dimanche 18 juin 2017

17 et 18 juin 2017, Montreuil, Festival Ta Parole

Cette semaine à Montreuil et le week-end, à la Parole errante, se déroule la 15ème édition du Festival Ta Parole. Le plus célèbre des lieux militants d’Ile-de-France est en danger, après le décès d’Armand Gatti. Fin 2017, l’administrateur qui travaillait avec le metteur-en-scène partira. Un collectif se bat pour que la Parole errante puisse conserver son âme actuelle. Un combat de plus à suivre…
Le samedi, en arrivant, j’écoute Camille Hardouin. La chanteuse est tellement heureuse d’être là, qu’elle a noté sur son bras les noms de tous les bénévoles à remercier, en commençant par Roxanne et Nicolas qui font la programmation.
La Green Box est une roulotte de « philosophes saltimbanques » dans ‘l’Homme qui rit’, un texte de Victor Hugo qui a marqué Florent Vintrigner à ses débuts au Théâtre du fil, avant La Rue Kétanou. Le compositeur est sur scène avec Benoît Laur aux percussions, au banjo et à la guitare et avec Arnaud Viala au son et à « la réalisation sonore ». Tous les textes sont de Victor Hugo. Le spectacle est un petit bijou de perfection sereine.
Comment ne pas être pris par un peu de nostalgie en retrouvant Christophe Miossec sur scène, quand on l’a suivi à la bretonne sur les premiers albums ? Le style est toujours celui d’une musique qui hésite à accélérer vers le rock bruyant pour mieux laisser la place au texte.
Le dimanche, je démarre avec Barbara Weldens, dont j’apprécie certaines paroles féministes. Un moment, elle se lance dans le public, y chante debout sur une chaise, y fait même une pause pour écouter ses deux acolytes. La photo n’est pas nette mais comme j’apprécie ce moment.
Mon côté Punk, c’est encore un ancien de la Rue Kétanou, Mourad Musset accompagné deux autres chanteur-se-s, Loraine Ritmanic et un troisième larron à l’humour détonant. Il fait chaud alors, de plus en plus chaud et quand le show se termine sur « C’est mon côté punk », l’ambiance explose.
Christian Olivier arrive ensuite et repose l’ambiance en démarrant calmement par quelques textes bien sentis. Malgré les reprises des Têtes raides, on comprend vite que cela n’a rien à voir. « Il y a beaucoup de guitares et peu de chanteurs » Les guitaristes sont Daniel Jamet, souvenez-vous, de la Mano Negra, de Desert Rebel, de Pause, à gauche, et Pierre-Antoine Combard, alias Peter, à droite. Il y a aussi à la basse Pilou Basset, et à la batterie, je ne sais pas… Comment dire ? J’aime bien cette musique, çà décolle vraiment à la fin… et cette modeste photo brute de fonderie commence à exprimer quelque chose de la hauteur de la chose.
Quand on sort ensuite de la salle, il devrait faire nuit, mais non. Dans la cour pleine de paille, voilà les Balochiens, qui sont un moment accompagné-e-s par Lise Martin. On touche sans doute alors à l’esprit du festival, entre les crêpes, la bière et cette année, les frites. Les spectacles se terminent en douceur après une édition musicalement très riche.
Régis Marzin,
Article écrit et publié le 20 juin 2017

samedi 17 juin 2017

17 juin 2016, Paris, Gabon et Congo Brazzaville au Trocadéro

Ce samedi, au Trocadéro à Paris, gabonais-es et congolais-es manifestent les un-e-s à côté des autres sur le parvis. Les gabonais-e-s, sur la photo, qui y viennent chaque samedi depuis septembre, dansent avant de partir une nouvelle fois vers l'ambassade du Gabon.
Les congolais-es sont moins nombreux-ses malgré la gravité de la situation. L'intensité du conflit dans le Pool augmente depuis quelques jours et la mascarade électorale des législatives du 16 juillet se rapproche. La Fédération de l'opposition congolaise et son représentant Joseph Ouabari Mariotti "dénoncent les élections et le système électoral, le recensement pas refait, le découpage électoral déséquilibré, le fichier électoral incorrect", parce que Denis Sassou Nguesso va "désigner les députés". Le boycott sera donc maximum. 
Joseph Ouabari Mariotti précise que "Denis Sassou Nguesso est dans une logique de consolidation de son coup d'Etat électoral, commencé par le référendum, qui passe par le hold-up et qu'il essaye de terminer par le leg du pouvoir à son fils Denis Christel Sassou Nguesso, ce qui ne se fera jamais". Sassou favorise son fils surnommé "Kiki" aux dépends de son parti, le PCT, en mettant en avant le réseau associatif de ce fils. Il continuera pendant les sénatoriales et les élections locales.
En ce moment, les congolais sont également scandalisés par la "position" des Nations-Unies, qui est apparue lors de l'interview par RFI du représentant spécial du secrétaire général des Nations-unies pour l'Afrique centrale, le Guinéen François Louncény Fall. Celui-ci a évoqué 81 000 déplacés dans le Pool, sans parler d'action urgente nécessaire de l'Onu. Il a surtout critiqué les opposants en considérant que "Chaque fois qu’un gouvernement tend la main à l’opposition pour le dialogue, il faudrait que l’opposition saisisse cette occasion", ce qui est scandaleux de la part d'un envoyé de l'Onu, comme l'a justement remarqué la coalition congolaise de la société civile Tournons la Page.
François Louncény Fall est par ailleurs l'ancien Ministre des affaires étrangères d'Alpha Condé entre 2012 et 2016. Au Congo Brazzaville, Alpha Condé est considéré comme un grand ami de Sassou Nguesso. Comme lors du massacre et du coup d'Etat électoral, quand Abdoulaye Bathily représentait l'Onu et n'a rien fait, Onu et Ua sont actuellement très favorables au dictateur le plus violent des 20 ex-colonies françaises. Le Congo Brazzaville est abandonné à son sort, tandis que la production de pétrole continue.
Régis Marzin, écrit et publié le 19 juin 2017

