samedi 8 décembre 2018

8 décembre 2018, Paris en colère ? Togo, climat, gilets jaunes, …

Togo, climat, gilets jaunes, … Paris sous la bruine. Les casseurs détruisent la mobilisation des gilets jaunes elle-même. Les gilets jaunes rendent inaudibles les manifestant-e-s sur le climat et les luttes écologiques en général… Et, le Togo en lutte contre la dictature, n’en parlons pas… Au micro, on dit que l’armée a recommencé à tuer ce matin. Le message est brouillé dans un mélange de colères.
Ici et là on rêve que la mobilisation populaire en France puisse être solidaire d’autres luttes… mais c’est la confusion, dont il y a peu à tirer. Je ne me motive pas à faire des photos, je parle un peu et je ne traine pas. Je note un slogan dans l’air du temps : « On n’est pas tous des cons ». Bien vu ! Je suis surpris des conneries qui se disent en ce moment de la manière la plus décomplexée du monde et parfois avec une bonne dose d’humour.
Les policiers entourent la place de la République et sur les écrans des cafés, des boulangeries et des téléphones, se regardent les feux des casseurs et les chiffres des blessés et des arrestations…
Régis Marzin, Non-Article, 8.12.18, 18h15

samedi 24 novembre 2018

24 novembre 2018, Plaine-Saint-Denis : Ousmane Sonko candidat à présidentielle sénégalaise

Le député Ousmane Sonko est le candidat du parti politique Pastef à la présidentielle de février 2019 au Sénégal. Il passe trois jours à Paris pour rencontrer la diaspora et les journalistes. Le samedi 24 novembre, il propose aux journalistes une conférence de presse.
La conférence commence par une description de l’état politique du Sénégal. Il décrit un ensemble de faits. Le gouvernement a refusé de commenter l’application de l’article 27 de la constitution qui interdit le 3e mandat, se mettant à créer un flou sur le compteur de mandat. Ousmane Sonko reproche à Macky Sall la « liquidation des adversaires politiques » avant la présidentielle, la corruption maximale, la modification de la constitution et du code électoral pour exclure des candidats, l'exigence d'une quantité anormale de parrainages. Il se dit lui-même attaqué. Au niveau du processus électoral, il y a débat sur le fichier électoral, la délivrance des cartes d’électeurs. Il indique que Macky Sall voudrait que le ministère de l’intérieur organise l’élection à la place de la Céni. Il parle d’un risque de blocage des réseaux sociaux et termine sur la « cabale contre le mouvement citoyen » Y’en a marre.
Il constate que l’essentiel de l’activité économique du Sénégal appartient aux multinationales, françaises surtout, ou sinon marocaines ou soudanaises. Il souhaite protéger les commerçants de l’arrivée des supermarchés et quelques autres filières importantes, imposer des joint-ventures et des transferts de technologies. Il affirme sa solidarité avec les immigrés et avec les étudiants victimes de la hausse des frais de scolarité en France. Il enchaine sur les ressources naturelles, la fiscalité et la politique monétaire. Il dénonce les contrats pétroliers qui ne rapporte que 10% au Sénégal, alors que Total a reçu les meilleurs blocs. Selon lui, la fiscalisation qui signifie l’obligation de tenir une comptabilité, fera que le secteur considéré comme « informel » passera de 5-10% de l’économie à 60%. Toujours concernant les entreprises françaises, il regrette la construction du Train TER qui a coûté 1200 Mds de CFA (1,83Mds€) au lieu de 600 (0,92Mds€) prévus au budget et se scandalise de 150Ms€ de surcoût lié à l'avancement de l'inauguration de la ligne dans un seul sens juste avant la présidentielle, auxquels s'ajouterait, selon lui, 305 Ms€ - « 200 Mds CFA d'annulations de redressements fiscaux en faveur de sociétés françaises ».
Il insiste sur une sortie du CFA : « Nous l'avons dit et nous avons pris une position, on ne peut pas continuer avec le Franc CFA. Nous, si on est élu, de manière responsable et intelligente, nous sortirons de ce Franc CFA. D'abord parce que c'est une monnaie qui n'est pas calquée sur la taille réelle de nos économies. Elle est arrimée à une monnaie très forte, celle de la première zone économique du monde. C'est une monnaie qui ne nous permettra jamais d'être compétitif à l'exportation ». Après avoir évoqué la Cédéao et le Nigéria « instable », il précise que le Sénégal peut sortir seul du CFA.
Sur la relation France-Afrique, le président du Pastef souligne que « la France a besoin de l’Afrique » et que « si elle ne sait pas décrypter, elle sera éjectée ». Il évoque alors le génocide du Rwanda. Il souhaite « rééquilibrer les relations avec la France ». Il veut sortir de « la peur de la France » et du « complexe du dominé », et selon lui, un candidat ne doit pas essayer de « plaire à la France », nommant alors comme exemple, Paul Kagamé qui serait « respecté ».
Par ailleurs, Ousmane Sonko voudrait réglementer les activités des écoles coraniques et « institutionnaliser les relations entre la religion et l’Etat ». Sur la situation au Sahel, il rappelle la responsabilité française au moment de la chute de Khadafi.
Il évoque également des contacts avec Abdoulaye Wade en établissant aussitôt une certaine distance. Il veut empêcher l’enrichissement personnel des dirigeants grâce à « un recensement des responsabilités et rémunérations et à la publication » des informations. Il annonce la mise en place d’un contrôle de gestion public basé sur « l’autonomie, la saisie des juges et des sanctions ».
A la fin de la conférence de presse, le président du Pastef enchaine dans l’après-midi sur un meeting dans l’immense salle des Docks de Paris devant plusieurs milliers de personnes, 5000 sans doute. En fin de journée, lors d’un diner de gala, la diaspora est finalement invitée à financer la campagne du député, à l’américaine.
Régis Marzin
Compte-rendu écrit et publié le 26.11.18

lundi 19 novembre 2018

19 novembre 2018, Plaine-Saint-Denis, Campus Condorcet : histoire de tout ?

