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lundi 20 mai 2019

20 mai 2019, Plaine-Saint-Denis, Campus Condorcet : droits humains et collectivités territoriales

Le conseil scientifique du Campus Condorcet invite Catherine Le Bris, juriste du CNRS à Paris 1 et Pierre-Edouard Weill, sociologue à l’Université de Bretagne occidentale à Brest, pour présenter l'étude « Droits de l’homme et collectivités locales : du global ou Local (GLOCAL) » menée depuis 2013. Catherine Le Bris a eu l’idée de travailler sur le sujet après avoir observé les dysfonctionnements d’une administration face à une jeune femme en difficulté, une jeune prostituée venue du Nigéria. Aucune recherche n’avait encore été faite sur les régions, les départements, les communes et les droits humains. Le sujet porte à la fois sur la prise en compte des droits humains dans les collectivités et par la place prise dans les collectivités dans une gouvernance mondiale. La recherche peut permettre d’évaluer les politiques.
Catherine Le Bris différencie une approche en fonction des besoins ou en fonction du droit. Par exemple, le droit au logement est différent du besoin de logement. Elle souligne la possibilité d’une participation des intéressé-e-s, une autonomisation d’individus, un ‘empowerment’. En général, les exigences de droits humains sont portées par des contre-pouvoirs et le fait de donner une place aux collectivités fait craindre à certain-e-s une « perte de dimension subversive » dans une « rhétorique vide », ou d’autonomie dans une critique constructive. Elle distingue une logique ‘top-down’, du haut vers le bas, pyramidale, et une logique ‘bottom-up’, si « l’élan vient de la base ». « L’Etat est un tout en droit, et l’Etat est responsable de tous les agents de l’Etat », ce qui fait qu’« un agent de collectivité engage l’Etat ». Il y a trois obligations « de respecter » les droits humains, de « protéger des violations par un tiers », et « de réaliser ou rendre effectif ». Par exemple, la ‘préférence nationale’ de la mairie de Vitrolles a été dénoncée par le ‘Comité pour l’élimination de la discrimination raciale’ de l’ONU. La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a condamné la commune d’Herblay dans le Val d’Oise pour une expulsion de ‘gens du voyage’ qui a violé la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales sur le droit au domicile dans une absence de ‘proportionnalité de l’ingérence’. La CEDH a aussi émis des réserves sur les villages d’insertion des Rroms.
Pierre-Edouard Weill présente l’enquête réalisée dans le cadre de l’étude. Entre autres, le chercheur c’est intéressé à la perception par des élu-e-s et des agents des droits humains, à leurs compétences, leur compréhension. Il distingue les « pratiques juridiques » et la « bonne volonté juridique ». A la recherche de « probants et de contre-intuitif », il a classé des participants à l’enquête, 500 personnes de Strasbourg à Plouguerneau, qui ont répondu à un questionnaire, en fonction de caractéristiques, « le statut de la collectivité, le nombre d’habitants des communes, la coureur politique de la majorité, les connaissances juridiques, les trajectoires professionnelles et militantes ». Le sociologue a trouvé des élu-e-s de gauche de grandes villes, plus diplômé-e-s et plus volontaires. Trois grands groupes apparaissent, celui qui voit les droits humains comme de « lointaines chimères », surtout dans les petites communes, composé d’élu-e-s, un peu plus à droite, plus âgé-e-s, plus souvent masculins et moins diplômé-e-s, celui qui en parle comme des « vœux pieux » et celui de la « ligne d’horizon pour l’action » dans les régions et les départements, plus à gauche, plus féminin, plus diplômé-e-s. Il y a « un continuum plutôt qu’une opposition tranchée » entre ces groupes. La volonté de bien faire n’est pas nécessaire pour bien faire car tous-tes les responsables n’ont pas conscience de ce qu’ils ou elles font, même en bien. Globalement, le cadre institutionnel prime sur les caractéristiques personnelles des élu-e-s.
Catherine Le Bris reprend la parole pour expliquer les ‘normes’ juridiques et leur subsidiarité. Le droit international prime en théorie sur le droit national mais il y a des exceptions si le droit n’est pas assez ‘clair et précis’. Elle évoque les ‘villes sanctuaires’ aux USA qui refuse le droit fédéral sur le droit d’asile et les expulsions. Les villes prennent des initiatives sur l’égalité femmes-hommes ou l’accueil des migrant-e-s. Des maires ont pris des arrêtés contre les coupures d’eau et d’électricité, ce que la justice a condamné mais cela a fait avancer le droit pour mieux encadrer les coupures. 1 773 communes dans le monde ont signé la ‘Charte européenne pour l’égalité femmes-hommes dans la vie locale’ et certaines ont adopté des plans d’actions. Le but de ce type de conventions est aussi de « créer une culture locale des droits de l’homme ».
Pendant le débat, M. Hafidi, élu d’Aubervilliers, remarque que la séparation droit-gauche ne fonctionne plus. Il évoque le catholicisme à droite et les 22 000 migrants de Valls face au million de Merkel. Il considère que les élus sont sous pression des individus. Pierre-Edouard Weill qui a fait une thèse sur le Droit au logement opposable confirme sur le catholicisme social. Il est chercheur en bout de Bretagne, là où, surtout à la campagne, la religion catholique a façonné une société très longtemps assez conservatrice. Un second élu d’Aubervilliers, M. Rozenberg, dit que le conseil municipal est « en première ligne » face à « une urgence sociale humanitaire ».
Catherine Le Bris conclut sur la nécessité pour l’Etat d’associer les collectivités locales à la politique des droits humains et Jean-Marc Bonnisseau, le président du Campus Condorcet conclut à son tour sur la nécessité de formation.
La conférence est intéressante malgré un manque d’exemples concrets à certains moments. Il aurait été utile de mieux décrire les différents domaines dans lesquels les élu-e-s peuvent se poser des questions de droits humains et de hiérarchiser ces domaines. Parfois des élu-e-s sont mis cause. En ce moment, le gouvernement français est en conflit ouvert avec les associations de droits humains sur les ventes d’armes à l’Arabie saoudite et sur les violences policières. A ce niveau de gravité des faits, tous les citoyen-ne-s sont concerné-e-s, y compris les élu-e-s et les chercheur-se-s, mais aussi les partis politiques auxquels appartiennent les élu-e-s locaux-ales. Quand la situation se dégrade comme elle s’est dégradée depuis l’été 2018, il est de plus en plus difficile de faire entendre des demandes de respect du droit sur l’ensemble des droits.
Régis Marzin
20 mai 2019

