mardi 11 mai 2021

11 mai 2021, ‘Tyrans d’Afrique’ de Vincent Hugeux

Bokassa, Idi Amin Dada, Eyadéma Gnassingbé, Mobutu, Mugabe, Sékou Touré, Afeworki, Teodoro Obiang, Jammeh, Habré : 10 « tyrans » désignés par Vincent Hugeux dans son livre ‘Tyrans d’Afrique, les mystères du despotisme postcolonial’ sorti en mars 2021 aux Editions Perrin. Il en manque et il s’en excuse en prologue, Paul Biya, Denis Sassou, Museveni, par exemple. Il a retenu « des personnages dont le tempérament et le parcours ont quelque chose de romanesque. Et ce, jusque dans l'outrance, voire l'abjection ».

Selon le journaliste, à partir des « indépendances post-coloniales », se noue un « rapport post-colonial » au travers duquel « Les tyrans africains perpétuent le fait colonial » : « Il y a le fait colonial, je serais d’ailleurs le dernier à en nier la brutalité, la violence et l’iniquité, mais cessons de nous retrancher en permanence derrière ce lourd héritage pour absoudre des tyrans qui ont su tiré profit précisément de la perversité de ce rapport post-colonial ». Il indique encore : « Pour danser le tango, y compris celui du despotisme, il faut être deux. La propension des élites européennes à se repaître des frasques et des méfaits des tyrans africains m'a toujours semblé suspecte. D'abord parce qu'elle trahit la permanence du stéréotype du sauvage et du ‘roi nègre’, donc de l'impensé raciste. Ensuite parce qu'elle tend à occulter le lien intime tissé par la puissance coloniale avec le dictateur ainsi vilipendé. »

Le journaliste explique sa motivation dans un interview par Malick Diawara dans le Point : « Ne croyant ni aux raccourcis essentialistes ni à la malédiction historique, et pas davantage au discours irénique en vogue en Occident sur l'essor inéluctable et irréversible de la démocratie sur le continent noir, j'ai tenté de percer, au moins en partie, ce mystère en dépeignant la trajectoire de dix figures du despotisme africain, anciennes ou modernes, défuntes ou vivantes, déchues ou toujours au pouvoir. » Pour chacun d’entre eux, Vincent Hugeux se concentre sur les faits historiques, qui concernent les personnages principaux d’abord et secondairement d’autres acteurs.

Au lecteur d’en tirer certaines leçons. Il n’est pas directement question de néocolonialisme et de ‘Françafrique’ mais la Françafrique est là à tous les coins de rue, en ce qui concerne au moins cinq des dix protagonistes, Bokassa, Eyadéma Gnassingbé, Mobutu, Teodoro Obiang et Habré, dans leurs relations avec des Français, Jean-Bedel Bokassa et Valéry Giscard d’Estaing, Eyadéma Gnassingbé et Charles de Gaulle, François Mitterrand et Charles Debbasch, Hissène Habré et l’armée française, la DGSE et François Mitterrand.

Par exemple, ce que décrit le journaliste, c’est qu’Hissène Habré est bien connu avant de devenir un allié des Français et des Américains. Les dirigeants français savent qu’il a un fonctionnement de ‘terroriste’, capable de tuer une innocente lors d’un enlèvement, et de ‘psychopathe’, capable de tuer et provoque des morts massivement, avant de faire alliance avec lui, pour s’opposer à Khadafi. La logique est géopolitique et surtout militaire et elle n’a aucun lien avec des considérations sur les droits humains et la démocratie. Ce n’est pas après seulement que l’on est informé des crimes. Ces crimes étaient plus ou moins prévisibles. En 2021, le soutien du coup d’Etat militaire à Ndjaména repose sur une logique similaire de négation des risques, à un niveau de gravité largement moindre. Si on prive un peuple de libertés, pourquoi voulez-vous qu’il se laisse faire et n’accuse pas les alliés des putschistes de complicité de tyrannie ? Vincent Hugeux est l’un de ceux qui aujourd’hui parlent des risques à nouer des alliances sans en prévoir toutes les conséquences.

Pour les dirigeants français, avec Habré, il n’est pas question de psychologie mais à un niveau de déni des réalités psychologiques et judiciaires, on est aussi dans un déni de la base de la réflexion psychologique. Il n’est pas directement question de psychologie mais la psychologie des « tyrans », « autocrates » ou « dictateurs » est un thème sous-jacent du livre. Elle est évoquée rapidement parfois au travers de mots comme « paranoïa » : « enfance chaotique, volonté de revanche, blessures narcissiques, paranoïa, régression clanique, dérive messianique ». Dans un style fictionnel, le livre de Léonard Vincent ‘Les hommes du ministères’ sorti en 2019 décrit de manière précise la psychologie d’Issayas Afewerki, sans le nommer. Pour les faire disparaître un jour, il faut sans doute décrire ces hommes, briser le tabou d’une certaine médiocrité derrière l’horreur.

