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lundi 16 mai 2016

15 mai 2016, St-Denis, Fête de l'insurrection gitane

J'avoue, je n'étais pas venu à la Fête de l'insurrection gitane pour réfléchir, m'informer, un peu fatigué depuis ma dernière publication sur l'Afrique. Je suivais un peu les débats des dernières années, en 2015 et en 2016. Cette année, je suis simplement inquiet des simplifications qui vont se développer d'ici les élections françaises de 2017, ou encore du fait que le mot 'racisme' soit employé à toutes les sauces. Mais cela n'a pas vraiment de rapport. J'avais envie de croiser des ami-e-s. Puis, au final, la nuit tombée, bien que je sois déjà allé au bout de mon reportage sur les Rroms de St-Denis, je me suis laissé encore facilement emporté par l'action de photographier musique et danse gitane. Puisque la culture rrom enrichit le paysage... le groupe Marcela los murchales a lâché prise ce soir.
(seconde version en Nef compressé au lieu de Jpeg compressé)

jeudi 21 mai 2015

17 mai 2015, St-Denis, Fête de l'insurrection gitane

J'avais un très bon souvenir de la Fête de l'insurrection gitane de 2014, et j'y retourne malgré quelques doutes préalables en lisant le programme des débats. L'an passé, le sociologue Eric Fassin avait présenté son livre "Roms et riverains.Une politique municipale de la race", qui m'avait fait réagir sur les risques de l'utilisation performative du terme "race", en français utilisé comme en anglais. Ce dimanche, j'arrive à l'heure des débats, et je n'ai pas la chance de voir des groupes de musiques qui me détende. 
Le premier débat est sur le féminisme, et je n'ai pas pris de notes. Ce débat m'a déçu, limite agacé. J'entends le terme 'race', en français, qui revient plusieurs fois avec la certitude de leurs existences. Une universitaire américaine parle de la "communauté noire" là-aussi avec une vision américaine historique et culturelle, qui m'évoque une perception divisée et figée dans ses divisions de la société qui pourrait être en lien avec une perception rêvée ou mythologique, d'une unité africaine originelle qui mélangerait des fantasmes sur la couleur de la peau et sur une identité culturelle en Afrique. Peut-être ?. Dans tous les cas, l'Afrique que je connais est culturellement riche, diverse, autant que peut-être l'Europe, et les migrant-e-s gardent leur diversité; ce n'est pas le regard déformant et simplificateur qui est souvent posé sur eux et elles qui détermine leur 'identité'. Cela me rappelle aussi la difficulté de certain-e-s à comprendre la diversité culturelle en Europe. Une intervenante se présente comme victime sociétale stigmatisée comme "non-blanche, arabe, femme, musulmane". Quelle victimisation secondaire ?
Le seconde débat 'colonialisme et génocide' est plus intéressant mais ne correspond pas vraiment au titre. Richard Wagman intervient en premier pour l'Union juive française pour la paix (UJFP).  Saïd Bouamana définit un "culturalisme" comme un "mode de hiérarchisation qui a remplacé le racisme devenu inacceptable". Pour lui, "l'Etat racialise la société", et "racialisation et culturalisme visent noirs, arabes et musulmans", "nous" dit-il. Eric Fassin a peut-être un peu changé d'éléments de langage: il parle de politique de racialisation, et pas de politique de la race comme dans le titre de son livre en 2014. Lui aussi utilise le terme de 'culturalisme'.
Dans un texte de Saïd Bouamama, Jessy Cormont, Yvon Fotia extrait du "Dictionnaires des dominations" il y a une explication: "Le culturalisme contemporain tend donc à se transformer en idéologie de la domination : la vision culturaliste contemporaine tend à produire l’autre en le réduisant à une différence non pas biologique mais culturelle [1 : Ce qui n’exclut pas une biologisation de la culture, par l’essentialisation qui accompagne souvent cette projection.] Ce qui n’exclut pas une biologisation de la culture, par l’essentialisation (...)"; La culture est un facteur explicatif majeur (éventuellement masqué), mais elle est aussi une forme euphémisée de la biologie, parce qu’elle est figée, voire naturalisée. Et puisque la culture est un facteur figé, elle n’est pas susceptible de modifications, d’influences, de formes composites, de formes nouvelles et émergentes, et les formes culturelles sont renvoyées à leur origine culturelle – ce qui exclut toute invention culturelle qui fait du neuf avec du vieux, voire même éventuellement du neuf avec du neuf."
L'historienne Sarah Carboma parle de "production de savoir racisé" de "savoir occidentalo-centré", de "rromophobie" ou de "tziganophobie". Son intervention est presque incompréhensible tellement elle enchaîne les termes universitaires abstraits, elle ne semble pas se rendre compte du cadre du débat. Elle se reprend ensuite dans le débat pour expliquer le passage au XVe siècle d'une "alterité" et d'une "adnormativité"(?) à une "extériorité". Elle l'explique encore mieux dans le texte 'Identité versus épistémologie romani. Entre essentialisme et universalisme' : "La modernité a abolit un groupe de distances, considéré comme révocables, mais en fait bien utile car indirectement protecteur. A l’époque médiévale, l’ « Autre » n’empêchait pas l’intégration. Il est donc aisé de comprendre pourquoi apparaît la question de l’identité. D’abord comme la réaction à une dissolution du tissu social, la disparition des points de référence traditionnels, l’émergence du concept de normativité garante de la centralité de l’État et de l’organisation politique ainsi que l’apparition du concept occidental et moderne d’individualité. La cristallisation des identités romani en Europe s’opère justement à ce moment précis. Juste à l’interstice de ce que Michel Foucault appela la première « césure épistémologique » opérée en Occident et qui caractérise le passage de l’époque médiévale à l’époque moderne." Elle dit à St-Denis qu'au XVe siècle on est pas de l'âge de l'interprétation (herméneutique) à l'âge de raison à l'époque sont arrivés en Europe, et s'est créé "un rapport en miroir négatif".
Enfin, après avoir pris comme exemple la loi contre le foulard pour parler des discrimination systémique, Saïd Bouamama parle à la fin du débat de "blanchité" : "l'enfant est intégré dans la blanchité" et il y a "transmission du stigmate xénophobe". 
Pour conclure et ne rien conclure... et pour ceux et celles qui ont tenu jusqu'à là - des articles comme celui-ci j'en écrirai pas tous les jours - ce soir, j'étais dans une librairie et j'ai ouvert un livre et j'ai lu cette phrase d'un jeune sociologue qui a été avec des étudiant-e-s de St-Denis observer les bourgeois dans le VIIIe à Paris : "Les races existent, sociologiquement et pas biologiquement, parce que le racisme fait qu'elles existent." Est-ce que cela a un rapport ? Peut-être bien... Ainsi, des "races" "existeraient" pour le sociologue, mais est-ce que ce n'est pas le sociologue qui existe parce qu'il manipule des concepts qui confortent la perception d'une division des populations sur laquelle se fonde son travail et sa propre existence de chercheur ? Je suis sans doute incapable de conclure quoique ce soit à part des doutes sur un certain nombre de concept. Je me demande s'il n'y a pas parfois des cercles vicieux. Et dire que j'étais parti à la Fête de l'insurrection gitane pour écouter de la musique et surtout ne pas réfléchir. 

