique, qu’elle ne l’insinue. Dans cette complexité, il y a des manques, des contradictions, à analyser de manière dialectique. Refuser en 2016 de distinguer les réfugiés économiques des réfugiés politiques, pour privilégier la solidarité, c’est prendre le risque de refuser l’analyse plus fine des causes des migrations, qui est inévitable et est déjà largement commencée, dans l’objectif de construire des solutions face à une variété de situations. La politique migratoire a déjà commencé à se rationnaliser au niveau européen, avec des conséquences plus en Afrique qu’au Moyen-Orient. L’échelle française perd de son importance. Jusqu’à Aubervilliers, les conséquences des nouvelles règles se feront sentir, les pays d’origines des arrivants varient. Après la vague ivoirienne, tunisienne, égyptienne de 2011, il y a eu les arrivées de Soudanais, d’Afghans, d’Irakiens, d’Erythréens. De nombreuses décisions en lien avec ces vagues ont déjà été prises et cela va continuer, même s’il y a beaucoup d’impuissance face à des situations désastreuses. Il y a aussi un mélange des domaines de la politique migratoire européenne et de la politique de défense commune. La politique de défense commune marque un tournant historique pour l’Europe. Trop de choses ont déjà commencé à changer, en fonction de données historiques, économiques, politiques, pour pouvoir rester sur l’idée de la « libre circulation ».
Régis Marzin
Journaliste indépendant, 29 novembre 2016

dimanche 27 novembre 2016

26 novembre 2016, Paris, Gabon : 'la mécanique du népotisme'

Ce samedi26 novembre, je suis invité au Tarmac par le metteur en scène de théâtre Thierry Blanc, à un événement mixant lecture et discussion sur la présidentielle gabonaise, dans le cadres de la série des Tarmac diplomatiques, en partenariat avec le Monde diplomatiques et les Amis du Monde diplomatique.
J’y interviens comme journaliste et chercheur sur les élections en Afrique, travaillant sur le Gabon, avec Laurence Ndong, militante de la diaspora gabonaise à Paris et participante de la campagne Tournons la page.
Thierry Blanc commence par lire l’article du journaliste Olivier Piot du Monde diplomatique d’octobre 2016 ‘Au Gabon, la mécanique du népotisme s’enraye.’ Il finira ensuite la séance par une lecture d’un écrivain gabonais.
Dans la discussion, il s’agira surtout de mieux expliquer ce qui s’est passé lors de la présidentielle gabonaise. L’inversion du résultat est assez évidente, même pour un public parisien.
Nous revenons sur le bilan humain, sur l’impossibilité de dresser un bilan des victimes. Je remarque qu’il faut se méfier de la norme des ONG qui voudrait que l’on connaisse exactement les informations sur les crimes alors que le pouvoir fait tout pour que cela soit impossible à faire. Je souligne que les media français, même défavorable à Ali Bongo, n’ont pas fait une communication normale sur les victimes, semblant suivre les diplomates. Une hypothèse est aujourd’hui que les diplomates ne souhaitaient pas au Gabon entrer dans l’engrenage des enquêtes sur le bilan des victimes et des sanctions associées, comme si cela les amèneraient trop loin dans une logique de confrontation avec les dictateurs africains, à l’heure des attaques de la CPI par ces dictateurs.
Les questions sont beaucoup sur la partie de l’arbitrage international du conflit électoral. C’est là que les choses changent, mais puisque les choses changent paradoxalement dans la continuité, en particulier au niveau de la diplomatie française, il est nécessaire d’en analyser les détails.
Bien que l’on n’ait pas eu le temps d’approfondir, il a été possible de dire l’essentiel. Par exemple, entre l’Union européenne, l’Union africaine et les Nations-Unies, il y a un protocole de gestion des crises qui donne la priorité à la gestion la plus proche, à une priorité au principe de souveraineté nationale élargi géographiquement aux institutions supranationales, par des principes de subsidiarité (l’Onu donne la priorité à l’Ua) et de complémentarité (l’Ue donne la priorité à l’Ua).
Un nouveau coup d’Etat électoral a été possible au Gabon, parce que ces deux principes ont été détournés pour permettre une solidarité entre dictateurs, comme cela s’était déjà produit au Togo en mai 2015. Idriss Déby a pu intervenir au niveau de la Cour constitutionnelle gabonaise avec de la fausse légalité et de faux juristes eux-mêmes impliqués dans d’autres coups d’Etat électoraux, parce que l’Ue a accepté sous contraintes de laisser la priorité à l’Ua, même si le président de l’Ua Idriss Déby intervenait pour ses intérêts personnels comme ceux d’autres dictateurs. Et l’Ue a cédé parce que le débat a eu lieu, de manière non transparente, lors d’une Assemblée générale de l’Onu, alors que la priorité a été donnée lors de cette assemblée au Congo Kinshasa.
C’est justement pour cela que le débat n’est pas clos et qu’il sera difficile de faire taire les témoins européens. Le rapport de l’Ue est attendu pour le 7 décembre. Sa diffusion a été retardée parce que l’enjeu est important pour l’Ue. Il n’est plus possible de faire semblant, une plus grande confrontation avec l’Ua et les dictateurs est maintenant difficile ou impossible à éviter. Soit l’Ue dit la vérité entière sur le Gabon, soit elle se couche, et dans ce cas sa politique de soutien à la démocratie en Afrique risque de s’écrouler, de devenir totalement inopérante.
Car, ce n’est pas seulement l’inversion du résultat d’une élection gabonaise qui est évidente, c’est surtout le blocage de la démocratisation de l’Afrique depuis 2005 et l’inefficacité des outils conçus au début des années 2000, l’Accord de Cotonou de 2000 entre l’Ue et les pays africains, sur le lien entre aide et démocratisation et Etat de droit, la Cour pénale internationale de 2002, très fragilisée, surtout dans le domaine électoral, depuis l’instrumentalisation françafricaine en Côte d’Ivoire en 2011, et la Charte  africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance de 2007, constamment foulée du pied.
En particulier, un tabou est maintenant brisé au niveau de l’observation des élections : les missions d’observations européennes n’étaient acceptées dans les dictatures que si elles étaient neutralisables par les pouvoirs en place. Dans le cas contraire exceptionnel, survenu au Gabon suite à l’alliance de l’opposition gabonaise 15 jours avant le scrutin, l’Union européenne se retrouve enfin face à une responsabilité qu’elle ne peut fuir sans dommages. Et pour l’Ue, continuer en transférant plus de responsabilités dans l’observation à l’Ua serait irresponsable.
La partie internationale et africaine de la confrontation gabonaise n’est pas l’unique canal de la lutte pour la fin de la dictature au Gabon. Il y a aussi les lentes procédures judiciaires, la stratégie des partis politiques en ce qui concerne les législatives, et bien sûr la mobilisation populaire, à la fois dans les grèves, les villes mortes et le potentiel des manifestations dans la rue.
Régis Marzin, Paris, 27 novembre 2016