mercredi 30 septembre 2026

29 septembre 2026, Paris : réunion publique « Liberté d'informer : six mois pour ne pas sombrer »

Le Fonds pour une Presse Libre (FPL) organise ce mardi une suite de conférence intitulée « Liberté d'informer : six mois pour ne pas sombrer » à l’Espace Reuilly à Paris dans le 12e, une « étape dans une mobilisation contre l’extrême droite » des media indépendants.  Je ne peux pas arriver assez tôt pour les premières parties, « Droites extrêmes, les médias indépendants enquêtent » et « Réformer la presse, et si on le faisait enfin ? », ni pour les intervenant-e-s suivant-e-s, Éric Vuillard et Sara Trabi. La présentation de la soirée est faite, par François Bonnet et une autre journaliste.

Dans le débat « Comment faire perdre le fascisme ? », le mot « fascisme » est déterminant. Il oriente ici la réflexion alors qu'il ne fait pas consensus dans la lutte contre l'extrême droite. Le mot est surtout employé par le sociologue Ugo Palheta, auteur, entre autres, de « Comment le fascisme gagne la France ». Lumir Lapray, activiste et autrice de « Ces gens-là » a étudié le racisme et la montée de l’extrême droite dans le milieu rural. Elle invite la gauche à continuer à parler au monde rural. A propos du vote féminin, elle considère que « la catégorie femme n’est pas pensée comme une identité politique ». Ugo Palheta évoque le « gender gap » ou « écart entre les sexes » dans le vote et considère que le discours sur l’islam a participé à rapprocher des femmes de l’extrême droite. Il souhaiterait que ce discours soit mieux contredit.

Magali Lafourcade, la secrétaire générale de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH), décrit un processus de dérive vers l’« illibéralisme » : des corrections constitutionnelles, l’attaque de la liberté de la presse, puis de la société civile et des syndicats, avant de s’en prendre aux opposants. Elle décrypte quelques menaces sur la presse, dont les procédures-bâillons et l’« astroturfing » ou ‘contrefaçon de mouvement d'opinion' ou 'désinformation populaire planifiée », une forme moderne de propagande. Elle souligne le refus du gouvernement français d’appliquer la réglementation européenne. Elle reste optimiste face à la « vague populiste » et pense que « le racisme décomplexé a diminué » ou que l’immigration n’obsède pas comme les politiciens voudraient le faire croire.

Ensuite, Maboula Soumahoro, autrice de « Le Triangle et l’Hexagone : réflexions sur une identité noire » évoque le concept de « charge raciale », le poids d’un racisme micro ou macro sur une personne. Elle remarque qu’en France, on éprouve une « injonction à prouver » une « francité », alors que « les identités sont multiples ».

Dans le débat sur le thème « Pourquoi parle-t-on de ‘bataille culturelle ?’ », l’écrivaine et philosophe italienne d’origine italienne Hélène Frappat, autrice de « Nerona », revient sur la situation actuelle en Italie. Pour elle, Marine Le Pen est de « genre patriarcal fasciste même si elle est une femme », comme Giorgia Meloni, dont le « faux visage de mère courageuse » est, selon elle, une « arnaque ». Elle évoque la récupération du concept d’« hégémonie culturelle » du communiste Antonio Gramsci, « revendiqué par le gouvernement d’extrême droite de Giorgia Meloni », en considérant un « pouvoir culturel » dans l’optique d’une prise de pouvoir en « imposant ses propres mots en lieu et place de ceux de l’adversaire ». Marine Riou, programmatrice du cinéma l’Écran à Saint-Denis et membre du collectif « Zapper Bolloré », évoque les difficultés de financement du cinéma depuis le conflit ouvert avec Canal+ et Bolloré. Le risque principal est peut-être actuellement l’autocensure.

Pour finir, Antton Rouget, journaliste au pôle « enquête » de Mediapart, vient parler de l’enquête sortie la veille sur les écrits antisémites de Jordan Bardella et les « faux-semblants de la dédiabolisation ». Selon lui, alors que « tout glisse sur le RN, la riposte montre qu’ils sont atteints ». Il rappelle que sur Marine le Pen, nous sommes en attente de la décision de la Cour de cassation et que la question du port d’un bracelet électronique pendant la campagne en dépend. François Bonnet constate que dans la culture française, la plupart des journalistes politiques ne parlent pas des affaires, en particulier financières.