Sur France 24 le 8 avril, Vincent Hugeux, impressionnée par l’actualité électorale désastreuse de 2021, au Congo Brazzaville, au Bénin et au Tchad va au-delà de la logique de son livre pour s’étendre sur les élections. Il tire un enseignement de son livre sous la forme d’un avertissement aux décideurs « occidentaux » : « À mon sens, la quasi-totalité des tyrans passés en revue au fil des pages ont été ou sont encore des anachronismes sur pieds… le coût politique, humain et symbolique de tels diktats devient de plus en plus prohibitif. La question n'est pas de savoir si ces pouvoirs tomberont, mais quand, à quel prix et au profit de qui. L'autre enseignement s'adresse aux puissances occidentales – France en tête –, qu'elles aient ou non un passé colonial. Soutenir obstinément, au nom de la sacro-sainte ‘stabilité’ comme de l'impératif sécuritaire des régimes disqualifiés n'a aucun sens. Il n'y a pas de plus sûr moyen de s'aliéner les élites de demain … et de discréditer les instruments de la démocratie. »

Régis Marzin

11 mai 2021, compte-rendu de lecture

dimanche 4 octobre 2020

4 octobre 2020, un souvenir de Simone Veil qui me revient en lisant sa biographie dessinée

Pandémie oblige, je ne sors plus, je ne fais plus de photos, je n’alimente plus mon blog de photographe. Je ne sors plus, alors, je lis plus. Par hasard, je tombe sur la bande dessinée ‘Simone Veil ou la force d’une femme’ un récit d’Annick Cojean, reporter au journal le Monde depuis 1981, scénarisé par Etienne Oburie, dessiné par Xavier Bétaucourt, chez l’éditeur Steinkis.

Le livre documentaire raconte la vie de l’ancienne ministre déportée à Auschwitz pendant la Shoah, entre sa naissance en 1927 et son décès en 2017. Il est didactique, destiné aux adultes mais accessible aux adolescent-e-s, d’une certaine manière dans le style des manuels scolaires. Il s’agit de présenter une sorte de femme ‘parfaite’ prête à servir de modèle, puisque, peut-être, il manquerait de modèles féminins. Alors qu’une crise sanitaire nous pousse vers la zététique, l’art du doute, plus je lis, plus j’avance dans cet éloge qui ne laisse place à aucune critique, plus je doute un peu du tableau complet. Ne manquerait-il pas quelques aspects du personnage moins sympathiques ? Elle a fait tout son parcours dans l’ombre de Jacques Chirac et il n’a sans doute pas fait que l’appeler « ma poussinette ». Il l’a peut-être poussée ou obligée à quelques compromis avant qu’elle ne finisse consacrée au Conseil constitutionnel en 1998 ?

Simone Veil et le génocide des Tutsis du Rwanda, c’est un non-sujet. Il n’y a rien, il ne s’est a priori rien passé d’intéressant. Elle en a peu parlé publiquement et elle a peu écrit. Elle surtout interviewé en 2004 la sociologue Esther Mujawayo sur les rescapé-e-s et les entretiens ont été publiés en collaboration avec Belhaddad Souâd, sous le titre ‘Survivantes : Rwanda, dix ans après le génocide ; Entretien croisé entre Simone Veil et Esther Mujawayo’.

Le problème c’est qu’avec ce génocide, en France, les gens qui ne parlent pas ou pas assez font partie d’un problème, du problème. Les accusations de complicité de génocide touchent les politiques et les militaires, des socialistes et des libéraux conservateurs du RPR à l’époque. Simone Veil et le génocide des Tutsis du Rwanda, cela n’intéresse personne, mais, puisque Simone Veil a œuvré pour la vérité sur le génocide des juifs en France mais s’est aussi retrouvée dans le gouvernement français, comme Ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville, pendant le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, on peut légitimement être curieux de connaître sa position entre 1994 et 2017. On peut l’être d’autant plus que de 2001 à 2007 elle a présidé la Fondation pour la mémoire de la Shoah et que cette Fondation n’est pas sans importance dans le combat en France pour la vérité sur le génocide des Tutsi. Dans le programme de communication ‘L’Holocauste et les Nations Unies’, en 2009, Simone Veil signe un texte ‘La Shoah : mémoire et héritage’ où elle dit : « Malgré le vœu si souvent exprimé du « plus jamais ça », nos mises en garde sont restées vaines. Après les massacres du Cambodge, c’est l’Afrique qui, depuis plus de 15 ans, paie le plus lourd tribut à la folie génocidaire. Après le Rwanda, c’est le Darfour et son bilan dramatique : deux cent mille morts et presque deux millions de réfugiés. Il est temps de trouver des solutions pour que les résolutions et les principes des Nations Unies soient enfin respectés, sur le terrain de tous les conflits. » Elle était alors en position influente, jusqu’à l’ONU.

