samedi 22 octobre 2016

22 octobre 2016, Paris, une ‘défense européenne verte’ est-elle possible ?

La journée d'étude organisée par la commission Transnationale Europe Ecologie Les Verts, le samedi 22 octobre, à la Mairie du 2e arrondissement de Paris, s’intitule "Quelle politique étrangère et de sécurité écologiste ?". Les 3 premières parties sont consacrées aux 3 thèmes suivants : ‘Un ministre délégué écologiste au Développement : quel bilan ?’, ‘Vers une justice environnementale internationale ?’, ‘Quelle ambition écologiste pour les entreprises françaises et européennes implantées à l’international ?’. Des propositions sont discutées pour enrichir le programme du parti en vue des élections de 2017.
J’arrive pour la 4e et dernière partie ‘Vers une Green Defense européenne’. Les intervenants sont Félix Blanc, enseignant-chercheur du Centre Raymond Aron de l’EHESS (à droite), contributeur du ‘Livre Vert de la Défense’ (Sénat / EELV, 2014) et Ben Cramer, auteur de ‘Guerre et paix… et écologie’ (Yves Michel, 2014) (au centre). La conférence-débat est animée par Abdessalam Kleiche, co-responsable de la commission Transnationale d’EELV.
Les propositions abordées par Félix Blanc visent surtout à intégrer une dimension environnementale dans une politique de défense, comme par exemple avec l’idée des Casques Verts, ou des Ecocides. Il propose de parler de ‘Green peace’, une ‘paix verte’ ou plutôt un système de paix durable »
Ben Cramer commence par évoquer « l’impact des militaires dans une société en militarisation » puis « l’impact de la fabrication de l’armement par le complexe militaro-industriel», alors que les « frontières entre guerre et paix ou entre défense intérieure et extérieure » s’estompent. Il revient plusieurs fois sur l’armée américaine puisque le « Pentagone est le numéro 1 des pollueurs ». Il cite le PDG de la société d’armement française DCNS qui voit un « retour des Etats puissances » qui achètent l’essentiel des armes du marché. Il propose de « démocratiser la défense » pour pouvoir faire un « désarmement ».
Le débat avec la salle est un peu court pour un sujet trop vaste. Des bonnes questions sont posées mais dans trop de directions dispersées. Il manque de référence géographique précise et de distinction entre court et long terme. Il est difficile de sentir la cohérence globale des propositions. Cela me donne envie de classer, de commencer par séparer les propositions pour la France, l’Union européenne et les Nations Unies.
En ce qui concerne la politique européenne en Afrique, je distingue régulièrement 3 grands domaines (voir mon dossier de mars 2015 ‘Union européenne et élections en Afrique en 2015 et 2016 relancer la relation Europe – Afrique par un soutien accru a la démocratisation’): ‘Gouvernance, démocratie, état de droit’, ‘Economie, développement’ et ‘Défense, paix et sécurité’. Au niveau des interventions militaires, pour obtenir une solution durable, les enjeux sont beaucoup dans l'interfaçage et les relations entre les 3 domaines, l’équilibre entre les domaines, souvent mais pas toujours. Si un des domaines n’est pas évoqué dans les discours officiels, c’est qu’il y a une raison à expliciter.
‘Ecologie et environnement’ peuvent former un quatrième domaine à partir du moment où l’on se focalise sur ces aspects. Envisager une ‘politique militaire française et européenne écologique’ revient à construire la relation entre des pôles ‘Défense, paix et sécurité’ et ‘Ecologie et environnement’, en recherchant ce qui est à l’intersection et ce qui n’est pas à l’intersection, tout en gardant de vue le reste du cadre, c’est-à-dire les relations avec des propositions qui concernent les deux autres pôles ‘Gouvernance, démocratie, état de droit’ et ‘Economie, développement’, pour rechercher des nouvelles solutions sans risquer de perdre en cohérence d’ensemble et en acquis historiques.
Régis Marzin, écrit et publié le 24 octobre 2016

