dimanche 22 mars 2026

21 mars 2026, Paris 6e : Débat sur la démocratie en Afrique au Salon du livre africain de Paris (SLAP)

Ce week-end à Paris, alors que les regards sont tournés vers les municipales, se déroule près du métro Odéon le Salon du livre africain de Paris (SLAP). Plusieurs conférences-débats mettent en valeur des livres. L’une d’entre elles s’intitule « L'Afrique contre la démocratie », d’après le titre du livre d’Ousmane Ndiaye, "L'Afrique contre la démocratie. Mythe, déni, périls" aux Editions Riveneuve. Sont également invités Hatem Nafti, auteur de "Notre ami Kaïs Saied, essai sur la démocratie tunisienne » aux Editions Riveneuve, Arnaud Ngatcha, adjoint à la Maire de Paris en charge des relations internationales et Pierre Haski, auteur de « La fin d’un monde » aux Editions Stock, éditorialiste à France Inter et Président de Reporter sans frontières. Léocadie Ebakisse anime le débat qui suit les premières interventions. Elle interdit les contributions du public, ce qui se comprend car le temps imparti est assez court.

Je ne résume pas le débat. Si j’avais été autorisé à « contribuer », j’aurais juste ajouté quelques points. La crise mondiale de la démocratie depuis 2016 touche principalement les anciennes colonies françaises. Si comme cela est signalé, des régimes issus des années 80 se retrouvent dans les années 90 légitimés dans la durée et que cela provoque en partie la situation actuelle, cela ne s’est pas fait sans passer par plusieurs étapes : entre 1990 et 2007, une démocratisation se déroule en Afrique, progressive, et, vers 2006, elle se bloque quand la démocratisation de la partie anglophone s’arrête, quand il n’y a plus des régimes antidémocratiques résistants côté anglophone, puis elle reprend quelques années plus tard jusqu’à 2015. Le soutien international à la démocratisation est présent entre 1990 et 2015, avec des résultats plus que mitigés, l’efficacité étant plus visible en l’absence de pouvoir sortant bloquant. D’un autre côté, les régimes antidémocratiques bénéficient de soutiens externes, parfois au travers d’une « Françafrique électorale » paroxystique en 1996 et 1997. Quand, à partir de 2015 à la fin des Printemps arabes, les conflits armés se diffusent, les dirigeants antidémocratiques ont trouvés des solutions pour contrer tous les moyens mis en œuvre pour faire progresser la démocratie. Rien ne les atteint plus et rien ne soutient plus les démocrates dans leurs luttes. Le droit international africain électoral est balbutiant et laissé à la marge. Le droit international pénal est impuissant. Les missions d’observations sérieuses sont neutralisées sauf en cas de transition réelle et les missions d’observation de complaisance continuent sans provoquer de scandale. Les progrès réels sur les fichiers électoraux entre 2000 et 2015 n’empêchent pas du tout les détournements de processus électoraux. Côté anciennes colonies françaises, les limitations du nombre de mandats sont, pour la plupart, supprimées ou, sinon, elles sont contournées. La répression fait taire les journalistes s’ils prennent des risques. Les syndicats, les partis et les mouvements citoyens n’arrivent plus à atteindre des résultats par la rue, sauf dans quelques cas plus rares. Les diplomates, en particulier européens, qui s’impliquaient plus positivement avant sont renvoyés à d’autres priorités mondiales et l’objectif du soutien de la démocratie baisse fortement en priorité. Les anciennes colonies britanniques accumulent depuis très longtemps les éléments favorables à leur bilan statistique. En revanche, les anciennes colonies françaises sont moins avancées dans leur démocratisation quand il y en a une, et, en raison de leurs fragilités, elles régressent beaucoup plus vite à partir de 2016, et la démocratie réelle ne se maintient qu’au Sénégal et, encore, avec difficultés.