vendredi 23 janvier 2015

Vendredi 23 janvier 2015, Saint-Denis, Ecriture et migrations, le retour

Cet hiver n'est pas très froid, mais il est sans doute éprouvant pour les nerfs. Je suis heureux de me changer les idées en exposant du 20 janvier au 20 février, à la librairie Folies d'Encre de Saint-Denis, avec Henri Bokilo Boursier, Claire Kito, Valérie Pere, et Raluca Vlad pour la sortie de l'ouvrage "Perspectives croisées sur les Écritures en migration(s)". J'y ai installé, au milieu des peintures abstraites, deux photographies de ma série 'Culture rrom en résistance en Seine-Saint-Denis', dans la suite de l’exposition de 2012.
Je me suis permis de rappeler pour l'occasion un événement local sur Saint-Denis en mars 2014, avec une image de la conférence de presse sur l'inscription des Rroms du terrain Voltaire sur la liste électorale". C'est avec plaisir que je parle de fraude électorale, un sujet que je connais bien, pour y travailler sur l'Afrique, et c'est aussi avec plaisir que je m'exprime sur la médiocrité de certains politiques. 
Je reste sur la présentation positive des Rroms, et une seconde photo est encore plus locale. Un œil averti peut y reconnaître en décor la mairie à 100 m de la librairie. Elle date du 17 mai 2014, et présente un moment intime et mystérieux du spectacle de la troupe de danse des enfants et jeunes du Hanul, Chavé Sumnakuné à la Fête de l'insurrection gitane.
Est-ce que la xénophobie contre les Rroms, qui se base surtout sur des préjugés négatifs, n'incorporent pas aussi une espèce de jalousie autour de fantasmes, d'images positives depuis longtemps véhiculées par la littérature, évoquant beauté et liberté ? Est-ce qu'un inconscient collectif n'a pas associé beauté et liberté, et leurs contraires, au mérite, au travail, à une hiérarchie sociale, à l'argent, dans un refus et un déni des parcours sociaux et culturels, originaux, minoritaires, présentant quelques avantages dans une misère qui ne soit ni ouvrière ni paysanne? Ne faut-il pas parfois déconstruire un peu les fantasmes ?
Je ne me pose pas ces questions pendant l'échange lors du vernissage car j'en reste à la question de l'écriture et des migrations. L'échange a un peu de mal à démarrer, comme si le froid du dehors et le béton de l'architecture ambiante retenaient les énergies. Puis le débat se lance, autour du paradoxe de la disparition des frontières physiques, par les voyages, les retours des migrants à leurs origines, puis une réflexion sur le point de vue des populations observant les migrant-e-s et prises elle-même dans les migrations, comme si elles migraient elles-mêmes. 
Le drame de Charlie Hebdo ne nous pousse-t-il pas à approfondir des réflexions déjà entamées pour les améliorer, puis les partager entre nous ? Est-ce que le besoin de se rassurer avec des ami-e-s, de la famille, réelle ou imaginaire, que l'on éprouve dans une période de tension et de dispersion collective d'angoisse ne nous permet pas de progresser vers des solutions pour mieux vivre ensemble ?
Après ce moment d'échange de 30 ou 45 minutes, nous passons un moment très agréable, et, des relations et des convergences naissent autour d'une bonne soupe.