mercredi 31 mai 2017

31 mai 2017, Aubervilliers, les balles du 14 juillet 1953

Daniel Kupferstein, également auteur de 2 documentaires sur le 17 octobre 1961 et sur le massacre de la station de métro Charonne le 8 février 1962, vient à Aubervilliers pour présenter son livre et son documentaire sur un massacre méconnu à Paris, celui du 14 juillet 1953 lors d’une manifestation du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques, parti politique du leader algérien Messali Hadj. J’arrive après le débat à la librairie, pour voir le film « Les balles du 14 juillet 1953 » et je ne peux pas faire de photos.
Le 14 juillet 1953, la manifestation est organisée avec le soutien du PCF et de quelques associations comme le Mouvement de la paix. Les revendications concernent la guerre en Indochine, les arrestations de membres du PCF en France, et, pour l’Algérie, la libération de Messali Hadj, l’égalité entre français et algériens, les élections en Algérie. Elle rassemble essentiellement des algériens, des syndicalistes et des communistes. Quand la partie algérienne du cortège est arrivée Place de la Nation, les CRS ont ouvert le feu, avec des pistolets, faisant 7 mort et 50 blessés. Un des morts était un ouvrier de la CGT, Maurice Lurot, dont la famille s’est battue, en vain pour obtenir justice. Le documentaire présente longuement les 6 victimes algériennes.
Le préfet de police responsable est Jean Baylot, un ancien résistant, qui « a réintégré de nombreux policiers révoqués en 1945 » et a reconstitué la Brigade nord-africaine. Le Ministre de l'Intérieur des gouvernements Joseph Laniel, du 28 juin 1953 au 18 juin 1954, Léon Martinaud-Déplat, du Parti radical-socialiste, a défendu les CRS en parlant de légitime défense. Le reportage de Daniel Kupferstein rappelle les faits sans aucun rapport avec de la légitime défense. La justice mène ensuite une fausse investigation sur une prétendue « rébellion ». Un procès a lieu en 1957, reprenant uniquement la version policière.
Suite à ce massacre, les cortèges ouvriers seront interdits à Paris. Les manifestations du 1er mai ont disparu entre 1954 et 1968. Le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques en sortira affaibli et une partie supplémentaire des militants algériens pour l’indépendance se tournera vers la lutte armée. La désillusion sur l’obtention de l’indépendance par la voie pacifique avait commencé après les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata en mai 1945, et s’accélérera alors en 1953. Le MTLD se scindera en deux fin 1953 et définitivement en août 1954.
Une banderole attire mon attention. Ce 14 juillet les manifestants avait écrit « Assez de trucages électoraux ». Le 11 avril 1948, ont eu lieu des élections pour le deuxième collège de l'Assemblée algérienne, 60 députés sur 120 élus par 1 300 000 citoyens « de statut musulman». Les fraudes électorales, des bourrages d’urnes surtout, et 8 personnes tuées par les forces de l’ordre ont fait scandale. Les partis algériens, le MTLD n’a eu que neuf députés et l'UDMA de Ferhat Abbas huit, alors que les « deux mouvements avaient obtenu un très grand nombre de voix aux élections municipales de 1947 ». L’assemblée en était ressorti dominée par les « béni-oui-oui ». Les fraudes continueront en 1954.
Ainsi l’expérimentation des fraudes électorales par les français en Afrique a commencé le 11 avril 1948 en Algérie. Daniel Kupferstein me précise que « la démocratie était intolérable pour les colons ». Le janvier 1948, en Inde mourrait Gandhi qui lui avait exigé à la fois l’indépendance et la démocratie, ce qu’il avait obtenu le 15 août 1947, mais cela n’a rien à voir…
Régis Marzin, 
écrit et publié le 6.6.17