dimanche 27 janvier 2019

27 janvier 2019, Plaine Saint-Denis, solidarité avec le Soudan

Ce dimanche, en fin d’après-midi, a lieu une soirée de solidarité avec le Soudan dans le squat Landy Sauvage à la Plaine Saint-Denis, près de Paris. Les organisateur-trice-s, des « jeunes », ont prévu au programme une exposition sur les manifestations, des projections, un débat, et un concert d'artistes soudanais en exil. Dans la salle sont venu-e-s environ 150 personnes, malgré la pluie et le froid. L’ambiance est détendue et la motivation forte. Le slogan du jour est « Dégage ! », un résumé de « Just fall, that is all! », traduction du slogan arabe en anglais par le New-York times.
Au débat, le journaliste Rashid Saeed présente la situation. Cela fait « maintenant 6 semaines, que la jeunesse est dan la rue pour demander le départ du régime », un régime basé depuis 1989 sur une alliance entre une branche des Frères musulmans et des officiers de l’armée. C’est le premier soulèvement, la première lutte qui réunissent de nouveaux éléments : « Premièrement, tout le Soudan est concerné, cela se passe partout dans le pays. Deuxièmement, c’est la jeunesse qui organise et dicte les slogans. Troisièmement, il y a un leadership unifié grâce à l’Association des professionnels soudanais ».
Selon lui, toutes l’opposition est réunie, dans trois blocs : Appel du Soudan (Sudan Call), dont fait partie le parti Umma et des mouvements de rebelles, les Forces du consensus national, les partis plus à gauche, et les Unionistes, les partis plus traditionnels et à droite.
La lutte n’est pas soutenue par des pays étrangers. Le journaliste signale l’arrivée d'El-Beshir au Caire aujourd’hui en même temps qu’Emmanuel Macron et s’en inquiète.
Après le débat, Rashid Saeed me confirme que la lutte sociale est maintenant « derrière eux » parce que le but est maintenant le départ d’Omar El-Beshir. Il revient sur la question de la limitation du nombre de mandats. Depuis 30 ans, Omar El-Beshir a déjà fait 6 mandats. Peu de gens se souviennent que la constitution de 2005, lié à la guerre avec le Soudan du sud, contient un article, l’article 57, limitant à 2 le nombre de mandats. Il a déjà réussi à remettre son compteur à zéro en 2010, comme l’avait fait Blaise Compaoré en 2000 mais doit partir en 2020. Comme au Burkina Faso, il y a déjà eu plusieurs étapes pour arriver au stade d’une suppression de la limite, et, pour le peuple, la coupe est pleine au niveau du nombre de mandats.  
Le plan d’Omar El-Beshir était d’amender la constitution en janvier pour pouvoir se représenter en 2020. La discussion sur cet amendement au parlement a été reporté au mois de mai à cause des manifestations. Ensuite, le président pourrait être en difficulté, car la procédure d’amendement nécessite plusieurs mois. Son parti, le Congrès national, a peur de perdre les élections. Plusieurs scénarios sont possibles : soit, son parti l’oblige à abandonner, soit, par la force, les manifestions sont arrêtées et la réforme de la constitution passe en mai.
L’Association des professionnels soudanais, composés des diplômés, dont des médecins ou des ingénieurs, demande « le départ d’El-Beshir et une transition en quatre ans, autour d’un gouvernement intérimaire ». Les Frères musulmans sont maintenant divisés et l’armée reste soudée autour de son chef.
Cette semaine, les manifestations continuent malgré la répression féroce, les morts et les arrestations. Et à Paris, demain lundi à 19h30, la mobilisation se poursuit à la mairie du 9ème (6, rue Drouot, Salle Rossini, Métro Richelieu-Drouot) dans une grande soirée autour des associations Collectif Urgence Darfour et Espoir d’ici et d’ailleurs.
Régis Marzin
27 janvier 2019

samedi 24 novembre 2018

24 novembre 2018, Plaine-Saint-Denis : Ousmane Sonko candidat à présidentielle sénégalaise

Le député Ousmane Sonko est le candidat du parti politique Pastef à la présidentielle de février 2019 au Sénégal. Il passe trois jours à Paris pour rencontrer la diaspora et les journalistes. Le samedi 24 novembre, il propose aux journalistes une conférence de presse.
La conférence commence par une description de l’état politique du Sénégal. Il décrit un ensemble de faits. Le gouvernement a refusé de commenter l’application de l’article 27 de la constitution qui interdit le 3e mandat, se mettant à créer un flou sur le compteur de mandat. Ousmane Sonko reproche à Macky Sall la « liquidation des adversaires politiques » avant la présidentielle, la corruption maximale, la modification de la constitution et du code électoral pour exclure des candidats, l'exigence d'une quantité anormale de parrainages. Il se dit lui-même attaqué. Au niveau du processus électoral, il y a débat sur le fichier électoral, la délivrance des cartes d’électeurs. Il indique que Macky Sall voudrait que le ministère de l’intérieur organise l’élection à la place de la Céni. Il parle d’un risque de blocage des réseaux sociaux et termine sur la « cabale contre le mouvement citoyen » Y’en a marre.
Il constate que l’essentiel de l’activité économique du Sénégal appartient aux multinationales, françaises surtout, ou sinon marocaines ou soudanaises. Il souhaite protéger les commerçants de l’arrivée des supermarchés et quelques autres filières importantes, imposer des joint-ventures et des transferts de technologies. Il affirme sa solidarité avec les immigrés et avec les étudiants victimes de la hausse des frais de scolarité en France. Il enchaine sur les ressources naturelles, la fiscalité et la politique monétaire. Il dénonce les contrats pétroliers qui ne rapporte que 10% au Sénégal, alors que Total a reçu les meilleurs blocs. Selon lui, la fiscalisation qui signifie l’obligation de tenir une comptabilité, fera que le secteur considéré comme « informel » passera de 5-10% de l’économie à 60%. Toujours concernant les entreprises françaises, il regrette la construction du Train TER qui a coûté 1200 Mds de CFA (1,83Mds€) au lieu de 600 (0,92Mds€) prévus au budget et se scandalise de 150Ms€ de surcoût lié à l'avancement de l'inauguration de la ligne dans un seul sens juste avant la présidentielle, auxquels s'ajouterait, selon lui, 305 Ms€ - « 200 Mds CFA d'annulations de redressements fiscaux en faveur de sociétés françaises ».
Il insiste sur une sortie du CFA : « Nous l'avons dit et nous avons pris une position, on ne peut pas continuer avec le Franc CFA. Nous, si on est élu, de manière responsable et intelligente, nous sortirons de ce Franc CFA. D'abord parce que c'est une monnaie qui n'est pas calquée sur la taille réelle de nos économies. Elle est arrimée à une monnaie très forte, celle de la première zone économique du monde. C'est une monnaie qui ne nous permettra jamais d'être compétitif à l'exportation ». Après avoir évoqué la Cédéao et le Nigéria « instable », il précise que le Sénégal peut sortir seul du CFA.
Sur la relation France-Afrique, le président du Pastef souligne que « la France a besoin de l’Afrique » et que « si elle ne sait pas décrypter, elle sera éjectée ». Il évoque alors le génocide du Rwanda. Il souhaite « rééquilibrer les relations avec la France ». Il veut sortir de « la peur de la France » et du « complexe du dominé », et selon lui, un candidat ne doit pas essayer de « plaire à la France », nommant alors comme exemple, Paul Kagamé qui serait « respecté ».
Par ailleurs, Ousmane Sonko voudrait réglementer les activités des écoles coraniques et « institutionnaliser les relations entre la religion et l’Etat ». Sur la situation au Sahel, il rappelle la responsabilité française au moment de la chute de Khadafi.
Il évoque également des contacts avec Abdoulaye Wade en établissant aussitôt une certaine distance. Il veut empêcher l’enrichissement personnel des dirigeants grâce à « un recensement des responsabilités et rémunérations et à la publication » des informations. Il annonce la mise en place d’un contrôle de gestion public basé sur « l’autonomie, la saisie des juges et des sanctions ».
A la fin de la conférence de presse, le président du Pastef enchaine dans l’après-midi sur un meeting dans l’immense salle des Docks de Paris devant plusieurs milliers de personnes, 5000 sans doute. En fin de journée, lors d’un diner de gala, la diaspora est finalement invitée à financer la campagne du député, à l’américaine.
Régis Marzin
Compte-rendu écrit et publié le 26.11.18

lundi 19 novembre 2018

19 novembre 2018, Plaine-Saint-Denis, Campus Condorcet : histoire de tout ?