« Les historiens affrontent l’inégalité de nos capacités de compréhension des sociétés du passé. L’inégalité dérive du rapport entre sociétés européennes et sociétés colonisées dont les discours, les images, les normes, les croyances obéissent à des styles, à des cadres, à des langages qui sont compréhensibles mais pas identiques à ceux des Européens. » Ce lundi 19 novembre, je suis attiré au Campus Condorcet par ce début d’introduction de la présentation de la conférence de l’historien Jean-Frédéric Schaub, de l’EHESS. Ce spécialiste des mondes hispaniques et de l’« assymétrie dans l’histoire comparée », auteur en 2015 du livre « Pour une histoire politique de la race », se propose de traiter la question « Peut-on faire l’histoire de tout ? ».
Le chercheur commence par décortiquer sa question : « histoire », « tout », « pouvoir » - la capacité ou le droit -, et « on ». Il part d’un axiome : « Tout ce qui a eu lieu a bien eu lieu » : c’est-à-dire, qu’« il n’est pas possible d’intervenir sur le passé » quand on écrit « l’histoire de ce qui a eu lieu ». Le fait que « nos ancêtres ne connaissaient pas le futur et nous ne connaissons pas le futur » définit, selon lui, la liberté. « Tout ce qu’on croit stable subit le changement » et « l’histoire reconstitue les processus sociaux et les regards que les hommes s’en faisaient », ajoute-t-il.
Il évoque un « rejet de l’histoire née en occident » associé à la dénonciation d’une « domination culturelle ». Il précise que « ce qui est visé, c’est un discours sur l’histoire attribué à Hegel » qui a développé un « différentiel entre les peuples » en plaçant les « africains au plus bas ». L’histoire de l’histoire ou des histoires, montre, selon lui, « un ensemble de traditions et de propositions contradictoires ». Même si chacun tente d’éviter les contradictions, selon un critère de cohérence interne », il y a « beaucoup d’incohérences ». Par exemple, Condorcet a pensé « une convergence progressive de toutes les sociétés vers un modèle unique » a combattu l’esclavage, et voyait l’occident comme une « avant-garde » tout en « défendant les victimes ». Il parle ensuite des « civilisations » au XIXème siècle, à l’époque d’un « eurocentrisme », pour lesquelles il n’y a pas eu de « conception unique ».
A propos de « tout », il constate depuis internet et le « désenclavement de la globalisation » un changement de « rapport au monde du passé ».
A propos de « pouvoir », l’historien parle d’« enjeux moraux et politiques ». Il y avait des sujets auparavant objets de réticences, comme « les pauvres, les femmes, les colonisé-e-s » quand les sujets prioritaires étaient « les décisions politiques, la diplomatie, les stratégies militaires ». Plus récemment, les sujets sont remis en causes dans une approche « post-démocratique » qui succède à une période « démocratique », vers une disparition des « classes, genres et races ».
A propos de « pouvoir », cette fois au niveau d’une faisabilité plus technique, il rajoute que les vainqueurs laissaient beaucoup plus de traces que les vaincus, les riches que les pauvres, et les hommes que les femmes. Il parle de « duperie » dans « l’histoire de l’ancien colonisateur ». Il y a de l’inégalité en volume et en qualité de sources et aussi en conservation selon le climat. Et, il ne faut pas oublier les enfants ! Il insiste sur la langue des sources et sur la nécessité de traduire des sources.
Enfin, il arrive au « on », c’est-à-dire à « qui est habilité ? ». Il mentionne des actes de censure artistique aux Etats-unis de personnes qui voudraient réserver le discours sur les « noirs » aux « noirs », alors que des historiens variés ont travaillé sur l’histoire des juifs, des esclaves, ou encore qu’il y a des « garçons féministes ».
L’historien conclut que, « oui, on peut faire histoire de tout ». Selon lui, à propos de « l’occident », « tous les systèmes colonialistes sont différentialistes ». Il invite à « résister à une communication identitaire » et termine sur l’« universalisme méthodologique » une notion encore très mal traitée par Google.
Je pose la première question : « Peut-on dire que l’on peut faire histoire de tout sauf des crimes trop récents ? A cause des accusations de diffamation, à cause des amnisties, de l’évolution du droit, de la censure venant des Etats ? Que fait-on quand les crimes sont déterminants ? Il répond sur la censure des Etats : celui lui évoque l’histoire algérienne et la Yougoslavie. Il pense que l’ont peut étudier la censure. Le débat est ensuite très court et se résume à quatre questions, car il faut rendre la salle ! Jean-Frédéric Schaub termine sur la boulette du discours de Dakar de Nicolas Sarkozy « L’homme africain n’est pas entré dans l’histoire », selon lui, une erreur de copier-coller de l’éloge de de Gaulle à Félix Eboué de 1947.
Dans le couloir, pendant le pot, je réussi très rapidement à faire remarquer à Jean-Frédéric Schaub que je le trouve trop sur la défensive sur les accusations de dominations culturelles liées à la colonisation et au processus de racialisation. Il admet qu’il revient des Etats-Unis. La conférence a lieu à Saint-Denis, mais à Plaine, assez loin de la fac, et avec un public d’Aubervilliers surtout, de la ville du consensus en fin de vie. Me consacrant moi-même à écrire l’histoire récente et plus ancienne des élections en Afrique en tenant compte de l’histoire de la domination coloniale partiellement écrite, je ne pourrais pas faire ce travail en étant sur la défensive. Il y a des faits à découvrir qui sont difficiles à mettre en évidence que ce soit, pour les historien-ne-s, les politologues, ou autres chercheur-se-s, que ce soit par des juges, des politicien-ne-s, des militant-e-s, des journalistes ou des journalistes d’investigation, qu’ils ou elles soient d’un pays ou d’un autre. Dans certains cas, l’histoire est aussi un sport de combat, focalisé sur la recherche de résultats par les plus motivé-e-s.
Régis Marzin
Compte-rendu écrit et publié le 26.11.18

dimanche 21 octobre 2018

20 octobre 2018, Paris-Pantin – Tchad : conférence avec Mahamat Nour Ahmed Ibedou

La conférence qui a lieu ce samedi 20 octobre à la Fondation Gabriel Péri est organisée par les Patriotes de la Diaspora Tchadienne de France (PDTF) à l’occasion de la venue en France de Mahamat Nour Ahmed Ibedou, le Secrétaire Général de la Convention Tchadienne pour la Défense des Droits de l’Homme (CTDDH). La conférence est animée par l’illustre blogueur Makaila Nguebla. Sont au programme les points suivants : « Quel espace pour la société civile au Tchad ? Le dialogue social dans l’impasse la crise sociale persiste ; Les groupes politico-militaires peuvent-ils être des forces alternatives contre le pouvoir actuel ? Pourquoi la France continue-t-elle à soutenir Idriss Deby malgré la récession économique ? » Les autres personnes autour de la table sont Abakar Assileck Halata des PDTF connu pour son passé ‘politico-militare’, Mahamat Saleh Abderahim Dahab, activiste exilé en France et Abdelkerim Yacoub Koundougoumi intervenant au nom d’Internet sans frontières, et activiste des PDTF.
Abdelkerim Yacoub Koundougoumi rappelle la censure sur internet au Tchad qui a facilité le « vol de l’élection » en 2016. Il insiste comme Abakar Assileck Halata sur les divisions ethniques et la nécessité d’unité des tchadiens. Le soutien persistant des dirigeants français au régime dictatorial en place est longuement discuté. Une représentante de l’association Survie dénonce la visite récente de Florence Parly et le rôle en 2018 du Président du Sénat français Gérard Larcher.
J’interviens de la salle pour évoquer l’évolution actuelle : Déby s’est maintenant associé à d’autres dictateurs pour tenter d’imposer leurs choix dans les nouvelles orientations de la relation entre Union européenne et l’Union africaine. Les faits historiques liés à chaque pays et la nature des régimes politiques sont négligés quand la diplomatie internationale est focalisée sur la construction à long terme des institutions internationales, dans lesquelles les dictateurs trouvent une légitimité. On s’éloigne de la Françafrique quand les présidents français passent progressivement d’un soutien à un régime pour prolonger une relation bilatérale historique à un soutien qui s’intègre dans la stabilisation d’un nouveau fonctionnement et de nouvelles règles entre des ensembles d’Etats.
Une partie du débat porte sur la lutte armée. Abakar Assileck Halata conclut son intervention sur la lutte armée sur le fait que « les armes et les urnes n’ont pas payé ». Il souhaite que la « culture de l’alternance » se développe même dans les partis politiques d’opposition et dans les groupes rebelles. Abdelkerim Yacoub Koundougoumi insiste sur la « conjugaison des efforts sur 5 piliers, économiques, militaires, institutionnel, sur droits humains, sur la communauté internationale ». Une personne du public, en arabe, reproche aux rebelles de n’avoir rien apporté de bon. Mahamat Nour Ibedou, dont « le statut de société civile interdit d’accepter la prise de pouvoir par les armes », reconnaît qu’Idris Déby a poussé les gens vers la lutte armée en « réduisant l’espace d’expression ». Il croit, lui, « à un changement par la rue ».
Intervenant une nouvelle fois depuis la salle, j’insiste sur le fait que dans l’histoire des guerres de l’Afrique depuis 1990, il y a eu une période ou la volonté de chasser un dictateur était une cause assez fréquente de guerre, mais que ces guerres ont quasiment disparues (Régis Marzin, 2016 : Guerre et démocratisation 7.1.3), comme les guerres entre Etats ont disparu, comme les coups d’Etat militaires commencent à disparaître parce qu’il y a eu quasi-consensus entre dirigeants des démocraties et des dictatures sur ce point vers 2010.
Mahamat Nour Ibedou fait un bilan de la situation des droits humains au Tchad. Ce bilan est également distribué sous une forme papier. Il qualifie la situation de « dégradation croissante des droits de l’homme ». Il souligne que « la société civile tchadienne est surprise que les bailleurs et autres partenaires n’aient pas pris la mesure de la gravité de la situation au point de soutenir un régime politique qui est l’archétype de la négation de tout ce que représentent les valeurs démocratiques ».
Régis Marzin
Compte-rendu de 16h30 à 18h30 alors que conférence a commencé vers 15h30.
@Regis_Marzin
https://regardexcentrique.wordpress.com/tag/tchad/