Une discussion plus libre continue ensuite dans la rue, avec Pierre Haski, Ousmane Ndiaye, Seidik Abba et une responsable du PPA-CI. Au salon lui-même, j’apprécie de rencontrer un scénariste de bande-dessinée camerounais installé en Allemagne, auteur d’un ouvrage intitulé « Résistance ». Et au passage, sur le stand d’AfricaVivre, je suis bien sûr heureux de voir mon livre sur les élections en Côte d’Ivoire, premier livre d’une série sur les élections en Afrique dans 55 pays depuis 1792.

Régis Marzin

22 mars 2026

dimanche 8 mars 2026

7 mars 2026, Paris : projection-débat ‘Colette et Justin - Une histoire congolaise’ d’Alain Kassanda

L’écriture sur un ami n’est pas aussi neutre qu’on le souhaiterait. Ce samedi, au milieu de la promotion de mon premier livre, je me déplace dans un cinéma parisien associatif, pour voir le documentaire de 2023 ‘Colette et Justin - Une histoire congolaise’, d’Alain Kassanda. Il y a presque 21 ans, lui et moi avons organisé dans ce même cinéma, la Clef, avec un autre ami militant, une journée de projection-débat : ‘La bataille d’Alger’ de Gillo Pontecorvo, ‘Les escadrons de la mort, l’école française’ de Marie-Monique Robin, ‘Rwanda un cri d'un silence inouï’ d’Anne Lainé, un programme chargé. Ce fut le début d’une collaboration dans l’organisation d’une série de débats et de projections-débats, parfois avec concerts, à Paris entre 2007 et 2011, sur la politique africaine, la Françafrique, les migrations, ou le Congo-Kinshasa, avant son départ pour le Nigéria.

Colette et Justin sont les grands-parents maternels du réalisateur, chez qui il a grandi au Congo puis en France. Le documentaire m’évoque de nombreux souvenirs : parmi les films que nous avions visionnés, projetés, dont nous avions discuté, je repense par exemple à ‘Chef’ de Jean-Marie Téno. Il n’est pas évident de mélanger une histoire personnelle plus présente et l’histoire d’un pays au travers d’archives ; cela demande une grande maîtrise formelle. Alain Kassanda part des souvenirs en politique dans les années 50 et 60 de son grand-père pour construire un récit éclairant sur plusieurs thèmes, le racisme à l’époque de la colonisation, l’histoire politique du Congo au moment clé de son indépendance, la transmission entre les générations autour d’une migration. Il explique lors du débat que les archives ont dû être payées 25 000 euros en Belgique. Il souhaiterait que l’accès aux archives audiovisuelles historiques soient prises en compte dans la question de la restitution des biens culturels.

Le réalisateur sous le nom d’Apkass et Gaëlle Faye étaient à leurs débuts dans un groupe de slammeurs, Chant d’encre. Le musicien et écrivain est présent et intervient dans le débat. Il souligne un point fort historique du film, la similitude des actions des colonisateurs, vers 1959 et 1960, au Congo et au Rwanda : un moment, fin 1959, l’administration du roi Baudouoin change d’alliance au Rwanda et, au même moment, au Congo, ils font un mouvement similaire en soutenant Albert Kalonji et son parti le MNC-K contre Patrice Lumumba et son parti le MNC-L. Cela participe à la guerre civile entre les Lulua et les Baluba en 1959 et 1960. Dans les deux cas, il s’observe une minorité alliée des colons, plus éduquée, « évoluée » explique le film, qui perd son lien avec les colons, au Congo du fait de s’émanciper des colons pour devenir indépendantiste, et la question d’une ‘minorité’ et d’une ‘majorité’ est posée sous l’angle qui correspond, en orientant dramatiquement le démarrage de la démocratie.