mardi 18 octobre 2016

16 octobre 2016, Vincennes, Cabaret d’urgence

Le procès de Loïc de la Compagnie Jolie Môme aura lieu le 8 décembre à 9h au TGI de Paris. Le 7 juin 2016, il a été accusé par le chef de la sécurité du MEDEF de « violences volontaires en réunion ». Beaucoup de ‘militant-e-s’ parisien-ne-s connaissent Loïc qui a été de nombreuses luttes, qui a accumulé une expérience qui lui donne assurance et sang-froid. Et quand il accuse le MEDEF de « pour faire taire les oppositions, frapper des manifestants puis les accuser de « violences » », ce n’est pas le chef de la sécurité du MEDEF que ces ‘militant-e-s’ parisien-ne-s croient. S’il devait avoir un procès, c’est peut-être plutôt celui du salarié du MEDEF ? S’il doit y avoir ‘présomption d’innocence’ et ‘circonstances atténuantes’, c’est peut-être plus pour chef de la sécurité du MEDEF, qui avait peut-être reçu des instructions d’agir au-delà de sa propre volonté. Signez l'appel !
La Cie Jolie Môme a profité de ce procès pour faire une action de solidarité, de convergence de luttes et de relance de mobilisation. Ce dimanche 16 octobre au théâtre de l’Epée de bois, à la Cartoucherie, à Vincennes, elle a organisé un Cabaret d’Urgence, sur le thème « C’est l’état d’urgence, tout est permis : Le Medef gouverne, l’État réprime », «  Pour la séparation du Medef et de l’Etat, Contre la répression des gens debout ». J’arrive au début de la troisième et dernière partie de la journée, intitulée ‘l’Etat réprime ‘. Les comédiens de la Cie Jolie Môme, en policier-ère-s dansant-e-s comme dans d’une comédie musicale présentent un « tourbillon d’interventions artistiques et politiques ».
Le journaliste Hervé Kempf de Reporterre présente le rapport « Maintien de l’ordre : la dangereuse dérive », rapport d’information sur les actions de maintien de l’ordre menées depuis le début des manifestations d’opposition à la loi sur le travail en février 2016 (présentation avec recommandations et rapport de 83 pages en PDF). Ce rapport parrainé par un groupe de député-e-s présente des centaines de cas sur 2 ou 3 mois. Des cas de violences sur des journalistes rappellent des méthodes anciennes ou des méthodes de pays qualifiés de dictatures, même si cela n’atteint pas la même gravité.
La conclusion d’Hervé Kempf confirmée par des syndicalistes policiers, c’est que les policiers ont été instrumentalisés en « excitant les violences pour détourner l’attention » de la question sociale et du débat de fond sur le travail.
Aparté : cela me rappelle un chef de CRS devant l’ambassade du Gabon à Paris, le 27 août dernier, jour de la présidentielle au Gabon. Alors, qu’un inconnu pénétrait dans l’ambassade et que la foule craignait l’organisation de fraudes électorales, alors que je m’avançais pour prendre une photographie, ce CRS m’a donné un léger coup de matraque sur les jambes d’une manière injustifiée. Quand je lui ai dit que j’étais journaliste, il m’a répondu « vous n’allez pas m’apprendre mon travail », si, si … que je sois journaliste ou photographe amateur, il n’avait pas à jouer avec son arme à ce moment là. Si la police française veut continuer d’aller apprendre aux polices africaines à ne pas tuer les manifestants comme au Togo avant la mascarade électorale de 2010, il faudrait mieux qu’elle soit constamment professionnelle et précise dans ses réactions, sinon, elle risque d’être accusée d’aller en Afrique pour aider les dictatures à se maintenir. Par la suite, pendant un mois et demi de manifestations devant l’ambassade, les CRS et les RGs ont été corrects. Il y avait un peu de nervosité dans les premiers jours le temps de se connaître et que tout le monde comprennent que manifestant-e-s et policiers étaient tous-tes ensemble contre les voleurs et les criminels. Bref… fin de l’aparté et de l’ironie.
Muriel Guibert, du syndicat Solidaires est venue parler des luttes sociales, du procès des GoodYear, d’Air France, d’une inspectrice du travail et de Téfal. Elle souligne que le vote de la Loi Travail s’est accompagné d’une « régression du droit de manifester et du droit de faire grève », et qu’« une justice au service de l’Etat d’urgence devient la norme ».
Arrive alors sur scène, l’étoile qui éclaire le théâtre de la Belle Etoile, de Jolie Môme, à 70%, j’ai nommé Arlette Laguiller, que j’ai enfin l’honneur de photographier (Le présentateur de Jolie Môme vient aussi de parler de la proximité de la compagnie avec la Fédération anarchiste). La porte-parole de Lutte Ouvrière évoque les ouvriers de l’usine Renault de Bursa en Turquie licenciés pour avoir fait la grève, puis insiste sur les « traces positives » de la lutte contre la Loi Khomry.
La parole passe ensuite à Nina Bianchi, de la Cgt-privés d’emploi à Saint-Etienne. Elle raconte une action de dépose de banderole sur le balcon d’un député et les délires policiers et judiciaires suite à cette action. La jeune et légère femme a été accusée d’avoir frappé 3 CRS et un jeune homme a été accusé d’avoir blessé un énorme groupe de CRS. C’est vrai que parfois, il y a un côté gaulois-es dopés à la potion magique contre les romains au village d’Astérix dans les histoires du Cabaret d’Urgence. A moins que ce ne soient les gendarmes de Saint-Tropez qui auraient pris des substances hallucinogènes mal dosées. En France, aussi, l’humour, c’est important. On ne le dira jamais assez, surtout quand rien ne va plus. Et ce n’est pas tout de faire rire comme les comédiens de Jolie Môme, il faut le dire aussi, sérieusement. Sérieusement enfin, Nina Bianchi explique que maintenant, « l’énergie va à la défense dans les procès », qu’il y a eu « une criminalisation » et « une médiatisation des ‘casseurs’ » pour arriver finalement au passage de la loi par « le 49.3 ».
Ensuite, Agnès Bihl chante le « No flouze blues ». Puis, arrive Renaud Lambert du Monde Diplomatique, qui évoque l’Amérique latine et le Brésil pour conclure sur « l’endormissement face à la gauche » et « la gauche qui gouverne comme la droite ». Facile … La musique reprend avec les Les Fils de Teuhpu. Michel Roger, metteur en scène de Jolie Môme, lit un message de soutien à Loïc de Didier Paillard, le maire de Saint-Denis. Puis, c’est au tour du chanteur Thomas Pitiot.
Guillaume Vadot, Enseignant à l’Université Paris 1, vient témoigner sur l’agression très médiatisée – menace de mort et de viol  - qu’il a subit de la part de policiers à la gare de Saint-Denis, après les avoir filmés en train d’arrêter sans ménagement une femme d’origine africaine. Il faudra bien que la police s’habitue à être filmée partout puisque tous les téléphones sont des caméras.
La Parisienne Libérée vient juste après chanter la philosophie du patron du MEDEF, Pierre Gattaz. Puis le rappeur l’1consolable nous explique pourquoi Hollande et Valls sont bien obligés d’« envoyer le 49.3 » (clip!!). C’est vrai que certains dirigeants socialistes ont eux aussi beaucoup d’humour, et que c’est pour cela qu’ils sont tellement aimés.
La conclusion est laissée à Mickael Wamen, ancien GoodYear, au chômage depuis la fermeture de l’usine délocalisée cet été, avec 800 autres personnes. Le procès en appel des 8 GoofYear condamnés à de la prison ferme, aura lieu de 19 et 20 octobre à Amiens. Sous les applaudissements, il lance que « le combat sur la loi travail n’est pas terminé » parce que sinon c’est la « destruction du code de travail ». Il est pour une contre-attaque juridique contre les violences policières au travers de recours collectif, nouvelle possibilité en France depuis 2014. Il évoque la mémoire d’une douzaine de salarié-e-s décédé-e-s depuis 2014, certain-e-s par suicide et conclut sur l’Etat d’urgence sociale.    
J’ai oublié le musicien Boris Viande quelque part, et je n’ai pas vu, dans les 2 premières parties, les artistes Cie Tamèrantong, Serge Utgé Royo, Fredo des Ogres de Barback, LaTwal , Regis Vlachos et Xavier Mathieu, Sidi Wacho, Waltrudes, La Rabia, Mathieu Barbances, Audrey Vernon. Je n’ai pas non plus entendu les intervenant-e-s : François Ruffin (Fakir), Pierre Rimbert (Monde Diplomatique), Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon (sociologues), Charles Hoareau (Rouge Midi), Sorya Hocini (Cip-Idf), Agathe Martin (Ex-PSA Aulnay), Olivier Besancenot (NPA), Gérard Mordillat (Réalisateur et romancier), Serge Halimi (Monde Diplomatique), Eric Coquerel (Parti de Gauche), Denis Gravouil (CGT-Spectacle), Gaël Quirante (Sud Ptt92), Julien Bayou (Europe Écologie Les Verts), Denis Vemclefs (Front de Gauche), Jean Baptiste Eyraud (DAL), Jean-Claude Amara (Droit Devant !), Def-Col (Défense Collective), Collectif Zad Notre Dame des Landes de Saint-Denis, Comité du 18 mai.
La journée se termine par le spectacle de Jolie Môme et leur chanson ‘C’est dans la rue que cela se passe’, reprise en cœur par le public. S’il y avait un message à faire passer, il semble qu’il soit passé, même si le public était déjà bien convaincu.
Régis Marzin, article écrit et publié le 18.10.16

lundi 17 octobre 2016

15 octobre 2016, Paris, Gabon, manifestation pour la fin du mandat d’Ali Bongo

Ce 15 octobre 2016, Ali Bongo a terminé son mandat et devrait, s’il respectait le résultat du vote, laisser la place à Jean Ping à la Présidence. C’est le message principal qu’a décidé de transmettre la diaspora gabonaise dans sa nouvelle manifestation entre le Trocadéro et l’ambassade du Gabon.
Après un mois et demi de manifestation, la mobilisation parisienne ne faiblit pas. Ils et elles sont de nouveaux 2000 personnes dans la rue, de mieux en mieux organisées, même si la Préfecture de police de Paris commence à leur restreindre les possibilités, en particulier de rester manifester dans la soirée.
Partisan-e-s affirmé-e-s de Jean Ping et militant-e-s plus motivé-e-s par le respect des règles de la démocratie et de la vérité des urnes se rejoignent pour reconnaître la victoire de Jean Ping. Parmi les revendications, revient particulièrement l’exigence que les acteurs de la communauté internationale ne reconnaissent pas le second mandat de l’auteur des coups d’Etat électoraux de 2009 et 2016.
Plusieurs scénettes illustrent le passage à un seuil supplémentaire d’illégalité du président sortant : une nouvelle Cour constitutionnelle après la chute d’Ali Bongo énonce la condamnation à la prison des membres de la Cour constitutionnelle complice du chef de l’Etat déchu. Une statue du chef de l’Etat en bois et en carton est jetée à terre et piétinée.
Dans le parc devant l’ambassade, au milieu des banderoles, plusieurs prises de paroles ont lieu. Jean De Dieu Moukagni Iwangou, président de l'Union du Peuple Gabonais, l’UPG loyaliste, de passage en France, rappelle que la « Cour constitutionnelle ne peut pas nous obliger, car la volonté du peuple est consignée dans les Procès verbaux ». Il explique que le président de la CENAP a réalisé «  une rétention des Procès verbaux intermédiaires » des villes, départements, et provinces, et que « le résultat de la CENAP et du ministère de l’intérieur n’est pas opposable ».
Au même moment, alors que les regards des diplomates et de la presse se sont détournés du Gabon, se dessine un changement de période dans la crise électorale. Le 7 octobre, Jean Ping a annoncé la création d’un Conseil gabonais de la résistance. Depuis, la diaspora discute à Paris de la création de la branche française du Conseil. La lutte s’installe dans un autre rythme, sans renoncements à aucune revendication. Le Conseil de la diaspora va travailler rapidement à « identifier les objectifs de lutte ».
Jean Ping intervient en direct en visioconférence projetée sur un écran. Il demande à la diaspora à Paris d’« informer la communauté internationale », de « revendiquer la victoire par une stratégie d’actions », de « poursuivre la lutte sur tous les plans » et de « participer à la promotion de la démocratie ».
La manifestation se termine par l’intervention de plusieurs artistes. Le poing levé, une première chanteuse répète « parce que l'on a pas le courage de se taire ». Après un second chanteur, c’est le célèbre groupe Movaizhaleine qui met un point final à la journée de lutte.
La suite de l'article sur le blog Regard * Excentrique : Pour l’Afrique, déjà quelques leçons à tirer de la présidentiellegabonaise ? 
Régis Marzin, Paris, écrit et publié le 17 octobre 2016

dimanche 9 octobre 2016

8 octobre 2016, Plaine St-Denis, Iran : le chant des femmes contre l’obscurantisme