Régis Marzin

Paris, 30 septembre 2026

 

 

 

 

lundi 28 septembre 2026

25, 26 et 27 septembre 2026, Montreuil : Estivales de la Permaculture aux Murs à Pêches

La 11e édition du festival ‘Les Estivales de la Permaculture’ se déroule les 25, 26 et 27 septembre, comme tous les ans aux Murs à Pêches à Montreuil. Cette année, la date a été reculée de deux semaines à cause de la fête de l'Huma. Le thème est assez technique : “Prendre soin du vivant / symbiose et mutualisme !”. Au programme, des conférences, des débats, des ateliers, un film et des concerts. Les conférences me semblent d’emblée moins générales que les années précédentes. La symbiose est « l'interaction à bénéfices réciproques entre deux organismes d'espèce différente ». Le mutualisme correspond à de l’entraide entre espèces animales ou entre plantes et animaux.

Le clou du spectacle le vendredi est la projection du film ‘Baraka’, réalisé par Ron Fricke en 1992. Le réalisateur américain et son équipe ont filmé des scènes dans le monde entier pendant quatorze mois. Ils ont monté une histoire sans dialogue, un documentaire non vocal, tentant de faire passer leurs réflexions par des images, le montage et la musique. Le réalisateur a lui-même créé une caméra 70 mm. Le film est proche de la photographie et les images sont souvent accélérées. Esthétiquement, les nuances de couleurs du 70 mm sont fascinantes, surtout en raison des nuances dans les beiges, les gris ou les bleus. Le festival a un vidéoprojecteur adapté au DVD d’une qualité exceptionnelle. Entre musique et image, je me laisse envoûter, emporter par les images et le son, j’oublie le temps. Et si je reviens à moi, que retenir ? On devine une vision d’une longue histoire humaine en lien avec la nature, marquée par de la beauté, des spécificités culturelles multiples, des religions, des conflits, de la construction et de la destruction. Au-delà, beaucoup d’interprétations seraient possibles ou pas. Cela m’évoque un peu ‘Sur le globe d’argent’ d’Andrzej Zulawski qui dresse un récit complet d’une histoire humaine.

Le samedi, dans une première conférence, l’historienne des sciences et de l’environnement Valérie Chansigaud traite le thème de la domestication des animaux. Je retiens l’idée de liens historique entre domestication, passage à l’agriculture, installation de la propriété, puis structuration des pouvoirs et augmentation des inégalités.

La chercheuse en écologie Marie Sigaud étudient les éléphants des forêts au Gabon, dans une forêt tropicale puits de carbone. La population de l’espèce a baissé de 60% en 10 ans en raison du braconnage et le Gabon avec 95 000 animaux en détient 70%. L’éléphant des forêts est un « ingénieur écologique » comme le castor. Il modifie le paysage crée des chemins et des points d’accès à l’eau. Il disperse des graines en les mangeant. La chercheuse au CNRS Violaine Llaurens enchaine sur une recherche très spécifique, le « mutualisme chez des papillons colorés », qui les aident à échapper à des prédateurs.

Trois groupes se succèdent sur scène dans la soirée, trois groupes rock ou punk menés par des chanteuses, Poulpe Friction, The Flug et Julie Colère. J’ai la surprise de reconnaître Marina au chant dans Poulpe Friction, que j’ai connu à l’époque de Jabul Gorba. Elle détend l’atmosphère en chantant des paroles de chanson décalées sur d’autres chansons enragées, par exemple en reprenant le Youki de Richard Gotainer sur une musique incongrue, un tube de Rage against the machine.  

Le dimanche j’arrive après la conférence de Benoît Alunni de l’INRAE sur « les symbioses plantes-microorganismes en agriculture, un levier vers des pratiques agroécologiques ». L’entomologiste Johanna Villenave-Chasset est spécialiste des insectes et travaille avec des agriculteurs pour diminuer l’utilisation des insecticides et des pesticides en favorisant les « auxiliaires sauvages ». Elle explique que la perte de diversité provient beaucoup plus de la dégradation et de la disparition des habitats que des insecticides. Elle regrette que la loi de protection des abeilles de 2021 basée sur l’idée des abeilles, les abeilles à miel surtout en raison de leurs lobby, « sentinelles de la biodiversité » soit néfaste pour beaucoup d’autres insectes.