L’évolution géopolitique mondiale en 1945 rend inéluctable les indépendances des colonies à moyen terme. L’idée des indépendances fait avancer tout aussi rapidement l’idée de la « démocratie », qui doit passer par l’adoption du suffrage universel, c’est-à-dire l’adoption du suffrage féminin ou d’un suffrage sans franchise censitaire ou capacitaire. Certains pays d’Afrique ont déjà avant 1945 un parcours électoral, une expérience qui a commencé à créer des liens entre la population et des partis politiques autour d’idées. D’autres pays sont pris dans un mouvement nécessaire sans préparation. Les colonies belges ne peuvent que suivre rapidement la « vague » de l’évolution des colonies françaises. Il y a peu de possibilité d’adaptation d’un rythme. En pleine guerre froide la différenciation sur les plans sociaux-économiques est rendu directement conflictuelle. La différenciation des partis sur des critères de géographie locale et des traditions ethniques est, au contraire, facilement accessible, presque là par défaut. La rapidité des réformes laisse peu de temps à une processus de maturation politique de différenciation des partis sur des idées. Au Bénin, qui a connu des élections dès 1925, puis des journaux, des efforts sont faits dans les années 60 pour tenter d’éviter le monopartisme et il s’agit là d’une exception qui aide à mieux comprendre la question de la création de partis politiques pour faire fonctionner la démocratie. Dans les années des indépendances, le monopartisme supprime une question difficile à résoudre. Pour beaucoup, il apparaît alors comme la solution à l’épineuse question de la différenciation des partis politiques. Le témoignage du grand-père d’Alain Kassanda, ancien militant du MNC-K avant de rejoindre l’UDPS d’Étienne Tshisekedi, rappelle les difficultés de cette période.

Régis Marzin

8 mars 2026

mercredi 11 février 2026

11 février 2026, Aubervilliers : projection-débat de « Soudan, souviens-toi »

Ce mercredi 11 février, le cinéma Le Studio d’Aubervilliers accueille la réalisatrice Hind Meddeb pour son documentaire « Soudan, souviens toi ». Une classe de terminale option cinéma et leurs professeur-e-s sont là pour une ‘Master class’. L’association ACID est aussi présente, représentée par Philippe Fernandez. Celui-ci explique aux lycéen-ne-s la différence entre les documentaires télé et les documentaires financés comme des films de cinéma, sans contrainte et pressions sur le style et le contenu. Hind Meddeb a travaillé et filmé seule sans équipe, ce qui lui a permis de garder sa liberté.

Habitant Paris, Hind Meddeb observait entre 2016 et 2019 de jeunes Soudanais, Erythréens ou Somaliens, venus de pays en dictature ou en guerre, se faire violemment expulser de leurs campements. Elle réalise le documentaire ‘Paris Stalingrad’ et fait connaissances avec des soudanais. Quand El Beshir chute en 2019, elle se rend une première fois au Soudan. Elle fera ensuite quatre autres voyages pour réaliser son documentaire sur la révolution qui commence et ses suites.

Le documentaire donne quelques éléments sur le processus historique de la chute d’El Beshir jusqu’à la guerre qui se poursuit, faisant toujours plus de victimes, mais surtout donne envie d’en savoir plus. Il se concentre sur des jeunes, surtout des femmes, dans leurs activités de lutte, de résistance à la répression. Certain-e-s veulent être filmé-e-s dans des « adresses aux spectateur-trice-s ». Le film rend hommage à des personnes mortes dans les massacres à la fin de la période du sit-in puis après le semi-coup d’Etat de 2021. Il est beaucoup question de poésie.

Cet hommage aux morts et aux vivants n’ayant pas réussi à obtenir la démocratie est ce que je retiens le plus du film, parce que cela me semble très important de ne jamais oublier ceux et celles qui ont lutté pour une cause aussi essentielle que la démocratie. Qui se souvient qu’en Afrique, la première expérience à grande échelle de vote masculin complet et d’une forme de démocratie véritable sans les femmes, date de 1923, en Egypte ? Qui se souvient de l’Egyptien Saad Zaghloul et de son mouvement indépendantiste ‘Wafd’ (1958-1927) qui ont obtenu cette victoire historique pour l’Afrique ? Qui sait que la première commission électorale est apparue au Soudan en 1957 ?

Régis Marzin

11 février 2026