A la Belle Etoile à la Plaine Saint-Denis, dans le cadre du festival ‘Plaine cinéma’organisé par l’association Cinémanifeste, sur le thème de la peur, est projeté le documentaire ‘No land’s song’, d’Ayat Najafi, réalisé entre 2012 et 2014, sorti en mars 2016. Le film retrace l’organisation d’un concert de musique, surtout persane, à Téhéran en 2013. La compositrice iranienne Sara Najafi a l’idée de faire chanter en soliste deux artistes iraniennes, Parvin Namazi et Sayeh Sodeyfi, deux françaises, Lise Caron et Jeanne Cherhal, et une tunisienne, Emel Mathlouthi, avec des musiciens iraniens et français. Son frère l’accompagne comme documentariste. Le problème, c’est que les Mollahs ont interdit depuis 1979 le chant en solo de femme devant un public d’homme.
Un passage du film résume le problème de fond. Un vieux théologien nous explique la raison de cette loi. Les femmes sont très douces mais les hommes ne le sont pas. Une femme peut se permettre d’être excitée physiquement par un homme, elle saura se tenir, mais un homme lui peut faire des bêtises, et on ne pourra l’empêcher. Donc, il ne faut pas qu’il soit excitée par une femme, donc une femme ne peut pas chanter seule devant des hommes. Une des artistes, un moment en colère, propose qu’on débarrasse la terre des femmes.
Sur cette base, organiser ce concert ne pouvait être qu’une aventure pleine de rebondissements. Quelques compromis sont acceptés dès le départ, par exemple sur la présence d’un chanteur homme ou sur les tenues. La musicienne voyage entre Paris et Téhéran, se rend régulièrement au ‘Ministère de la culture et de la guidance islamique’ et est interrogée par des fonctionnaires mystérieux. Plusieurs fois, les artistes sont pris de doutes sur la possibilité d’y arriver.
La présidentielle d’août 2013, lors de la quelle Hassan Rohani remplace Mahmoud Ahmadinejad, semble un moment arranger les choses. Le concert est finalement autorisé et les visas accordés pour les français-es et la tunisienne, mais juste avant la date, une ultime menace est portée contre les artistes pour leur faire enlever toute portée symbolique à l’événement : un concert dans la salle de répétition au lieu de la salle de concert, un contrôle de l’identité du public, entre autres. Sara Najafi résiste et joue de la relation entre la France et l’Iran pour gagner son pari, puisque le pouvoir gère son image dans une période d’ouverture où interviennent des enjeux économiques.
Le concert a lieu dans une salle devant 300 personnes environ. Les paroles des chansons sont très fortes : la chanteuse Emel Mathlouthi très engagée fait référence à la révolte de 2011 en Tunisie. Une ancienne chanson persane écrite pour une femme, qui n’a plus été chanté que par des hommes depuis des décennies, est enfin rechantée par une femme.
Cela me rappelle Tiken Jah Fakoly qui a chanté « quitte le pouvoir » au Togo au milieu des militaires armés, et qui s’est fait expulsé de Kinshasa en 2015, Joseph Kabila ayant interdit son concert. En interview, je lui avais demandé s’il pouvait aller faire ses concerts dans les dictatures d’Afrique centrale, il m’avait répondu que cela devait être possible. C’était possible, mais ce n’était pas facile !
En Iran, qui a le plus peur ? Les tenants du système dictatorial ou la population victime des atteintes aux droits humains ? Il y a une peur réciproque et des efforts pour la vaincre réciproque. Au Gabon, l’activiste Marc Ona disait fréquemment « la peur a changé de camp », un slogan maintenant célèbre. Ayant moi-même longuement étudié les dictatures contemporaines en Afrique, je comprends qu’un système mis en place à une époque en fonction des données de cette époque perdure, s’use intérieurement mais ne tombe pas, même si le sens et l’équilibre de départ a disparu. Il faut une énergie très forte pour qu’un système illégitime, non démocratique disparaisse. En 2009, 4 millions de personnes étaient dans les rues de Téhéran espérant le respect de la vérité des urnes, en vain. Le résultat a été inversé. En 2013, un léger mieux a été obtenu, quand les mollahs ont accepté un début d’ouverture, mais les institutions de la ‘république’ reste soumises aux desiderata de l’institution religieuse.
Le film révèle une mise en abîme. Des artistes se battent pour leur liberté et réalisent ainsi un acte politique. Le film lui-même en témoignant cherche une nouvelle limite dans l’expression de la liberté. C’est ainsi un film sur la relation entre art et politique, à deux niveaux, limpide et éclairant.
Irène Ansari, la coordinatrice de la Ligue des Femmes Iraniennes pour la Démocratie (LFID) – sur la photo – intervient avant après le film, auprès d’Antonia Naim de Cinémanifeste. Elle replace l’histoire dans son contexte historique : la dictature du Shah, une modernité sans démocratie et sans partage des richesses, la ‘révolution’ de 1979, 8 ans de guerre contre l’Irak, pendant la quelle la cause des femmes était inaudible, l’élection au résultat inversée en 2009, la période moderne où les religieux se sont adaptés aux technologies modernes. Elle décrit l’état du pays et la situation des femmes. Celles-ci sont très bien formées, mais réduites à vivre dans des conditions sociales très dures. Irène Ansari se bat pour leur droit, « un droit universel ».