« Les historiens affrontent l’inégalité de nos capacités de compréhension des sociétés du passé. L’inégalité dérive du rapport entre sociétés européennes et sociétés colonisées dont les discours, les images, les normes, les croyances obéissent à des styles, à des cadres, à des langages qui sont compréhensibles mais pas identiques à ceux des Européens. » Ce lundi 19 novembre, je suis attiré au Campus Condorcet par ce début d’introduction de la présentation de la conférence de l’historien Jean-Frédéric Schaub, de l’EHESS. Ce spécialiste des mondes hispaniques et de l’« assymétrie dans l’histoire comparée », auteur en 2015 du livre « Pour une histoire politique de la race », se propose de traiter la question « Peut-on faire l’histoire de tout ? ».
Le chercheur commence par décortiquer sa question : « histoire », « tout », « pouvoir » - la capacité ou le droit -, et « on ». Il part d’un axiome : « Tout ce qui a eu lieu a bien eu lieu » : c’est-à-dire, qu’« il n’est pas possible d’intervenir sur le passé » quand on écrit « l’histoire de ce qui a eu lieu ». Le fait que « nos ancêtres ne connaissaient pas le futur et nous ne connaissons pas le futur » définit, selon lui, la liberté. « Tout ce qu’on croit stable subit le changement » et « l’histoire reconstitue les processus sociaux et les regards que les hommes s’en faisaient », ajoute-t-il.
Il évoque un « rejet de l’histoire née en occident » associé à la dénonciation d’une « domination culturelle ». Il précise que « ce qui est visé, c’est un discours sur l’histoire attribué à Hegel » qui a développé un « différentiel entre les peuples » en plaçant les « africains au plus bas ». L’histoire de l’histoire ou des histoires, montre, selon lui, « un ensemble de traditions et de propositions contradictoires ». Même si chacun tente d’éviter les contradictions, selon un critère de cohérence interne », il y a « beaucoup d’incohérences ». Par exemple, Condorcet a pensé « une convergence progressive de toutes les sociétés vers un modèle unique » a combattu l’esclavage, et voyait l’occident comme une « avant-garde » tout en « défendant les victimes ». Il parle ensuite des « civilisations » au XIXème siècle, à l’époque d’un « eurocentrisme », pour lesquelles il n’y a pas eu de « conception unique ».
A propos de « tout », il constate depuis internet et le « désenclavement de la globalisation » un changement de « rapport au monde du passé ».
A propos de « pouvoir », l’historien parle d’« enjeux moraux et politiques ». Il y avait des sujets auparavant objets de réticences, comme « les pauvres, les femmes, les colonisé-e-s » quand les sujets prioritaires étaient « les décisions politiques, la diplomatie, les stratégies militaires ». Plus récemment, les sujets sont remis en causes dans une approche « post-démocratique » qui succède à une période « démocratique », vers une disparition des « classes, genres et races ».
A propos de « pouvoir », cette fois au niveau d’une faisabilité plus technique, il rajoute que les vainqueurs laissaient beaucoup plus de traces que les vaincus, les riches que les pauvres, et les hommes que les femmes. Il parle de « duperie » dans « l’histoire de l’ancien colonisateur ». Il y a de l’inégalité en volume et en qualité de sources et aussi en conservation selon le climat. Et, il ne faut pas oublier les enfants ! Il insiste sur la langue des sources et sur la nécessité de traduire des sources.
Enfin, il arrive au « on », c’est-à-dire à « qui est habilité ? ». Il mentionne des actes de censure artistique aux Etats-unis de personnes qui voudraient réserver le discours sur les « noirs » aux « noirs », alors que des historiens variés ont travaillé sur l’histoire des juifs, des esclaves, ou encore qu’il y a des « garçons féministes ».
L’historien conclut que, « oui, on peut faire histoire de tout ». Selon lui, à propos de « l’occident », « tous les systèmes colonialistes sont différentialistes ». Il invite à « résister à une communication identitaire » et termine sur l’« universalisme méthodologique » une notion encore très mal traitée par Google.
Je pose la première question : « Peut-on dire que l’on peut faire histoire de tout sauf des crimes trop récents ? A cause des accusations de diffamation, à cause des amnisties, de l’évolution du droit, de la censure venant des Etats ? Que fait-on quand les crimes sont déterminants ? Il répond sur la censure des Etats : celui lui évoque l’histoire algérienne et la Yougoslavie. Il pense que l’ont peut étudier la censure. Le débat est ensuite très court et se résume à quatre questions, car il faut rendre la salle ! Jean-Frédéric Schaub termine sur la boulette du discours de Dakar de Nicolas Sarkozy « L’homme africain n’est pas entré dans l’histoire », selon lui, une erreur de copier-coller de l’éloge de de Gaulle à Félix Eboué de 1947.
Dans le couloir, pendant le pot, je réussi très rapidement à faire remarquer à Jean-Frédéric Schaub que je le trouve trop sur la défensive sur les accusations de dominations culturelles liées à la colonisation et au processus de racialisation. Il admet qu’il revient des Etats-Unis. La conférence a lieu à Saint-Denis, mais à Plaine, assez loin de la fac, et avec un public d’Aubervilliers surtout, de la ville du consensus en fin de vie. Me consacrant moi-même à écrire l’histoire récente et plus ancienne des élections en Afrique en tenant compte de l’histoire de la domination coloniale partiellement écrite, je ne pourrais pas faire ce travail en étant sur la défensive. Il y a des faits à découvrir qui sont difficiles à mettre en évidence que ce soit, pour les historien-ne-s, les politologues, ou autres chercheur-se-s, que ce soit par des juges, des politicien-ne-s, des militant-e-s, des journalistes ou des journalistes d’investigation, qu’ils ou elles soient d’un pays ou d’un autre. Dans certains cas, l’histoire est aussi un sport de combat, focalisé sur la recherche de résultats par les plus motivé-e-s.
Régis Marzin
Compte-rendu écrit et publié le 26.11.18

mardi 12 juin 2018

11 juin 2018, Aubervilliers/St-Denis : le Campus Condorcet questionne le capitalisme

« La fin du capitalisme ? » : le Campus Condorcet n’est pas encore ouvert, que déjà il se montre iconoclaste ? Mais non ! Car nous sommes à Aubervilliers (et Saint-Denis) et que la question iconoclaste serait plutôt ici « la fin du communisme ? ». Peu importe, car le communisme local ayant été depuis longtemps remplacé par la gestion dans la culture du consensus, cette magie du consensus autorise à des acrobaties intellectuelles, dont la symétrie n’est qu’une des avanies. Attention ! En 2019, les chercheur-se-s et étudiant-e-s arrivent en banlieue dans des bâtiments flambant neufs, et ça va bouger ! Alors, pour limiter le choc culturel, les chercheur-se-s devront-ils/elles apprendre à suivre les codes locaux du consensus ?
La conférence est l’occasion de présenter l’avancée du projet du campus universitaire. Jean-Marc Bonnisseau, son président, en rappelle les grandes lignes, une première phase d’ouvertures à l’automne 2019 et début 2020, en particulier, l’EHESS, puis une seconde phase. Le site regroupera des historien-ne-s, sociologues, anthropologues, démographes, des spécialistes des différents continents qui seront ainsi regroupé-e-s, des spécialistes des religions, du genre, des arts, de la santé et de l’économie, etc…
A la Maison des Sciences de l’Homme, Thomas Piketty, Directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), auteur du livre « Le Capital au XXIe siècle », clôture le cycle des conférences au Campus Condorcet 2017-2018 dont le thème était « Un monde fini ? Environnement, croissance et croyances. » Jean-Claude Schmitt, Président du conseil scientifique du Campus, le présente comme un chercheur qui « rapproche l’économie et l’histoire » dans un « engagement politique ».
Thomas Piketty démarre en précisant le thème : les différentes crises du capitalisme le conduisent-il à sa fin ? et est-ce souhaitable ? En résumé, oui ce serait souhaitable, et non, les crises en vue n’y aboutiront pas en raison de sa « plasticité ». Il insiste, en le répétant deux fois, que c’est « une erreur, de croire à un spontanéisme révolutionnaire ». Selon lui, l’échec du communisme a fourni « ses plus grands alliés du capitalisme », réfractaires aux « croyances universalistes », en Russie et en Chine, les pouvoirs post-communistes, étant, « des freins à la lutte contre les Paradis fiscaux et judiciaires ». Il conclut cette introduction par le fait que « l’échec du communisme pèse très lourd au XXIe siècle », ce qui n’est pas sans rappeler des conséquences politiques de la guerre froide.
L’exposé est ensuite en 3 parties, 3 domaines de propositions : repenser la propriété publique, repenser le partage du pouvoir dans les entreprises, développer la propriété privée temporaire. Revenant sur le communisme, il remarque que l’abolition de la propriété privée avait été pensé comme « hégémonique » sans réflexion préalable sur « le partage du pouvoir ou les élections », dans un marxisme qui se voulait scientifique mais n’avait « rien de préparé sur comment organiser l’Etat ». Ensuite, « les bolcheviques sont allés vers la personnalisation du pouvoir et l’utilisation de boucs émissaires ». Actuellement, après « un effondrement du patrimoine public » depuis les années 70, ce patrimoine est « négatif aux USA, au Royaume Uni, et en Italie », où, « la dette publique dépasse le patrimoine de l’Etat ». En France et en Allemagne, il reste encore positif mais proche de zéro. Les intérêts de la dette sont comme « un loyer au privé ».
Pensant que l’Europe aurait besoin d’une concertation sur ce sujet, et sur la fiscalité européenne, il propose de réorganiser la démocratie européenne au travers d’une « Assemblée des députés nationaux de la zone Euro ».
En vue de repenser le partage du pouvoir dans les entreprises, il s’appuie sur les exemples de l’Allemagne et la Suède où depuis 1950, des postes dans les Conseils d’administration sont attribués aux salariés, la moitié en Allemagne (pour les entreprises de plus de 2000 salariés). Selon lui, la gauche française focalisée historiquement « sur la nationalisation des moyens de production » a « méprisé » cette voie « social-démocrate ». Il propose des « assemblées mixte avant élections des Conseils » pour préparer des élections sur des projets et d’inventer des nouvelles formes de propriétés.
L’universitaire termine sur la propriété temporaire en envisageant des solutions autour de la transmission du patrimoine, au-delà de l’impôt progressif sur les successions, et sur le besoin d’une réforme de la Taxe foncière datant de la révolution française et « profondément injuste ». Pendant le débat qui commence, répondant à Meriem Derkaoui, Maire d’Aubervilliers, dénonçant la politique du gouvernement sur les aides sociales, le chercheur regrette que « la suppression de la taxe d’habitation mette la pression sur les collectivités » et rappelle les « 5 Milliards de cadeaux fiscaux sur l’impôt sur la fortune ».
Une question est posée sur les métaux, l’énergie. Il redit alors que les crises sur les matières premières et le climat ne mèneront pas à la fin du capitalisme, ce qui rappelle le discours tenu sur l’anthropocène à la précédente conférence. Il résume très vite quelques points, les inégalités qui provoquent de la xénophobie, la dette, et revient sur « le capital naturel atteint ». En l’absence de prévision et scénarios assez précis-es sur les ressources naturelles à long terme, ne sous-évalue-t-il pas l’importance du questionnement à ce sujet ?
Le débat se termine sur son regret d’une absence de propositions claires de la part des partis politiques, France insoumise entre autres, sur le fonctionnement de l’Union européenne.
Régis Marzin
Article écrit et publié le 12 juin 2018