samedi 27 mai 2017

27 mai 2017, Aubervilliers, il était une fois l’esclavage

Ce samedi 27 mai, à l’Embarcadère, le service de la Vie associative et des Relations internationales d’Aubervilliers organise une journée sur l’esclavage. En arrivant, dans le hall, au milieu d’autres expositions, je discute de Ouidah, et de la mémoire de l’esclavage au Bénin, comme je connais un peu le Bénin.
Une première conférence a pour thème ‘L'esclavage dans le monde aujourd'hui, l'exemple de la Mauritanie’. Le chercheur Daouda Ndiaye reprend la problématique à partir de la structure de la société Soninké, organisée en classes, avec une noblesse de chefs de villages et de savants, des castes de métiers, et des familles dépendantes des familles de noblesses. L’esclavage dans lequel les maîtres avaient tous les droits, a été supprimé en 1970, mais la dépendance est restée après cette étape d’affranchissement. La loi n’est pas bien appliquée. Dans le lien traditionnel, l’entraide est obligatoire, les familles restent proches. Waly Diawara, de l’Association Ensemble pour l'Espoir et le Développement (EED) complète les explications. Dans certains cas, les anciens esclaves et maîtres ne se parlent plus. Il n’y a pas de mariages entre castes. Il y a une division ethnique qui s’ajoute. L’Etat a créé une agence pour lutter contre les séquelles, Tadamoun, qui s’attaque à la pauvreté. Daouda Ndiaye me précise ensuite, qu’il y a des élections locales mais que l’ordre ancien se perpétue, quand les élus sont ‘nobles’ et très rarement des familles d’esclaves. Selon lui, les mentalités n’évoluent pas assez, et il y a un problème de société. Comme j’insiste un peu sur l’absence de démocratie en Mauritanie, il reconnaît que la citoyenneté est aussi mal comprise au niveau national.
Après un court-métrage, et un film de bilan historique parrainé par l’Unesco, le second débat rassemble Marcel Dorigny, historien spécialise de l’esclavage, Huguette Marcelin, originaire d’Haïti, Dominique Sopo de SOS-Racisme, et l’animateur Alphonse Karim, du cinéma le Studio.
Marcel Dorigny est passionné. Il démarre sur la révolte de St-Domingue entre 1891 et 1803 quand 500 000 esclaves ont pris les armes. Il n’y avait alors que 600 000 esclaves aux USA. Les français ont accordé l’abolition pour éviter une conquête anglaise. Ce fût la seule insurrection victorieuse. Cela me rappelle le film « Queimada », ce chef d’œuvre, une fiction dans laquelle on devine que des esclaves libérés transformés en ouvrier agricoles pouvaient ensuite rapporter autant d’argent aux propriétaires et aux investisseurs dans le sucre. En Amérique du sud, l’esclavage est resté après les indépendances. Lors du débat avec la salle, l’historien précise que l’esclavage sous l’empire romain n’était pas « racialisé », alors que « l’esclavage colonial est racialisé ». Il estime à 13 millions le nombre de personnes transportés dans la traite atlantique, en s’appuyant sur des archives des sociétés d’assurances à Londres, en évaluant à 5 ou 6 fois plus le nombre de morts autour du commerce avant les départs, soit 70 millions de morts. Dans son « Atlas des esclavages », bourré de cartes et de graphique, se remarque un graphique des quantités de personnes annuellement transportées sur plusieurs siècles, on remarque les guerres en Europe qui limite le commerce. Il n’y a pas d’archives pour la traite « arabo-musulmane » qui a déporté entre 8 et 13 millions de personnes.
Huguette Marcelin précise quelques faits sur Haïti et remercie Christiane Taubira, dont la loi de 2001 a permis la reconnaissance de l’esclavage en crime contre l'humanité. Dominique Sopo intervient sur le racisme. Selon lui, pour justifier l’utilisation, on a construit une théorie raciale. Il constate qu’en 2017, lors de la cérémonie du 10 mai, il y avait « des blancs dans la tribune et des noirs en bas ». Il regrette que Jean-Marc Ayrault ait été nommé à la tête d’une Fondation sur l’esclavage à la place d’une personne concernée.
Carlos Semedo, le directeur de la Vie associative et des Relations internationale conclut en souhaitant aller plus loin. Il propose de renouveler ce rendez-vous tous les ans.
Régis Marzin
Article écrit et publié le 6 juin 2017

samedi 15 avril 2017

15 avril 2017, Bonneuil-sur-Marne : Tchad : 25e anniversaire de l’UNDR

Anniversaire du parti politique tchadien Union Nationale pour la Démocratie et le Renouveau, parti de Saleh Kebzabo. Je suis présent uniquement à la fin de l’événement. J’interviens rapidement sur le bilan africain de 2016, l’année des coups d’état électoraux.
En 2017, Tchad et Gabon se retrouve dans des positions différentes pour aborder la question des législatives : après les coups d’Etat électoraux, l’opposition tchadienne menée par Saleh Kebzabo exige dialogue et législatives rapides, quand, l’opposition gabonaise menée par Jean Ping rejette le faux dialogue et s’interroge sur la perspective des législatives, la population considérant que les législatives risquent de ‘valider’ le coup d’Etat électoral de 2016. La différence entre les deux pays vient aussi des différents niveaux de violence atteint pendant les coups d’Etat électoraux, en raison du massacre au Gabon.
Régis Marzin
Article écrit et publié le 20 avril 2017