Si cela m’intéresse un peu, c’est parce tout cela m’évoque un souvenir. Les 7, 8 et 9 juin 2007, je me suis rendu à Nanterre pour écouter le colloque de la Société française pour le Droit International (SFDI) et le Cedin Paris X de l’Université Paris X-Nanterre, intitulé « La responsabilité de protéger ». Alain Pellet, professeur de droit international à l'Université Paris Ouest et directeur du Centre de Droit International (CEDIN) est l’organisateur principal du colloque. Il est membre et ancien Président de la Commission du droit international des Nations Unies et a été conseillé pour le gouvernement français de nombreuses années, notamment rapporteur de la commission Truche à l'origine du projet français de création d’un Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie.

Le deuxième jour, j’ai pu entendre la chercheuse Rafaëlle Maison, ancienne membre de Commission d'enquête citoyenne sur l'implication de la France dans le génocide des Tutsi (CEC), intervenir sur l'opération Turquoise sur le thème ‘L'opération turquoise – Une mise en œuvre de la responsabilité de protéger ?’, dans une partie sur le Rwanda et le Darfour, qui a évoqué la complicité française comme une question, sans aller très loin sur le sujet. Il a été beaucoup plus question du Darfour. Le troisième et dernier jour était consacré à ‘la responsabilité de protéger : les réactions de la communauté internationale aux manquements’ et était placé sous la présidence de Simone Veil, présentée comme Présidente du Conseil de direction du Fonds au profit des victimes de la Cour pénale internationale et « ancien » Ministre d'Etat. Elle est donc présente physiquement, pas très loin de moi, par hasard, dans un très grand amphithéâtre peu rempli.

Tout se passe normalement dans ce colloque et arrive enfin la clôture, le samedi peu avant midi. Celui qui a l’honneur de conclure est Ibrahim Fall, Représentant du Secrétaire général des Nations Unies pour la région des Grands Lacs, qui vient des bureaux de l’ONU à Dakar. Il a travaillé à l'ONU à la mise en place de Service d'alerte pour éviter les grandes crises, ce qui est alors essentiel en RDC. Il doit intervenir selon le programme sur ‘La responsabilité de protéger et la réforme des Nations Unies’ pendant 25 minutes avant le cocktail final et une visite guidée de jardin l’après-midi. Il évoque l'action du conseil de sécurité en cas de génocide ou de violation massive des droits humains, puis, au bout d’une dizaine de minutes, il commence à parler de l'implication française dans le génocide du Rwanda. Par rapport au colloque, le ton change vraiment. Ça se remarque vraiment qu’on est plus sur le même mode, qu’il y a une certaine auto-censure académique qui disparaît, et, c’est le représentant de l’Onu qui parle, attention. Il est très critique et il lui reste encore 15 minutes. Je vois alors quelqu’un venir parler à Simone Veil, c’est très rapide, puis cette personne se dirige vers la tribune. Je ne connaissais pas le visage d’Alain Pellet avant le colloque, mais je pense alors qu’il s’agit de lui, sans en être totalement sûr. Il va parler à Ibrahim Fall qui s’interrompt. Puis Ibrahim Fall dit quelque chose proche de « Je remercie les organisateurs qui m’ont fait venir de Dakar pour me faire parler seulement dix minutes ». La censure est évidente mais il n’y a pas de réactions dans la salle. L’organisateur s’excuse sur le fait que le colloque doit se terminer pour être dans les temps, mais, ce n’est pas fini car, malgré tout, un temps assez long est encore perdu à offrir des fleurs aux secrétaires qui ont travaillé sur l'organisation.

Avoir un débat sur Simone Veil et le génocide des Tutsi du Rwanda n’était pas simple vers 2007, car il n’y avait rien de public dans ses actes à lui reprocher. Ceux et celles qui luttaient pour la vérité et la justice, contre la désinformation ou le négationnisme, sur le génocide des Tutsi du Rwanda, ne s’intéressaient donc pas beaucoup à elle. Evidemment, le détail du colloque de Nanterre, un aparté de quelques secondes vers midi ce samedi 9 juin 2007, n’a rien d’important historiquement. Mais, il me semble symbolique de quelque chose d’autre plus important qui concerne le lien entre les politiques et les universitaires sur les questions des crimes de masse et les égarements de la politique française en Afrique. Après le génocide des Tutsi du Rwanda, certains dirigeants français, par ailleurs menacés dans leurs réputations ou au travers de la réputation de leur parti, ont participé à faire avancer le droit international, en soutenant la Cour pénale internationale et les tribunaux internationaux. Il a fallu y travailler. Cela n’a pas été sans difficulté, puisque la Coalition française pour la Cour pénale internationale (CFCPI), créée en 1998 et composée de nombreuses associations, a dû batailler jusqu’en 2008 pour obtenir la compétence de la CPI pour les crimes de guerre commis par des ressortissants et militaires français. Mais l’engagement de certains politiques n’a pas résolu le problème de la justice et de la vérité concernant l’implication française au Rwanda, allant par moment jusqu’à une « complicité ». Des personnes impliquées ont poussé au silence durable leur entourage politique et cela a fonctionné. Une sorte de responsabilité indirecte par le silence s’est diffusée. Beaucoup de politicien-ne-s des partis de gouvernement n’ont-ils-elles pas été jusqu’à penser que le temps effacerait des faits dérangeants et que le ‘bilan français’ s’équilibrerait finalement grâce à de bonnes actions ? Mais, « les faits sont » restés « têtus » et « le génocide et la complicité de génocide sont des crimes imprescriptibles », comme l’a souligné en 2005 dans son livre, Géraud de La Pradelle, un autre professeur de Droit à l'Université de Paris X, qui présidait alors la CEC.