jeudi 22 juin 2017

22 juin 2017, Plaine St-Denis, musique mixte à la MSH

Pour oublier la chaleur, je me glisse à la Maison des Sciences de l'Homme, où a lieu un concert de l'atelier de composition de l'Université Paris 8. Tout le monde semble un peu fatigué, pas par la fête de la musique de la veille, mais par une nuit de canicule incroyable. 
Quatre musicien-ne, de l'ensemble Sillages, interprètent les morceaux de 14 étudiant-e-s de licence, Master et doctorat en "composition instrumentale et mixtes". Musique mixte signifie musique électronique et interprétation sur scène synchronisées. L'expression de musique contemporaine est aussi employée par les professeurs. La formation et la recherche se font dans la création.
Par ailleurs, le son est aussi parfait ou presque. J'avais su lors d'un autre concert que cette salle comporte un système d'enceintes spécialement adapté à la musique informatique, dans lequel le son numérisé se réparti constamment vers les enceintes au travers d'un réseau local et au travers de trames dans un protocole adapté. 
Neuf compositeurs utilisent les logiciels du Mac installé au milieu du public, sans quasiment rien toucher. Tout est déjà enregistré. Ils et elles surveillent et gardent un œil sur les partitions. Concernant le résultat niveau musique, j'ai un avis mitigé, certains morceaux me plaisent et d'autres non. Ce sont des étudiant-e-s de haut niveau qui doivent aussi gérer des contraintes, par exemple, en n'ayant pas vraiment le choix des instruments, je suppose, alors que la création est facilitée par une plus grande liberté.
Régis Marzin, 22 juin 17, 19h27

dimanche 9 octobre 2016

8 octobre 2016, Plaine St-Denis, Iran : le chant des femmes contre l’obscurantisme

A la Belle Etoile à la Plaine Saint-Denis, dans le cadre du festival ‘Plaine cinéma’organisé par l’association Cinémanifeste, sur le thème de la peur, est projeté le documentaire ‘No land’s song’, d’Ayat Najafi, réalisé entre 2012 et 2014, sorti en mars 2016. Le film retrace l’organisation d’un concert de musique, surtout persane, à Téhéran en 2013. La compositrice iranienne Sara Najafi a l’idée de faire chanter en soliste deux artistes iraniennes, Parvin Namazi et Sayeh Sodeyfi, deux françaises, Lise Caron et Jeanne Cherhal, et une tunisienne, Emel Mathlouthi, avec des musiciens iraniens et français. Son frère l’accompagne comme documentariste. Le problème, c’est que les Mollahs ont interdit depuis 1979 le chant en solo de femme devant un public d’homme.
Un passage du film résume le problème de fond. Un vieux théologien nous explique la raison de cette loi. Les femmes sont très douces mais les hommes ne le sont pas. Une femme peut se permettre d’être excitée physiquement par un homme, elle saura se tenir, mais un homme lui peut faire des bêtises, et on ne pourra l’empêcher. Donc, il ne faut pas qu’il soit excitée par une femme, donc une femme ne peut pas chanter seule devant des hommes. Une des artistes, un moment en colère, propose qu’on débarrasse la terre des femmes.
Sur cette base, organiser ce concert ne pouvait être qu’une aventure pleine de rebondissements. Quelques compromis sont acceptés dès le départ, par exemple sur la présence d’un chanteur homme ou sur les tenues. La musicienne voyage entre Paris et Téhéran, se rend régulièrement au ‘Ministère de la culture et de la guidance islamique’ et est interrogée par des fonctionnaires mystérieux. Plusieurs fois, les artistes sont pris de doutes sur la possibilité d’y arriver.
La présidentielle d’août 2013, lors de la quelle Hassan Rohani remplace Mahmoud Ahmadinejad, semble un moment arranger les choses. Le concert est finalement autorisé et les visas accordés pour les français-es et la tunisienne, mais juste avant la date, une ultime menace est portée contre les artistes pour leur faire enlever toute portée symbolique à l’événement : un concert dans la salle de répétition au lieu de la salle de concert, un contrôle de l’identité du public, entre autres. Sara Najafi résiste et joue de la relation entre la France et l’Iran pour gagner son pari, puisque le pouvoir gère son image dans une période d’ouverture où interviennent des enjeux économiques.
Le concert a lieu dans une salle devant 300 personnes environ. Les paroles des chansons sont très fortes : la chanteuse Emel Mathlouthi très engagée fait référence à la révolte de 2011 en Tunisie. Une ancienne chanson persane écrite pour une femme, qui n’a plus été chanté que par des hommes depuis des décennies, est enfin rechantée par une femme.
Cela me rappelle Tiken Jah Fakoly qui a chanté « quitte le pouvoir » au Togo au milieu des militaires armés, et qui s’est fait expulsé de Kinshasa en 2015, Joseph Kabila ayant interdit son concert. En interview, je lui avais demandé s’il pouvait aller faire ses concerts dans les dictatures d’Afrique centrale, il m’avait répondu que cela devait être possible. C’était possible, mais ce n’était pas facile !
En Iran, qui a le plus peur ? Les tenants du système dictatorial ou la population victime des atteintes aux droits humains ? Il y a une peur réciproque et des efforts pour la vaincre réciproque. Au Gabon, l’activiste Marc Ona disait fréquemment « la peur a changé de camp », un slogan maintenant célèbre. Ayant moi-même longuement étudié les dictatures contemporaines en Afrique, je comprends qu’un système mis en place à une époque en fonction des données de cette époque perdure, s’use intérieurement mais ne tombe pas, même si le sens et l’équilibre de départ a disparu. Il faut une énergie très forte pour qu’un système illégitime, non démocratique disparaisse. En 2009, 4 millions de personnes étaient dans les rues de Téhéran espérant le respect de la vérité des urnes, en vain. Le résultat a été inversé. En 2013, un léger mieux a été obtenu, quand les mollahs ont accepté un début d’ouverture, mais les institutions de la ‘république’ reste soumises aux desiderata de l’institution religieuse.
Le film révèle une mise en abîme. Des artistes se battent pour leur liberté et réalisent ainsi un acte politique. Le film lui-même en témoignant cherche une nouvelle limite dans l’expression de la liberté. C’est ainsi un film sur la relation entre art et politique, à deux niveaux, limpide et éclairant.
Irène Ansari, la coordinatrice de la Ligue des Femmes Iraniennes pour la Démocratie (LFID) – sur la photo – intervient avant après le film, auprès d’Antonia Naim de Cinémanifeste. Elle replace l’histoire dans son contexte historique : la dictature du Shah, une modernité sans démocratie et sans partage des richesses, la ‘révolution’ de 1979, 8 ans de guerre contre l’Irak, pendant la quelle la cause des femmes était inaudible, l’élection au résultat inversée en 2009, la période moderne où les religieux se sont adaptés aux technologies modernes. Elle décrit l’état du pays et la situation des femmes. Celles-ci sont très bien formées, mais réduites à vivre dans des conditions sociales très dures. Irène Ansari se bat pour leur droit, « un droit universel ».