jeudi 13 avril 2017

13 avril 2017, Paris, Afrique : 1ere approche du bilan du quinquennat

Ce jeudi 13 avril, je suis invité par la commission Transnationale d’Europe Ecologie Les Verts à parler de « la politique africaine de la France durant le quinquennat de François Hollande ». J’interviens comme journaliste dans le premier panel, avec Félix Blanc, qui est enseignant-chercheur à l’EHESS et a contribué au « Livre Vert de la Défense » (Sénat / EELV, 2014) et Julie Owono d’Internet sans frontières. La modératrice est Elise Lowy, déléguée aux relations internationales du bureau exécutif d’EELV.
Le second panel est ensuite dédié aux cas de Djibouti, du Gabon, du Tchad et du Congo Brazzaville, avec pour intervenants Maki Houmed-Gaba, représentant en France de l'Union pour le Salut National (de Djibouti), Makaila Nguebla, le célèbre blogueur tchadien et Benjamin Moutsila, de la Fédération des Congolais de la Diaspora (Congo B), et le modérateur Régis Essono, responsable du groupe Afrique EELV également mobilisé sur le Gabon.
J’interviens en premier sur le bilan de François Hollande. Je commence par préciser les phases. On ne peut comprendre la politique française en Afrique sans voir le lien avec la seconde phase du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Sous Sarkozy, il y a eu d’abord la période Kouchner au Ministère des affaires étrangères de 2007 à 2010, puis le passage d’Alain Juppé du ministère de la défense au MAE, avec, alors, les interventions militaires en Libye et en Côte d’Ivoire, qui ont replacé l’armée française au centre du jeu politique après une période de retrait. Donc en 2012, Hollande et le gouvernement ont récupéré un processus de revalorisation de l’armée française déjà fortement engagé, qu’ils n’avaient ensuite qu’à poursuivre, d’une autre manière.
La première phase a été courte : mi-2012 à fin 2012, une période d’indécision avec des signaux positifs sur la démocratie. Puis à partir du voyage de Déby à Paris en décembre 2012, jusqu’à mi-2014, s’est déroulé la phase liée à la guerre au Mali, où l’influence de l’armée française a déséquilibré la politique française, où la démocratie a été oubliée, ce qui a permis aux dictateurs des ex-colonies d’en profiter. A partir de mi-2014, quelques mois après le remplacement de l’Amiral Guillaud par le général de Villers comme chef d’Etat-major de l’armée, les excès ont été gommés, et la politique s’est partiellement rééquilibrée, sans arriver pour autant à un discours correct sur la démocratie. Le pire venait d’être évité en Centrafrique en obligeant Déby à laisser la place aux forces de l’Onu et c’est aussi très important de souligner ce qui a failli arriver. Puis, le gouvernement a fait preuve d’un certain suivisme sur la crise des constitutions dans les Grands lacs, en participant correctement sur la RDC et le Burundi, mais le soutien à Sassou en octobre 2015 sur le référendum est resté comme la pire erreur. La forte mobilisation sur le climat a suivi et concerne fortement l’Afrique. En 2016, année de 4 coups d’Etat constitutionnel, l’exécutif français a finalement choisi de ne pas s’engager pour la démocratie, comme le reste de la communauté internationale.
Un autre point de vue consiste à constater qui ont été les décideurs de la politique française pendant 5 ans. L’étude détaillée de la participation française au génocide du Rwanda a permis de comprendre un peu mieux ce que peut-être un fonctionnement en « cercle restreint », sans vouloir en comparer les effets. Les principaux décideurs ont été autour de François Hollande, le Ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, et son chef de cabinet, Cédric Lewandowski, le Ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, puis Jean-Marc Ayrault, et leurs directeurs Afrique, Jean-Christophe Béliard, puis Rémi Maréchaux en 2016, les conseillers à l’Elysée, Hélène Le Gal et Thomas Mélonio, les chefs d’Etat-major, l’Amiral Guillaud, puis en 2014 le Général de Villiers, et le chef d’Etat-major particulier du président, le Général Puga, remplacé mi-2016 par le Général Rogel. Le parlement français s’est contenté de suivre le mouvement en proposant quelques bons rapports.
En fin de mandat, Hollande assume son non-engagement pour la démocratie, en parlant de sécurité et de développement en oubliant la démocratie. D’un point de vue théorique, l’ « approche globale » en 3 pôles, ‘Paix et sécurité’, ‘Economie et développement, ‘Démocratie et droits humains’ est pourtant acceptée et a été appliquée en Centrafrique et en RDC. La question qui se pose en France est la capacité d’équilibrer les 3 pôles si l’influence de l’armée est forte. Sous Hollande, cela n’a pas été équilibré du tout. Cela a fragilisé l’approche européenne à ce niveau. Au pire, le danger serait que l’Union européenne s’habitue à ce déséquilibre en France et s’en accommode au point de vouloir utiliser les forces françaises comme son bras armé sans exiger d’effort du gouvernement français sur la démocratie en Afrique. Ce déséquilibre a par ailleurs participé à scinder en deux la gauche et la droite du PS et à affaiblir l’alliance de gouvernement avec les Verts.