jeudi 30 octobre 2014

30 octobre 2014, Paris, Les Ogres de Barback ont 20 ans

Les 20 ans des Ogres de Barback à l'Olympia, je m'en souviendrais! Un concert exceptionnel, unique en son genre, inclassable, pour tous les goûts, pour toutes les générations, dans des ambiances tout le temps changeantes, captivant du début à la fin. Je ne sais pas quelle impression retenir précisément, entre les chansons pour enfants et par des enfants, des chansons françaises de grands parents, des chansons tristes, tendres, calmes, puis la chorale de cuivre Eyonlé du Bénin, la rue Kétanou, et surtout la troupe de danse rrom de Slovaquie, Kesaj Chavé au final ! C'était juste époustouflant, drôle, agréable aux oreilles et aux yeux, plein de passion, de révolte, d'énergie, de jeunesse et de tendresse.
Avant, je revenais à pied de la manifestation des burkinabé-e-s fêtant la chute de leur dictateur détesté, très concentré sur cette victoire, et je suis arrivé à l'Olympia, où j'ai été pris dans une chaleur tropicale tout à fait parisienne.
Les ados de Kesaj Chavé étaient surexcité-e-s, ils et elles ont finis par exploser la chose de leur folie spectaculaire! Il y a eu le n'importe quoi le plus génial que j'ai jamais vu et entendu! sans aucun rapport avec les belles danses des rroms qu'ils et elles auraient pu nous montrer, juste un concentré de couleurs, de gesticulations impudentes et de bonheur ! à réveiller Guy Debord de sa tombe !
Après, à peine guéri d'un rhume, à la fin de plus d'un mois sans repos, j'étais épuisé... je me disais que je n'arriverais pas  à me lever pour aller au Père Lachaise le lendemain, à l'inauguration de la stèle de la mairie de Paris en souvenir des victimes du génocide des Tutsi du Rwanda. Je savais que les Ogres s'intéressaient au Rwanda, à la vérité et à la justice après le génocide, mais je n'y pensais pas, je me disais juste que si j'avais retrouvé de l'énergie grâce au concert, alors je devais l'utiliser pour me lever lendemain. Tant et si bien que ma fatigue disparut.
(Article écrit et publié le 2 novembre.)

samedi 24 mai 2014

24 mai 2014, Paris, manifestation pour le logement dans le 93

" En Seine Saint Denis les expulsions, ça suffit ! " tel est le mot d'ordre de la manifestation de ce samedi pour le logement, de la Porte de la Villette vers le ministère de l'intérieur, à l'appel de Droit au Logement et de nombreuses autres organisations. Dans le cortège figurent en bonne place les expulsé-e-s d'Aubervillliers, du 19 passage de l'avenir et du 22 rue colonel Fabien. Quelques familles rroms sont là aussi, et le cortège est clos par quelques soutiens politiques surtout libertaires.
Je passe à la manifestation avant d'aller faire un tour à Bagnolet au Festival des résistances et des alternatives. L'ambiance est morose avant les élections européennes. Je discute avec une une amie. L'idée me revient que la montée du Front National correspond aussi à la perte d'influence des partis de gouvernement PS et UMP et à une confusion des valeurs des paroles et des actes. Il y a 20 ans, le FN était encore associé à la collaboration sous Vichy et surtout la guerre d'Algérie. En avril 2014, on parle plus du PS et de l'UMP mouillés par la politique française au Rwanda entre 1990 et 1994 de collaboration avec des génocidaires. De même, si la collaboration avec les dictatures africaines avait diminué, cela aurait limité la confusion, mais en 2013, le gouvernement est retourné aux poncifs de la Françafrique sous l'influence d'une armée, elle-même proche de l'extrême droite. Comment ne pas voir la confusion dans une hiérarchie des positions en lien avec le racisme et les crimes? La création de bouc émissaire était aussi auparavant très associée à l'extrême-droite, mais RPR puis UMP ont imité, avant que le PS ne suive dans la xénophobie d'Etat. Le nivellement s'est fait depuis des années par le bas.
Tant que le débat général sera focalisé sur la montée d'un populisme raciste et xénophobe, il sera sans doute difficile pour des sans logis de se faire entendre.