Régis Marzin, article écrit et publié le 9.10.16

lundi 16 mai 2016

15 mai 2016, St-Denis, Fête de l'insurrection gitane

J'avoue, je n'étais pas venu à la Fête de l'insurrection gitane pour réfléchir, m'informer, un peu fatigué depuis ma dernière publication sur l'Afrique. Je suivais un peu les débats des dernières années, en 2015 et en 2016. Cette année, je suis simplement inquiet des simplifications qui vont se développer d'ici les élections françaises de 2017, ou encore du fait que le mot 'racisme' soit employé à toutes les sauces. Mais cela n'a pas vraiment de rapport. J'avais envie de croiser des ami-e-s. Puis, au final, la nuit tombée, bien que je sois déjà allé au bout de mon reportage sur les Rroms de St-Denis, je me suis laissé encore facilement emporté par l'action de photographier musique et danse gitane. Puisque la culture rrom enrichit le paysage... le groupe Marcela los murchales a lâché prise ce soir.
(seconde version en Nef compressé au lieu de Jpeg compressé)

lundi 9 mai 2016

9 mai 2016, Aubervilliers dans la MGP (Métropole du Grand Paris)

La qualité des politiques se mesure à la capacité à rester positif-ve-s et optimistes quelles que soient les situations quand cela concerne leurs responsabilités. En l’occurrence, la Métropole du Grand Paris (MGP) et la transformation de l’agglomération de communes Plaine Commune en Etablissement public territorial (EPT) le 1er janvier 2016, ont été imposés. Mais aussitôt l’opération effectuée, il s’agit de retomber sur ses pieds et de revenir aux réalités locales.
Dans AuberMensuel que je viens de recevoir, un élu du Modem, Damien Bidal, dans sa tribune (p29), se plaint que les impôts d’Aubervilliers vont augmenter de 6,14%, alors que « les habitants paient trop de taxes pour une médiocre qualité de vie » et que «  la capacité de la ville à se désendetter retombe dans les catacombes ». Voilà de nouveau le débat d’avant les municipales. Quel rapport avec le Grand Paris ? C’est que l’organisation de l’imposition sera changée. Comment et avec quels résultats?
Ce 9 mai, Le président de Plaine Commune, Patrick Braouezec, est là pour tout nous expliquer aux côtés de la nouvelle maire, Mériem Derkaoui, et des autres élus réunis en conseil municipal, dans la magnifique salle de l’Embarcadère. Patrick Braouezec parle d’Aubervilliers dans Plaine Commune. Il commence par la partie finance, c’est assez obscur pour les novices, parce que trop rapidement expliqué. Entre autres, la grille de répartition de la Cotisation sur la valeur ajoutée (CVAE) va changer, Paris va gagner sur la partie « dynamisme ». Plaine commune va devoir réduire ses dépenses.  Il a l’air inquiet : la MGP n’apporte rien automatiquement, il faudra se battre, se battre « pour un développement inclusif et pas exclusif des (revenus) modestes ».
Le président de Plaine Commune aborde aussi de nombreux sujets : l’urbanisme, les médiathèques, l’emploi, …Dans les obsessions du moment, il y a la propreté et la piscine olympique pour 2024. Hé ! On est pas obligé d’être pour les jeux olympiques, la télévision et la société du spectacle ! Concernant l’emploi, Patrick Braouzec invite à s’intéresser à la « mutation anthropologique » qui arrive avec le travail numérique et la fin de la robotisation, par exemple des caisses de supermarchés. Puis, le débat revient sur l’essentiel, …
Ce qui est déjà décidé, c’est le fonctionnement des ETPs et de la MGP. Il y aura 209 conseillés de la MGP dont 3 de Saint-Denis, 2 d’Aubervilliers, 1 pour les autres villes de Plaine Commune. Les oppositions des communes ne seront presque plus représentées. Plaine Commune garde la même composition, mais certaines autres nouvelles ETP ne correspondent pas aux anciennes agglomérations et c’est très difficile pour eux. Il est prévu de nouveaux transferts, de compétences des communes vers les ETP en 2017, décidés collectivement. Ce sera, obligatoirement la fin des Zacs communales.
Les impôts locaux iront à la MGP qui restituera aux communes qui restitueront à l’ETP. Actuellement, il y a souvent « 4 générations sous un même toit » et on construit du logement, mais, Patrick Braouzec a des craintes pour les finances des villes qui créent des logements et qui ne sont pas plus aidées par la région que les villes qui ne créent pas de logement. Il espère obtenir un « Contrat de développement territorial » dans le cadre d’un «  Contrat d’intérêt national », qui servirait à la construction des équipements publics, les crèches, écoles, parcs, qui sont nécessaires quand la population augmente.
L’ancien maire, Pascal Beaudet, intervient pour préciser que « le Grand Paris n’aura de sens que s’il y a solidarité », en particulier pour « les écoles et équipements à construire ». Mais, alors, rien n’est encore décidé au niveau de cette solidarité, d’une redistribution entre villes riches et pauvres ! En rentrant, je croise une connaissance qui travaille justement à Plaine Co, et qui me confirme que rien n’est clair et qu’on en a pour « deux ans d’incertitude ». En effet, j’avais cru comprendre ! Et s’il faut compter sur la solidarité des villes riches, rien n’est moins sûr.

Régis Marzin, 12.5.16

vendredi 8 avril 2016

7 avril 2016, Saint-Denis, en souvenir des Penn Sardin

Je n’ai pas pris mon appareil photo ce soir. Ce n’est pas grave, ce qui compte c’est le film de Marc Rivière ‘Penn Sardin’. Celui-ci est projeté en version française, et donc pas en version bretonne, ce qui signifie que les paroles des pêcheurs et ouvrières sont traduites. C’est une fiction basée sur des faits réels, la grève des ouvrières à Douarnenez entre le 21 ou 27 novembre 1924 et le 7 janvier 1995, une grève de 7 semaines qui a eu un grand retentissement à l’époque. Je suis bien heureux de découvrir ces faits historiques. A la fin du film, Théo Bernard, qui a fait une thèse sur cette grève, nous explique la vraie histoire. Elle est assez différente du film.
La grève a démarré dans une usine de métallurgie et pas de conserves. Le syndicaliste Charles Tillon n’était même pas là, il sera connu plus tard pour d’autres choses à Douarnenez. Il y a eu d’autres grèves entre 1905 et 1924 au contraire de ce qui est dit dans le film. Les patrons, qui n’étaient pas si paternalistes et étaient parmi les plus exploiteurs de France, étaient prêts à céder sur les revendications au bout de 2 semaines. La grève elle-même était pendant une période d’arrêt de la pèche et d’arrêt de travail des poissonneries. Les pêcheurs ont continué à travailler 2 semaines avant de rejoindre les ouvrières et sont repartis travailler en accord avec le comité de grève et le syndicat CGTU. Les villes de banlieue parisienne n’était pas encore gagnée par le Parti communiste et n’ont pas pu acheter les poissons, la banlieue parisienne est devenue rouge 4 mois plus tard, ce qui n’a pas empêché le soutien à l’époque dans ces mêmes villes. La revendication du droit de vote des femmes n’y était pas, celle du salaire égal avec les hommes non plus, ce qui était normal puisque les hommes et les femmes ne faisaient pas les mêmes métiers.
C’est étrange de faire un film sur des faits historiques et de modifier tant de choses. J’ai aimé ce film mais cela me dérange que l’on corrige le récit d’une réalité. Comme journaliste, je suis constamment en train de me battre contre les mensonges qui peuvent empêcher de savoir ce qui s’est passé réellement.
La tentative d’assassinat du maire communiste est conforme, elle. L’historien nous précise qu’ensuite la préfecture a effacé les preuves du lien avec les patrons. Il y avait 23 usines à Douarnenez dont 18 de conserves.
Le patronat était francisé, un peu venue d’ailleurs, par exemple de Nantes. Les femmes parlaient plus le français que les hommes. 2000 personnes s’étaient mises en grève, dont 75% de femmes. Les réunions étaient des meetings ou la CGTU dirigeait, et pas des assemblées générales. La mairie fournissait les salles.
Encore des choses, qu’il y a 30 ans, nos professeurs d’histoire, gentils et un peu coincés, n’ont pas pris la peine de nous apprendre. Cette soirée m’intéressait pour des questions historiques. Le film correspondait bien au lieu, la Belle étoile. J’entends parler des ‘nuits debout’ à République, mais ce n’est pas la vraiment lutte ouvrière dans le Finistère, en ce qu’elle pourrait nous apprendre quelque chose sur le présent, qui m’intéresse. Nous aurions eu besoin que l’on ne nous cache pas cette histoire en Bretagne, et que l’on évite de nous faire croire que la Bretagne n’avait pas d’histoire, à toutes les époques, pour nous permettre ne nous confronter à la complexité de la réalité. Dommage ! Heureusement, il n'est jamais trop tard. 