Pour certain-e-s, il y a une manière plus positive de présenter les choses, en disant, par exemple, que le génocide des Tutsi du Rwanda a difficilement imposé une évolution du fonctionnement de la gouvernance internationale, accéléré le débat international sur la responsabilité de protéger les populations et le débat sur les possibilités d’ingérence internationale, poussé au développement en urgence d’une justice internationale, mais comme il y avait des résistances, il a fallu en plus d’un travail acharné, des calculs, de la stratégie, de la finesse politique, de la dialectique, des compromis et parfois de l’occultation, surtout en France, tout cela créant un certain imbroglio et un certain mystère que les historiens auront du mal à éclaircir.

La bande dessinée ‘Simone Veil ou la force d’une femme’ a le mérite de m’avoir rappelé ce mystère. Je la referme avec quelques questions. Le media bande dessinée, de plus en plus riche en documentaires, peut-il être un media où les simplifications soient mieux tolérées sans en souffrir ? Faut-il simplifier l’histoire pour l’apprendre aux adolescent-e-s ? Les modèles féministes peuvent-ils être idéalisés sans provoquer de la confusion sur d’autres sujets importants ?

Régis Marzin

Paris, le 4 octobre 2020

lundi 24 février 2020

24 février 2020, Aubervilliers : le Campus Condorcet à la recherche d’une boussole ?

Nouveau rendez-vous Condorcet sur le thème « Être représenté, contribuer, faire société » ce soir au théâtre La commune.
Sans doute est-ce parce que je suis très occupé à suivre un nouveau détournement de processus électoraux au Togo tout en faisant une mise à jour annuelle de l’Etat de l’Afrique au niveau démocratisation et processus électoraux que je trouve ce soir la conférence de Mireille Delmas-Marty, ‘Comment préserver la démocratie, l'État de droit et les droits de l'homme à l'heure de la mondialisation ?’ décevante.
Je sais qu’il y a débat chez les francophones mais cela m’agace trop de lire encore « droits de l’homme » à la place de « droits humains », d’autant plus que je viens de comprendre que Google Traduction traduit « Human rights » en « droits de l’homme » et que cela est peut-être la cause du regain de cette maudite expression « droits de l’homme » depuis 2 ans, alors qu’elle semblait juste avant perdre du terrain.
La thèse de départ sur l’« effondrement et la déconstruction » de la démocratie au niveau mondial ne me paraît pas étayée par des données précises. Si vous voulez voir ce qu’est le présence ou l’absence de démocratie avec des données précises, vous pouvez regarder mon diaporama sur l’évolution de la nature des régimes politiques entre démocratie et dictature en Afrique, depuis 1990. Regarder l’Afrique évite d’aller chercher toujours les exemples aux Etats-Unis.
Je retiens l’image d’objectifs opposés en quatre couples : Liberté et Sécurité, Coopération et Compétition, Intégration et Exclusion, Innovation et Conservation, représentés en une rose des vents qui symbolise une humanité qui peut se paralyser dans une neutralisation des forces ou aller vers un naufrage rapide. J’aime aussi l’idée de l’« équilibre dynamique » du système qui doit constamment rester en mouvement pour ne pas s’effondrer, comme un vélo. Je note aussi qu’un jour les humains ont compris que la terre n’était pas au centre de l’univers et qu’ils et elles sont en train de comprendre que l’humanité n’est pas au centre de la nature.
Mireille Delmas-Marty promeut les « Biens communs mondiaux ». Elle réfléchit de « moins en moins avec des conceptions stables » et « de plus en plus autour de processus de transformation », « dynamiques et en mouvement ». Je ne sais pas pourquoi, mais cela me rappelle quand François Mitterrand est revenu fin 1991 sur son discours de la Baule de Juin 1990, décidant lui-même de laisser le temps à ses amis chefs de l’Etat des anciens partis uniques d’apprendre à détourner les processus électoraux.
Globalement, la juriste a de belles phrases sur l’évolution de l’Etat du monde, mais cela manque de prise dans la réalité concrète, celle des populations qui font face à l’absence totale de démocratie et pas seulement à des crises de l’Etat de droit, ou de celle des rues françaises, où les violences policières font scandale jusqu’à l’ONU. Elle termine sur une œuvre artistique sur laquelle elle travaille avec un plasticien, une boussole un peu magique !
Je m’arrête là, manquant de temps, un peu déçu tout de même malgré toute la bonne volonté observée.
Régis Marzin
Article écrit au retour de la conférence le 24.2.20 à 21h

dimanche 24 novembre 2019

23 novembre 2019, Paris, une plongée insolite au Jardin des plantes

Pour oublier un peu le lourd et interminable suivi de l’actualité africaine ou l’histoire des élections en Afrique, quoi de mieux qu’une plongée dans l’océan ? … En vacances ? Non ! A Paris, au Jardin des Plantes ! C’est possible toute l’année 2019.
La balade nocturne est aussi l’occasion de revenir aux bases de la photographie touristique et familiale en rêvant comme des enfants. Comme à l’Atelier des lumières, l’exposition prête au jeu de la photographie populaire sur téléphone. La photographie fait partie du concept artistique.
Régis Marzin,
24.11.19

jeudi 17 octobre 2019

16 octobre 2019, Campus Condorcet : projection-débat sur le droit d’asile des homosexuel-le-s