dimanche 18 mai 2014

17 et 18 mai 2014, St-Denis, fête de l'insurrection

La dernière fête de l'insurrection gitane à Saint-Denis avait été organisée en 2010, triste année pour les Rroms en France. La date du 16 mai correspond au 70e anniversaire d'une véritable insurrection gitane, en 1944, dans un camp de concentration nazi. Cette année, l'événement arrive aussi quelques semaines après une période d'instrumentalisation politique honteuse, cette fois locale, au moment de la campagne des municipales. Le samedi soir, des concerts ont duré tard dans la nuit. D'autres spectacles et débats ont repris sur la place entre la basilique et la mairie ce dimanche.
Je retiens surtout de cette journée le débat qui présente deux ouvrages, Avava Ovava et "Roms et riverains. Une politique municipale de la race" d'Eric Fassin. Le sociologue présente son livre, je suis d'accord avec l'essentiel de son discours sauf sur l'expression 'politique de la race', il n'arrive pas à me convaincre sur cette expression que je trouve même dangereuse pour la lutte de soutien aux Rroms. N'est-elle pas aussi performative? Si les races humaines n'existent pas au sens biologique qui constitue la référence en France, pourquoi insister sur ce vocabulaire à la manière des anglophones qui utilise un concept différent pour le signifiant 'race' (en anglais). Je crois plutôt qu'il est important de signifier et différencier les agressions et discriminations en fonction des causes, la xénophobie, le rejet des modes de vie différents et alternatifs, les stratégies électorales s'appuyant sur des boucs émissaires, pour les Rroms, ou, justement, un racisme issu du colonialisme et du néocolonialisme pour les sans-papiers d'origine africaine.  
En travaillant sur le génocide des Tutsi du Rwanda et sur les massacres en Centrafrique, je me suis rendu compte de l'importance de la maîtrise du vocabulaire pour limiter ou arrêter la haine et les violences. Ainsi, en Centrafrique, les massacres depuis décembre 2013 ont des causes dans un conflit au niveau des religions, des nations et chefs militaires, et dans les réseaux économiques correspondants. Un ennemi minoritaire a été dans un excès "inventé" comme "ennemi" par une majorité à l'intersection des imaginaires religieux, et nationaux, et d'un partage de richesses, qui correspondait à une réalité. Des commerçants en grande partie 'musulmans' et pour beaucoup venus du Tchad s'enrichissaient depuis plusieurs années dans le diamant et d'autres commerces, puis suite à la prise du pouvoir de rebelles se disant musulmans, les amalgames et la violences ont démarré un processus d'engrenages de la haine et des vengeances. Cette exemple est juste un exemple de construction identitaire d' "ennemi" (au sens employé par l'armée rwandaise ou les services secrets rwandais préparant le génocide avant 1194), sans imaginaire ni raciste ni ethnique.
Cette remarque étant faite, le débat est très intéressant. Selon Eric Fassin, la politique actuelle identique de Sarkozy et Valls pousse vers un rejet, qui devient identitaire. Se ressentent de plus en plus français-es ceux et celles qui rejettent des catégories stigmatisées. Une identité en France se modifie. Il s'agirait alors d'une construction ou d'un ressenti en négatif, rien de nouveau, mais l'accentuation d'un phénomène ancien.
Une intervenante répond aussi à une question sur l'homosexualité et les luttes féministes dans les groupes rroms. Les difficultés sociales, la violence psychologique extérieure se répercutent et accentuent des violences internes. Si je comprends bien ce qui a été dit très brièvement, certains hommes se sentant dévalorisés à l'extérieur peuvent chercher à retrouver une posture hiérarchique qui leur est plus favorable à l'intérieur.
Et la fête reprend après le débat avec un concert et la danse. Dans la musique, les gestes, les costumes, me semblent se mélanger des 'origines' culturelles, secondaires. Je pense à l'Espagne, la Hongrie, la Slovaquie, la Roumanie. Mais faut-il penser une ou des identités, sous-identités, au risque de les mettre dans des cases mal définies et trop étroites, alors que la vie est tourbillonnante comme la grande robe blanche de la danseuse ?

mardi 11 mars 2014

11 mars 2014, Saint-Denis, le jeu dangereux du PS face aux Rroms

N'est-il pas normal de voir la médiocratie gagner les couches locales du PS quand ce parti devient une coquille vide, sans idée, spécialisé dans la quête et la conservation du pouvoir? Heureusement, ce n'est pas le cas partout : à Aubervilliers, la liste PS et vert-e-s a au moins le courage de faire un grand nombre de propositions qui élève le débat, même si l'on peut douter de la faisabilité dans une ville très pauvre. Mais, à Saint-Denis, le candidat PS semble avoir choisi le niveau des pâquerettes et des polémiques stériles pour essayer d'aller gagner les voix xénophobes. A moins qu'il ait été trompé par une lecture excessive de tracts nimbistes dégénérescents dans la haine de voisinage.
L'Etat ne tient pas ses promesses depuis la circulaire d'août 2012 qui n'est pas appliquée comme le dénonce le Secours Catholique. Le gouvernement a des difficultés dans plusieurs domaines, et Valls, Ayrault et Hollande sont responsables d'une nouvelle dérive au niveau national. Jouer avec le feu en poussant discrètement l'UMP vers le FN est à double tranchant, à une époque où l'égoïsme est de plus en plus un marqueur anthropologique, quand tous les espaces physiques et mentaux sont pensés au travers de la propriété, quand, parfois, dans l'inconscient collectif, les débats sur des progrès possibles de la société sont remplacés par une recherche de boucs émissaires. Il serait pourtant facile de voir que les Rroms apportent une diversité de points de vue philosophiques, que la manière de les considérer reflète aussi l'état des mentalités et le niveau d'intégration et de désintégration sociale, de capacité à vivre solidairement. Saint-Denis a besoin des Rroms et surtout du dialogue avec eux-elles! 
Le candidat PS, Mathieu Hanotin, a saisi le tribunal d’instance pour tenter faire radier 48 noms de rroms du campement du terrain Voltaire, dit les "rroms du Hanul", des listes électorales, par 48 recours en référé, contestant « le caractère individuel de ces inscriptions » et considérant qu’elles ont été réalisées « à la frontière ténue de la légalité ». Constatant cette attaque sans rapport avec la réalité, les rroms et leurs soutiens organisent sur le campement une conférence de presse. 
5 journalistes sont là pour comprendre le malentendu transmis par le candidat PS, qui n'a jamais pris le temps de venir visiter le campement, et étale son ignorance du dossier. Il a mélangé les chiffres en parlant par exemple d'un terrain prévu pour 76 personnes alors que le terrain est prévu pour 55 familles. A quoi bon corriger toutes les informations fausses propagées pour des raisons électoralistes. 'Calomniez! calomniez! il en restera toujours quelque chose!'. 
Le candidat PS traite de"bidonville aussi indigne de la condition humaine que dangereux pour ses occupants", un campement qui est un projet unique de collaboration entre des familles rroms organisées, des associations et soutiens, la mairie, et des services de l'Etat. Il a été construit avec des efforts pour aller vers le dialogue, un partenariat, de la responsabilité de part et d'autre, même si rien n' a été simple et ne sera simple. Ce projet, soutenu aussi par la Voix des rroms comme progrès par rapport aux villages d'insertion, est unique au niveau national, et, malgré les efforts qui restent à faire pour améliorer, Saint-Denis peut être satisfait du processus qui a permis d'arriver jusque là, en comparaison avec ce qui se passe ailleurs. Il est plus facile de détruire que de construire patiemment. Et risquer de détruire un projet pour une raison électorale et pour s'attaquer au bilan d'un concurrent Front de Gauche montre un certain mépris. Il y a ici des dyonisiens habitant la ville depuis 14 ou 15 ans, dont les enfants vont à l'école, certain-e-s arrivant au lycée ou au bac, qui sont électeur-trice-s, heureux-ses de voter, qui ne vivent pas dans un "bidonville", parce qu'il y a eu depuis des années un long travail de partenariat avec les familles du Hanul, qui n'a pas toujours été simple, ce qui implique d'en parler correctement et de ne pas le menacer sans faire de propositions pour une meilleure installation. Si M Hanotin souhaite s'opposer à la "misère humaine" et se battre pour "la dignité pour tous", peut-être devrait-il commencer par aller parler avec les habitant-e-s du campement pour connaître l'histoire, les chiffres et la vérité, et faire des propositions concrètes. Il a été invité à venir pendant la conférence de presse.
"Il y a deux situations, ceux qui sont aidés par nécessité et ceux qui sont aidés par volonté" dit Gari, l'un des intervenant-e-s. Les soutiens bénévoles aident courageusement les adultes qui parlent mal français, ne sont pas familiers des papiers et procédures administratives, à faire des démarches, pour la santé, l'école, l'emploi, et le vote. Il ne s'est rien passé d'anormal dans l'aide à l'inscription sur la liste électorale. C'est un non événement dans le monde difficile de la solidarité. On l'aura compris, l'événement est plutôt dans la 'société du spectacle' politique, et, là, cela ne brille ni par la créativité ni par le respect.