samedi 6 février 2016

6 février 2016, Saint-Denis, à la lisière du festival 'Censures'

16e journées cinématographiques dionysiennes: festival 'Censures'. 10 affiches non sélectionnées par l'artiste Henri Bokilo sont exposées au Café du marché. BALàFOND est en concert au vernissage. Et moi je passe par là... (publié le 11.4.16)

mardi 27 octobre 2015

27 octobre 2015, Plaine St-Denis, ma journée coréenne

Je suis un peu las des combats africains, là. Le hasard a bien fait les choses aujourd’hui : hier, je regardai un film coréen, ‘Le chant de la fidèle Chunhyang’ d’Im Kwon Taek (2000), et aujourd’hui, je vais écouter à la Maison des Sciences de l'Homme – pourquoi pas humaines ? - Paris Nord un concert intitulé ‘Improvisation France-Corée’. Le film de la veille, une histoire d’amour empêchée célébrissime, est entrecoupé de scène d’un concert de ‘pansori’, un récit chanté accompagné au tambour. J’ai encore l’atmosphère et les images en tête. La mise en scène est traversée par une réflexion sur la représentation, la transmission de valeurs morales et d’une identité culturelle dans la représentation sur scène comme sur l’écran.
C’est d’abord un plaisir de découvrir un nouveau lieu, la MSH récemment ouvert à la Plaine Saint-Denis, juste à côté du Métro Front populaire, dans la zone où va s’installer le pôle universitaire de sciences humaines.
Les musicien-ne-s sont Didier Petit au violoncelle, Philippe Foch aux percussions diverses, Song Ji-yun à la flûte classique coréenne daegeum, et la star de la soirée, Kim Dong-Won, percussionniste connu de passage à Paris.
Il y a une part de musique traditionnelle coréenne et une part de ‘musique contemporaine’, et d’autres choses encore, mais le concert est surtout totalement improvisé. Ils et elle n’ont jamais joué ensemble. Seuls Didier Petit et Philippe Foch ont l’habitude d’être partenaires, sinon, les 4 musicien-ne-s ne se connaissent que depuis la veille ou depuis quelques heures.
Ce qui est extraordinaire dans ce concert, c’est qu’il est acoustique, et, j’ai envie de dire, hyper-acoustique. L’amphithéâtre moderne est dédié à l’étude de la musique acoustique, on peut y faire des conférences sans micro grâce à des murs striés de vagues ondulées. Je n’ai jamais aussi bien entendu des instruments et surtout les sons très bas, ce qui révèle des nuances et des subtilités. Gratter la flute devient un son musical, frotter ou cogner deux instruments donnent des sons, poser une percussion sur une autres donnent des sons bien audibles, le ventre est un tambour parfait. Même rire devient un son. Un moment merveilleux, c’est quand Philippe Foch s’amuse à lever en l’air une cymbale vibrante, et fait varier son son. Il y a de quoi se questionner sur les avantages des technologies modernes. Que perd-t-on à écouter constamment de la musique par amplification ? C’est aussi le corps qui revient, les pieds nus, les doigts qui prennent, tiennent, les oreilles qui entendent, les muscles et les os qui agissent.
Ce qui attire le plus mon attention c’est le jeu ensemble des deux percussionnistes, leurs échanges, leur dialogues et parfois les discordances. Il n’y pas de tension, mais sans doutes des difficultés qui font rire et sourire. Kim Dong-Won avec son janggo fait des choses pas normales, un peu difficile à suivre. La clarté du son global permet des jeux de rythmes subtils. Cela me rappelle un peu, parce que je le veux bien, les meilleurs batteurs que j’ai eu la chance d’entendre dans le rock, comme Steve Shelley de Sonic Youth, un champion des changements de rythme.
A la fin du concert, Kim Dong-Won explique qu’il essaye d’écouter les autres et de ne pas reproduire ce qu’il a déjà fait. L’échange avec les autres musicien-ne-s, crée un croisement de styles. Les passages mélodiques sont cassés pour jouer avec des références en les évitant. En discutant avec une organisatrice coréenne à la fin, je me demande qu’est-ce qui reste des réflexes à reproduire des sons d’une mémoire culturelle. Les passages mélodiques sont peut-être plus facilement associable à un patrimoine ou à une culture, mais les sons des percussions, les bruits et les rythmes, pourrait être plus universels, sans références. Pourtant, il y a aussi des passages rapides quelques secondes qui évoquent des styles de musiques, jazz, rock ou je ne sais quoi, en ce qui concerne le percussionniste d’ici. Quant à la culture coréenne, j’avoue mon ignorance. Qu’est-ce qui reste de la culture et qu’est-ce qui est libre de toute reste de culture dans un échange improvisé ?
Métaphoriquement, si l’on se comprend à partir de deux langages, qu’est ce qui ne se comprend pas ?
Les musicien-en-es lâchent prise… On voit leur bonheur d’être là ensemble et avec nous, 30 ou 40 personnes. Quand cela se termine, le public est heureux aussi, le débat s’installe naturellement autour des impressions et de réflexions plus intellectuelles.
Ce soir, il s’est tout de même passé quelque chose de magique, un truc expérimental qui a bien marché.

lundi 31 août 2015

Dimanche 30 août, St-Denis, la guinguette climat

Ce week-end, au bord du canal de Saint-Denis, est installée une guinguette 'climat', dans laquelle sont prévues des "discussions de comptoir" sur l'agriculture urbaine et sur les jardins dans les villes. C'est organisé par le collectif Mund Gawi, "réunissant des associations concernées par les enjeux environnementaux afin de proposer une alternative  citoyenne et innovante à la COP21".
A la guinguette, on parle donc de climat (tiens! la veille, la ministre de l'écologie était en Afrique, partie saluer le petit Bongo), de transition énergétique, de graines, de bacs de plantations, de "petites initiatives cumulées", d' "échanges des expériences de voisinages", du "faire", c'est-à-dire du "fait-soi-même" (et de sensibilisation au symptôme, enfin non ! ... cela s'est juste une idée que j'ai eue en passant). 
Etant végétarien et non-violent, en arrivant, je ne suis guère convaincu par le tannage d'une peau de mouton même si cela se discute... et je n'en discuterai pas avec des personnes que je ne connais pas !
Il fait tellement chaud, qu'au bord du canal, je me sentirais presque en vacances, si cela avait un sens pour moi, avec une envie de ne rien faire pas trop longtemps . Je viens en curieux, un peu journaliste en week-end, pour le plaisir de bloguer ensuite, mais je ne suis sans doute pas le seul pour qui la limite entre activité de 'travail' et loisir est floue. Autour d'une table, une architecte présente un projet de jardin à Aubervilliers. Dans la conversation, il est question des producteurs, entrepreneur-se-s ou salarié-e-s et des bénévoles, qui ont parfois des difficultés à s'entendre sur des objectifs communs dans les jardins des villes. En remettant en cause les modes de vie, faut-il questionner aussi le salariat ? Sans doute... et pour que faire ensuite des idées des débats... Faut-il aussi questionner la perception du temps et la gestion présente des priorités dans toute perspective écologiste ?
Tout cela me rappelle le Festival des Résistances et des Alternatives de Paris, toute ma jeunesse !
Un peu plus tard, la guinguette se remplit, un groupe de cyclistes fluorescent-e-s vient d'arriver, et je file alors au bord du canal...