Régis Marzin, article écrit et publié le 9.10.16

samedi 1 octobre 2016

1er octobre 2016, Paris : les gabonais-es demandent à Hollande de dire la vérité

Ils et elles étaient ce matin à 11 heure devant l’Elysée, et, sont venu-e-s à 2000 marcher et protester contre le second coup d'Etat électoral d'Ali Bongo. La manifestation, de nouveau de Trocadéro à l'ambassade, est très jaune, affichant son soutien à Jean Ping, le président élu, même si beaucoup défendent beaucoup plus les principes démocratiques que le leader lui-même. La foule est aussi toujours concentrée sur les nombreux prisonniers politiques, dont les noms sont affichés sur différentes pancartes : Bertrand Zibi, Ngoma, Rodney Ekorezok, Jean-Rémy Yama,... La référence à la CPI est très visible.
Deux jours après le scandale de la déclaration du Ministre des affaires étrangères français, Jean-Marc Ayrault : "Ce que nous voulons ce n'est pas la déstabilisation du Gabon ; et pour ça il y a besoin que l'Union africaine, qui a commencé à le faire, joue son rôle pour encourager Bongo à chercher une politique de rassemblement parce que je pense que c'est l'intérêt du Gabon mais c'est aussi l'intérêt de toute l'Afrique.», le Parti socialiste se retrouve totalement divisé par cette validation surprise du coup d’Etat électoral par le gouvernement. Les gabonais-es de France exigent rapidement une prise de position de François Hollande. Ils et elles l’affichent : « François Hollande, le tribunal de l’histoire t’attend au Gabon », et le crient : "François Hollande : dit la vérité !".
Ce qui choque le plus les analystes avertis, c’est que le dérapage de Jean-Marc Ayrault a provoqué un conflit inutile avec l’exécutif européen. En propageant l’injonction paradoxale absurde d’une réconciliation des victimes avec leur bourreau et voleur récidiviste, il s’est attaqué à la position européenne ferme sur la question technique du processus électoral. Si l’on peut regretter que Fédérica Moghérini ait renvoyé la poursuite de la gestion de la crise vers l’Onu impuissante et l’Union africaine dominée par les dictateurs, on ne peut que constater sa fermeté sur la qualité du processus électoral en raison de sa Mission d’observation, surtout que cette mission d’observation européenne, le 25 septembre, a regretté que « la Cour Constitutionnelle n’ait pas été en mesure de rectifier de manière satisfaisante les anomalies observées lors du recensement des votes. »
Jean-Yves le Drian a pris sur lui de se salir au maximum dans le gouvernement en s'affichant constamment depuis 4 ans dans l'alliance avec le dictateur tchadien Idriss Déby. Le ministre de la défense est connu pour son indifférence à la lutte pour la démocratie en Afrique. En février 2014, François Hollande, Laurent Fabius et lui avaient dû faire venir Idriss Déby à Paris pour lui imposer de retirer ses soldats de Centrafrique alors qu’ils y étaient manifestement pour soutenir la Séléka, accusée de nombreux massacres. Aujourd’hui, une nouvelle position ferme contre Idriss Déby serait nécessaire, d’autant plus qu’il a instrumentalisé son mandat de président de l’Union africaine pour travailler pour son intérêt personnel : le maintien des dictatures menacées par les élections en Afrique centrale.
Le président tchadien est venu sauver le tyran gabonais de la noyade, en envoyant des juristes dans un théâtre de fausse légalité évident, plaçant ainsi le pays dans une impasse, dans le cercle vicieux de l’impunité, de la répression, et des élections fraudées. Alors qu’il vient lui-même de commettre son propre coup d’Etat électoral, il est venu sauver Ali Bongo à la manière de Nicolas Sarkozy en 2009. Il est probable que Jean-Yves Le Drian, très silencieux, tente en coulisse d'empêcher le gouvernement français d'être ferme face à la nouvelle catastrophe annoncée provoquée par son allié.
François Hollande est de plus en plus distant vis-à-vis des crises africaines, se concentrant dernièrement sur le Congo-Kinshasa plus simple pour lui. Pourtant, s’il disait la vérité sur les massacres au Gabon, la vérité sur la Cour constitutionnelle, qui n'a ni vérifié les procès verbaux, ni recompté, et qui a ainsi avoué sa complicité dans l'inversion du résultat, il ferait d'une pierre deux coups. Il arbitrerait les différentes positions internes du PS et montrerait le soutien du gouvernement français à la démocratie en Afrique. Le PS peut-il supporter un clivage interne des plus sensibles pour les diasporas africaines ? Celles-ci n’ont pas oublié le coup de couteau dans le dos du peuple congolais en octobre 2015.
Aujourd'hui, certain-e-s mettent en jeu leur vote en 2017: "Mon vote en France contre Ali", "Si la France ne retire pas les paroles du ministre Ayrault, le PS peut dire adieu à nos votes". Cette position est contestée par d’autres, mais au Gabon, la réaction à la trahison française, si elle se confirme, ne sera peut-être pas si rationnellement étayée. Les ministres français ont-ils bien mesuré la volonté du peuple gabonais d’en finir avec la famille Bongo, quel que soit le temps que cela prendra ?
Régis Marzin, Paris, 1er octobre 2016. Plus d’informations à suivre…

vendredi 23 septembre 2016

23 septembre 2016, Paris, Gabon, conférence de presse ‘Gabonwitness’

Ce vendredi, au siège du Secours catholique, en collaboration avec la coalition Tournons la page est organisée une conférence de presse sur les massacres en cours au Gabon, pendant le coup d’Etat électoral.
En attendant un bilan plus approfondi en collaboration avec les grosses associations de droits humains – Amnesty n’a pas été autorisé à aller au Gabon enquêter - , seuls des bilans partiels sont disponibles. Le site, http://gabonwitness.com, publie ce jour un ‘rapport préliminaire de la société civile’. ‘GabonWitness a choisi de publier progressivement des données incontestables et vérifiables sur les victimes. 10 morts sont listés même s’il y en a beaucoup plus et beaucoup plus en cours de vérification. Les familles ont peur de signaler des morts ou des disparus, la coupure d’internet empêche les gabonais d’envoyer des informations, des noms, des photos, des vidéo (Le couvre-feu internet sera arrêté le 28 et les réseaux sociaux réouverts entre le 28 et le 30 septembre). La police est entrée dans les hôpitaux et a fait disparaître des preuves. Des blessés graves, touchés par des balles de gros calibres, ont eu peur de se soigner.
Il est aussi question des arrestations, kidnappings et disparitions. Par exemple, personne n’a de nouvelles d’Ollo Firmin, le coordonnateur du Mouvement des Jeunes de l'Union nationale qui a disparu dans la prison de Libreville où il était enfermé.
La question est aussi de savoir pourquoi le débat sur les victimes d’Ali Bongo, son gouvernement et la Garde républicaine ne s’entend pas. Pour l’intervenant principal, Bruno Ondo, la communauté internationale a considéré beaucoup trop la partie politique mais pas assez la partie droits humains. Il demande que le « curseur » soit urgemment déplacé pour arrêter les crimes qui continuent. Les informations circulent aussi plus concernant Libreville, par exemple sur les 17 morts du massacre du QG de Jean Ping, alors qu’il y a eu des massacres dans d’autres villes, en particulier à Port-Gentil où l’armée « tirait à balles réelles en particulier sur tous les gens qui filmaient ».
Bruno Ondo demande à l’Elysée d’intervenir pour assister un peuple en danger, ce qui ne serait pas de l’ingérence. Il réclame surtout maintenant une enquête internationale sur les crimes au Gabon. Quelques jours plus tard, le 28, la Cour pénale internationale, lancera son enquête préliminaire. C’est un début, mais la CPI est très lente, et le Gabon a besoin d’une intervention rapide pour arrêter les crimes des auteurs récidivistes du coup d’Etat électoral et empêcher que le pays n’entre dans un cercle vicieux de type ‘élection au résultat inversé, impunité, répression, élection au résultat inversé’.

Régis Marzin, article écrit et publié le 5.10.16

jeudi 22 septembre 2016

22 septembre 2016, Paris, Congo Brazzaville : la plateforme Frocad-Idc alerte sur la situation