lundi 17 septembre 2018

15 et 16 septembre 2018 : l’Afrique à la Fête de l’Huma


Comme tous les ans, la Fête de l’Humanité est l’occasion de quelques débats concernant l’Afrique. Le continent est actuellement moins mis en évidence : le nombre de débats dans les stands, qui se concentrent au Village du Monde, a fortement diminué. L’aspect ‘musée’ dans une grande ‘foire’ sans aucune sélection est de plus en plus visible. Un coup d’œil au programme montre que le thème des migrants gagne, lui, du terrain, et, qu’au niveau du nombre de stands, le Moyen-orient et le Maghreb ressortent maintenant beaucoup plus que l’Afrique subsaharienne.
Un premier rendez-vous a lieu le samedi à 16h, à l’Espace débat du Village du monde « Construire un Maghreb uni » très axé sur le Sahara occidental, d’autant plus que le titre initial en était « Forum maghrébin pour la paix au Sahara occidental ». Ce débat est animé par la journaliste Rosa Moussaoui et réunit Mustapha Brahma, secrétaire national de la Voie démocratique, pour le Maroc, co-organisateur du débat, Adel Thabet du Parti des travailleurs, pour la Tunisie, Zouheir Bessa, du PADS, pour l’Algérie et Oubbi Boucheraya Bachir, représentant du Front Polisario en France, pour le Sahara occidental.
Mustapha Brahma souligne la langue et l’histoire communes du Maghreb et voit comme entrave à son unité « la nature des Etats autoritaires ou despotiques », en particulier au Maroc. Il dénonce « la démocratie de façade » et les « élections » qui ne font qu’apporter un semblant de « légitimité ». L’autre entrave est selon lui la question du Sahara occidental, une question qui lui a fait passer 10 ans de sa vie en prison.
Oubbi Boucheraya Bachir exprime sa conviction que le conflit ne se résoudra que par une « expression démocratique » et un « droit au référendum » qui « appartient au peuple ». Il met l’accent sur les concessions que le Front Polisario a déjà acceptées, sur l’électorat ou sur une « exploitation conjointe des ressources pendant une période de transition ».
Le tunisien Adel Thabet voit la « situation actuelle » comme « un héritage » de la période coloniale, en raison des « régimes garantissant l’intérêt de la France », et les intérêts d’une minorité sans mettre la priorité sur l’unité du Maghreb. Il remarque que la « France mène les négociations pour l’UE sur l’Accord UE-Tunisie Aleca (‘Accord de Libre Échange Complet et Approfondi’) comme une « puissance impérialiste ». Il pense que l’« avenir commun » nécessite « le départ de dirigeants ».
L’Algérien Zouheir Bessa liste une série d’accusations contre « les puissances impérialistes » responsables de « la faiblesse des échanges interne au Maghreb », de la course aux armements ou encore de l’utilisation du Maroc en sous-traitant de la France en Afrique.
Lors du débat, le représentant du Front Polisario revient sur l’absence de démocratie au Maroc, à la fois cause et conséquence de la non-résolution du conflit au Sahara Occidental, qui « alimente la répression du mouvement du Hirak ». Cependant, il n’est pas concerné pas « la fin de la monarchie » et en reste à « la lutte contre expansionnisme ».
Le dimanche matin à 10h30, toujours à l’Espace débat du Village du monde, une conférence a pour thème « Que fait toujours notre armée en Afrique ? ». Y sont programmés, David Mauger co-auteur avec Raphaël Granvaud du dernier livre de l’association Survie, « Un pompier pyromane, L’ingérence française en Côte d’Ivoire d’Houphouët-Boigny à Ouattara », la malienne Aminata Traoré, habitué de la dénonciation des interventions militaires françaises à la Fête de l’Humanité, Mohammed Kadamy, leader du mouvement armé djiboutien Frud et depuis des années présent à la fête, Dominique Josse pour le PCF, et Rosa Moussaoui pour l’Humanité.
La sortie d’une synthèse historique sur la relation entre la France et la Côte d’Ivoire par l’association Survie est à souligner. Depuis un moment, les choses sont claires concernant la Côte d’Ivoire, pays modèle d’une Françafrique, aux niveaux militaire, économique et politique, dans une structuration renouvelée en 2011, à contre-courant de toute démocratisation réelle, à contre-courant même de l’affaiblissement général de la Françafrique.
Ce dimanche, hors du Village du Monde, le programme de l’Agora contient également en fin de journée un appel pour les prisonniers politiques marocains, une nouvelle fois animé par Rosa Moussaoui.
Patrick le Hyaric, directeur de l’Humanité, a souligné, en introduction au dossier de presse, que « la solidarité avec les populations migrantes rejetées et condamnées à l’errance sera évidemment l’un des points d’orgue de cette édition. » Le vendredi à 17h, la fête a commencé à l’Espace débat du Village du monde par un débat « Migrations, changement climatique et guerre économique », un entretien entre Aminata Traore et Rosa Moussaoui. Il était suivi à 20h, à l’Agora de Témoignages sur les « Migrants et les grandes voix de la solidarité ». Puis, au stand national du Pcf, un ‘Concert de solidarité avec les migrants’ du groupe Combo Pacheco en présence d’Ian Brossat, adjoint au maire à Paris, récemment désigné tête de liste des communistes aux élections européennes, terminait la soirée.
Le dimanche à 15h30 à l’Espace solidaire, plateau dédié à des associations de solidarité et de défense des droits humains, la discussion continue sur le thème ‘Défendre les migrants, c’est aussi soutenir une vision du monde et de la société’, dans un débat animé par Marie-Pierre Barrière du Réseau éducation sans frontière (Resf). Les intervenant-e-s sont Edmond Baudoin co-auteurs du récit graphique ‘Humains : La Roya est un fleuve’, Elsa Faucillon, députée Pcf des Hauts-de-Seine, et Dante Bassino, adjoint au maire du 10ème à Paris, enseignant participant au Resf et surtout représentant de la Commission migration du PCF, et, une invitée de dernière minute, Aminata Traoré.
Elsa Faucillon s’est fortement mobilisée contre la loi Asile et Immigration. Elle dénonce « l’intoxication sur les chiffres, sur l’invasion », ou sur la culture, alors qu’elle-même « est heureuse qu’ils arrivent ». Elle constate la « bataille gagnée » par ses adversaires à relier « migrations, chômage et insécurité ».
Le jeune Dante Bassino pense que « la loi valide les thèmes de l’extrême-droite » et « fait monter le FN », et regrette que « le discours commence à monter à gauche ». Il argumente à partir de chiffres, en particulier sur « le taux d’étrangers à 6% stable depuis 1920 ». Selon lui, « les migrants arrivent quelle que soit la politique » et la répression « oblige à rester » et va de pair avec « l’exploitation ». Il conclut que « la seule solution est la liberté de circulation, … une circulation intégrale », et qu’il est possible de loger les migrants.