lundi 29 juin 2015

28 juin 2015, Plaine Saint-Denis, le Bal étoilé

Je ne sais pourquoi, je me suis mis en tête de faire des superpositions à la prise de vue de manière systématique pendant ce concert de fin de saison de la Belle Etoile. Sans doute est-ce à cause de la fête de la musique où j'avais commencé, avec Sans Plomb 95. Au théâtre de la Compagnie Jolie Môme, les éclairages et la disposition de la scène n'étaient pas simples, cela m'a poussé à trouver une manière de compenser l'angle de prise de vue et les couleurs dominantes des projecteurs. La beauté de la scène en bois dans une superbe salle m'a aussi inspiré. Il s'agissait aussi de mettre en cause la photo 'portrait' en souvenir ou utile. Pendant le concert, je me suis soudain souvenu de la fin de mon inspiration en 2005 quand j'avais presque abandonné la technique au moment du passage au numérique. Bref ! Après un tri de beaucoup de photos ratées, voilà le résultat de l'expérience pendant un très beau concert :
Marjolaine
 Tango Léon
La Vache.
Les photos n'expriment pas vraiment la musique, un peu, mais pas trop. Ce n'est pas vraiment expressionniste. Il manque certains musiciens et le public, que je ne voulais surtout pas déranger.

dimanche 28 juin 2015

27 juin 2015, Aubervilliers et Plaine-St-Denis : Feria de la Plaine

Qu'est-ce que la Feria de la Plaine ? Le quartier à la limite entre Aubervilliers et la Plaine Saint-Denis est en pleine révolution urbanistique. Les logements neufs remplacent progressivement les entrepôts, maisons et bâtiments en mauvais état. Au milieu de ce décor, trois fêtes sont ensemble pour faire une seule grande fête: la kermesse de l'école primaire Maria Casares, ce magnifique et un peu bizarre bâtiment neuf, la fête de la Maison de l'Espagne, et la fête du quartier Landy-Plaine, Marcreus, Pressensé, côté Aubervilliers. 
Il y a 3 scènes pour les spectacles, plein de jeux pour les enfants, beaucoup de stands, où les enfants peuvent peindre ou faire des T-shirts. Je remarque un petit terrain couvert de gravillon, avec une petite scène en bois, qui sert à de l'animation, à quelques dates dans l'année. Des femmes et des filles sont en costume de flamenco. La fête a les couleurs de l'Espagne et de l'Afrique. Une association tente de rénover un grand hangar, 'El hogar de los espanoles', en face de la Maison de l'Espagne, dans la même cour, au 10 rue Christine Garcia. Le lieu contient un superbe théâtre bien patiné.
En fin d'après-midi, je découvre le groupe Bobo Foly, du percussionniste Boubacar Dembélé jouant aussi avec Amadou et Mariam et habitant le quartier. Le groupe joue un style de musique originaire du Mali, du Burkina Faso et de la Côte d'Ivoire, avec 2 bafafons (diatonique) et 3 autres percussions, un style très subtil marqué par la personnalité des balafons.

jeudi 21 mai 2015

17 mai 2015, St-Denis, Fête de l'insurrection gitane

J'avais un très bon souvenir de la Fête de l'insurrection gitane de 2014, et j'y retourne malgré quelques doutes préalables en lisant le programme des débats. L'an passé, le sociologue Eric Fassin avait présenté son livre "Roms et riverains.Une politique municipale de la race", qui m'avait fait réagir sur les risques de l'utilisation performative du terme "race", en français utilisé comme en anglais. Ce dimanche, j'arrive à l'heure des débats, et je n'ai pas la chance de voir des groupes de musiques qui me détende. 
Le premier débat est sur le féminisme, et je n'ai pas pris de notes. Ce débat m'a déçu, limite agacé. J'entends le terme 'race', en français, qui revient plusieurs fois avec la certitude de leurs existences. Une universitaire américaine parle de la "communauté noire" là-aussi avec une vision américaine historique et culturelle, qui m'évoque une perception divisée et figée dans ses divisions de la société qui pourrait être en lien avec une perception rêvée ou mythologique, d'une unité africaine originelle qui mélangerait des fantasmes sur la couleur de la peau et sur une identité culturelle en Afrique. Peut-être ?. Dans tous les cas, l'Afrique que je connais est culturellement riche, diverse, autant que peut-être l'Europe, et les migrant-e-s gardent leur diversité; ce n'est pas le regard déformant et simplificateur qui est souvent posé sur eux et elles qui détermine leur 'identité'. Cela me rappelle aussi la difficulté de certain-e-s à comprendre la diversité culturelle en Europe. Une intervenante se présente comme victime sociétale stigmatisée comme "non-blanche, arabe, femme, musulmane". Quelle victimisation secondaire ?
Le seconde débat 'colonialisme et génocide' est plus intéressant mais ne correspond pas vraiment au titre. Richard Wagman intervient en premier pour l'Union juive française pour la paix (UJFP).  Saïd Bouamana définit un "culturalisme" comme un "mode de hiérarchisation qui a remplacé le racisme devenu inacceptable". Pour lui, "l'Etat racialise la société", et "racialisation et culturalisme visent noirs, arabes et musulmans", "nous" dit-il. Eric Fassin a peut-être un peu changé d'éléments de langage: il parle de politique de racialisation, et pas de politique de la race comme dans le titre de son livre en 2014. Lui aussi utilise le terme de 'culturalisme'.
Dans un texte de Saïd Bouamama, Jessy Cormont, Yvon Fotia extrait du "Dictionnaires des dominations" il y a une explication: "Le culturalisme contemporain tend donc à se transformer en idéologie de la domination : la vision culturaliste contemporaine tend à produire l’autre en le réduisant à une différence non pas biologique mais culturelle [1 : Ce qui n’exclut pas une biologisation de la culture, par l’essentialisation qui accompagne souvent cette projection.] Ce qui n’exclut pas une biologisation de la culture, par l’essentialisation (...)"; La culture est un facteur explicatif majeur (éventuellement masqué), mais elle est aussi une forme euphémisée de la biologie, parce qu’elle est figée, voire naturalisée. Et puisque la culture est un facteur figé, elle n’est pas susceptible de modifications, d’influences, de formes composites, de formes nouvelles et émergentes, et les formes culturelles sont renvoyées à leur origine culturelle – ce qui exclut toute invention culturelle qui fait du neuf avec du vieux, voire même éventuellement du neuf avec du neuf."
L'historienne Sarah Carboma parle de "production de savoir racisé" de "savoir occidentalo-centré", de "rromophobie" ou de "tziganophobie". Son intervention est presque incompréhensible tellement elle enchaîne les termes universitaires abstraits, elle ne semble pas se rendre compte du cadre du débat. Elle se reprend ensuite dans le débat pour expliquer le passage au XVe siècle d'une "alterité" et d'une "adnormativité"(?) à une "extériorité". Elle l'explique encore mieux dans le texte 'Identité versus épistémologie romani. Entre essentialisme et universalisme' : "La modernité a abolit un groupe de distances, considéré comme révocables, mais en fait bien utile car indirectement protecteur. A l’époque médiévale, l’ « Autre » n’empêchait pas l’intégration. Il est donc aisé de comprendre pourquoi apparaît la question de l’identité. D’abord comme la réaction à une dissolution du tissu social, la disparition des points de référence traditionnels, l’émergence du concept de normativité garante de la centralité de l’État et de l’organisation politique ainsi que l’apparition du concept occidental et moderne d’individualité. La cristallisation des identités romani en Europe s’opère justement à ce moment précis. Juste à l’interstice de ce que Michel Foucault appela la première « césure épistémologique » opérée en Occident et qui caractérise le passage de l’époque médiévale à l’époque moderne." Elle dit à St-Denis qu'au XVe siècle on est pas de l'âge de l'interprétation (herméneutique) à l'âge de raison à l'époque sont arrivés en Europe, et s'est créé "un rapport en miroir négatif".
Enfin, après avoir pris comme exemple la loi contre le foulard pour parler des discrimination systémique, Saïd Bouamama parle à la fin du débat de "blanchité" : "l'enfant est intégré dans la blanchité" et il y a "transmission du stigmate xénophobe". 
Pour conclure et ne rien conclure... et pour ceux et celles qui ont tenu jusqu'à là - des articles comme celui-ci j'en écrirai pas tous les jours - ce soir, j'étais dans une librairie et j'ai ouvert un livre et j'ai lu cette phrase d'un jeune sociologue qui a été avec des étudiant-e-s de St-Denis observer les bourgeois dans le VIIIe à Paris : "Les races existent, sociologiquement et pas biologiquement, parce que le racisme fait qu'elles existent." Est-ce que cela a un rapport ? Peut-être bien... Ainsi, des "races" "existeraient" pour le sociologue, mais est-ce que ce n'est pas le sociologue qui existe parce qu'il manipule des concepts qui confortent la perception d'une division des populations sur laquelle se fonde son travail et sa propre existence de chercheur ? Je suis sans doute incapable de conclure quoique ce soit à part des doutes sur un certain nombre de concept. Je me demande s'il n'y a pas parfois des cercles vicieux. Et dire que j'étais parti à la Fête de l'insurrection gitane pour écouter de la musique et surtout ne pas réfléchir. 