Pourtant, les socialistes avaient une solution évidente à appliquer en Afrique, celle de participer à exiger fermement une augmentation de la qualité technique des processus électoraux, sans concession pour les fraudeurs. L’influence des militaires français et l’alliance avec Idriss Déby ont empêché le débat à ce niveau. Le gouvernement français s’est coupé des sociétés civiles et des démocrates africains.
L’année 2016, année des coups d’Etat constitutionnel aboutit sur la crise des législatives d’Afrique centrale. La position européenne critique sur le Gabon montre en négatif la mauvaise position française. Le PS n’avait sans doute pas de recul sur l’histoire des élections en Afrique depuis 1990. Le génocide des Tutsis du Rwanda en 1994 a fortement terni de bilan de François Mitterrand mais a aussi caché l’arrêt brusque vers 1994-1995 du lancement d’un processus de démocratisation continental rapide entre 1990 et 1994. Le PS aurait sans doute eu à faire un travail de deuil sur sa participation historique ambivalente dans les années 90 avant de revenir au pouvoir en 2012.
Ayant assez développé ma partie, je résume la suite de la conférence plus rapidement. Félix Blanc souligne le rejet de la jeunesse africaine, et revient sur la coopération militaire, le redéploiement, avec 10 000 soldats actuellement, le poids du ministre augmenté par exemple par la cosignature rétablie par Hollande des ordres par Ministre de la défense.
Julie Owono explique que la politique française a été décevante concernant la défense des libertés sur internet. Le gouvernement a mis l’accent sur les aspects économiques en réaction au recul de la présence française, sans constater que la liberté économique est impossible sans liberté politique. Lors des élections, les coupures d’internet se sont multipliées, parfois, alors que des gens se faisait massacrer. Elle souligne aussi le risque au niveau de la perception des jeunes. Elle insiste sur la coupure actuelle au Cameroun anglophone, puis précise que la coupure d’internet est une spécialité des pays francophones.
Un court débat permet de parler de l’élection française de 2017. Je suppose que la question des élections en dictature ne tardera pas à revenir sur le devant de la scène, en particulier en Afrique centrale, et qu’un nouveau gouvernement français va devoir se positionner plus clairement. En particulier, il faudra observer comment évoluera la position française en vue des législatives au Tchad. L’alliance avec le dictateur-fraudeur peut-elle perdurer ? Les effets négatifs de cette alliance ont déjà été bien analysés. Une question qui se pose dans le contexte actuel est aussi de savoir si le point de vue des partis politiques compte face à l’appareil d’Etat, puisque les partis politiques seront plus nombreux à l’Assemblée et que le débat pourrait s’approfondir.
Pendant le seconde panel, sur le Gabon, Régis Essono souligne qu’après 8 mois, Hollande n’a rien dit, ce qui place les français « à la croisée des chemins », « à devoir décider si la France est du côté de la démocratie ou du côté de ses intérêts ».
Sur le Congo Brazzaville, Benjamin Moutsila, rappelle ce qui s’est passé en octobre 2015, quand le gouvernement congolais a fait des affiches avec la phrase de Hollande sur la constitution. Hollande n’a ensuite rien dit sur la cinquantaine de morts qui ont suivi, ce qui a évoqué les « massacres à huis-clos des années 1997-2000 ». Il explique qu’il y a actuellement des morts en forêts dans le Pool.
Sur Djibouti, Maki Houmed-Gaba de l’USN revient sur les 6 bases militaires dont dépend son pays. Il y a « un mauvais mariage avec la France, qui s’est aggravé ». Les bases militaires servent aussi à enregistrer les communications au Soudan, en Erythrée, au Yémen, en Arabie saoudite. Les loyers des bases ne sont pas redistribués. 60% de la population est au chômage, 40% dans une « pauvreté absolue ». En 2013, le résultat des législatives a été totalement inversé, au bout d’un moment l’ambassadeur de France a demandé la publication des procès-verbaux, mais quand Guelleh a refusé, il n’a pas insisté, puis cet ambassadeur trop exigent a été retiré avant le coup d’Etat électoral d’avril 2016. Maintenant, « la France est dépassée par son propre jeu, avec la base militaire chinoise et une économie qui tourne sans la France ».
Sur le Tchad, Makaila Nguebla est lui aussi très critique, car « Hollande est arrivé après le printemps arabe, puis s’est embourbé dans un certain strabisme, en ne soutenant pas la société civile, les journalistes, les démocrates neutralisés ». Les élections fraudées ont eu lieu au nez et à la barbe de Hollande. Paris ne s’est pas indigné des exactions de son allié. Le Drian est devenu l’ami de Déby. Les tchadiens ont été « humiliés ». Selon lui, au lieu de croire que Déby est indispensable à la lutte contre le terrorisme, les français et européens devraient s’appuyer sur la société civile et les media libres. Voir aujourd’hui Le Drian avec Macron l’inquiète alors que cela devrait poser problème aux électeurs.
Régis Essono conclut sur le mauvais calcul à court terme du soutien aux dictatures par le biais sécuritaire, alors que les dictatures alimentent les flux migratoires et sont un facteur de violence. Puis Lucie Schmidt de la Fondation pour l’Ecologie politique souligne l’importance des « lanceurs d’alertes » et le besoin d’« une démocratie réelle ».
Régis Marzin, 
article écrit et publié le 20 avril 2017 