Aminata Traoré affirme que « la France a besoin des pays d’origine du continent noir ». Elle dénonce le libre-échange qui ne pourrait se faire qu’entre égaux.
Au début du débat, Marie-Pierre Barrière considère la gestion de l’asile selon l’accord de Dublin comme obsolète.
Elsa Faucillon affirme que les divisions de la gauche sur le sujet ne sont pas nouvelles. Elle dit : « On ne traite pas des causes des migrations, … on ne le fait pas pour que les migrations s’arrêtent » (lutter). Elle réclame « une politique d’accueil dans un monde solidaire ». Elle voit 2 camps se créer entre ceux-celles qui pensent aux « causes » et ceux-celles qui pensent aux « conséquences » au niveau accueil. Elle « croit à la liberté de circulation ».
Cela provoque une réaction de désaccord d’Aminata Traoré contre « un débat franco-européen », contre « la condescendance », ou « la mendicité », et pour « une approche globale et systémique », qui tiennent compte « du colonialisme et de la présence de l’armée française » (dans le Sahel) et du fait que « la France décide de tout ». Elle juge « la question raciale » déterminante car « si j’étais blanche, on m’accepterait, si on est blanc et chrétien, pas de problème ». Elle souhaite « profiter des richesses, et vivre chez nous sans migrations ». Face à cet argument, Dante Bassino ne veut pas qu’« on puisse penser qu’on est contre les migrations. » L’ancienne ministre malienne ajuste en proposant : « Ce qui nous unit, c’est la fin d’une illusion d’un monde ouvert où l’on serait libre de circuler, la mondialisation heureuse ayant vécu, il reste les désillusions face aux assassinats, à un système criminel et guerrier ».
Dante Bassino, fidèle à une « lecture de classe », considère que « bons migrants réfugiés et mauvais migrants économiques ne sont pas dissociables ». Puis, Elsa Faucillon évoque le féminisme. Elle voit l’« accueil faisant partie d’une lutte contre le capitalisme ». Elle propose de rassembler contre l’enfermement des enfants.
Suite au débat, je croise la député européenne Front de gauche, Marie-Christine Vergiat, que je questionne sur la politique européenne. A Bruxelles, pendant la négociation post-Cotonou, alors qu’une forte droitisation du parlement européen est prévue, l’obsession des migrations pourrait faire que la relation avec l’Union africaine soit orientée en fonction des questions migratoires.
Pour finir, je note un peu plus tard la réaction contre Ian Brossat d’un artiste attaché à l’unité à gauche, Marcel, le chanteur déjanté du groupe Marcel et son orchestre.
L’actualité est aussi hors de la fête, car des parlementaires de la France insoumise se sont désistés dans les derniers jours en raison du désaccord sur les questions migratoires souligné par Ian Brossat. En particulier, Djordje Kuzmanovic, conseiller pour les questions internationales à France Insoumise (FI), qui, dans la lignée de Sahra Wagenknecht en Allemagne, venait de lancer un pavé dans la marre en disant « sur la question migratoire, la bonne conscience de gauche empêche de réfléchir », avait été annoncé le dimanche mais n’est pas apparu.
La tension monte au moment de la conception des 4 listes de gauche aux européennes. Depuis la présidentielle, il s’observait que FI n’avait une position bien définie sur les migrations mais s’était, ainsi, éloigné d’un marqueur d’une identité de gauche historique des dernières décennies. A la suite de la série d’attentats de 2015 et au pic de migrations par la Syrie et la Libye, l’absence de position précise de FI n’avait pas été trop remarquée, mais la campagne des européennes, dont le thème des migrations sera un thème stratégique, implique une clarification. Le débat est d’abord interne de FI et concerne aussi le Parti de gauche.
Selon Libération, Benoît Hamon présent à la Fête y a montré qu’il ‘prend ses distances’ avec France Insoumise : « Ils ont une stratégie différente, celle du populisme alors que nous c’est la gauche. Et il y a des différences sur le fond, notamment au sujet de l’immigration. On ne peut pas dire que les salaires baissent à cause des migrants, nous ne devons faire aucune concession sur ce sujet !». Le choix de la politique sur les migrations a été l’un des sujets de divergences au Parti socialiste entre 2012 et 2017. La cassure au niveau du marqueur de gauche historique gagne maintenant les anciens alliés du Front de gauche.
Les points de vue sur les migrations font appel à des connaissances diverses dans une complexité. La relation sensible entre partis et électeur-trice-s, qui y accordent une grande attention et peuvent sans doute accepter l’idée d’un compromis général, en fait une question d’abord politique, s’exprimant au travers de choix essentiels ayant des répercussions structurantes dans plusieurs domaines. Longtemps, elle a été pensée sans aucune considération pour les réalités africaines. Cette absence de connaissances semble aujourd’hui obsolète, la politique européenne, que l’on la justifie ou que l’on la condamne, prend sa source dans une géopolitique de manière relativement argumentée, malgré des tabous et zones d’ombre, sur l’Erythrée et le Soudan en particulier. La dimension du débat de continent à continent entre Europe et Afrique souligne une nécessité de vision géographique large et thématiquement globale, au niveau, à la fois économique, militaire et politique.
Le débat houleux sur les migrations qui a émergé autour de et pendant la Fête de l’Humanité était sans doute prévisible. Les positions qui gagnent progressivement les partis de gauche en Allemagne et en France sont issus des multiples décisions européennes des 7 dernières années, depuis le début de la guerre en Syrie, le départ de Khadafi en Libye, et l’arrivée des socialistes au pouvoir en France. L’« obsession » qui monte, entre instrumentalisations et exagérations, pourrait aussi permettre de mieux penser les relations politiques entre Europe et Afrique, très idéalement.
A la Fête de l’humanité, s’expriment surtout les discours les plus revendicatifs, dans la continuité de luttes historiques. La fête a besoin de consensus et d’adversaires bien identifiés, mais rend assez mal les évolutions progressives dans des réalités complexes. Rendez-vous en septembre 2019 pour voir si quelque chose aura finalement changé !
Régis Marzin,
Article écrit et publié le lundi 17 septembre 2018