jeudi 2 avril 2015

2 avril 2015, Saint-Denis, à propos des Biens mal acquis

A peine 15 jours après la fin de mon exposition photo à Folies d'encre à Saint-Denis, je retrouve la librairie pour une rencontre avec Julien Sole et Xavier Harel sur les "Les bien Mal acquis" autour de la revue dessinée numéro 7 dans le cadre du Festival Hors limite. C'est une nouvelle fois une ambiance très sympathique pour un débat qui devient vite passionnant. La libraire qui a connu François-Xavier Verschave s'intéresse à la Françafrique depuis longtemps.
Le journaliste Xavier Harel est connu pour ses livres, "Afrique pillage à huis clos", en 2006, sur le pétrole, surtout au Congo-Brazzaville, et "Le scandale des Biens Mal Acquis", avec Thomas Hofnung, en 2011. Il a écrit le scénario d'une partie de la revue dessinée numéro 7 sur la Françafrique et les dictateurs, pour le dessinateur Julien Sole. Il résume l'histoire des Biens mal acquis, pour expliquer le contexte du scénario de la bande dessinée, en repartant du rapport du CCFD de 2009 rédigé par Jean Merckaert et Antoine Dulin.
Cela me permet de témoigner sur le partage des rôles au départ vers 2007 entre le CCFD-Terre solidaire entre CCFD et l'association Survie. J'oublie de dire que ce partage des rôles a été discuté au sein d'une plateforme associative parisienne, la "plateforme citoyenne France-Afrique" très active entre 2006 et 2008, environ. Le but était bien de s'attaquer à des acteurs français et africains de la Françafrique et pas seulement aux dictateurs. La disparition de Survie dans la poursuite des plaintes et le suivi par Sherpa et Transparency international a sans doute fait oublier l'importance de Survie dans la problématisation initiale d'une médiatisation des Biens mal acquis, qui connaîtra ensuite un énorme succès et aura un grand impact politique. Des activistes comme Marc Ona et Grégory Mintsa, pour le Gabon, se sont aussi beaucoup impliqués. 
Aujourd'hui, la relation entre les Etats français et équato-guinéen a été profondément atteinte par l'affaire, et la justice n'a pas encore abordé sérieusement le Congo-Brazzaville et le Gabon.
Comment parler de tout cela sans revenir sur le financement des partis politiques et personnalités en France par les dictateurs africains et le poids qui persiste d'un potentiel de chantage. Cela renvoie un moment le débat sur l'évolution de la Françafrique, un sujet qui me tient à cœur. Comme l'affaire des Biens mal acquis a elle-même réussi à affaiblir la françafrique, celle-ci a continué de se transformer: par exemple, les dictateurs ont continué de s'autonomiser et de s'éloigner d'un modèle initial néocolonial resté très stable entre 1960 et 2000, ou encore le marché du pétrole et le lien entre ressources naturelles et politique française ont aussi changé. J'insiste sur la nécessité de bien savoir si l'on parle de "la politique française en Afrique" ou de la "Françafrique", parce qu'une confusion à ce niveau ne permet pas de se mettre d'accord sur un bilan. Le débat autour de la table de Folies d'encres devient alors un peu polémique. Au moins une personne doute que les citoyens 'africains' puissent réussir à sortir leur pays du néocolonialisme. La discussion continue avec plus de précision dans le choix des mots.
Après les BMA, on peut sans doute considérer les élections en Afrique comme un second thème "levier" contre la françafrique. Un effet "levier" se dit d'une action après réduction thématique à un domaine précis qui permet d'agir sur la structure globale. En 2015, le thème de la limitation du nombre de mandats des présidents africains, choisi par la campagne Tournons la page est un nouvel exemple d' "effet levier".
J'ai bien sûr résumé la soirée en mettant l'accent sur ce qui m'avait le plus intéressé. Avec un petit effort de synthèse, on finit par comprendre que si la Françafrique recule, c'est parce que des gens s'activent à la faire disparaître.
Article écrit et publié le 11 avril 2015.

vendredi 23 janvier 2015

Vendredi 23 janvier 2015, Saint-Denis, Ecriture et migrations, le retour

Cet hiver n'est pas très froid, mais il est sans doute éprouvant pour les nerfs. Je suis heureux de me changer les idées en exposant du 20 janvier au 20 février, à la librairie Folies d'Encre de Saint-Denis, avec Henri Bokilo Boursier, Claire Kito, Valérie Pere, et Raluca Vlad pour la sortie de l'ouvrage "Perspectives croisées sur les Écritures en migration(s)". J'y ai installé, au milieu des peintures abstraites, deux photographies de ma série 'Culture rrom en résistance en Seine-Saint-Denis', dans la suite de l’exposition de 2012.
Je me suis permis de rappeler pour l'occasion un événement local sur Saint-Denis en mars 2014, avec une image de la conférence de presse sur l'inscription des Rroms du terrain Voltaire sur la liste électorale". C'est avec plaisir que je parle de fraude électorale, un sujet que je connais bien, pour y travailler sur l'Afrique, et c'est aussi avec plaisir que je m'exprime sur la médiocrité de certains politiques. 
Je reste sur la présentation positive des Rroms, et une seconde photo est encore plus locale. Un œil averti peut y reconnaître en décor la mairie à 100 m de la librairie. Elle date du 17 mai 2014, et présente un moment intime et mystérieux du spectacle de la troupe de danse des enfants et jeunes du Hanul, Chavé Sumnakuné à la Fête de l'insurrection gitane.
Est-ce que la xénophobie contre les Rroms, qui se base surtout sur des préjugés négatifs, n'incorporent pas aussi une espèce de jalousie autour de fantasmes, d'images positives depuis longtemps véhiculées par la littérature, évoquant beauté et liberté ? Est-ce qu'un inconscient collectif n'a pas associé beauté et liberté, et leurs contraires, au mérite, au travail, à une hiérarchie sociale, à l'argent, dans un refus et un déni des parcours sociaux et culturels, originaux, minoritaires, présentant quelques avantages dans une misère qui ne soit ni ouvrière ni paysanne? Ne faut-il pas parfois déconstruire un peu les fantasmes ?
Je ne me pose pas ces questions pendant l'échange lors du vernissage car j'en reste à la question de l'écriture et des migrations. L'échange a un peu de mal à démarrer, comme si le froid du dehors et le béton de l'architecture ambiante retenaient les énergies. Puis le débat se lance, autour du paradoxe de la disparition des frontières physiques, par les voyages, les retours des migrants à leurs origines, puis une réflexion sur le point de vue des populations observant les migrant-e-s et prises elle-même dans les migrations, comme si elles migraient elles-mêmes. 
Le drame de Charlie Hebdo ne nous pousse-t-il pas à approfondir des réflexions déjà entamées pour les améliorer, puis les partager entre nous ? Est-ce que le besoin de se rassurer avec des ami-e-s, de la famille, réelle ou imaginaire, que l'on éprouve dans une période de tension et de dispersion collective d'angoisse ne nous permet pas de progresser vers des solutions pour mieux vivre ensemble ?
Après ce moment d'échange de 30 ou 45 minutes, nous passons un moment très agréable, et, des relations et des convergences naissent autour d'une bonne soupe.