Le Campus Condorcet ayant, cet automne, ouvert ses portes, des activités commencent à y prendre place. Le Festival du film social ‘la 25e image’ fait partie des premières activités ouvertes au grand public dans les bâtiments flambant neufs. Il est accueilli du 15 au 17 octobre au Centre de colloques. Au cours de ce festival organisé par plusieurs écoles de travailleur-se-s sociaux-ales, 31 documentaires sont projetés dans six villes, Aubervilliers, Bobigny, Cergy-Pontoise, Montrouge, Melun et Nice.
Au même moment, le Centre de colloques accueille dans son second auditorium, un colloque intitulé « Enjeux démocratiques en Afrique, l’apport des données de recensement et d’état civil », dans le cadre du projet européen Démostaf, qui souhaite « mettre en lumière les recherches qui sont actuellement menées sur les dynamiques sociodémographiques en Afrique », et « aborder les caractéristiques de la population et leurs transformations, que ce soit en termes de fécondité et de santé de la reproduction, de famille et de nuptialité, de migration, de scolarisation ou encore de santé et de mortalité. » J’y récupère les dernières données de l’INED sur la population mondiale, 7,714 milliards d’habitant-e-s mi-2019 dont 1,308 milliards en Afrique. Pour ce continent, la projection en 2050 est de 2,489 milliards d’habitant-e-s.
J’ai choisi dans le programme de la 25e image le film ‘Les portes d’Arcadie’ de Carole Grand (2015). Pour comprendre les migrations venant d’Afrique, la question de l’asile des homosexuel-le-s est encore peu documentée. J’ai aussi lu récemment la bande dessinée « Putain de vies !» de Muriel Douru, qui donne quelques indications sur la traite des êtres humains du Nigéria vers l’Europe dans la prostitution. Pour rester critique sur la politique européenne actuelle, avoir une vision de bout en bout des trajectoires des migrant-e-s est nécessaire.
Le film de Carole Grand présente des entretiens passés par des demandeuses d’asile lesbiennes dans les bureaux de l’Association pour la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et trans à l'immigration et au séjour (Ardhis) à Paris. Sur les images, une bénévole de l’association, Ewa, reçoit, parfois avec un traducteur, des personnes, seule ou en couple, qui ont fait une demande d’asile à l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides (Ofpra). Elle les aide à comprendre le droit français, la procédure d’asile, à préparer le dossier et les entretiens. Elle les soutient, les accompagne et les coache.
Beaucoup de pays qui pénalisent les pratiques homosexuelles sont en Afrique. Les lesbiennes filmées viennent toutes d’Afrique de l’Ouest, du Sénégal, de Côte d’Ivoire ou de Sierra Leone. Elles racontent des arrestations, des viols dans des commissariats, des violences de bandes de leur quartier, le rejet immédiats par leurs parents jusqu’à les maudire, des lois homophobes, des mariages forcés en polygamie… beaucoup de violences masculines, physiques et psychologiques. Tant que l’homosexualité reste secrète, rien ne se passe, et dès que cela est connu publiquement, les violences homophobes se déclenchent. On remarque d’autant plus le témoignage sur un seul homme cité pour avoir aidé certaines d’entre elles, un membre d’une association de droit humain en Sierra Leone.
Carole Grand et Ewa sont présentes pour débattre du documentaire. Carole Grand a préféré filmer des femmes qui sont moins visibles. Elle s’est concentrée sur les persécutions et souffrances dans le pays d’origine et pas sur les trajets, pour mettre en évidence la spécificité des demandes d’asile des LGBT.
Ewa précise la procédure d’asile, qui commence à l’Ofpra et, en cas de rejet, continue au tribunal à la Cour Nationale du Droit d'Asile (Cnda). Soixante bénévoles de l’Ardhis accompagnent les demandeur-ses-s d’asile dans ce parcours, plus de 1000 en 2018. Les entretiens à l’Ofpra sont assez longs mais les audiences au tribunal durent souvent à peine une demi-heure, 55 minutes au maximum. Les procédures prennent entre six mois et deux ans. Un maximum de personnes viennent du Sénégal et de Côte d’Ivoire, un peu moins viennent du Nigéria, de l’Ouganda ou du Bangladesh. 85% sont des hommes et seulement 15% des femmes. Les femmes ont beaucoup moins de chance d’arriver en France, surtout si elles sont mariées. Depuis 2015, certaines meurent en Libye. Elles arrivent beaucoup plus abimées. Certaines sont séparées de leurs enfants, qui eux-mêmes peuvent être victimes à leur tour de discriminations.
Le Sénégal est un pays qui connaît la démocratie depuis 18 ans, un pays où un Etat de droit général se maintient malgré certains affaires. L’Ofpra le considère comme un pays « sûr » depuis 2005, mais il est tout sauf « sûr » pour les homosexuel-le-s : l’homosexualité y est illégale avec des peines de 1 à 5 ans de prison.
Depuis 2015, les bénévoles de l’Ardhis peuvent assister à des entretiens à l’Ofpra. Les Officiers de protection instructeurs (OPI) sont moins brusques et plus sensibles qu’avant. Ces dernières années, l’Ofpra a fait des progrès dans le traitement des dossiers des LGBT mais peut encore en faire. Beaucoup de refus sont justifiés pour absence de « preuves » suffisantes alors que cela ne devrait pas être le cas, en disant que l’histoire n’est « pas assez détaillée et personnalisée ». Certaines femmes visibles dans le film ont vu leur asile refusé. A certain moment, la CNDA accorde des asiles ce qui montre que l’Ofpra n’a pas fait correctement son analyse des dossiers sur cette période. La question reste très politique. A une époque, ou la politique migratoire s’organise, se rationalise, le Président de la République, les ministres ou des députés pourraient aussi impulser de nouveau progrès, sur une partie des demandeur-se-s d’asiles pour qui il n’y a pas de progrès en vue en Afrique.
L’Ardhis défend les droits des étranger-ère-s LGBTI. Elle revendique « un traitement équitable de toutes les demandes d’asile », par exemple, la « disparition de la notion de ‘pays d’origine sûr’ et des mesures d’accélération de la procédure qui lui sont liées », des « conditions matérielles permettant un exercice effectif de ses droits », par exemple la « prise en compte par les services sociaux d’urgence de risques spécifiques aux personnes LGBTI+ et de l’état de santé », un « devoir de toutes les administrations françaises d’information complète sur l’ensemble des motifs de protection », par exemple, la « formalisation de la pratique de délivrance de visas humanitaires à titre de demande d’asile aux personnes LGBTI+ », un « traitement non discriminant et uniforme par les consulats et préfectures » et des mesures « permettant la stabilité du couple et du séjour ».
Au cours de ce même après-midi, au Maroc, la journaliste Hajar Raissouni, qui avait été condamnée à un an de prison pour « avortement illégal » et « relations sexuelles hors mariage », est libérée.
Régis Marzin
Article écrit et publié le 17.10.19 + tweet
PS : 26 octobre 2019 : Concert de soutien à l’Ardhis au Point éphémère

