mercredi 15 novembre 2017

15 novembre 2017, Aubervilliers : le Festival Africolor et le cinéma le Studio accueillent des artistes congolais engagés

Photos : de gauche à droite, 2 musiciens, Eric et Montana, Lexxus Legal, Florent De La Tullaye et Jupiter Bokondji
Cette semaine débute le festival Africolor, festival de musique africaine en banlieue parisienne. Il commence à Aubervilliers par une projection-débat sur l’engagement de chanteurs de Kinshasa. L’association Congo Action, qui aide des enfants des rues à Kinshasa, participe également à la soirée.
Le premier film présenté est le court-métrage documentaire ‘La révolte dans les maux : une histoire du Hip Hop africain’ de Constant Popot et Léa Lecouple (2017 France) qui raconte brièvement l’histoire des mouvements citoyens en Afrique, depuis Y’en a marre au Sénégal, tels qu’ils étaient apparus à Africolor en 2016. Africolor s’était associé l’an passé au Centre de recherches internationales (Céri) de Sciences Po Paris qui avait organisé un colloque « Politique de la rue : mobilisations citoyennes, violence et démocratie en Afrique » relié à un concert à Bobigny. Ce colloque avait été un moment de mobilisation important associant des artistes et des universitaires, de France et d’Afrique, un moment de rencontre pour des actions futures.
Le second film est ‘La danse de Jupiter’ de Florent De La Tullaye et Renaud Barret (documentaire, 73 min, 2004-2006, France et RDC) qui présente le chanteur Jupiter Bokondji et ses musiciens. Le film est aussi une sorte de reportage sur une partie de Kinshasa, ville innervée par la musique, passionnant. Jupiter et ses musiciens, Okwess, sont aussi le vendredi 17 en concert à Pantin avec le rappeur Lexxus Legal, qui avait déjà participé au colloque de Sciences Po et au concert de Bobigny en 2016.
En introduisant le débat, Lexxus Legal explique qu’il est rare pour des congolais de jouer en France depuis 5 ans, depuis que les « combattants » anti Kabila manifestent contre les concerts des artistes qui ne s’engagent pas contre Kabila.
Pour Jupiter, parlant du film tourné en 2004, les choses ont bougé surtout depuis qu’avec internet « les gens ont commencé à réfléchir autrement ». Il est assez catégorique : « le problème de l’Afrique, c’est l’occident ». Un professeur congolais dans le public acquiesce en parlant de la visite de Mitterrand au Congo en 1984. Lexxus Legal les contredit en disant que les problèmes viennent aussi des africains et que ceux-ci, auront des réponses, car : « nous cherchons à construire chez nous ».
Depuis le colloque de Sciences Po, le combat des mouvements citoyens a continué au Congo Kinshasa en ébullition dans l’attente de la présidentielle et d’une véritable transition vers la démocratie. J’interroge Lexxus Legal sur les actions des musiciens depuis 2015. En mars 2015, Y’en a marre et de Balai citoyen avaient été invités par le mouvement citoyen congolais Filimbi à participer à un atelier à Kinshasa. Le pouvoir avait répondu brutalement en expulsant les rappeurs et activistes sénégalais et burkinabé, en emprisonnant Fred Bauma, ce qui avait poussé à l’exil en Belgique, les autres leaders de Filimbi. Joseph Kabila montrait alors qu’il ne voulait pas de mobilisation contre lui par la musique. Depuis les musiciens sont moins visibles et le mouvement la Lucha en RDC comportent de jeunes militants politiques qui ne peuvent rassembler plus de monde par des concerts. Ce 15 novembre, la Lucha organisait justement ville morte et manifestations. Lexxus Legal me répond que les « artistes sont offensifs » et que comme Valsero au Cameroun, qui a créé un mouvement, ils ressentent que la musique ne suffit pas et discutent de s’engager autrement, lui en particulier.
La soirée se termine autour d’un pot, qui permet d’approfondir les discussions.
Régis Marzin,
Article écrit et publié le 17 novembre 2017

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