samedi 8 septembre 2018

8 septembre 2018, Paris : manifestation pour le climat

A mon humble avis d'habitué à estimer les nombres de manifestant-e-s, il y avait autour de 20 000 personnes à Paris entre l'Hôtel de ville et République à manifester une certaine colère pour la protection du climat. 
La manifestation était très spontanée, improvisée - merci les réseaux sociaux -, jeune avec des enfants, des bébés et même quelques embryons bien enveloppés, signe de grande motivation des mère ou des parents !
Il y avait beaucoup de slogans originaux et personnels sur de simples panneaux en cartons et quelques belles banderoles des précédentes manifestations, entre autres de quelques associations comme les Amis de la terre ou Alternatiba. 
Le thème des lobbies était très présent. Un groupe avait eu le temps de faire une belle et grande banderole dans une imprimerie : "On prend le relais, message reçu M.Hulot !"
Régis Marzin, au retour de la manifestation

vendredi 7 septembre 2018

7 septembre 2018, Paris, la Villette : exposition Teamlab

Après avoir visité l'Atelier des lumières fin juillet, me voici maintenant à l'exposition immersive interactive du collectif teamLab dans la Grande halle de la Villette, une autre occasion de pratiquer très librement la superposition à la prise de vue :



Régis Marzin
NB : Ces 4 photos sont directement sorties de l'appareil, non-retouchées, non 'développées', juste compressées pour le web.

mardi 21 août 2018

21 août 2018, Douarnenez : le Congo Kinshasa au festival de cinéma

L’actualité africaine ne s’arrête jamais, et, durant les périodes de chaleur estivale et de congés des salarié-e-s, l’Afrique se croise aussi au bord des plages, dans le port breton de Douarnenez en particulier. Les 2 Congos sont au programme de la 41ème édition du festival de cinéma de Douarnenez. 47 films, courts ou longs, surtout des documentaires et quelques fictions, sont proposés aux spectateur-rice-s, finistérien-ne-s, touristes, militant-e-s venu-e-s de Paris ou de Nantes. Tous les jours, le matin à 10h et en fin d’après-midi à 18h, des débats réunissent également des intervenant-e-s sur ces deux pays, dont plusieurs sont arrivé-e-s de Brazzaville, Kinshasa ou Goma.
Le mardi à 18h, sur la scène du chapiteau de la place centrale du festival, sont rassemblé-e-s – de gauche à droite –, pour un débat sur la RDC, Colette Braeckman, journaliste belge spécialiste des Grands lacs, Bienvenu Matumo de la Lucha à Paris, Marc Antoine Vumilia, auteur, comédien et metteur en scène,  Rebecca Kavugho, militante de la Lucha, et un modérateur, Chris Elongo, rédacteur en chef du site cas-info.ca. Le titre de l’échange reprend celui d’un livre de Colette Braeckman « Les nouveaux prédateurs ».
La journaliste du Soir introduit le débat par une présentation historique qui repart du génocide des Tutsis du Rwanda de 1994. Elle précise qu’à la fin du génocide, pendant l’opération Turquoise, les français ont « organisé le transfert » de forces armées génocidaires du Rwanda vers le Kivu, dans l’idée d’une « revanche militaire ».
Selon elle, pendant la première guerre de 1996-1997, les rwandais voulaient « sécuriser leur frontière », les congolais voulaient « chasser Mobutu », et, l’objectif a été aussi d’« ouvrir le pays aux multinationales » au-delà des belges et européens, pour l’exploitation des « nouveaux minerais ». La seconde guerre de 1998-2001 a conduit à « chasser un pouvoir pas assez favorable aux multinationales ». Puis, les USA ont voulu « traiter avec des gouvernements locaux » des provinces dans une « balkanisation ». Les nouveaux ‘prédateurs’ africains sont arrivés : 6 armées des pays voisins étaient, un moment, présentes sur le territoire d’où sortaient le Coltan ou la Cassitérite. Sont arrivés aussi les chinois et des acteurs d’autres pays non européens.
Chris Elongo souligne la fortune estimée à 15 milliards de dollars de Joseph Kabila. Marc Antoine Vumilia voit, lui, des « nouveaux futurs prédateurs », soulignant que sous Mobutu les entreprises ont été mal gérées. Il insiste sur les morts dues à Jean-Pierre Bemba, candidat actuel à la présidentielle après sa libération par la Cour pénale internationale, dont le père a été l’un des hommes les plus riches sous Mobutu. Il estime aussi que certains leaders « utilisent le langage de la démocratie » hypocritement ou veulent « faire des congolais un peuple ouvrier soumis au FMI et aux multinationales ».
Bienvenu Matumo évoque le Rapport mapping de l’Onu sur les crimes entre 1993 et 2003 et ses recommandations bloquées, puis un ‘tribunal pour le Congo’, parce que « la justice est nécessaire ». Rebecca Kavugho explique les actions de la Lucha et son principe de non-violence, un premier exemple au Congo Kinshasa. Elle a, elle-même, été 7 fois en prison, condamné une fois à 2 ans de prison et libérée contre sa volonté par Kabila.
Le débat avec le public démarre sur la liberté de la presse en Europe. Colette Braeckman reconnaît que « la liberté d’expression ne se renforce que si l’on s’en sert » et parle de sa « ténacité ».
Une deuxième question porte sur la « démocratie conçue ici ». Chris Elongo rappelle que « la démocratie n’est pas spécialement occidentale ». Bienvenu Matumo voudrait « inventer la démocratie » et pense que « son rôle est de se débarrasser des dictateurs installés par le néocolonialisme », puis de « surveiller » en « allant vers le développement » par la « jouissance des ressources naturelles ». Il souhaite aussi exprimer un « positionnement sur les enjeux futurs mondiaux ». L'artiste Marc Antoine Vumilia doute du « système représentatif » à la vue des « oligarchies en Europe », souligne que « les élections n’égalent pas la démocratie » puis évoque quelques « formes anciennes de démocratie précoloniales ».
Les échanges se poursuivent sur l’éducation et la place des femmes. Bienvenu Matumo y voit un enjeu post-électoral. Rebecca Kavugho invite « les femmes à prendre conscience et à se révolter ». Elle ne se mobilise pas parce qu’elle est femme mais parce qu’elle est humaine. Marc Antoine Vumilia dénonce des féministes opportunistes prêtes à entrer au gouvernement de Kabila.
Le récent forum des mouvements citoyens à Dakar, l’Université de l'engagement citoyen, est également cité.
Sur les « prédateurs », Colette Braeckman précise que pendant la première guerre de 1996-1997, il s’agissait d’un « hold-up pur et simple », qu’ensuite, les rwandais, zambiens, ougandais possédaient des « sociétés de creuseurs » qui exportaient, dans une « chaîne » d’acteurs tous « irresponsables », vers les USA, l’Europe, et surtout la Chine, devenue le lieu principal de fabrication du matériel électronique.
Alors que la présidentielle et les législatives sont prévues le 23 décembre, le Congo Kinshasa est depuis 3 ans  au centre de l’actualité politique africaine. Après que le pays ait fortement attiré les attentions sur la question du respect des constitutions, depuis deux ans, le suivi de l’organisation du processus électoral a, lui aussi, fait couler beaucoup d’encre : ce processus électoral est le plus complexe qu’ait jamais connu l’Afrique.
Le thème de l’élection n’étant pas prévu dans le débat, le point de la nature dictatoriale du régime congolais imprègne la discussion. Paradoxalement, est décrit un système dont les intervenant-e-s congolais-es présent-e-s souhaitent la fin rapide mais pour lequel ils et elles n’abordent pas l’hypothèse d’une chute proche au travers du processus électoral allant vers sa fin. Le journal le Télégramme, le journal plus lu que le Monde, publie par ailleurs des interviews qui abordent le sujet, dont celles de Chris Elongo et Rebecca Kavugho.
Justement, ce 21 août, la Lucha a organisé un point presse sur le processus électoral à la suite de la renonciation, de Joseph Kabila, en annonçant une marche contre la machine à voter le 3 septembre.
Sur ce point des élections en RDC, une fois le débat public terminé, les discussions continuent ensuite plus librement. Sur la place, la convivialité du festival breton reprend le dessus entre bières locales, moules-frites, et appel au micro et en langue des signes à la mobilisation en faveur de jeunes sans-papiers à Quimper.
Régis Marzin
Douarnenez 21 août 2018, article écrit et publié à Paris le 25 août 2018

mercredi 1 août 2018

1er août 2018, Paris – Togo : conférence de presse du Coditogo sur la ‘feuille de route’ de la Cedeao