samedi 25 mai 2013

25 mai 2013, manifestion pour les Rroms


C'est plutôt une manifestation contre une politique, très en colère. Personne n'attendait de miracle avec Hollande, Valls et le PS, mais maintenant la déception est à son comble concernant la politique du gouvernement sur les Rroms. Il n'y a aucun changement : expulsions vers la Roumanie, expulsion des campements, absence de respect de la circulaire d'août 2012, discriminations, et propos xénophobes. Hollande, Ayrault et Valls semblent reprendre le jeu dangereux de la xénophobie que l'on entretient pour des raisons électorales. Saimir Mile de la voix des rroms rappelle qu'il n'y a pas plus européens que les Rroms, que le sort des rroms est un critère de la qualité de la construction européenne, qu'il n'y a pas de problème rrom, mais un problème avec ceux-celles qui pensent et disent qu'il y a un problème rrom.

samedi 6 avril 2013

6 avril 2013, Paris, les Rroms premières victimes du mépris de la loi


A Bastille, est organisée une manifestation de soutien aux Rroms, contre les expulsions, organisées par Amnesty International. Quelques centaines de personnes se sont réunies dont assez peu de rroms. Il est parfois difficile de savoir si le gouvernement socialiste fait mieux que la droite, mais il y a un sujet sur lequel il n'y a plus aucun doute, c'est le traitement des Rroms par le Ministère et le Ministre de l'intérieur : discrimination, racisme, mépris de la loi. La justice vient d'être obligée de rappeler à l'ordre un préfet: "Un juge a condamné le préfet du Rhône à proposer un hébergement à des familles Roms qu’il venait d’expulser d’un terrain." Selon ce jugement, à partir de ce 4 avril, les expulsions de campements pourront être contestées devant les tribunaux si elles ne sont pas effectuées avec solution alternative. C'est vrai que le scandale est inadmissible, il se base sur la certitude pour l'Etat que les rroms sont dans une catégorie de population qui n'arrive pas à se défendre. C'est bien là notre époque: les intimidations, le mépris des gens et des lois sont admis de la part de ceux-celles qui s'estiment les plus fort-e-s, et la justice galère derrière avec toujours un temps de retard. Il y a des lois, des moyens, de l'argent, une multitude de personnes qui sont en charge de procédure et de taches diverses, mais des seuils sont inaccessibles pour les plus pauvres ou les plus faibles qui ne peuvent se défendre. Souvent, les forts et les riches en profitent, et savent embrouiller les situations pour les rendre inextricables ou transformer ce qui était un droit selon des lois, en cadeau issus de processus humanitaires subjectifs et aléatoires.

samedi 16 mars 2013

16 mars 2013, St-Denis, rroms du 93: quelles solutions ?

Le réseau 1427, La voix des Rroms et la Ligne 13 organisent la soirée d’ouverture de la quinzaine antiraciste et solidaire à Saint-Denis, sur le thème « Rroms à Saint-Denis et en Île-de-France : quelles solutions pour quels problèmes ? ». Laure Labrosse, Saimir Mile, le président de « la Voix des Rroms » et Agnès Cluzel présentent la situation à Saint-Denis et à au niveau national. L'actualité de St-Denis, du département et du pays se télescopent. Beaucoup de choses intéressantes sont dites, et les réflexions vont plus loin que d'habitude, entre les questions pratiques et les questions politiques. La scolarisation des enfants revient souvent dans le débat. Les positions ne sont pas idéologiques mais très pragmatiques. Niveau local, il faut faire avec la situation existante même si ce n'est pas simple. Niveau national, le manque de solidarité est évident et dramatique, et avec un ministre de l'intérieur qui dérape maintenant autant que Sarkozy, rien ne va plus.
J'expose quelques photos issue de ma série sur la culture rrom en Sene-Saint-Denis.
Après le débat, c'est une nouvelle fois le show de Chavé Sumnakuné. Ils et elles progressent chaque fois et cela laisse les spectateur-trice-s bouche bée. Ca va très vite, et, j'ai à peine le temps de sentir l'ambiance que le spectacle se termine.

