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jeudi 28 novembre 2024

27 novembre 2024, Aubervilliers : Enquêter-créer-militer-partager dans l’écologie ?

 

Ce jeudi, je suis enfin en train de terminer une longue recherche bien difficile de plusieurs semaines, quand je trouve un mail qui annonce une soirée quelques heures après, une publicité tardive, approximative sans organisateur affiché. Ecologie, bandes-dessinées, Bretagne, migrants d’Afrique, agriculture, à la Pépinière, à 21h, tout pour me plaire ! Le débat est intitulé « Enquêter-créer-militer-partager ». Moi aussi, j’enquête toute la journée…

En arrivant, je vois qu’il n’y a quasiment que des jeunes vers 20-25 ans. L’animateur indique qu’il est d’un groupe appelé Amarantes, du nom d’un plante qui résiste au Round Up. J’arrive à savoir que les étudiant-e-s d’EHESS présent-e-s en nombre sont surtout d’un ‘parcours’ ou master intitulé Etudes environnementales.

Giorgio de l’association Terre de Luttes, présente une recherche sur les « victoires » dans les luttes écologiques. Terre de lutte a réalisé 42 entretiens et étudie la « synchronisation des tactiques », l’« intelligence collective » dispersée, les enrichissements mutuelles des approches – il ne parle pas des interactions négatives, si une tactique détruit le travail d’une autre, ce qui arrive pourtant avec les approches violentes – ­la structuration des réseaux… De quoi discuter mais le débat avec la salle ne décolle pas. On n’est pas au FRAP, ici !

Elsa Lecarpentier, autrice de la BD « Toujours puce. Les macrodégâts de la microélectronique », faite avec sa sœur Maud, sortie en 2024 au Monde à l’envers. La BD retrace une enquête sur l’usine de la multinationale MicroST à Grenoble, qui pompe l’eau de la ville, autant que la ville elle-même. Un collectif STopMicro lutte pour la fermeture de cette usine qui a des activités stratégiques militaires et est soutenue par le maire écologiste comme par l’Etat. Il s’agit aussi de parler de « l’impact environnemental de l’industrie et du numérique ». La BD mélange fiction et reportage.

Tarik Belkadi et Habib Ali Mohammed Musa présente les activités et les enquêtes de l’association A4, réalisées par les demandeurs d’asile eux-mêmes. L’enquête présentée ce soir a été faite près de Lannion, dans les Côtes d’Armor. A4 s’inquiète de l’utilisation de produit dangereux et lutte contre l’exploitation des ouvriers agricoles dans des fermes en agriculture industrielle.

La journaliste et autrice de BD connue pour les algues vertes, Inès Léraud, et l’historien Léandre Mandard, thésard sur le remembrement en Bretagne, présente la BD « Champs de bataille, L’histoire enfouie du remembrement » qui vient de sortir, chez Delcourt. Inès Léraud a apprécié de travailler en associant les méthodes de journalistes et d’universitaire. Dans le Finistère ou Penn ar Bed, dans les années 70, des militant-e-s ont mis des journalistes dans un bus, ce qui a un peu stoppé le remembrement. Cela me rappelle les bus dans lesquels j’étais, sur les Biens mal acquis des dictateurs africains à Paris en 2007 (p38) et le bus sur les élections en Afrique en 2012.

Le débat est un peu flou, sans véritable enjeu. Le mot ‘climat’ est tellement dans toutes les têtes qu’il n’a plus besoin d’être prononcé. Quelques points sont précisés, comme sur le lien avec des luttes en Afrique : Tarik Belkadi évoque rapidement une « écologie décoloniale ». Certains veulent des actions plus dures sans doute, mais raisonnablement. Inès Léraud souligne que sa nouvelle enquête, au contraire de celle sur les algues vertes et la FNSEA, n’« emmerde personne », même si 20 000 kms de haies (on dirait talus en Bretagne) disparaissent chaque année en France, qu’il s’agit de « rendre justice », de montrer que « la logique capitaliste nous a séparé de notre capacité d’autosubsistance » et de « susciter des vocations paysannes » alors qu’il ne reste plus que 400 000 agriculteurs en France.

Le bal folk commence ensuite : Léandre Mandard à l’accordéon, un violon, une guitare, tout en acoustique, et une dizaine de jeunes, dont Inès Léraud qui chante aussi dans une chorale. Ce sont de vieilles chansons engagées, certaines, dans la BD sur le remembrement (il y’en a même une en breton). Les chansons des grands-parents en lutte à Plogoff ou dans le Larzac ? La bulle militante du Larzac d’Attac en 2003 est définitivement oubliée. Quelle ambiance ! Manque juste le feu de bois et une ou deux personnes bien bourrées pour mettre du piment !