A Paris, les yeux de la presse ‘Afrique’ sont depuis un mois tournés vers le Gabon. D’autres pays en souffrent. Le coup d’Etat constitutionnel sanglant d’octobre 2015 et le coup d’Etat électoral de mars 2016 à Brazzaville s’éloignent dans le temps. Au printemps, la communauté internationale n’avait presque rien fait pour aider ce pays, depuis laissé à la merci de son tyran sanguinaire dans une indifférence certaine. La répression a continué. Le pays est sous une chape de plomb, sans possibilité pour l’opposition de s’organiser.
Ce 22 septembre, tout près du siège de l’Unesco, la plateforme Frocad-Idc organise une conférence de presse pour alerter sur l’aggravation de la situation. Y interviennent Jean-Didier Ekori, Joseph Ouabari Mariotti, porte-parole Europe du Frocad-IDc et l’avocat du Frocad et de l’Idc, Benjamin Fa. Aux journalistes présents (AFP, Libération, …) est distribuée la liste des détenus politiques, une centaine, la majorité depuis près d’un an, depuis octobre et novembre 2015.
Le plus connu d’entre eux est évidemment Jean-Marie Michel Mokoko, le candidat de la présidentielle, victime de l’inversion de résultat, quand Denis Sassou Nguesso, estimé quatrième au premier tour s’est auto-proclamé président en vertu de résultats inventés. Le dictateur de fait souhaite empêcher Jean-Marie Michel Mokoko de continuer sa carrière politique, il pourrait le laisser en prison des années. Est aussi emprisonné Paulin Victor Makaya président du parti UPC. Selon le document distribué, Katengué Delly Rufin, collaborateur d’André Okombi Salissa arrêté le 18 juin est décédé en prison, « des suites de tortures ».
Des organisations de société civile et l’avocat Maurice Massengo-Tiassé ont remis au Conseil des droits de l'homme des Nations-Unies à Genève le 11 août 2016, et à la Cour pénale internationale un rapport sur les atteintes aux droits humains, mettant l’accent sur les responsabilités du chef de la police Jean-François Ndenguet, entre autres organisateurs des crimes.
Dans le Pool, sous prétexte de recherche du pasteur Ntumi, les « bombardements des hélicoptères militaires … détruisent des villages, dévastent les cultures »… entraînent des « déplacements de population en forêt ». Le dictateur congolais a fait venir des mercenaires, désignés par Me Maurice Massengo-Tiassé dans Paris-Match, comme une troupe échappée du conflit centrafricain de 2013, celle du chef rebelle « Martin Koumtamadji alias Abdoulaye Miskine, avec plus d'un millier de ses combattants», sans compter, selon Joseph Ouabari Mariotti, dans la Garde Républicaine « des réfugiés hutus depuis 1997 et des militaires de Mobutu ». Il peut y avoir des « dizaines ou des centaines de morts » sachant qu’il n’y a pas d’accès facile pour observer. Les journalistes se voient refuser leurs visas.
Le gouvernement français ne s’est pas prononcé après le coup d’Etat électoral. Avant de partir, Hélène Le Gall, la conseillère de François Hollande, prétextait l’excuse de l’ingérence, parce  que «  ce n’est pas une colonie », préférant plutôt aller vers la « négligence bénigne » face à « un président de fait ». Les media français parlent très peu du Congo Brazzaville. L’Union européenne a exprimé ses doutes  sur la « la crédibilité des résultats » de la présidentielle, en renvoyant vers les législatives. L’Onu est dans la « logique d’un dialogue inclusif », mais le rapport de Bathily n’a pas encore été publié et est attendu. Les législatives qui sont prévues en février ou mars 2017 se feraient avec un « déséquilibre Nord / Sud » qui garantirait la victoire de Sassou avec une minorité de voix. Dans les conditions actuelles, selon Joseph Oubari Mariotti, parlant pour la « plateforme Frocad-Idc-Composante Jean-Marie Michel Mokoko », « nous n’iront pas ».
La plateforme Frocad-Idc-Composante Jean-Marie Michel Mokoko demande la libération des prisonniers politiques, « la fin des recherches policières contre le Pasteur Ntumi, et la fin de l’Etat de siège » et « un dialogue national inclusif » véritable. Le 5 octobre, dans une conférence de presse à Brazzaville Charles Zacharie Bowao a demandé un « cadre paritaire préparatoire qui devrait en fixer l’ordre du jour et le mode opératoire » du dialogue.
Régis Marzin, Article et écrit le 6 octobre 2016

mercredi 21 septembre 2016

21 septembre 2016, Paris : Gabon : conférence de presse des avocats

Alors qu’à Libreville, toute l’attention est portée sur l’exercice de la Cour constitutionnelle, à Paris, les avocats Eric Moutet, avocat de Jean Ping, et William Bourdon, organisent une conférence de presse ce mercredi 21 septembre à midi, avec un témoin du massacre du QG de Jean Ping par la Garde républicaine le 31 août. Sont présents RFI, AFP, TV5 monde, Le Point, …
Les avocats présentent deux plaintes de franco-gabonais déposées au TGI de Paris, auprès de la Juge Aurélia Devos et du pôle génocide et crime contre l’humanité, pour "arrestation et détention arbitraire en bande organisée, torture et actes de barbarie en bande organisée, tentative d'assassinat et crime contre l'humanité". Ils annoncent une autre plainte aux USA et une demande d’enquête de leur part à la Cour Pénale Internationale (CPI).
Me Eric Moutet insiste sur la présence du camp des soldats français à 400m du QG. Des gabonais ont demandé à l’ambassade de France d’intervenir pour arrêter le massacre. Il y a là une forme de « non-assistance » à personne en danger.
Le témoignage du franco-gabonais présent dans le QG est terrifiant. Il est demandé à la presse de préserver son anonymat. 500 personnes se trouvaient au QG avant l’attaque. Il décrit les tirs de l’hélicoptère faisant les premiers blessés et tués, puis l’attaque de la Garde républicaine, d’une cruauté extrême : « un œil arraché, une main arrachée, un tibia coupé en deux, … sept corps morts» qu’il a vus (Le bilan non indiqué à la conférence de presse selon l’opposition pourrait être de 17 morts). L’homme a participé à soigner les blessés avec deux femmes avant d’essayer de fuir et d’être lui-même arrêté. Il décrit  juste à côté du QG un viol de soldats suivi de meurtre. Pendant l’emprisonnement, il explique qu’une femme enceinte à perdu ses deux enfants jumeaux devant ses co-détenu-e-s.
Un citoyen gabonais, Yannick Nambo, prend également la parole pour alerter sur l’imminence d’un nouveau massacre à la suite de la validation probable du coup d’Etat électoral par la Cour constitutionnelle. Il demande de « stopper le débat sur l’ingérence », rappelle que la MOE-UE était chargé de contrôler selon un protocole. Il prévoit que la communauté internationale risque de ne plus pouvoir agir en RDC si elle laisse faire au Gabon.  Il trouve « inadmissible de ne rien faire en sachant qu’un massacre se prépare ».
Me William Bourdon évoque l’hypothèse de la présence de mercenaires français, à étudier.
Il indique que « le rôle de la CPI, c’est de juger, mais aussi de prévenir, par la dissuasion ».
Eric Moutet signale, lui, que la convention signée entre l’Union européenne et l’Etat gabonais était contraignante en droit (international).
Dans les couloirs, les discussions continuent sur d’autres points. Par exemple, l’existence d’un charnier à la Cité de la démocratie à Libreville, signalé par un militaire à des journalistes gabonais.
La tension augmente en raison de la proximité de l’annonce de la Cour constitutionnelle pressentie comme favorable au coup d’Etat électoral, mais aussi en raison du silence anormal des acteurs internationaux depuis le début de l’exercice de cette cour. 
Comment va réagir la population face au hold-up ? Que vont faire l’ONU, le gouvernement français et l’Ue, ou même l’Ua dirigée par Idriss Déby et si souvent favorable aux dictateurs, en cas d’explosion sanglante ? La résolution de la crise sur ces deux aspects, droits humains et processus électoral, est essentielle pour la crédibilité de la communauté internationale et africaine.

Régis Marzin, écrit et publié le 22.9.16 à 22h

dimanche 18 septembre 2016

18 septembre 2016, à la ferme de l'Amap dans l’Oise

Après 3 semaines et demi de suivi de la crise gabonaise, j’ai besoin de repos ! Je me glisse dans la visite de la ferme de mon Amap, une visite que je voulais faire depuis des années. Au programme, auberge espagnole, coupe et tri d'haricots verts puis visite de la ferme. Une belle journée !

samedi 17 septembre 2016

17 septembre 2016, Paris, Gabon : ne sait-on pas déjà qui risque d’aller à la CPI ?

Une 3e manifestation des gabonais-es contre le coup d’Etat électoral au Gabon a eu lieu à Paris, le samedi 17 septembre, entre Trocadéro et l’ambassade du Gabon. Elle a réuni environ 1500 personnes, un peu moins que les précédentes, dont beaucoup habillées en rouge.
La lutte n’a peut-être pas pour l’instant mis la priorité sur la Cour pénale internationale, alors que la Cour Constitutionnelle a jusqu’au 23 septembre pour donner un avis, mais l’option continue d’être discutée et préparée. Les informations circulent vers la CPI.
Deux choses importent quand des individus sont responsables de crimes contre l’humanité susceptible de provoquer des violences de plus grande envergure : le bilan des victimes et l’identité des principaux responsables. Gêné par la censure partielle d’internet, avec difficulté, le bilan des victimes continuent de se réaliser.
Une banderole envisage les noms des principales personnalités susceptibles d’être visées par la CPI, surtout si les violences redoublent si la Cour constitutionnelle participe au coup d’Etat électoral en allant dans le sens de l’inversion du résultat.
Il s’agit, sur cette banderole, d’Ali Bongo, évidemment, de Marie-Madeleine Mborantsuo, présidente de la Cour constitutionnelle, de Mathias Otounga Ossibadjouo, ministre de la Défense nationale, de Pacôme Moubelet Boubeya Ministre de l'Intérieur, et d’Alain Claude Bilie By Nze, Ministre de la communication et porte-parole de la Présidence. Cette liste subjective n’est sans doute qu’une 1ere approche.
C’est ce que j’ai principalement retenu de plus important à la manifestation de Paris du 17 septembre, au travers de cette banderole « le droit ou la CPI !!! ».