16 mars 2013, Aubervilliers, 3 semaines après l'incendie

L'incendie du campement rrom à la limite d'Aubervilliers et de Plaine-Saint-Denis, au carrefour des rues Germaine Tillion et des Fillettes, près du nouveau métro Front Populaire, a eu lieu le 22 février. Le jour-même, j'y étais allé trop tard, il faisait déjà nuit et la police bouclait tout le quartier. Depuis, je n'avais pas eu le temps de revenir et j'avais l'idée de prendre des photos depuis le bus 'navette' du nouveau métro. De grandes palissades cachent les restes du campement, les baraques et les véhicules brûlés. Il ne reste plus rien des grands hangars à côté. Le 25 février, le maire de Saint-Denis publiait un communiqué 'Incendie d’un bidonville : la résorption par l’Etat ne peut plus attendre' qui demandait au gouvernement "l'évacuation les bidonvilles dangereux" et "des mesures d’urgence d’hébergement par réquisition de terrains ou dans le patrimoine immobilier de l’Etat". Le 8 mars, deux des 7 campements de Saint-Denis ont été évacués et détruits. Le 14 mars, le ministre de l'intérieur a dérapé à la manière de Sarkozy : « Des familles sont désireuses de s’intégrer, mais elles sont une minorité », et, « Les Roms ont vocation à rester en Roumanie, ou à y retourner. » (phrase qu’il attribue au Premier ministre roumain), ce qui a évidemment provoqué des réactions contre les discriminations du ministre. Celui-ci préfère cacher l'absence de mise en œuvre de solutions pratiques par des propos qui créent des polémiques dilatoires. En attendant, des expulsions sont effectuées sans relogement et sans diagnostic social réel. Toujours le 14 mars, cette fois dans le Figaro, comme le souligne la voix des rroms, M. Valls insinue que l'incendie était d'origine criminel en déclarant "Implantés en bordure de quartiers populaires déjà percutés par la crise, ils sont à l’origine de problèmes de cohabitation qui prennent des formes parfois inquiétantes comme en témoignent les incendies constatés la semaine dernière à Aubervilliers et Sarcelles.” Il en a trop dit, pour ne pas avoir à mieux s'expliquer, parce que, nous ne sommes pas au Togo, le pays des mascarades judiciaires autour des incendies.

mercredi 17 octobre 2012

17 octobre 2012, Paris, projection-débat sur les expulsions des rroms

"Le bateau en carton" est un film de José Viera, tourné en 2010, pendant la vague d'expulsions de rroms pendant le coup de chaud du président pas normal. Le documentaire, proche d'un reportage, nous fait partager le ressenti des rroms avant, pendant et après les expulsions. De l'intérieur, le mépris du système politique, judiciaire et policier, est évidemment insupportable. Les spectateur-s ressentent pour la plus part une grande compassion. Poussé par les questions de l'animateur du débat, mon ami Antoine Girard, le réalisateur du film explique le tournage, les malheurs des rroms filmé-e-s et le contexte. Jean-Pierre Dacheux, philosophe, auteur (avec Bernard Delemotte), de "Roms de France, Roms en France : le peuple du voyage", nous informe sur la culture et l'histoire du peuple rrom et commente la situation politique et le scandale du retour rapide de la xénophobie d'état pendant le premier été du nouveau gouvernement de gauche: "Valls est pire que Guéant". Un plis serait pris dans la perception, et l'occultation de la violence de la répression xénophobe de l'état. Cependant, le fait que le débat soit mené autour des 'soutiens' des rroms, focalisés sur leurs souffrances, plutôt que qu'autour de rroms, s'exprimant eux/elles-mêmes, ne permet pas de comprendre également comment les personnes victimes, sont aussi des personnes qui offrent, partagent, et parfois malgré les difficultés traversent des moments heureux, en rêvant de jours meilleurs, comme tout un chacun.