dimanche 26 mars 2017

26 mars 2017, Paris, Togo : Jean-Pierre Fabre à Paris


Un des leaders d’une opposition démocratique d’une dictature africaine est à Paris ce dimanche 26 mars, le ‘chef de file de l’opposition’ togolaise, Jean-Pierre Fabre. Il a failli en croiser un autre, Jean Ping. Le débat est organisé par la fédération Internationale Europe-Asie de son parti, l’ANC. J’arrive pour le débat après la première intervention qui sera ensuite publiée sur le site de l’ANC.
Dans ce discours, Jean-Pierre Fabre insiste sur une des priorités actuelles, « le processus de décentralisation et le calendrier des élections locales » promises il y a déjà 12 ans. Il revient également sur la mascarade présidentielle de 2015, le rôle de la CENI et sa « proclamation de résultats non délibérés en plénière et donc « sans aucune base légale » selon la mission d’expertise électorale de l’UE ».
Concernant les réformes institutionnelles bloquées depuis l’Accord politique global de 2006 (APG), l’ANC vient aussi de recevoir la réponse à sa « requête demandant à la Cour Constitutionnelle, d’enjoindre l’Assemblée nationale de mener à son terme la procédure d’examen et d’adoption des propositions de loi de révision constitutionnelle, abusivement interrompue et gelée ». Il dénonce la Commission nationale de réflexion sur les réformes institutionnelles et constitutionnelles crée par Faure Gnassingbé, « dans le but évident d’enterrer l’APG et de s’offrir d’autres moyens de s’accrocher au pouvoir. »
Puis, Jean-Pierre Fabre dénonce les atteintes aux droits humains et la répression des dernières manifestations, comme les atteintes à la liberté de la presse.
Lors du débat, la diaspora revient sur la présidentielle de 2015, et la stratégie de l’ANC. Jean-Pierre Fabre reprend avec quelques détails l’historique impliquant le Collectif Sauvons le Togo (CST) et la coalition Arc-en-ciel, aux législatives de 2013, quand ils y « sont allés sans préparation ». Il admet déçu : « on a travaillé avec des gens avec qui on n’aurait jamais dû travailler », sans donner de nom.
En 2015, « la candidature unique était prévu s’il n’y avait pas de réformes », et « l’Arc-en-ciel a choisi un candidat ». Selon lui, « la candidature unique permet au pouvoir de diviser l’opposition », comme un « Plus Grand Commun Diviseur (PGCD) de l’opposition ».
Il revient sur la réunion avec Alassane Ouattara et John Dramani Mahama qui sont venus sortir Faure Gnassingbé vainqueur par magie des compilations de la CENI. Faure Gnassingbé avait placé comme interprète Anglais-français du président ghanéen une chargée de mission de la présidence pour espionner.
Concernant le général Sangaré et l’OIF, il explique que « maintenant, l’OIF ne veut plus faire d’observation, et veut aider à établir des fichiers électoraux en travaillant sur l’état civil ».
Sur les élections locales, Jean-Pierre Fabre explique : « tout est flou », « si on se soulève pas, il n’y aura rien, … il faut que le togolais se soulève », « je ne peux parler que du vote », « l’article 150 (de la constitution) donne le droit de soulever ». Il précise : « mobilisation et élections, c’est les deux à la fois », il n’y a « pas d’impasse sur les élections », « la lutte n’est pas une question de réforme ou pas ». Il préfère ne pas parler de tout concernant la stratégie, en évoquant un point de départ en 1998.
Le débat est aussi abondant en critiques, ce qui l’oblige aussi le politicien à être souvent dans une position défensive. Les multiples échecs des démocrates au Togo depuis 1990 marquent sans doute les esprits. Jean-Pierre Fabre évite-t-il d’essayer de résoudre la quadrature du cercle togolais en « combattant incompris » ?
Pendant le pot, je signale au leader de l’opposition que j’ai récemment découvert (cela sera expliqué dans une étude pas encore publiée) que le Togo était, grâce à la famille Gnassingbé, recordman d’Afrique des coups d’état électoraux, c’est-à-dire des processus électoraux avec inversion du résultat au moment de la compilation des procès-verbaux et de la publication du résultat national. En effet, le Togo a déjà connu 4 inversions de résultats en 1998, 2003, 2005 et 2010, soit un tiers des 12 coups d’état électoraux lors de présidentielles, répertoriés dans toute l’Afrique depuis début 1990. Un coup d’état électoral n’est pas en soi pire qu’un processus électoral détourné en amont, mais ce record d’Afrique togolais devrait tout de même attirer l’attention.
Mohamed Ibn Chambas, représentant du secrétaire général de l’ONU en Afrique de l’Ouest, connu comme soutien de Faure Gnassingbé, voit aujourd’hui dans la chute de Jammeh en Gambie, « le début d’une nouvelle ère » grâce à la « diplomatie préventive régionale ». Il est peut-être temps pour lui de se souvenir du besoin d’une  limitation à deux mandats dans la constitution au Togo, puisque la Gambie et le Togo restent les deux seuls pays d’Afrique de l’Ouest sans limitation. Aujourd’hui Faure Gnassingbé se retrouve seul chef d’Etat concerné et le rôle de la « diplomatie préventive régionale » serait de faire pression sur Faure Gnassingbé pour qu’il respecte enfin les réformes de l’Accord politique global de 2006, pour sortir enfin de « l’injonction paradoxale togolaise ».
Régis Marzin, écrit et oublié le 4 avril 2017