Avant, pendant le débat, c’est plus fort que moi, j’essaye de faire une photo style année 70, le cadrage large et l’esprit collectif et informatif intellectuel mouvementé. Un prof est là, à vendre les BDs et il n’intervient pas dans le débat… Et moi aussi, je me tais, ne sachant pas trop quoi dire. Quand nous organisions le Festival des Résistances et des Alternatives à Paris (FRAP), dans les années 2000, il n’y avait jamais d’événement avec que des jeunes. Au milieu de ces jeunes, Inès Leraud fait 20 ans de moins que son âge. Et moi, je me sens vieux comme jamais ! Pire qu’à 35 ans dans un festival de rock ! Mais bon ! Quelques minutes avant j’avais encore la tête au Gabon en 2016 !

Régis Marzin

28 novembre 2024

vendredi 27 septembre 2024

Asnières, 26 septembre 2024, à propos de la bande dessinée ‘Rwanda, à la poursuite des génocidaires’

Depuis bientôt 20 ans, je me suis intéressé au génocide des Tutsis du Rwanda, y travaillant encore en 2021 sur la partie électorale de l’histoire rwandaise entre 1990 et 1994. Je m’intéresse aussi en ce moment à l’Afrique dans les bandes dessinées, à l’évolution progressive des points de vue, entre divertissement et vulgarisation de sujets sérieux.

Listant les titres sur l’Afrique, j’ai repéré huit (+1 le 24.11.24) bandes dessinées qui traitent du génocide des Tutsis du Rwanda :

-          - Petit pays, scénario Marzena Sowa d’après le roman de Gaël Faye, dessins Sylvain Savoia, 12.4.2024, Dupuis, une fiction d’après vécu sur le génocide des Tutsi du Rwanda en 1994 vu du Burundi

-          - Rwanda, à la poursuite des génocidaires, de Thomas Zribi, Damien Roudeau, aidés par Michel Welterlin (Témoins du Monde), d’après Dafroza et Alain Gauthier (CPCR), 9.23, Les escales, Steinkis

-     - Full stop, le génocide des Tutsi du Rwanda, de Frédéric Debomy et Emmanuel Prost, 2019, Cambourakis, sur l'implication française selon le journaliste F. Debomy et des témoins et rescapés (ajout du 24.11.24)

-        - La Fantaisie des Dieux, Scénario Hippolyte et Patrick de Saint-Exupéry, dessins Hippolyte, 2014, Les Arènes

-         - Turquoise, scénario Frédéric Debomy, dessins Olivier Bramanti, 2011, les Cahiers dessinés, 93p, sur la responsabilité de l’Etat français et l’attentisme de la communauté internationale

-         - Rwanda 1994, descentes aux enfers + Rwanda 1994, le camp de la vie,  2 tomes, scénario de Cécile Grenier et Austini, dessins de Pat Masioni, 2005 et 2008, Vent des savanes

-       - Pawa, Jean-Philippe Stassen, 2002, Delcourt, Belgique, documentaire, génocide, courtes histoires, paroles des habitants

-         - Déogratias, Jean-Philippe Stassen, 2000, Dupuis, Belgique, trois jeunes ami-e-s au moment du génocide, un garçon Hutu et 2 filles Tutsi, l’horreur vue dans les relations entre quelques personnes.

Le sujet difficile est emblématique de la capacité de la bande dessinée à exprimer de plus en plus l’inexprimable, ou tout au moins la violence dans les crimes de masse.

J’ai lu en avril 2024 ‘Rwanda, à la poursuite des génocidaires’, du journaliste et documentariste Thomas Zribi et du dessinateur Damien Roudeau, qui raconte l’histoire de Dafroza et Alain Gauthier au sein du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR). Ce 26 septembre, la bande dessinée est présentée au public au Studio | ESCA à Asnières-sur-Seine. Les intervenants sont, de gauche à droite, Thomas Zribi, Michel Welterlin, Alain Gauthier et Bruce Clarke, artiste auteur des peintures.

Sur la forme, Thomas Zribi évoque la recherche d’équilibre entre les manières de montrer et cacher la violence. Il est allé au Rwanda avec le couple Gauthier et en a ramené des documents, des vidéos et photos qui ont été utilisées par Damien Roudeau.

Depuis plus de vingt ans, le CPCR poursuit en France des génocidaires présumés, montent des dossiers de témoignages de victimes rescapées et portent plainte en France, avec des témoins comme parties civiles. La France n’extrade pas vers le Rwanda. Depuis quelques années, des procès se déroulent mais à un rythme trop lent. Par exemple, le 1er octobre 2024, s’ouvrira le procès du Docteur Eugène Rwamucyo.

Une partie du public assez jeune n’était pas né en 1994 et demande qu’on lui rappelle les principaux événements du génocide. Il adresse surtout des questions à Alain Gauthier pour obtenir des précisions, par exemple sur les causes du génocide. Celui-ci évoque 40 plaintes. La personnalité la plus stratégique est Agathe Habyarimana, qui est visé par une plainte depuis 2007 mais n’est pas encore mise en examen. Elle est aussi importante, parce qu’elle est témoin du rôle d’acteurs français. Il indique que les témoignages sur les viols, difficiles à faire émerger, commence à être plus nombreux.

Régis Marzin