dimanche 7 octobre 2012

7 octobre 2012, Paris, les gitan-e-s soutiennent les rroms

Le rassemblement européen ‘Roma Pride’ – Marche pour la dignité du monde du voyage', place du Panthéon, a été coordonné au niveau européen par EGAM et a été organisé sur Paris par l' Union Française des Associations Tsiganes (UFAT), pour lutter contre la discrimination des populations tsiganes, gitanes, manouches, rroms, contre les actes racistes contre les Rroms, pour la fin des expulsions sans relogement, pour la suppression « mesures transitoires », pour une radicale révision de la Stratégie nationale d’insertion des Rroms, pour la suppression de  la loi de 1969 (titres de circulation, privations de droit de vote, quota maximum de 3% par commune qui implique un fichier des tsiganes/rroms!). Des artistes et des soutiens associatifs ou politiques défilent, avec parmi eux-elles, Eva Joly, dont j'apprécie une nouvelle fois le ton très sincère. Les intervenant-e-s dénoncent vivement la politique d'expulsion des campements du gouvernement, et insistent sur leur soutien aux rroms. Les Jeunes Socialistes sont là aussi pour condamner les expulsions.
Alain Weber explique l'importance de la culture rroms dans l'histoire européenne. Pour lui, ils et elles sont très "intégrés-es" parce qu'ils et elles savent "intégrer" dans leur musique les musiques des pays qu'ils traversent.
L'ambiance est plutôt gitane. Je me demande s'il n'existe pas des réseaux de lutte différents qui correspondent chacun aux époques de migrations. Malheureusement, les Rroms venus de l'Est depuis la chute du mur de Berlin ne semblent pas présent-e-s parmi les 500 personnes du public. Au delà des différences culturelles, linguistiques, les revendications ne sont peut-être pas les mêmes.
Un responsable associatif explique qu'il n'a pas pu se rendre au Conseil Constitutionnel parce qu'il a été convoqué au commissariat pour viser son carnet de circulation. Il brule légèrement la page en cause. Le Conseil Constitutionnel vient d'abroger partiellement la loi du 3 janvier 1969 régissant la vie des "gens du voyage": l'obligation de résidence sur une commune en vue de s’inscrire sur les listes électorales a été ramenée de 3 ans à 6 mois, le carnet de circulation, avec l'obligation de passer au commissariat tous les 3 mois, a été supprimé mais reste le livret qui maintient un statut spécial pour les gens du voyage. Le combat continue et peut-être devant la Cour européenne des droits de l'Homme, ou plus simplement devant le parlement français, dès cette semaine.

samedi 6 octobre 2012

6 octobre 2012, St-Denis, Chavé Sumnakuné à la fête des associations

En début d'après-midi, la troupe Chavé Sumnakuné (les enfants en or), que j'ai déjà beaucoup photographiée, se présente au public de la fête des associations de Saint-Denis, invité-e-s par le MRAP, juste après le discours d'introduction du Maire.
Ce spectacle est symboliquement important juste après les scandaleuses expulsions de campement dans la Seine-St-Denis surtout. Le MRAP distribue quelques tracts pour dénoncer les expulsions. 
Les familles se sont déplacées du terrain 'Voltaire', pour voir le spectacle de la troupe de Misa.

lundi 1 octobre 2012

1er octobre 2012, la xénophobie d'état est déjà de retour

Le campement de la rue Moulin Fayvon à la Courneuve, vide, abandonné cette nuit, est gardé par un fourgon de police. Je croise des habitant-e-s expulsé-e-s qui errent à côté. Le terrain appartient au département de Seine-saint-Denis, et le département a donc une responsabilité dans la mise à la rue d'habitants d'un terrain stable, dans lequel les enfants étaient scolarisés depuis un an - 30 mineurs vivaient sur ce terrain -, dans lequel une partie des rroms avaient des titres de séjours. Hollande n'avait rien dit sur les rroms pendant sa campagne, et, aujourd'hui, Valls et Hollande sont incapables de sortir de la politique xénophobe de Sarkozy-Guéant-Hortefeux. Les expulsions de rroms ont repris de plus belle et en particulier en Seine-Saint-Denis. A l'été 2010, c'était l'église catholique qui avait demandé à Sarkozy de se calmer, sous-entendu, s'il ne voulait pas trop perdre une frange chrétienne conservatrice de son électorat. Quand la politique de Sarkozy laissait s'échapper un maximum de relents nauséabonds rappelant le fascisme, un rempart citoyen avait senti la démocratie menacée et s'était mobilisée. Hollande en a profité pour arriver au pouvoir sur l'idée du rejet du sarkozysme, sans grande confiance dans le parti socialiste. Si Hollande et Valls continuent leur jeu dangereux, il risque de le payer très cher en terme de soutien de la société civile, la société active peu nombreuse mais qui irrigue la société de ses idées. Déjà la Cimade protestante proteste : "Politique d’immigration, les promesses doivent être tenues !". Ce jour-même, le réseau de soutien des sans-papiers RESF, pourtant assez proche du PS entre 2007 et mi-2012 signe un communiqué intitulé "Sous Hollande aussi on enferme les enfants!" Hollande sait-il ce qu'il fait avec les rroms, avec l'Afrique, les sujets qu'il ne connait pas. Le voilà aussi obligé de reporter une entrevue prévue le 8 octobre à Paris avec Idriss Déby, le pire dictateur de l'Afrique francophone. Mais comment-peut-il croire qu'il peut agir ainsi sans avoir à en payer ensuite les pots cassés ?

samedi 22 septembre 2012

22 septembre 2012, Montreuil, Valls comme Guéant

Ce campement est tout récent, il s'agit sans doute de rroms expulsé-e-s sous l'ordre du Ministre de l'intérieur. Revoilà la médiocrité socialiste dans toute sa splendeur. Le scandale continue. "La posture paranoïaque induite par la politique des dernières années est mentalement intégrée, et les dégâts sont considérés comme ‘presque normaux’. La justice est évoquée comme excuse pour ne pas annuler les actions de destruction des campements et d’expulsions, comme raison du maintien de méthodes pourtant xénophobes et discriminatoires, là où cette justice cautionne l’injustice. La répression policière est gérée selon un équilibre à établir et maintenir, pour assurer, sans causer de déshonneur, la continuité des institutions." (TOhu BOhu, septembre 2012)

dimanche 12 août 2012

11 août 2012, St-Denis, les rroms près du canal

Il fait beau, chaud, cet après-midi-là. Je suis venu au 6B à St-Denis pour les concerts de la Fabrique à Rêves, et j'ai découvert, en face, ce nouveau campement. Avec le soleil et la chaleur, on dirait un camping de vacances idylliques. Quel contraste avec le campement des rroms du Hanul coincé entre une caserne et une autoroute. Ici, il y a des arbres, de la beauté du paysage, et les gens ont l'air, vu de loin, assez tranquilles. Dans un campement, il y a une dimension esthétique qui se regarde avec les aspects sociologiques, peut-être. Sur internet, je reçois ces jours-ci, les messages de la Voix des Rroms qui proteste contre la politique du ministre de l'intérieur qui poursuit certaines pratiques de la droite xénophobe. On reparle d'expulsions de rroms et de destructions de campement encore.