dimanche 15 septembre 2019

13, 14, 15 septembre 2019 – soutien aux révolutions algérienne et soudanaise à la Fête de l’Humanité

La Fête de l’Huma commence cette année au Village du monde par une soirée de solidarité avec le peuple algérien, en lutte très active pour la démocratie depuis 7 mois. La soirée du vendredi à l’Espace débat du village est organisée avec l’aide du collectif Agir pour le changement démocratique en Algérie (ACDA) et le festival Racont’Arts. Les intervenant-e-s du débat « Vers une Algérie libre et démocratique » sont de gauche à droite Sanhadja Akrouf San Akhrouf, militante féministe et représentante de l’ACDA, Kheireddine Lardjam, metteur en scène, Malek Bensmail, réalisateur, Sarah Haidar, romancière, Yanis Adjlia, du Mouvement des Brassards rouges de Bejaïa, Latifa Madani, animatrice, Denis Martinez, peintre et Rosa Moussaoui, journaliste à l’Humanité.
Rosa Moussaoui dénonce un processus électoral qui pourrait être imposé par l’armée aux manifestants (le dimanche soir une date est fixée au 12 décembre). Sanhadja Akrouf, également organisatrice avec l’ACDA des rassemblements du dimanche à République à Paris, rappelle que la « liberté a été confisquée par le parti unique depuis 1988 » et que Abdelaziz Bouteflika a voulu « humilier » le peuple par un cinquième mandat. Elle indique que l’élection est impossible tant que des prisonniers politiques restent enfermés. Elle insiste sur la défaite certaine du peuple si une élection est organisée pour départager « ceux qui reçoivent de l’argent du pouvoir ou de l’Arabie saoudite ». Elle demande au contraire du temps pour « construire un projet », pour régler des questions comme celle du soutien à l’armée par peur de l’islam, maintenant que « les partis d’opposition se parlent ».
L’idée d’une constituante est évoquée et il est annoncé qu’un débat aura lieu le 20 septembre à la LDH sur le sujet. La distinction entre « intérieur et extérieur » de l’Algérie est faite quand est signalé le rejet de l’ingérence extérieure. Pour Sanhadja Akrouf, la diaspora en France est « à l’intérieur ». Elle souhaite que « Macron lâche » le pouvoir algérien. Quelqu’un pense que « la religion a remplacé la culture » et que « mettre les gens à la mosquée était le plus facile ». Malek Bensmail reconnaît que l’« on a torpillé la culture ». Rosa Moussaoui revient, elle aussi, sur le dialogue des partis d’opposition si essentiel. Yanis Adjlia conclut sur l’espoir « qui est permis » alors que « la révolution était inimaginable avant ».