Régis Marzin, Paris, écrit et publié le 19.9.16

jeudi 15 septembre 2016

15 septembre 2016, Paris : débat ‘Elections en Afrique en 2016’ à EELV

Le jeudi 15 septembre, la commission Transnationale d’Europe Ecologie les Verts organisait une conférence-débat au siège du parti, avec Delphine Lecoutre, Coordinatrice Tchad/Centrafrique à Amnesty International France, Laurence Ndong, activiste gabonaise de la campagne « Tournons La Page », Rémy Bazenguissa-Ganga, directeur d'études à l’EHESS, spécialiste du Congo Brazzaville, et moi-même comme journaliste spécialisé dans les élections en Afrique. Cécile Duflot était espérée mais ne passe pas. La soirée est animée par Abdessalam Kleiche et Régis Essono.
Je commence la conférence sur 3 points. L’année 2016 correspond dans le processus de démocratisation continental depuis 1990, à un pic électoral qui arrive après 10 années de stagnation. Ces 10 années ont vu s’accumuler la tension entre population et dictateur, un ras-le-bol. Il y a équilibre 22 / 22 en dictatures et démocraties en Afrique, et l’évolution des prochaines années changera l’aspect du continent. Je reviens ensuite sur les 3 coups d’Etat électoraux, avec inversion de résultat, du printemps, au Congo Brazzaville, au Tchad et à Djibouti. Les méthodes étaient similaires : inversion à la compilation des résultats, avec une nuance au Congo Brazzaville avec l’invention totale des chiffres sans référence à des procès verbaux. Ce pic a montré l’incohérence des réactions internationales et l’absence de prise en compte internationale à la qualité technique des processus électoraux. Il y a eu aussi un gros problème d’information dans les media.
Ensuite, j’analyse l’évolution assez nette des positions internationales dans la gestion de la crise gabonaise. La qualité du processus électoral est mise en exergue parce que le coup d’Etat électoral est trop évident dans un cas de ‘rapport de force’ équilibré et même favorable à l’opposition sur certains aspects. Il apparaît que le rôle de l’Union européenne, avec sa mission d’observation, impacte maintenant l’Union africaine. Celle-ci est invitée à s’améliorer pour faire face à une crise, où la Responsabilité de protéger les populations, discutée surtout au niveau des Nations-Unies, entre en jeu. La crise est concomitante du ‘dialogue national’ à Kinshasa, et fait réfléchir sur l’avenir de l’Afrique centrale au niveau démocratisation. La question est posée : peut-on laisser ‘pourrir’ l’Afrique centrale à moyen terme quand les populations ne supportent plus les dictateurs ?
Delphine Lecoutre fait le bilan des violations des droits humains lors de la présidentielle d’avril au Tchad, en évoquant, entre autres, les arrestations et détentions arbitraires de leaders de la société civile et les disparitions de militaires. De graves atteintes aux libertés d'expression, de réunion et d'association ont été commises par les autorités tchadiennes dans le cadre de ce processus électoral. Amnesty demande à l’Union africaine d’agir pour la protection de la société civile et des défenseur(e)s des droits humains afin de leur permettre de faire leur travail sans restrictions injustifiées ni harcèlement.
Rémy Bazenguissa-Ganga décrit les « guerres électorales en insistant sur le Congo Brazzaville ». Il y a parfois « menace de dissolution de la totalité politique ». Selon lui, les processus électoraux ne s’achèvent pas, il y a « continuité politique », dans la « reproduction d’un ordre autoritaire ».
Sur le Gabon, Laurence Ndong revient sur l’histoire du pays, le pouvoir d’Omar Bongo puis d’Ali Bongo. Le dictateur sortant a envenimé rapidement l’Etat du pays, en ne respectant pas le droit, en se nommant président de l’agence des grands travaux, en légiférant par ordonnances sans débats, en laissant faire les crimes rituels, en laissant la situation s’aggraver au niveau pauvreté et éducation. Elle décrit ensuite le coup d’Etat électoral. Elle craint des centaines de morts et la découverte de charniers. Pour elle, le conflit est entre Ali Bongo et le peuple, alors que Jean Ping incarne l’alternance.
Le débat avec la salle, environ 50 personnes, permet de revenir surtout sur la situation au Gabon. Ce qui interroge, c’est évidemment la discontinuité dans les positions des acteurs internationaux. Concernant le Gabon, la discussion des logiques sous-jacentes permet de commencer à commencer à comprendre sans anticiper sur la suite. La diversité des configurations nationales en Afrique doit aussi être considérée : le Gabon est différent de Djibouti, du Tchad, du Congo B ou de la Guinée Equatoriale.
La dernière question porte sur le « poids et l’efficacité de l’Ue, de l’Onu et de l’Ua actuellement au Gabon ». Je réponds que, bien que l’on soit habitué aux échecs et à l’hypocrisie du soutien international à la démocratie en Afrique, l’on peut aussi décrire des nouvelles logiques et causes-conséquences, par exemple en tenant compte de la Responsabilité de protéger les populations en arrêtant les crises au plus tôt. Ainsi, actuellement, pendant l’exercice de la Cour constitutionnelle, il apparaît une situation inédite, pendant laquelle la qualité technique du processus électoral est réellement pour une fois en cause, pendant laquelle se modifient les relations entre puissances influentes, Ue, Ua, Onu, sans que l’on sache comment cela se poursuivra, entre « impuissance, théâtralité, influence douce et/ou arbitrage international ferme ».
Régis Marzin, Paris, écrit et publié le 19.9.16

mardi 13 septembre 2016

13 septembre 2016, Paris : Cameroun, en route vers l'inconnu en 2018

Alors que tout le monde a les yeux tournés vers le Gabon, la fondation Gabriel Péri organise au siège du PCF une rencontre intitulée 'Vers une alternance pacifique au Cameroun à la présidentielle de 2018?' avec une table-ronde de quelques partis politiques d’opposition composée de Hervé Ewotti, Coordonnateur en France du Cameroon People's Party (CPP) (à gauche), Augusta Epanya, membre de la direction en France de l’Union des Populations du Cameroun (UPC) dit des fidèles (à droite), Marianne Simon Ekane, du Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie (Manidem), et Peter Mbafor, conseiller du président du Social Democratic Front (SDF) de Ni John Fru Ndi. 
A aucun moment, le débat ne décolle. La représente du Manidem, qui pense qu'il faut faire tomber Paul Biya dans la rue, insulte gaillardement le peuple gabonais alors que celui-ci essaye de se libérer de la dictature... Celui du SDF s'emmêle les pinceaux dans une polémique sur les journalistes et une rumeur sur Boko Haram. Sans que cela n'ait de rapport avec le débat, il se met aussi à raconter une mystérieuse histoire de Françafrique entre Marafa Hamidou Yaya, actuellement emprisonné, Nicolas Sarkozy, Paul Biya, et Vincent Bolloré, dont je ne sais que penser. Difficile, sur ses bases d'avancer. Je préfère ne pas prendre la parole.
Le CPP et l’UPC, entre autres, se sont regroupés dans "Debout pour le Cameroun / Stand up for Cameroun" pour organiser des Vendredi noirs, avec la société civile. Un des objectifs est de lutter contre une nouvelle modification de la constitution et un déplacement de la présidentielle de 2018 à 2017.
Le Tchad était auparavant la dictature la plus violente parmi celles des ex-colonies françaises, devant le Congo Brazzaville et le Cameroun. Actuellement, après les coups d’Etat électoraux de mars et avril, la violence apparaît maintenant maximale au Congo B, puis au Cameroun, puis au Tchad et à Djibouti. Aucune des conditions préalables nécessaires au démarrage d’un processus électoral n’est présente au Cameroun. Pour l’instant, les conditions sont celles de la préparation d’une mascarade totale comme en Guinée Equatoriale. Les opposants n’obtiendront pas les conditions pour rivaliser dans le vote avec le pouvoir et Paul Biya n’aura pas besoin d’inverser le résultat (de faire un coup d’Etat électoral), puisqu’il se sera assuré une victoire en amont du processus.
Peut-être que ce débat n'était que le début d'une discussion... s'il reste un an ou deux. L'impression est évidemment que l'élection de 2018 en soi ne permettra pas d'aller vers une libération de la dictature. Depuis la salle, Raimundo Ela Nsang, opposant à la dictature en Guinée Equatoriale, remarque que "le déblocage des pays se fera ensemble", et que si la crise au Gabon n'est pas résolue, après la série des deniers coups d'Etat électoraux de 2016, alors "on peut oublier le Cameroun". On attend des législatives au Tchad et au Congo Brazzaville, peut-être en 2017. Le processus de la présidentielle en RDC changera aussi les choses. Seul, le Cameroun semble définitivement prisonnier de son tyran sanguinaire, est-ce qu'un mouvement plus général en Afrique centrale arrivera un jour à fournir une énergie supplémentaire pour une mobilisation et une résistance au Cameroun ?
Régis Marzin, Paris, écrit et publié le 19.9.16