samedi 25 mars 2017

25 mars 2017, Paris : Gabon, 200ème jour de lutte

Ce 25 mars à Paris, pour son 200eme jour de lutte depuis le coup d’Etat électoral, la diaspora gabonaise organise une manifestation « 200 jours de la résistance » entre Trocadéro et l’ambassade du Gabon.
En tête de manifestation, se reconnaît le leader de la société civile, Georges Mpaga, de passage à Paris, qui sera quelques jours après, le 29 mars, à Bruxelles pour rencontrer l’Union européenne. Le 2 février, le Parlement européen avait adopté une résolution contre les auteurs du coup d’état électoral. Le 28 mars, le porte-parole de l’Ue a rappelé sa position ferme : dialogue inclusif, suivi des « recommandations faites par sa Mission d'observation électorale, enquête indépendante sur les allégations de violations des droits humains, dialogue politique intensifié avec l'UE, dans le respect de l'accord de Cotonou ».
Le 24 mars, Jean-Marc Ayrault a accepté de rencontrer Emmanuel Issoze Ngondet, Premier ministre post-coup d’Etat électoral, venu promouvoir le dialogue factice démarrant le 27 mars à Libreville. Le compte-rendu du ministère indique « M. Jean-Marc Ayrault a exprimé l'espoir que le dialogue se tienne entre les principales forces politiques du pays et qu'il débouche sur des réformes structurelles et des échéances bien identifiées. La préparation des prochaines élections législatives est une opportunité pour que les différentes sensibilités politiques prennent des engagements en faveur de la démocratie et l'État de droit au Gabon. Une facilitation internationale pourrait utilement être mobilisée. MM. Ayrault et Issoze Ngondet ont également évoqué les relations entre le Gabon et l'Union européenne et la situation économique et sociale au Gabon. »
Depuis qu’il est ministre des affaires étrangères, jamais Jean-Marc Ayrault n’avait affiché une position si proche d’un soutien d’une dictature, dans le sillage de son prédécesseur Laurent Fabius ou de Manuel Valls, l’admirateur de Faure Gnassingbé. Emmanuel Issoze Ngondet venait par ailleurs démarcher les entreprises. Cette position du ministre français peut être a priori interprétée comme un sabotage de la position européenne. A partir du moment où les démocrates gabonais ont rejeté le faux dialogue, arguer de la possibilité de faire avancer un processus de démocratisation arrêté par un coup d’Etat électoral travers des législatives, signifie apparemment soutenir le dictateur. Le Gabon n’est pas le Tchad, et c’est au Tchad que l’opposition victime d’un autre coup d’Etat électoral veut aller aux législatives après un dialogue inclusif. Si on lui accorde le bénéfice du doute, Jean-Marc Ayrault pourrait avoir confondu Ndjamena et Libreville, Saleh Kebzabo et Jean Ping. S’opposer à ou soutenir la stratégie des démocrates dans un pays signifie quelque chose.
Le premier ministre « putschiste », comme disent les gabonais, a réussi également à se faire voir à En marche ! en rencontrant l’ex-ministre de droite Jean-Paul Delevoye, qui préside la commission d’investiture des législatives du mouvement En marche !, un poste stratégique. Est-ce de nouveau la maudite Françafrique qui se prépare à redémarrer contre vents et marées, discrètement camouflée derrière le vote utile anti-FN et anti-républicains ?
A un certain niveau de nullité des dirigeants français, ils se décrédibilisent totalement et Bruxelles continue d’aspirer les responsabilités. Pour se faire entendre à Bruxelles, il faut mieux éviter de parler la langue de bois françafricaine. Jean Ping reste confiant et affirme le 31 mars que « la communauté internationale demande que la situation revienne à la normale ».
La diaspora gabonaise a su restée mobilisée depuis maintenant 7 mois, sur internet comme dans la rue, elle fait feu de tout bois, manifestant pour réclamer son rapport sur l’élection à l’OIF ou empêcher le Médef de reprendre les affaires. Pendant la manifestation, des orateurs de passage du Gabon soulignent l’importance de ce soutien extérieur.
Régis Marzin, article écrit et publié le 4 avril 2017