Le samedi, plusieurs débats ont lieu au stand de la Plateforme panafricaine. L’un d’entre eux a pour thème la géopolitique de la Corne de l’Afrique. L’opposant djiboutien Maki Houmed-Gaba, de l’Alliance Républicaine pour le Développement (ARD), présente rapidement la situation en Somalie, en Ethiopie, à Djibouti et en Erythrée. Il insiste sur l’espoir qui est apparu depuis les changements importants au niveau Etat de droit en Ethiopie.
Le dimanche, l’Afrique revient au programme de l’Espace-débat du Village du Monde grâce à une conférence sur la révolution au Soudan. Rosa Moussaoui y intervient de nouveau au milieu de trois responsables du Parti communiste soudanais, Ramsa Khama Mahjoub, Nadda Abbas et Chadia Abdelmoniem, qui s’expriment surtout en arabe avec un traducteur à leurs côtés.
A propos de l’Association des professionnels soudanais, Nadda Abbas explique que la lutte est partie de ce syndicat en marge des syndicats officiels. Cela s’est fait dans un pays où les syndicats sont actifs depuis 1964. A partir de 2016, la désobéissance civile a été utilisée. Un besoin de créer une coalition plus large est apparu et en janvier 2019 a été signée une chartre « Changement et liberté ». Elle souligne la place des femmes dans la révolution et la chute d’El-beshir. Rosa Moussaoui questionne sur le général Hemetti et ses qui ont été acceptés comme partenaire de l’Union européenne dans le Processus de Khartoum pour empêcher les migrations. Hemetti et les janjawids « travaillent maintenant à la contre-révolution ».
Le débat se focalise ensuite sur l’accord de transition du 17 août 2019. Le PC soudanais rejette cet accord car il réclame, lui, le « retrait des éléments du régime » et « une place minime pour les militaires ». Selon Nadda Abbas, la médiation éthiopienne a conduit à une « limitation du rôle des forces politiques ». La présidence du Conseil souverain qui doit piloter la transition de trois ans et trois mois, attribuée pendant 21 mois au général Abdel Fattah al-Burhan est également contestée. Le PC soudanais s’oppose par ailleurs aux partis politiques de droite. Chadia Abdelmoniem signale que « les réserves et le refus de l’accord » viennent du sentiment qu’il correspond « aux prémices pour un dictateur bis ». Concernant les femmes, elle remarque que « les Frères musulmans sont toujours là » et que « les luttes vont prendre des décennies ».
Juste après, au stand du PC de Bagnolet, a lieu un autre débat, en soutien à Mohamed Kadamy, président du Front pour la restauration de l'unité et la démocratie à Djibouti (FRUD), réfugié politique menacé d’expulsion malgré son statut protégé. Sur le plateau, sont réuni-e-s autour du militant historique de la lutte armée djiboutienne, Pierre Laurent, sénateur PCF, Catherine Choquet, Présidente de la LDH Seine-Saint-Denis, Jean-Paul Lecoq, député PCF et Bérenger Tourné, l’avocat de Mohamed Kadamy.
Mohamed Kadamy appelle à la résistance contre un cinquième mandat du dictateur djiboutien Ismaïl Omar Guelleh. Pierre Laurent souligne que les « relations coupables du gouvernement français continue » au même titre que « les ventes d’armes dans la région ». Il s’engage à soutenir Mohamed Kadamy dans tous ses combats juridiques jusqu’à la Cour européenne des droits humains (CEDH). Pour Catherine Choquet, « rien ne justifie que l’on fasse un deal » avec Djibouti et « perdre le statut de réfugié correspond à des crimes précis », ce qui fait que l’extradition du leader du FRUD est impossible. Elle rappelle que la France est régulièrement accusée par CEDH. Pour Jean-Paul Lecoq, « le droit est mis en cause » de deux manières et nécessitent deux combats sur les droits humains en France et contre la dictature à Djibouti. Il raconte que la ministre de la justice a répondu à son interpellation en disant qu’elle ne connaissait pas le cas (voir aussi la réaction de Le Drian). Il rejette tout deal avec Djibouti concernant l’affaire Sarkozy-Khadafi. Le banquier franco-djiboutien Wahib Nacer, a été mis en examen en février.
Enfin l’avocat Bérenger Tourné tient une ‘plaidoirie’ très engagée dans un style qui passe bien à la Fête de l’Huma, dénonçant un « Macron qui a choisi le camp de l’impérialisme », « une justice aux ordres, au garde-à vous », une « France coloniale » dont Guelleh est « un préfet », un « état fasciste dont a peur la France », en concurrence avec la Chine, mais qui veut « un retour sur investissement », ou encore l’assassinat de Jahba en prison. Selon lui, parce qu’il voulait interroger le « banquier de Djouhri » et qu’il y est allé le 17 mars, le juge Tournaire a procédé de « manière illicite » et s’est ensuite justifié en parlant de « terrorisme » pour une « altercation ». Il craint que le « vrai danger soit au niveau de l’Etat de droit », dans l’idée que la révolution et « les mouvements d’indépendances soient qualifiés de terrorisme ». Il conclut sur une affaire qui est une « vraie honte pour la France » et « reflète l’Etat de la démocratie ».
Depuis le public, le célèbre blogueur tchadien Makaila Nguebla, actuellement accusé en diffamation par le neveu de Déby, constate que l’ « on est en train de délégitimer le statut de réfugié politique » et demande que l’on « préserve le droit international ». Le débat revient sur le rôle de l’armée française accusée de décider de la politique française au Tchad et à Djibouti.
Dans d’autres stands divers et variés, les débats sur l’international continuent, au milieu du bruits des sonos, par exemple au stand de Survie qui depuis des années informe le public en vendant ses livres. Après son excellent livre sur la Côte d’Ivoire, l’association prépare un nouveau Dossier Noir sur le génocide du Rwanda.
La fête se terminant dans la douce chaleur de l’été indien, les discussions continuent aussi de manière plus décontractée entre concerts et verres de rhums. Des militant-e-s breton-ne-s plus ou moins communistes, fatigué-e-s d’avoir fait des crêpes pendant trois jours, viennent s’informer sur la Françafrique. Un homme me dit qu’il travaille sur un bateau basé à Brest à poser des câbles océaniques pour internet, jusqu’à Abidjan.
Régis Marzin
Compte-rendu Afrique de la fête de l’Huma publié le 17.9.19