Pour finir, la professeure de botanique évolutive Sophie Nadot présente une histoire des plantes depuis 500 millions d’années. Je découvre que l’ADN des champignons est plus proche de celui des animaux que celui des plantes. Les plantes acquièrent des fonctions au cours d’une longue évolution. Elles permettent progressivement la diminution du CO2. Il y a 300 millions d’années, au carbonifère, le bois rigide avec conduction de sève commence à remplacer des fougères géantes. Les plantes finissent par créer du sol sur la roche-mère. Après les spores, l’apparition des graines protectrices, avec la dormance et une capacité à attendre, marquent une étape importante. Les plantes à fleurs apparaissent tardivement il y a 150 millions d’années, au crétacé. La pollinisation par des insectes surtout et d’autres formes de dispersion jouent ensuite. Maintenant, les humains modifient l’évolution au travers du changement climatique. Avec 350 000 espèces, les plantes à fleurs ou angiospermes constituent 90% des espèces actuelles de plantes.

Régis Marzin

28 septembre 2026

 

vendredi 25 septembre 2026

24 septembre, Paris : soirée Démocratie sous pression : dessiner pour résister

 

Le réseau de caricaturistes ‘Cartooning for Peace’, soutenu par Reporters sans frontières, présente, ce 24 septembre, son livre ‘Défendons la démocratie !’, au Théâtre de la Concorde, un livre comportant 150 dessins de presse. Le président du réseau dessinateur KAK (Patrick Lamassoure) anime la soirée consacrée à la défense de la démocratie et de la presse dans le monde. Une scène du ‘Dictateur’ de Charlie Chaplin est projetée : le texte de 1940 dit par le coiffeur imitant le dictateur qui se termine par « Soldats, au nom de la Démocratie, unissons-nous ! » semble tellement d’actualité !

Le principal moment de la soirée est un court débat qui réunit, de gauche à droite, l’animateur Vladimir Vasak, le caricaturiste ivoirien Lassane Zohoré, le secrétaire général de la Fondation Jean-Jaurès et auteur du livre ‘La démocratie à l'état gazeux : Une histoire politique 1945-2025’, Gilles Finchelstein, la secrétaire générale de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), Magali Lafourcade, le directeur général de RSF,  Thibaut Bruttin, le caricaturiste israëlien Kichka et la caricaturiste américaine Liza Donnelly.

Lassane Zohoré évoque le danger des menaces dont il a pris conscience en 2015. Thibaut Bruttin explique que de moins en moins de population vit sous un régime démocratique. Les accusations contre Donald Trump font l’unanimité. Le rôle du ‘droit’ pour protéger la démocratie est évoqué. Kichka souligne qu’en Israël, la régression démocratique a commencé par des attaques contre la séparation des pouvoirs. Pour Magali Lafourcade, quand une dictature s’installe, on fait taire la presse avant de faire taire l’opposition. Elle souligne le rôle historique de l’ONU sur les droits humains. Gilles Finchelstein se souvient de 1989 quand il était certain que les peuples voulaient la démocratie. Thibaut Bruttin remarque que les journalistes se battent toujours avec les mêmes convictions, ce qui remet en cause un ‘relativisme’ ambiant.

En arrière-plan, dix autres caricaturistes dessinent en direct. Les noms fournis sur le programme sont Chappatte (Suisse), Kroll (Belgique), Landschulz (Allemagne), Marie Morelle (France), Mykaïa (France), Piet (France), Plantu (France), Lars Refn (Danemark), Rodho (France), Sié (France), Truant (France), Urbs (France), Vadot (Belgique), Yas (France). Anne Savinel-Barras, la présidente d’Amnesty International France, vient conclure la soirée.

Régis Marzin

Paris, 25 septembre 2026


mercredi 23 septembre 2026

23 septembre 2023, Paris : événement de soutien à la CPI à l’Assemblée nationale

Alors qu’en Assemblée générale de l’ONU, Donald Trump dit vouloir son « démantèlement », ce mercredi 23 septembre, entre 10h et 12h30, a lieu à l’Assemblée nationale un « événement » en soutien à la Cour pénale internationale. Il est organisé par le député Pouria Amirshahi et la députée européenne Chloé Ridel, très engagée en faveur de la CPI à Strasbourg. L’objectif est surtout de lancer un appel vers l’Union européenne pour la pousser à agir en soutien à la CPI. La principale invitée est la juge et vice-présidente de la CPI, Reine Alapini-Gansou. Interviennent, de gauche à droite, l’avocat Mourad Battikh, Pouria Amirshahi, Reine Alapini-Gansou, la présidente d’Amnesty internationale France, Anne Savinel Barras, Chloé Ridel et la chargée de plaidoyer de la Coalition pour la CPI (CICC), Zoé Paris.

