La 11e édition du festival ‘Les Estivales de la Permaculture’ se déroule les 25, 26 et 27 septembre, comme tous les ans aux Murs à Pêches à Montreuil. Cette année, la date a été reculée de deux semaines à cause de la fête de l'Huma. Le thème est assez technique : “Prendre soin du vivant / symbiose et mutualisme !”. Au programme, des conférences, des débats, des ateliers, un film et des concerts. Les conférences me semblent d’emblée moins générales que les années précédentes. La symbiose est « l'interaction à bénéfices réciproques entre deux organismes d'espèce différente ». Le mutualisme correspond à de l’entraide entre espèces animales ou entre plantes et animaux.
Le clou du spectacle le vendredi est la projection du film ‘Baraka’, réalisé par Ron Fricke en 1992. Le réalisateur américain et son équipe ont filmé des scènes dans le monde entier pendant quatorze mois. Ils ont monté une histoire sans dialogue, un documentaire non vocal, tentant de faire passer leurs réflexions par des images, le montage et la musique. Le réalisateur a lui-même créé une caméra 70 mm. Le film est proche de la photographie et les images sont souvent accélérées. Esthétiquement, les nuances de couleurs du 70 mm sont fascinantes, surtout en raison des nuances dans les beiges, les gris ou les bleus. Le festival a un vidéoprojecteur adapté au DVD d’une qualité exceptionnelle. Entre musique et image, je me laisse envoûter, emporter par les images et le son, j’oublie le temps. Et si je reviens à moi, que retenir ? On devine une vision d’une longue histoire humaine en lien avec la nature, marquée par de la beauté, des spécificités culturelles multiples, des religions, des conflits, de la construction et de la destruction. Au-delà, beaucoup d’interprétations seraient possibles ou pas. Cela m’évoque un peu ‘Sur le globe d’argent’ d’Andrzej Zulawski qui dresse un récit complet d’une histoire humaine.
Le samedi, dans une première conférence, l’historienne des sciences et de l’environnement Valérie Chansigaud traite le thème de la domestication des animaux. Je retiens l’idée de liens historique entre domestication, passage à l’agriculture, installation de la propriété, puis structuration des pouvoirs et augmentation des inégalités.
La chercheuse en écologie Marie Sigaud étudient les éléphants des forêts au Gabon, dans une forêt tropicale puits de carbone. La population de l’espèce a baissé de 60% en 10 ans en raison du braconnage et le Gabon avec 95 000 animaux en détient 70%. L’éléphant des forêts est un « ingénieur écologique » comme le castor. Il modifie le paysage crée des chemins et des points d’accès à l’eau. Il disperse des graines en les mangeant. La chercheuse au CNRS Violaine Llaurens enchaine sur une recherche très spécifique, le « mutualisme chez des papillons colorés », qui les aident à échapper à des prédateurs.
Trois groupes se succèdent sur scène dans la soirée, trois groupes rock ou punk menés par des chanteuses, Poulpe Friction, The Flug et Julie Colère. J’ai la surprise de reconnaître Marina au chant dans Poulpe Friction, que j’ai connu à l’époque de Jabul Gorba. Elle détend l’atmosphère en chantant des paroles de chanson décalées sur d’autres chansons enragées, par exemple en reprenant le Youki de Richard Gotainer sur une musique incongrue, un tube de Rage against the machine.
Le dimanche j’arrive après la conférence de Benoît Alunni de l’INRAE sur « les symbioses plantes-microorganismes en agriculture, un levier vers des pratiques agroécologiques ». L’entomologiste Johanna Villenave-Chasset est spécialiste des insectes et travaille avec des agriculteurs pour diminuer l’utilisation des insecticides et des pesticides en favorisant les « auxiliaires sauvages ». Elle explique que la perte de diversité provient beaucoup plus de la dégradation et de la disparition des habitats que des insecticides. Elle regrette que la loi de protection des abeilles de 2021 basée sur l’idée des abeilles, les abeilles à miel surtout en raison de leurs lobby, « sentinelles de la biodiversité » soit néfaste pour beaucoup d’autres insectes.
Pour finir, la professeure de botanique évolutive Sophie Nadot présente une histoire des plantes depuis 500 millions d’années. Je découvre que l’ADN des champignons est plus proche de celui des animaux que celui des plantes. Les plantes acquièrent des fonctions au cours d’une longue évolution. Elles permettent progressivement la diminution du CO2. Il y a 300 millions d’années, au carbonifère, le bois rigide avec conduction de sève commence à remplacer des fougères géantes. Les plantes finissent par créer du sol sur la roche-mère. Après les spores, l’apparition des graines protectrices, avec la dormance et une capacité à attendre, marquent une étape importante. Les plantes à fleurs apparaissent tardivement il y a 150 millions d’années, au crétacé. La pollinisation par des insectes surtout et d’autres formes de dispersion jouent ensuite. Maintenant, les humains modifient l’évolution au travers du changement climatique. Avec 350 000 espèces, les plantes à fleurs ou angiospermes constituent 90% des espèces actuelles de plantes.
Régis Marzin
28 septembre 2026
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