Le 31 juillet se réunissaient à Lomé, les présidents des pays de la CEDEAO. La date était attendue depuis au moins 2 mois puisqu’il devait y être annoncée une ‘feuille de route’ pour le Togo. Hier, la déclaration de la CEDEAO a évoqué une liste de recommandations : une poursuite du dialogue, une amélioration du cadre électoral, un renforcement du processus électoral au travers de la révision du fichier électoral, un objectif de législatives avant le 20 décembre, une recomposition de la Cour constitutionnelle, la limitation à 2 mandats présidentiels, des scrutins à 2 tours, des mesures d’apaisement, des réformes par voie parlementaire pour commencer, la mise en place d’un comité de suivi.
A Paris, la Coalition de la diaspora togolaise pour l'alternance et la démocratie (CODITOGO) a organisé une conférence de presse le lendemain pour en parler. Y Interviennent, Raymond Ayivi, vice-coordinateur, et Théo Agopomé, Commissaire Lobbying et Diplomatie.
En introduction, Raymond Ayivi précise que le Coditogo a été créé le 9 décembre 2017 et regroupe maintenant 18 associations de diaspora en France, aux USA, au Canada, au Sénégal, au Ghana, en Côte d’Ivoire. Son équipe dirigeante a été mise en place à Dakar début mars 2018.
Théo Agopomé explique que la CEDEAO a tenu compte des rapports des médiateurs Alpha Condé et Nana Akufo-Addo. Selon lui, Faure Gnassingbé essaye d’utiliser le dialogue pour se maintenir. Une transition avec gouvernement de transition était proposée par la coalition des 14 partis d’opposition (C14) – et par le Coditogo – et ce scénario a été totalement écarté. (ajout du 2.8 : communiqué de la C14 du 1.8)
Raymond Ayivi admet que « les recommandations ne sont pas à la hauteur des enjeux et ne rencontrent pas les attentes des togolais » qui souhaitent « une rupture avec un système de gouvernement en place depuis 52 ans ». De manière imagée, « la montagne a accouché d’une souris ». Selon lui, la feuille de route, qui ressemble plus à « une déclaration de bonne intention », ramène en septembre 2017. Pour Théo Agopomé, les recommandations n’ont pas été « juridiquement » étudiées, leur « faisabilité n’a pas été vérifié ». Le compte n’y est pas, même au niveau des mesures d’apaisement.
Surtout, concernant la limitation du nombre de mandats, « les chefs d’Etats de la Cedeao n’ont pas abordé le cœur du débat », à savoir la remise à zéro du compteur de mandats voulu par Faure Gnassingbé pour tenter de se présenter une 4e fois en 2020, un scénario totalement rejeté par les manifestants depuis le début de la crise.
Sur la date du 20 décembre pour les législatives, le Coditogo y voit pour y arriver une « quadrature du cercle ». Par exemple, sans réforme de la Commission électorale (Ceni), des élections correctes sont impossibles. Le recensement prendra du temps. Le vote de la diaspora, exigé par l’opposition, ne sera pas mis en place. Le problème du redécoupage des circonscriptions – car actuellement, « les électeurs de la région du Plateau pèsent 2 fois plus que les électeurs de la région maritime », au niveau du nombre d’électeurs par député – ne sera pas traité alors que le découpage électoral déséquilibré pourrait faire basculer la majorité du côté d’Unir en étant loin d’une majorité d’électeurs.
Sur le comité de suivi – pouvoir, C14, commission de la Cedeao et représentant des 2 médiateurs – le Coditogo souhaite attendre la mise en œuvre et voir le fonctionnement. Les incertitudes persistent sur le droit de manifester particulièrement remis en cause depuis le début du dialogue, qui « devait durer 15 jours » et dure depuis 6 mois.
Je questionne les intervenants sur l’autre sommet à Lomé, la veille, le 30 juillet, le sommet conjoint CEDEAO-CEEAC, sur la paix et la sécurité, avec les présidents d’Afrique centrale. Le 27 juin, Faure Gnassingbé était allé voir Buhari et, en sortant, a annoncé ce sommet surprise. De nombreux dictateurs étaient donc à Lomé la veille du sommet de la Cedeao, entre autres, Ali Bongo Ondimba et Denis Sassou Nguesso, un ami et soutien du dictateur togolais. Paul Biya a refusé de venir. Cela visait aussi à cacher l’actualité de la crise togolaise par d’autres actualités.
Le Coditogo souhaite continuer à mobiliser et lance un appel au peuple togolais et à la jeunesse africaine. Malgré la déception face aux recommandations de la Cedeao, Raymond Ayivi reste optimiste sur la victoire au bout du processus. Il pense que « la population va continuer de manifester et de réclamer ses droits ». Il envisage, lui, « des législatives et une présidentielle couplées à l’horizon 2020 ».
Régis Marzin
Compte-rendu du 1er août 2018
Ajout du 2.8 à 10h30 : communiqué de la C14 du 1.8 reçu par mail le 2.8 à 9h50