lundi 4 juin 2012

2 juin 2012, St-Ouen, exposition "Culture rrom en résistance"

Cette semaine, j'expose à la médiathèque Persépolis à Saint-Ouen: "Culture rrom en résistance en Seine-Saint-Denis" qui retrace en particulier l'histoire des rroms du Hanul de Saint-Denis, et de leurs jeunes danseurs et danseuses. Ce samedi, la troupe Chave Sumnakune vient faire le spectacle. Ensuite, nous nous retrouvons sur la mezzanine pour parler de l'histoire du Hanul avec Saimir Mile de la Voix des Rroms et Misha l'animateur de Chave Sumnakune. Pendant ce petit débat, j'observe les enfants qui courent et crient devant mon exposition, avec quelques parents. Ils et elles se reconnaissent, et tout le monde est très heureux, moi-aussi, en me disant que les photographies prennent sens. J'ai aussi été cette semaine au nouveau campement à la limite de la Courneuve, toujours à Saint-Denis, pour le visiter une première fois. C'est un grand contraste entre ce bonheur et la dureté de la vie pour ces enfants et adolescent-e-s.

samedi 12 mai 2012

11 et 12 mai, Saint-Denis, Ecritures En Migration(s)

C'est un grand bonheur pour moi ce week-end parce que je reprends les expositions après 7 ans d'arrêt ! Il m'a fallu tout réapprendre pour passer de l'argentique au numérique. J'expose avec 7 autres artistes au colloque "Ecritures en migration(s), Histoires d'écrits, histoire d'exil" à l'université de Saint-Denis. Le colloque est organisé par des doctorantes, et l'exposition par mon ami Henri surtout. J'expose surtout des photographies sur les rroms, qui racontent mes rencontres avec des personnes de ce peuple depuis quelques années. Je fais la connaissance des thésard-e-s et universitaires, des autres artistes. La photo au dessus est celle de Félix dans son tableau recréant l'atmosphère d'une chambre de foyer pour migrants.
La fac est aussi très animée le vendredi: les étudiant-e-s encerclent le Conseil d'Administration pour essayer d'empêcher le "vote des statuts pour la constitution d'un Pôle de Recherche et d'Enseignement Supérieur avec l'université de Nanterre" nommé Paris Lumière, dont le siège serait à Paris, qui fonctionnerait sur les budgets des 2 facs. Le vote est fait dans la précipitation avant la formation d'un nouveau gouvernement. Le nouvel établissement très virtuel s'affranchirait de la démocratie qui existe dans chacune des universités. Ces universités pourraient beaucoup y perdre. Cela ressemble bien à un acte typique de l'époque sarkozienne méprisante pour le monde intellectuel. Il est urgent que cela s'arrête. Les policiers sont entrés dans la fac, un étudiant est au commissariat, la fac est ensuite fermée, et les organisatrices du colloque ont dû négocier pour que le colloque puisse continuer normalement et que le vernissage de l'exposition puisse continuer. Solidarité avec les étudiant-e-s !

dimanche 25 mars 2012

25 mars 2012, Saint-Denis, des algécos pour les rroms du Hanul

La lumière de cette belle journée de printemps fait ressortir la poussière sur les trottoirs défoncés. Je marche au travers d'Aubervilliers et de la Courneuve avant d'arriver au croisement Route de la Courneuve - rue Voltaire, à Saint-Denis. Le terrain, prévu pour les rroms du Hanul (confère les précédents articles) est coincé entre 3 routes, dont l'autoroute A1 très bruyante, et le tramway. En face se trouve une vieille caserne de gendarmerie. Je suis agacé par les motos aux conducteurs sans casque, qui tentent de provoquer les gendarmes en roulant avec le maximum de bruit ou sur la roue arrière. Quand je me rapproche du portail, une gardienne, là avec son berger allemand, et qui ne me dit pas bonjour, me demande qui je suis: "un curieux". Je trouve que l'alignement des algécos blancs, avec la barrière imposante à l'entrée, crée un espace très froid, peu convivial. C'est entouré de tôles et de vieux grillages. On m'a dit que les rroms feraient également des constructions en bois complémentaires, j'espère que cela permettra d'améliorer et d'égayer un peu. Leur aménagement est prévu en avril avec eau et électricité. Il y a certainement des avantages. Pour l'instant, les soutiens sont très préocupé-e-s par la relation avec le voisinage: il y a déjà des réactions d'inquiétude et de rejet, à essayer de désamorcer tant que faire se peut. Ici la mairie de Saint-Denis a obtenu un accord de la préfecture, mais, espérons aussi que bientôt le préfet ne soit plus un ami Sarkozy, qui a tant fait pour pousser l'état vers la xénophobie. Revenu chez moi, j'évoque avec un ami la misère du bidonville près de la plage de Lomé au Togo. Il y a toujours pire quelque part.