lundi 12 septembre 2016

12 septembre 2016, Paris, Gabon : conférence à l’Espace des femmes

Ce lundi plus calme au Gabon, a permis à certains gabonaise-s de se retrouver à Paris, pour faire le point sur la situation, à l’invitation de Mengue M’Eyaa, porte-parole de Jean Ping. A notamment été discuté, le rôle de la mission d’observation européenne, le premier comptage des voix et la visibilité de l’inversion du résultat global par la CENAP.
La journaliste Sylvie du Boisfleury a de nouveau témoigné sur le massacre dans le QG de Jean Ping le 31 août (vidéo1, vidéo2) : la première attaque d’un hélicoptère avec des bombes assourdissantes, puis l’attaque de la Garde présidentielle qui a décimé les hommes de la sécurité du QG, dont les corps n’ont jamais été retrouvé.
Un responsable de l’organisation de jeune Egal a estimé que « le combat du peuple gabonais est celui de l’Europe ». Une ex-PDGiste a également témoigné.
Répondant à une de mes questions, Mengue M’Eyaa a estimé qu’une mission d’enquête des Nations-Unies est nécessaire pour faire le bilan du massacre.
Après la manifestation du samedi à Paris dédiée aux victimes, l’émotion du deuil était encore très présente dans cette rencontre.

Régis Marzin, écrit et publié le 14.9.16

dimanche 11 septembre 2016

10 et 11 septembre 2016, la lutte pour la démocratie au Gabon à la fête de l’Humanité

Alors que la manifestation devant l’ambassade n’était pas encore terminée, l’activiste Laurence Ndong s’est rendue à la Fête de l’Humanité où elle devait prendre la parole dans l’espace principal de débat de la fête, l’Agora. La journaliste Rosa Moussaoui a mené l’interview.
La fête de l’Humanité est un lieu de revendications sociales et économiques virulentes. Pour se faire entendre dans cette immense foire, où l’on croise des stands qui n’ont pas bougé depuis la fin de la guerre froide, certain-e-s en rajoutent dans les critiques et les invectives. Au village du monde, des militants embadgés viennent rappeler aux nouvelles générations les vertus de l’anticapitalisme et de l’anti-impérialisme. Jean Ping et sa coalition issue du système d’Omar Bongo sont-ils acceptables à la Fête de l’Humanité, au milieu des posters de Che Guevara ?
Mais la fête gère ses contradictions depuis très longtemps et permet aussi de nombreux débats subtils. Laurence Ndong commence par expliquer le sens de l’élection présidentielle gabonaise pour la population. Ce que peut comprendre le public français, c’est que ce qui compte, ce ne sont pas les personnalités politiques, mais l’exigence de la population d’un changement radical, la fin de la dictature de la famille Bongo et de son parti, le PDG. Elle commence par rappeler, à la manière de la Campagne Tournons la Page dont elle fait partie que « 87% des gabonais n’ont connu que la famille Bongo au pouvoir », et que le vote n’est « pas pour Jean Ping mais contre Ali Bongo ». Elle précise que Jean Ping s’est engagé à réaliser des réformes constitutionnelles, élection présidentielle à deux tours et maximum de deux mandats. Pour elle, la population a changé, et la relation avec la France, aussi, a changé.
Elle décrit ensuite les massacres, qui auraient fait « entre 50 et 100 morts et plus encore de disparus ». Elle évoque l’utilisation d’acide lancé par hélicoptère. Puis, Laurence Ndong conclut sur le processus électoral et la Cour constitutionnelle, la « tour de pise » qui penche toujours du même côté. Selon elle, les observateurs de l’Union européenne pourront « assister au recomptage » - ce qui n’est pas évident, aux dernières nouvelles -, surtout concernant le Haut-Ogooué, et que les résultats « bureau de vote par bureau de vote » donneront Jean Ping vainqueur.
Le lendemain matin, les débats redémarrent. Le village du monde lui-même, c’est-à-dire, le journal L’Humanité en lien avec le PCF, organise un débat sur la Cour pénale internationale, très axé sur la Côte d’Ivoire. La star de l’altermondialisme simplifié, Aminata Traoré, demande à tous les états africains de se retirer de la CPI, qu’elle considère comme un instrument de domination occidentale. Le burkinabé Bénéwédé Sankara réclame des justices nationales efficaces. L’ancienne ministre ivoirienne du FPI, Odette Sauyet, réclame une justice africaine.
Sur l’Afrique, d’autres débats ont lieu. Au stand de la Plateforme panafricaine, le dimanche, lors de mes passages, les débats portent sur le Tchad, le Burkina Faso et le Bénin. Au stand de l’association Survie et du Collectif Ni Guerres Ni état de Guerre, j’arrive par hasard au début du débat « Elections en Françafrique, focus sur le Gabon », où intervient Régis Essono, responsable du groupe Afrique d’Europe Ecologie les Verts et membre actif de la diaspora gabonaise. Après avoir présenté le processus électoral de manière assez détaillée et la situation de crise actuelle, celui-ci insiste sur la volonté de voir le gouvernement français agir plus concrètement par des sanctions. Le 3 septembre, EELV a « exhorté la communauté internationale, y compris l’Union africaine (UA) et la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC), à ne pas reconnaître les résultats de cette élection et à prendre les sanctions appropriées ».
Comme spécialiste des Elections en Afrique présent dans le public, je suis heureux d’intervenir au milieu des militant-e-s de Survie Paris pour parler du contexte international. C’est l’occasion pour moi de rassembler mes idées sur les raisons potentielles de changement de positionde la communauté internationale et africaine. Ce débat de la fête de l’Humanité n’a rien permis de conclure sur les différentes hypothèses. Les participant-e-s sont reparti-e-s avec leurs doutes.
Au milieu de l’après-midi, la plupart des débats concernant l’Afrique se terminent, et il ne reste plus que le bruit de la fête. En cette année marquée par les attaques terroristes, l’Huma est toujours là pour apporter la joie dans la banlieue et dévoiler désir de luttes, de bonheur, d’amour de la musique, de liberté sous le soleil. La société exprime sa résistance insouciante sous toutes ses formes, vestimentaire et inconsciente.
Régis Marzin, écrit et publié le 14.9.16 