mardi 31 juillet 2018

31 juillet 2018, Paris : immersion totale à l’Atelier des lumières

Attention ! Toutes les photos de cet article sont des superpositions à la prise de vue : aucune réalité visible correspondante n’a existé pour chacune d’entre elles.
Culturespaces, « opérateur privé dans la gestion et la mise en valeur des monuments, musées et centres d’art, et pionnier des expositions numériques », a ouvert le 13 avril 2018, au 38 rue Saint Maur dans le 11e arrondissement, le premier Centre d’Art Numérique à Paris, ‘l’Atelier des lumières’, dans un ancien hangar industriel, une fonderie, aux murs de 10m de haut, laissé presque tel quel, muni, selon le dossier de presse, « de 140 vidéoprojecteurs et d’une sonorisation spatialisée ».
Trois ‘expositions’ immersives inaugurent le lieu du 13 avril au 11 novembre 2018 : Gustav Klimt’ ‘et Hundertwasser, sur les traces de la Sécession viennoise de Gianfranco Iannuzzi, Massimiliano Siccardi et Renato Gatto, avec la collaboration musicale de Luca Longobardi et POETIC {AI} du collectif Ouchhh. Il s’agit autant que d’expositions, de 3 sortes de projections qui s’enchainent sur des cycles de presque 1 heure, projections complexes puisque les images sont aussi en mouvement dans l’espace en plus de l’évolution temporelle, selon le procédé « AMIEX® (Art & Music Immersive Experience) » de Culturespaces, ici sur une surface de projection de 3 300 m2.
Rapidement, je m’intéresse au public. Le site du lieu indique « le public entre en scène à son tour et participe par sa présence à l’œuvre elle-même ». Le journaliste photographe, s’il se laisse aller, aussi. Comme les photographies d’œuvres d’art sont difficilement des œuvres d’art elle-même, je choisis de ne faire quasiment que des superpositions à la prise de vue, à chaque fois 3 photos que je détruis pour en faire une. Les projections sont sur les murs mais aussi sur sol, donc sur le public. Il y a les œuvres de Klimt, d’Hundertwasser. Il y a la création des artistes. Il y a des gens qui regardent ou bougent, créant de nouvelles lignes, de nouveaux détails, puis il y a la photo, et dans ce cas la superposition à la prise de vue offre de nouvelles possibilités. 
Pour celui ou celle qui regarde, Klimt et Hunderwasser peuvent être simplement des points de départ. J’imagine facilement le même concept avec d’autres peintres, à condition, sans doute, qu’il y ait une spécificité au niveau lumière et couleur, car les couleurs vives doivent faciliter le procédé. L’impression est si forte que les informations de culture picturale ou architecturale sont presque un barrage à la bonne perception. On peut se laisser aller et y passer 2 ou 3 heures à regarder et écouter, revenir ensuite sur les œuvres de départ et le déroulé d’un récit autour de ses œuvres. Je préfère l’aspect de création contemporaine tellement elle me paraît originale et je comprends qu’elle s’appuie sur la citation de peintures et bâtiments qui insufflent fortement une inspiration.
L’exposition des 2 artistes viennois, Klimt (1862-1918) et Hunderwasser (1928-2000) évoque le courant artistique surtout autrichien et viennois, entre 1892 et 1906, de la Sécession viennoise. Klimt a été l’un des principaux acteurs du courant. L’architecte et le peintre « Hundertwasser (a) synthétis(é) ce dialogue entre peinture et architecture, répondant ainsi à une des aspirations de la Sécession ». Quel est l’importance d’une telle fantaisie artistique dans une Europe qui s’endurcit à certaines étapes de son histoire ?
Je n’aurais pas regardé l’exposition de la même manière sans mon Nikon. Les photographies parlent d’elles-mêmes : l’exposition-projection est extraordinaire et passionnante.
En sortant, mes ami-e-s et moi avons le plaisir revenir à la lumière du jour dans un quartier plus populaire que les grands quartiers touristiques parisiens, un autre atout de l’Atelier des lumières.
Régis Marzin
Journaliste, chercheur, photographe, article écrit et publié le 3 août 2018

samedi 7 juillet 2018

7 juillet 2018, Paris 18e - Rhizomes les pieds dans l'eau

Ce samedi, Rhizomes est au square Rachmaninov tout l'après-midi. Mohamed Lamouri est une star de l'undergound nord-parisien. Beaucoup l'on croisé depuis 10 ans avec son mélodica sur la ligne 2 du métro. Il joue au festival Rhizomes avec le groupe Mostla. Quel plaisir de ré-entendre sa voix un peu éraillée, magnifique.
Ensuite, arrive Raïnaï, groupe de "raï légendaire". Le son rappelle les années 70 et années 80. Commencer par un solo de guitare, cela devient rare. Ils sont décidé à ambiancer correctement la place. Bientôt tout le jardin se met debout. Cela danse tant que les adultes rejoignent les marmots dans le bassin. Rhizomes a les pieds dans l'eau.
Régis Marzin

lundi 2 juillet 2018

1er Juillet 2018, Paris 18e : Rhizomes à la goutte d’or

Le début du festival Rhizomes est pour certain-e-s connaisseur-se-s averti-e-s le début des activités d’été parisiennes. C’est gratuit, à taille humaine, garanti sans trop de touristes, lié à des quartiers et au 18e, un arrondissement à forte personnalité, comme l’exprimait si bien il y a 20 ans la chanson de FFF, ‘Barbès’.
Le premier concert de la journée, la fanfare balkanique est au milieu d’une première fête de quartier, la fête du mail Binet. Je crois y arriver une heure en retard, mais l’horaire a été décalé de 2 heures, et, comme, je n’ai regardé que le programme papier, je ne le sais pas, et je file à la goutte d’or. Là, Rhizomes se mêle à la Fête de la Goutte d’or au square Léon. Sont prévus là, 4 groupes, dont seul le dernier a été programmé par l’équipe de Rhizomes.
Vers 17h, la fête est encore celle des enfants, des jeux, du maquillage, des petites piscines. Des dizaines de bénévoles se bougent un peu partout, bien visibles avec leur T-shirt orange. Beaucoup de jeunes parents se baladent avec leurs bébés. De superbes boubous mettent de la couleur. Le décor est magnifique, un peu de verdure au milieu de quelques immeubles. Il fait aussi très chaud.
Le premier groupe fait bien la liaison avec les concerts suivants. La musique se limite à une percussion africaine, authentique. Deux chanteurs racontent une histoire que peuvent comprendre les enfants, même si elle est dure. L’histoire est celle d’un jeune qui perd sa mère en 2002 dans les combats en Côte d’Ivoire et qui fuit pour survivre, se rend d’abord au Nigéria, puis au Cameroun. Il traverse ensuite le désert pour arriver en Libye où il est victime de mauvais traitements. Un jour, il est là à Paris.
Ensuite, le deuxième groupe est un groupe du quartier, Ameth Sissoko et le Sara Yaa Band, de la musique du d’Afrique de l’Ouest avec un accordéon. Le troisième groupe est un groupe d’Afrobeat très dansant, Climax Orchestra et MoDJ. On est presque synchro avec Manu qui est allé sentir les odeurs de la salle de Féla Kuti. La foule s’agite de plus en plus, on est dans une ambiance de festival d’été, une peu comme à la plage. Beaucoup se ballade bière ou frites à la main. On n’est pas à Auber, ici.
La nuit tombe. Sofiane Saidi & Mazalda arrive enfin. Les musiciens se chauffent et chauffent le public petit à petit. Ça monte. Deux choristes rejoignent le groupe sur scène, et la chaleur augmente encore. Cela s’arrête un peu tôt juste avant minuit mais tout le monde est heureux. Le chanteur dit qu’il n’a jamais eu faim quand il vécu sans le sou à la Goutte d’Or et que ce qu’il vient de nous offrir n’est rien par rapport à ce que lui a offert le quartier.
Régis Marzin

samedi 30 juin 2018

30 juin 2018, Paris - Djibouti : conférence de l’opposition : vers une nouvelle coalition ?

