jeudi 4 août 2016

3 août 2016, Paris, le député tchadien Gali Ngotté Gatta en conférence

Le mercredi 3 août, le député tchadien Gali Ngotté Gatta est en conférence à Paris, où il a informé des membres de la diaspora tchadienne et quelques journalistes, dont le journaliste Seidik Abba (photo, à gauche). La conférence était organisée par l’inépuisable blogueur Makaila Nguebla (à droite).
Après avoir rappelé la situation désastreuse dans laquelle se trouve son pays, par exemple, au niveau de la santé complètement sinistrée depuis la chute du prix du pétrole, le leader tchadien est revenu sur la présidentielle d’avril. Il appartient au groupe des 6 candidats qui se battent contre le nouveau coup d’Etat électoral d’Idriss Déby, et incarnent, ensemble, la nouvelle configuration de l’opposition à la dictature.
Le député universitaire décrit les 3 phases de la fraude formant le coup d’Etat électoral. Après 2 présidentielles boycottées, l’arrivée de la biométrie avait amené un « espoir » qui a conduit des « inscriptions massives », mais la biométrie n’a pas été installée correctement, puisque « les cartes d’électeurs ont été distribué sans vérification » et que, « le jour du vote, il n’y a pas eu d’authentification à cause de l’absence du kit ». Gali Gatta parle de l’absence de lecteur de carte à puce. La première phase a donc été celle de la fraude par le fichier électoral, avec des mineurs, des étrangers.
La seconde phase, le jour du vote, a été basée sur la « duplication des procès verbaux » et leur transmission par une « Commission électoral nationale indépendante (Ceni) parallèle », comportant certains membres de la vraie Ceni, comme l’avait par ailleurs indiqué, Saleh Kebzabo le 30 mai à Paris. Dans la présentation finale des résultats, « seuls les résultats régionaux ont été compilés ». La Ceni a aussi oublié des urnes qui ne sont pas arrivées à Ndjaména. La troisième phase implique le Conseil constitutionnel qui n’a pas récupéré les Procès verbaux réels. Un résultat impossible a été publié par la Céni et validé par le Conseil constitutionnel. Même avec toutes les voix au Nord, Déby était tellement distancé au sud qu’il ne pouvait pas franchir les 50%.
Gali Gatta parle ensuite sur la politique militaire d’Idriss Déby qui pèse très lourdement sur le budget du Tchad et est décidée de manière secrète, par exemple au Yémen. Il insiste sur Boko Haram, sur la question politique que cache la question militaire. Selon lui, la partie tchadienne de la zone du Lac Tchad est une zone à problème à cause du gouvernement, une zone dans laquelle des jeunes entrent dans Boko Haram pour se révolter contre le pouvoir tchadien. Il alerte également sur la montée du salafisme et du wahhabisme qui gagne du terrain sur la confrérie Tijani(yya).
Dans le débat, Gali Gatta souligne que le 21 avril, Idriss Déby a montré qu’il n’hésiterait pas à tirer si la population contestait les faux résultats de l’élection, et que lui-même s’est donc opposé à ce que les jeunes sortent dans la rue. Il revient également sur la création récente du Front de l'Opposition Nouvelle pour l'Alternance et le Changement (Fonac) et sur l’idée du Gouvernement de salut public, une « expression de la légitimité », « à réfléchir ».
Sur le soutien du gouvernement français à Idriss Déby, « l’homme de la situation » (plus ou moins par défaut ou « vu comme le moins pire » dans une question de Seidik Abba), il souligne que « les français se font du mal à eux-mêmes en niant tout ce que Déby a fait avec le terrorisme », citant les membres de la famille de Déby chassé par celui-ci à cause de leur lien avec Boko Haram. Il souhaite que l’opposition tchadienne présente au gouvernement français des arguments documentés sur le sujet, pour en discuter. Concernant la Françafrique, il pense que, les « élections fraudées sont la dernière trouvaille » et que « seuls les pouvoirs démocratiques pourront reposer les questions » autour de la relation entre la France et l’Afrique.
Dressant ce bilan, le député pense qu’Idriss Déby est déjà dans des difficultés telles, qu’il doit dialoguer avec son opposition, et que cette opposition doit dépasser un « choix cornélien », pour exiger ce dialogue. Le 23 juillet, le Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux Affaires politiques, Jeffrey Feltman, « a appelé ses interlocuteurs à soutenir un dialogue inclusif, notamment en vue des prochaines élections législatives ». Gali Gatta indique que pour ce dialogue, on ne pourra éviter d’inclure les « politico-militaires » qui pourraient profiter, comme par le passé, de « ralliements ». Avec « optimisme », Gali Gatta pense qu’Idriss Déby ne pourra finir son mandat, car il sera battu « par un rapport de force dans la démocratie », « une victoire par la démocratie, un refondement avec le peuple ». Il insiste sur la place de la société civile pour arriver à « un changement ».

Régis Marzin, Paris, compte-rendu rédigé le 4 août 2016

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