samedi 10 septembre 2016

10 septembre 2016, Paris, Gabon : manifestation contre le coup d’Etat électoral

Une première manifestation contre le coup d’Etat électoral et pour la reconnaissance de la vérité des urnes, sur le même parcours, entre Trocadéro et l’ambassade du Gabon à Paris, avait eu lieu le samedi précédent. Cette fois, sur facebook, les organisateur-trice-s ont demandé de s’habiller en noir pour honorer les morts au lieu du jaune il y a une semaine pour montrer la victoire de Jean Ping. Entre 2000 et 2500 personnes ont défilé, de la diaspora gabonaise surtout, certain-e-s venant de toute la France. La manifestation avait lieu dans une dizaine d’autres villes.
Combien la répression menée par le chef de l’Etat gabonais sortant a-t-elle faite de victimes ? tué-e-s, blessé-e-s, disparu-e-s ? Entre 50 et 100 tués comme l’a estimé Jean Ping le 7 septembre, ou plus ? Certaines personnes estiment que 100 morts pourraient être un minimum, mais aucun bilan avec des noms n’a encore pu être synthétisé, freiné par les coupures d’internet, et alors que la bataille se poursuit au niveau du processus électoral au niveau technique, avec le passage ‘imposé’ par la Cour Constitutionnelle.
Qui sont les responsables des massacres en dehors d’Ali Bongo, qui pourrait être poursuivis par la Cour pénale internationale si elle fonctionnait encore correctement ou qui pourraient être désignés par des sanctions internationales, comme ce fût le cas au Burundi en 2015? Des noms déjà connus, sans doute, ne sont pas encore diffusés dans la presse, très timide à ce sujet, bien que le 1er septembre, Ban Ki-Moon ait averti que « Les individus responsables d’actes ou incitations à la violence en seront tenus responsables ». Le 11 septembre, le célèbre leader de la société civile, Marc Ona, a indiqué : « Face à cette situation, la société civile exige une enquête internationale sur les massacres des populations par la Garde Républicaine, la Police Judiciaire et des milices à la solde d’Ali Bongo, dont les responsables et les donneurs d’ordres sont bien identifiés, des forces de répression au service d’un homme, d’un clan et d’une famille. » L’opposition demande aussi une enquête internationale, au moins pour l’attaque du QG de Jean Ping, alors qu’il y eu de nombreuses victimes dans de nombreuses villes.
Un groupe de femmes a durant toute la marche illustré les violences et rendu hommages aux victimes, sous la forme d’une scène de théâtre. La marche arrivée devant l’ambassade, des prises de parole ont commencé. Par exemple, la journaliste Sylvie du Boisfleury a témoigné sur le massacre dans le QG de Jean Ping le 31 août (vidéo1, vidéo2).
Régis Marzin, écrit et publié le 14.9.16

samedi 3 septembre 2016

3 septembre 2016, Paris, Gabon, manifestation contre le coup d’Etat Electoral

Parmi les 22 dictatures africaines en 2016, le régime gabonais, comme celui du Burkina Faso en 2014, pouvait apparaître comme l’un des moins durs. Mais la logique de détérioration est implacable. La population est beaucoup plus mécontente d'un second coup d'Etat électoral que d’un premier. Le peuple veut agir au plus vite et au plus fort pour stopper l’installation d’un pouvoir monarchique. Le second coup d’Etat électoral enclenche un engrenage vers un conflit sans réconciliation possible. Pour échapper à la sanction populaire, le dictateur augmente le niveau de la dictature définitivement.
Globalement en Afrique, plus les peuples réclament la démocratie, plus les dictateurs résistent et accentuent la répression. Entre autres, cette logique de détérioration pousse la communauté internationale à s'impliquer, parce que sinon, les conflits iraient grandissants au point de risquer d’échapper à tout contrôle extérieur. Une fois la négociation entamée, il s’agit de trouver une issue, pour le peuple comme pour les diplomates. Au Gabon, cette solution ne peut plus passer par Ali Bongo. Le tyran mafieux est mort politiquement, et n’a plus pour lui que la violence de sa Garde républicaine et de ses miliciens encagoulés. Le coup d’Etat électoral se transforme en répression militaire violente qui pourrait se pérenniser.
Ce 3 septembre, à Paris, ils et elles étaient 3000 à se rassembler pour montrer leur refus catégorique d’un nouveau coup d’Etat électoral. C’est surtout la diaspora gabonaise qui s’est rassemblée, même les personnes qui n’ont pas voté. Elle a pour cela utilisé au maximum les réseaux sociaux sur internet. Cette diaspora est avant tout pour la fin de la dictature. Elle reconnaît que, selon les règles du jeu de la démocratie, Jean Ping a gagné, avec une alliance de l’opposition. Le coup d’Etat électoral est évident : dans la dernière province dont les résultats ont été connus, le Haut Ogooué, le fichier électoral a été fortement gonflé, la participation a été fixée sur le papier à 99% et le vote pour Ali Bongo a été inventé à 95%.
Peut-être que le reste de l’Afrique n’a pas encore bien compris cette nuance entre choix d’un leader et rejet de la dictature. En outre, l’enjeu continental est dans le basculement potentiel du nombre de pays dictatoriaux et démocratiques actuellement à l’équilibre, 22 et 22, du côté des démocraties. Un seul pays ferait passer la majorité du côté de la démocratie. C’est pourquoi, les derniers dictateurs, qui cette année viennent de commettre le même type de coups d’Etat électoraux, au Congo-Brazzaville, à Djibouti, au Tchad, ou en Guinée Equatoriale, se taisent. Ces coupables ont pour l’instant laissé les diplomates européens et américains se débrouiller, pour que les regards ne se retournent pas vers eux. Seul Idriss Déby, l’auteur d’un coup d’Etat électoral au Tchad en avril 2016, s’est exprimé le 4 septembre au nom de l’Union africaine dans un style convenu.
Les gabonais-es se sont aussi souvenus de l’amitié liant Nicolas Sarkozy et Ali Bongo et se sont mis-es à crier « Sarkozy ! vient chercher Ali. » Robert Bourgi est là aussi. François Fillon est là aussi. Jean-Luc Mélenchon est là aussi. Mais la question qui se pose n’est pas celle d’un règlement de compte de fin de Françafrique ou celle de la fin d’un « impérialisme » : la question principale est maintenant celle du respect des règles de la démocratie dans les pays sans alternance depuis 25 ans, comme l’a souligné le député socialiste Philippe Baumel.
A en croire les pancartes et les slogans sur la CPI, la foule souhaite aussi qu’Ali Bongo soit jugé pour les massacres en cours. Même les media qui comprennent la victoire de l’opposition reprennent étrangement les bilans officiels, qui n’ont rien à voir avec la réalité. Dresser un bilan des massacres est devenu une urgence, au-delà de l’émotion et des deuils.
Le même jour, au Gabon, l’opposition explique que les procès verbaux de la province ou Ali Bongo a organisé l’essentiel des fraudes pour inverser le résultat, le Haut-Ogooué, permettent facilement de montrer que les chiffres officiels de cette province sont totalement inventés, et que Jean Ping est donc vainqueur. La communauté internationale et la MOE-UE en particulier peuvent accéder à une grande partie des PVs du Haut-Ogooué et estimer les résultats ce qui confirmerait la victoire de Jean Ping. La MOE-UE n’a pas été jusqu’au bout de ses possibilités d’action. Pourquoi ?
Ali Bongo continue de refuser la publication de tous les PVs des bureaux de votes comme le réclame l’Union européenne, le Conseil de sécurité de l’ONU, les diplomates français et américains, avouant ainsi son mensonge. La communauté internationale pourrait décider d’agir fermement en fonction de cet aveu indirect.
Le 5 septembre au matin, Jean Ping a appelé à la « grève générale et au blocage économique du Gabon ». Le Gabon est politiquement perdu pour Ali Bongo et son clan. Vont-ils rester par la force et persister dans le déni de la réalité ? Alors que des « dizaines » de gabonais-es ont déjà sacrifié leur vie, la communauté internationale est face à la question de la limite à ne pas dépasser pour les dictateurs africains, la limite actuelle, à quelques mois des élections en République démocratique du Congo, pays ou la même question pose déjà des difficultés beaucoup plus importantes.
Mais les dictateurs africains ont habitués le monde à des surprises. Ils sont aussi solidaires entre eux. Voilà que le 5 septembre toujours, l’Union européenne (SEAE) et le gouvernement français (MAEDI) en France ont accepté l’idée d’une délégation de présidents africains menée par le président de l’Union africaine, Idriss Déby, bien que celui-ci soit lui-même auteur d’un coup d’Etat électoral au Tchad en avril 2016. L’issue pour le Gabon après le coup d’Etat électoral se trouvera-t-elle à l’échelle géopolitique supérieure ? Ou est-ce le début d’un nouveau renoncement dans le soutien des démocrates africains ?
Régis Marzin, Paris, écrit et publié le 5.9.16