Pouria Amirshahi annonce vouloir proposer le vote d’un texte à l’Assemblée nationale. Chloé Ridel rappelle comment Donald Trump a dès le début de son mandat en février 2025 décrété les premières sanctions, en raison de l’enquête de la CPI sur Gaza. Le Parlement européen a fini par voter une demande à la Commission européenne de mettre en œuvre le « règlement de blocage » et depuis la commission et le Conseil européen, divisé, n’ont pas bougé. Elle pense nécessaire une mobilisation citoyenne.

Reine Alapini-Gansou est l'une des 9 juges de la CPI sanctionnée par les États-Unis. Elle a été aussi condamnée par la Russie. Les sanctions dérangent dans l’utilisation des banques et cartes de crédit, mais « le moral est, selon elle, au beau fixe ». Elle voit l’attaque comme « un test de maturité » pour la CPI. Elle indique que l’enjeu va au-delà de la CPI sur le droit pénal international. Elle appelle à na jamais oublier les victimes.

Anne Savinel Barras condamne « la loi du plus fort et du plus riche ». Elle regrette que les diplomates européens aient privilégié un « dialogue diplomatique avec les USA » qui n’a pas réussi. Mourad Battikh rappelle l’acquis du Procès de Nuremberg. Il se scandalise que les juges de la CPI soient maintenant sur des listes avec des terroristes. Zoé Paris évoque le rapport de sa coalition pour la CPI sur les sanctions. Elle revient sur les attaques dramatiques contre les trois ONG palestinienne alimentant la CPI. Des Américains se sont vu menacés de 20 ans de prison en cas de travail pour ces ONG. Elle explique que les banques européennes craignent d’être elles-aussi sanctionnées. Elle insiste sur la nécessité de « l’activation du statut de blocage » européen.

Pendant le débat, les sanctions contre la Cour suprême brésilienne sont évoquées. Une association propose d’agir pour que la CPI obtienne le prix Nobel de la paix. Les menaces contre les enquêtes au Soudan sont signalées : il se devine qu’un plus des actions frontales contre la CPI, de plus nombreuses actions diffuses pourraient paralyser l’action de la cour. Quelques précisions sont apportées sur un éventuel blocage européen : des entreprises et en particulier des banques demanderaient de l’aide européenne contre des sanctions et la question serait aussi budgétaire. L’autonomie numérique européenne est envisagée.

Chistine Taubira arrive de l’aéroport pour l’événement. Elle prend la parole entre le débat et la conclusion. Tout à coup, le niveau du débat s’élève. Elle replace immédiatement la menace contre la justice internationale dans un cadre d’un conflit entre autoritarisme et démocratie, à l’échelle mondial. Selon elle, des « autoritarismes sont installés par des élections » et cela « questionne sur l’état du monde ». Elle juge que le fonctionnement de l’ONU, en raison du Conseil de sécurité et de son droit de véto depuis 1945, n’est pas démocratique. Pour elle, l’UE, après une perte de cohésion, « commence à avoir du mal sur sa légitimité », « la question existentielle est posée ». Elle espère que le gouvernement ne sera plus attribué à des « immatures » ou à des « enragés ». Elle appelle l’UE à un « sursaut » pour pouvoir « regarder les générations suivantes dans les yeux ».

En conclusion, Chloé Ridel envisage des manifestations si Trump sanctionne directement la CPI et pas seulement les personnes y travaillant. Elle espère que le prix Sakharov pour les droits humains du parlement européen ira à la CPI.

Régis Marzin

Paris, 23 septembre 2026

dimanche 20 septembre 2026

20 septembre 2026, Paris, manifestation contre la présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre

 

Comme dans 97 villes, ce dimanche à Paris, entre République et Nation, a lieu une manifestation organisée par la LDH et Amnesty et 200 autres organisations signataires contre la « proposition de loi sur la présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre » adoptée par l’Assemblée nationale le 7 juillet. La pétition citoyenne signée par plus de 730 000 personnes contre la loi a été enterrée par l’Assemblée nationale.

Le défilé est fortement marqué à gauche. Ce sont surtout des jeunes entre 18 et 25 ans qui manifestent. Une nouvelle génération bat le pavé, ne faisant pas toujours preuve d’une modération adaptée dans leurs slogans. La chanson « la jeunesse emmerde le Front national » revient souvent. La question de l’extrême droite en 2027 semble être aussi à la base des motivations. Je ne serai pas surpris si d’autres manifestations suivaient.

Régis Marzin

Paris, 20 septembre 2026