mercredi 4 septembre 2019

3 septembre 2019, Paris : Cameroun : soirée de soutien d’Amnesty à Valséro

Voilà maintenant 7 mois que le rappeur camerounais est emprisonné au Cameroun en raison de son engagement contre la dictature de Paul Biya. Le 26 janvier 2019, les partisans de Maurice Kamto et Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) organisaient des marches pour protester contre les manipulations dans le processus électoral de la présidentielle du 7 octobre 2018, et, le même jour que de nombreux partisans de Kamto, Valséro a été arrêté et accusé de 8 infractions délirantes.   
Un procès est prévu le 6 septembre 2019 dans un tribunal militaire. Amnesty France et la Campagne #FreeValsero organise une soirée de soutien. Le documentaire de 52 minutes « Un piment sur les lèvres » de Laurène Lepeytre (2015) présente l’artiste. Il s’engage par les paroles de ses chansons, par exemple en disant « Quitte le pouvoir avant qu’il ne te quitte » ou en parlant de la « zombification » de la population, dans l’organisation des concerts, ou dans des contacts avec d’autres camerounais engagés. D’autres événements de la campagne de libération sont organisés, entre autres, à Berlin, à Madagascar, au Congo Brazzaville, au Sénégal, et surtout au Burkina Faso, où est prévu un concert.
Après le film, le rappeur burkinabé Smockey, du Balai citoyen, la réalisatrice du documentaire Laurène Lepeytre et Delphine Lecoutre, responsable Afrique centrale d’Amnesty France, prennent la parole. Smockey exprime la solidarité des mouvements citoyens africains rassemblés dans Afrikki. Il rappelle la lutte victorieuse du Balai citoyen autour de la musique, du rap et du reggae, au Burkina Faso. Selon lui, « deux mondes parallèles » sont séparés par « un fossé », quand des présidents « ne se rendent pas compte à quel point leur manière de gouverner est dépassée ». Delphine Lecoutre explique l’arrestation de Valséro, son interrogation pendant deux semaines, les huit infractions passible de « peine de mort ». D’autres prisonniers libérés en Juin ont été torturés. Elle demande de faire le maximum pour diffuser la pétition d’Amnesty.
Le débat revient sur la situation désastreuse du Cameroun. Il est question du tribalisme, de la Françafrique, du silence des media, de la peur de la population, de la répression, des régions anglophones dans lesquelles la population fuit cette répression et est en danger. Smockey rappelle qu’il ne sert à rien de renvoyer toujours vers la responsabilité de la France, cette « nation en déclin ». Dans la salle, la militante de l’UPC, Augusta Epanya, rappelle l’historique du Cameroun, la « chape de plomb » qui touche tout le monde, le niveau de dictature très élevé, comme le prouve le choix d’un tribunal militaire.
Delphine Lecoutre évoque le plaidoyer d’Amnesty vers les élu-e-s, qui n’est pas public. Laurène Lepeytre signale des actions, elles aussi discrètes, des diplomates français, européens, onusiens surtout par rapport à Maurice Kamto et aux prisonniers. Smockey insiste sur la nécessité d’une mobilisation populaire au Cameroun (et dans la diaspora). Le débat se conclut sur la mobilisation sur les réseaux sociaux à laquelle il faut donner plus d’ampleur. De nouvelles actions sont entreprises en ce sens pour terminer la soirée.
Régis Marzin, paris, 4.9.19