mardi 28 février 2017

25 et 28 février 2017, Paris, Djibouti : manifestations pour la démocratie

25 février 2017, Trocadéro
28 février 2017, Place Madeleine
Dix mois après son coup d'Etat électoral d'avril 2016, l'assassin présumé du juge Borrel est reçu à l'Elysée par François Hollande, le président « normal avec les dictateurs ». La diaspora djiboutienne se battant pour la démocratie à Djibouti condamne cette réception d'Ismaël Omar Guelleh à l'Elysée. La coalition d'opposition Union pour le salut national a appelé à deux manifestations, le samedi 25 février place Trocadéro, puis le mardi 28 février Place Madeleine.
L'Elysée n'a pas communiqué avant le 28 février sur les raisons de son choix de recevoir un chef d'Etat criminel et isolé, au risque de salir son image déjà bien écornée en Afrique. Les journaliste de RFI ou Monde ont été obligés de faire des hypothèses sur la politique militaire ou la réaction à l'influence chinoise à Djibouti.
Finalement, le 28 février, la présidence française a sorti un communiqué sans référence à l'Etat de droit, axé uniquement sur les aspects militaires et économiques, avec une référence imaginaire ou ironique à la démocratie au travers de la francophonie, qui pourra être aussi comprise comme une insulte méprisante à l'égard des démocrates. Le message affiché est celui d'un soutien « normal » à un dictateur alors que celui-ci a maintenant augmenté le niveau de dictature à un niveau très élevé, réprimant maintenant fortement toutes les activités politiques d'opposition.
Les partis sont systématiquement clonés, et les politiciens des vrais partis empêchés d'agir. Ismaël Omar Guelleh est à nouveau décomplexé. Débarrassé d'une surveillance internationale qui s'était installée avant la présidentielle, il peut facilement désorganiser les opposants. A l'ombre des bases militaires, il pourrait même bientôt se payer le luxe de développer un peu le pays – ce qui n'est pas si fréquent dans les pays où les richesses sont détournées par un clan – en faisant comprendre au peuple qu'il ne sert à rien de perdre son temps avec de la politique !
Ce que l'on observe, principalement, c'est que durant tout le quinquennat, François Hollande et son gouvernement auront été incapable de sortir d'une soumission à l'influence militaire dans plusieurs pays d'Afrique, Djibouti en particulier. Dans ce pays, le soutien constaté en 2014 des diplomates occidentaux à la démocratisation s'est effacé en 2015 quand le dictateur a fait progressivement valoir ses arguments, militaires et économiques. François Hollande est dans la continuité de la reculade de début 2016.
En 2012, au moment où les Verts sont entrés au gouvernement et ont accepté le Ministère du développement pour une personnalité de type 'économiste' et très peu 'politique', il était alors question du protocole d'accueil des dictateurs africains, avec ou sans tapis rouge. Ce n'était sans doute pas la bonne question. Les échanges diplomatiques ne s'arrêtent jamais. Un rejet trop marqué des dictateurs par les anti-néocolonialistes alors que ces chefs d'Etat interviennent dans le domaine militaire, a peut-être facilité indirectement le jeu des conseillers militaires français, qui ont trouvé chez des dirigeants socialistes peu compétents et sans programme une écoute attentive, parce que ceux-ci se sentaient dans une obligation de mettre en œuvre une politique réaliste et compatible avec les contraintes sécuritaires. Il y a eu un coup de balancier quand la bonne volonté de départ pour la démocratie a disparu fin 2012 et au premier semestre 2013. Les conseillers militaires étaient alors devenus très présents et les démocrates africains n'ont presque plus été écoutés jusqu'à mi-2014.
Que se serait-il passé si les opposants démocrates avaient développé leurs positions dans une «approche globale» sur le modèle européen ? Est-ce qu'il aurait été possible d'empêcher les militaires français et le gouvernement d'oublier la nécessité de maintenir des exigences fortes sur la démocratisation de l'Afrique, en dehors de la gestion des crises militaires, au Mali et en Centrafrique? La question se repose en 2017. Si un nouveau président très incompétent sur l'Afrique accède à la présidence française, est-ce que la politique française en Afrique peut se rééquilibrer ou pas ? Ce nouveau président va-t-il par défaut se laisser guider par des stratèges du Ministère de la défense sous prétexte de lutte anti-terroriste ?
Les démocrates djiboutiens confrontés à la violence de la répression des dictatures attendent eux et elles de la politique française qu'elle affiche un soutien réel et ferme à la démocratie. Sur RFI, Maki Houmed Gaba, le représentant en France de l’USN, a indiqué: "Nous lui disons : vous allez recevoir Ismaïl Omar Guelleh, ce qui est une mauvaise opération puisque Omar Guelleh a une politique antidémocratique dans son pays. Aucune opposition à Djibouti ne peut fonctionner. La société civile, les opposants… à Djibouti, pratiquement tout le monde est sous surveillance. Djibouti est un pays complètement fermé à la liberté, à la démocratie, aux élections... Ce que nous disons à Monsieur François Hollande c’est que Djibouti, représente, évidemment, un intérêt majeur et stratégique pour la France, avec le passage maritime et... la piraterie [qui] est surveillée. Nous comprenons donc que François Hollande ait besoin que la France – partenaire historique de Djibouti – soit toujours présente et il est normal que la France soit présente. Néanmoins, la France a tout à fait la possibilité de conseiller à son partenaire djiboutien pour qu’il ne favorise pas uniquement son clan et qu’il n’interdise pas la démocratie à Djibouti". 
Pour ce faire, il serait utile que la diplomatie française accepte de mettre en œuvre réellement une «approche globale», qui respecte l'équilibre entre les domaines, Démocratie et Etat de droit, Paix et sécurité, Economie et développement. En ce qui concerne la démocratie, la priorité serait évidemment à mettre sur la qualité des processus électoraux.
Ismaël Omar Guelleh n'a jamais été élu selon une élection démocratique, et à Djibouti, même l'Assemblée nationale n'est pas élue puisque le résultat a été totalement inversé aux législatives en 2013. Des élections municipales viennent d'avoir lieu qui n'ont aucun écho puisque elles n'ont aucun rapport avec la démocratie.
Faut-il encore s’appesantir sur François Hollande ? La question est maintenant de savoir quelle politique mènera son successeur. Le point de l'influence anormale et excessive de l'armée française est en suspens, parce que le soutien à la démocratie en Afrique n'est toujours pas mis en avant par des propositions concrètes incontestables, en particulier dans le domaine électoral. Dans ces conditions, après l'élection de 2017 en France, les décisions seront sans doute de plus en plus prises à Bruxelles, et, dans le domaine de la politique étrangère, les transferts de pouvoir continueront de se faire par défaut, faute de politique française adaptée à l'évolution de l'Afrique.
Régis Marzin,
article écrit et publié le 28 février 2017