(photo : à gauche Maki Houmed-Gab, à droite Ismaël Ahmed Assoweh)
VIDEO intervention RMarzin + vidéo réponse débat
(NB : Lapsus à 23min : Afrique de l'est => Europe de l'est) 
L’Alliance Républicaine pour le Développement (ARD) organise une nouvelle conférence à Paris, après celle de février, à laquelle je participe de nouveau. Maki Houmed-Gaba a organisé et présente l’événement.
Interviennent, Jean-Loup Schaal, de l’Association pour le Respect des Droits de l'Homme à Djibouti (ARDHD), Goran Yacoub, du parti Rassemblement pour l'Action, le Développement et la Démocratie (Radd), Raymond Ayivi, de la Plateforme panafricaine, Mohamed Khadami, dirigeant du FRUD, le député Ismaël Ahmed Assoweh, élu de l’Union pour le Salut National (USN), Hassan Abdillahi du Mouvement des jeunes de l’opposition (MJO) - Europe, et moi-même.
Jean-Loup Schaal retrace l’histoire de l’ARDHD puis intervient sur la Chine et l’opposition à la dictature. Selon lui la Chine renforce son influence au travers de la dette, ce qui impacte la situation sur les droits humains. Il insiste sur la nécessité d’un retour à l’unité de l’opposition tant que la dictature est là, avant qu’une transition permette libérer le jeu politique. Goran Yacoub présente son parti le Radd dirigé par Abdourahman Mohamed Guelleh, dit TX.
Mon intervention (vidéo) est en 3 parties : les prévisions d’évolution du contexte africain avant la présidentielle de 2021, l’évolution de la relation Union Européenne – Union africaine, les processus électoraux à Djibouti.
Sur le contexte africain, je précise que, depuis 2015, le processus de démocratisation de l’Afrique est sur un pallier d’équilibre entre dictatures et démocraties : 19 démocraties / 23 dictatures stable en 2014, 22 / 22 en 2015, 23 / 23 en 2016, 22 / 22 en 2017. Pour 2018, les données seront disponibles début 2019, mais la tendance semble toujours l’équilibre, peut-être 22 / 22, à la suite des changements sans incidences sur les totaux : deux pays en 2018 démocratiques évoluent très négativement, le Niger et les Comores, en Gambie, la démocratie s’installe durablement, au Kenya, la crise se termine, le Zimbabwe pourrait confirmer une évolution positive, et le Maroc retourne à la répression d’avant 2011. En 2018, 3 pays anglophones vont mieux, et 3 pays francophones vont moins bien, et, cela se rajoute à la montée du niveau de dictature après les inversions de résultats de 2016 au Congo Brazzaville, à Djibouti et au Gabon.
Pour 2021, à Djibouti, il dès maintenant possible de reconsidérer que les ex-colonies françaises connaissent une tendance différente du reste de l’Afrique, comme dans les années 90, en négatif. La suite du processus électoral en RDC impactera toute l’Afrique, sans doute de manière ambivalente : cela met en évidence les manœuvres des dictateurs dans les processus électoraux mais la réaction demande tellement d'énergie que cela peut créer une réaction internationale de découragement face aux dictateurs. Au niveau régional, l’évolution positive de l’Ethiopie impactera Djibouti mais son système politique de partis par régions risque de limiter la démocratisation. Le positif pourrait être dans un vent de liberté d’expression et de manifestation.
Dans les années à venir, on peut prévoir que la relation UE-UA, après les négociations Post-Cotonou restructurera de nombreux domaines. Il est très difficile de prévoir ce qui va se passer, et, il y a des éléments positifs et négatifs. La sensibilité à ingérence favorise les dictateurs et la dépendance financière de l’Ua la limite. L’Ue agit aussi en fonction des intérêts européens. Les réformes de l’UA pourraient amener une rationalisation, qui pourraient aller, avec une grande incertitude, jusqu’à toucher les missions d’observations électorales (MOE-UA). En attendant, les MOE-UA en dictature sont à condamner au maximum. Les débats et décisions sur les femmes et les jeunes pourraient avoir un effet positif-ve-s, alors qu’ils-elles ne visent pas directement à faire avancer le processus de démocratisation. Ce n’est pas pour rien qu’IOG a cherché à se faire valoir en mettant 25% de femmes à l’Assemblée.
Pour Djibouti, les questions autour du processus électorales seront plus importantes. Comme ailleurs, la Ceni reflète très souvent un rapport de force. La priorité pourrait être à Djibouti d’avancer sur la protection de l’opposition. Guelleh est maintenant un spécialiste reconnu de la désorganisation de l’opposition. Il s’appuie sur la limitation du nombre de partis, fixé officiellement à 4 dans la Constitution entre 1992 et 2002 et qui est restée dans les faits. Le clonage de parti avec interdiction à Djibouti est à un niveau plus élevé que le clonage dans d’autres dictatures. Guelleh excelle ainsi dans la fabrication d’un système de fausse opposition.
Je conclus sur le fait que le chef de l’Etat voudra sans doute en 2021 réaliser un 5e mandat, mais au-delà, un risque important pour Djibouti est que Guelleh prépare le passage en dictature de parti politique – différent du modèle le plus courant de la dictature d’une personne -, sur le modèle de la Tanzanie, du Mozambique, de l’Ethiopie, de l’Algérie, ou plus récemment de l’Angola.
Mohamed Khadami rend hommage à Gaëtan Motoo, d'Amnesty International. Raymond Ayivi parle de la « main invisible » française, le Franc CFA, évoque le Togo, la question des migrations, le rôle de la diaspora dans la lutte contre les dictatures. Hassan Abdillahi s’exprime sur l’Ethiopie et nous explique le clonage du MJO. J’apprends par ailleurs qu’à Djibouti, les syndicats sont eux-aussi clonés. Le député Ismaël Ahmed Assoweh revient sur l’historique de l’USN : l’accord cadre fin 2014, les mesures anti-terrorisme. Selon lui, la disparition de l’USN était prévisible.
Le débat revient ensuite sur les erreurs de l’USN, autour de l’accord et de l’entrée à l’Assemblée nationale, et sur le besoin d’un bilan. Ismaël Ahmed Assoweh explique le consensus autour de l’accord au moment de sa signature, et met l’accent pour expliquer l’échec sur l’absence de candidat unique. Mohamed Kadamy pense que l’opposition doit « transcender les rivalités personnelles et les problèmes ethniques ». Il est question de corruption et de répression. Je signale que les partis politiques en coalition devraient normalement pouvoir s’évaluer les uns les autres dans d’autres élections qu’une présidentielle. L’inversion du résultat globale des législatives en 2013 a empêché ce mécanisme. Attention, en 2016, les législatives boycottées auront le même effet.
La conférence se termine au téléphone avec deux leaders à Djibouti : Adan Mohamed Abdou, le président de l’ARD et Abdourahman Mohamed Guelleh, président du Radd. Adan Mohamed Abdou parle des « pourparlers pour une nouvelle coalition ». L’ARD qui a été clonée n’est plus autorisée. Il répond à Maki Houmed-Gaba sur le bilan de l’USN qui a été fait dans les partis. Il pense qu’une nouvelle coalition sera plus vigilante sur des points stratégiques comme la candidature unique.
Abdourahman Mohamed Guelleh, sur le bilan, pense que l’USN s’est « vidée de l’intérieur » à cause des « ambitions personnelles ». Il dit aussi que l’opposition devrait avoir un leader. Selon lui, une nouvelle coalition aura à résoudre les questions de la « participation à un scrutin frauduleux » et de la candidature unique. Il ajoute qu’actuellement, les partis sont illégaux et « tout est inconstitutionnel ».
Les deux coups de téléphone permettent à l’assistance de constater que des discussions ont maintenant démarré sur un projet de coalition politique.
Régis Marzin,
Compte-rendu écrit et publié le 2 juillet 2018 + VIDEO intervention RMarzin (NB : Lapsus à 23min : Afrique de l'est => Europe de l'est) + vidéo réponse débat