Ce week-end à Paris, alors que les regards sont tournés vers les municipales, se déroule près du métro Odéon le Salon du livre africain de Paris (SLAP). Plusieurs conférences-débats mettent en valeur des livres. L’une d’entre elles s’intitule « L'Afrique contre la démocratie », d’après le titre du livre d’Ousmane Ndiaye, "L'Afrique contre la démocratie. Mythe, déni, périls" aux Editions Riveneuve. Sont également invités Hatem Nafti, auteur de "Notre ami Kaïs Saied, essai sur la démocratie tunisienne » aux Editions Riveneuve, Arnaud Ngatcha, adjoint à la Maire de Paris en charge des relations internationales et Pierre Haski, auteur de « La fin d’un monde » aux Editions Stock, éditorialiste à France Inter et Président de Reporter sans frontières. Léocadie Ebakisse anime le débat qui suit les premières interventions. Elle interdit les contributions du public, ce qui se comprend car le temps imparti est assez court.
Je ne résume pas le débat. Si j’avais été autorisé à « contribuer », j’aurais juste ajouté quelques points. La crise mondiale de la démocratie depuis 2016 touche principalement les anciennes colonies françaises. Si comme cela est signalé, des régimes issus des années 80 se retrouvent dans les années 90 légitimés dans la durée et que cela provoque en partie la situation actuelle, cela ne s’est pas fait sans passer par plusieurs étapes : entre 1990 et 2007, une démocratisation se déroule en Afrique, progressive, et, vers 2006, elle se bloque quand la démocratisation de la partie anglophone s’arrête, quand il n’y a plus des régimes antidémocratiques résistants côté anglophone, puis elle reprend quelques années plus tard jusqu’à 2015. Le soutien international à la démocratisation est présent entre 1990 et 2015, avec des résultats plus que mitigés, l’efficacité étant plus visible en l’absence de pouvoir sortant bloquant. D’un autre côté, les régimes antidémocratiques bénéficient de soutiens externes, parfois au travers d’une « Françafrique électorale » paroxystique en 1996 et 1997. Quand, à partir de 2015 à la fin des Printemps arabes, les conflits armés se diffusent, les dirigeants antidémocratiques ont trouvés des solutions pour contrer tous les moyens mis en œuvre pour faire progresser la démocratie. Rien ne les atteint plus et rien ne soutient plus les démocrates dans leurs luttes. Le droit international africain électoral est balbutiant et laissé à la marge. Le droit international pénal est impuissant. Les missions d’observations sérieuses sont neutralisées sauf en cas de transition réelle et les missions d’observation de complaisance continuent sans provoquer de scandale. Les progrès réels sur les fichiers électoraux entre 2000 et 2015 n’empêchent pas du tout les détournements de processus électoraux. Côté anciennes colonies françaises, les limitations du nombre de mandats sont, pour la plupart, supprimées ou, sinon, elles sont contournées. La répression fait taire les journalistes s’ils prennent des risques. Les syndicats, les partis et les mouvements citoyens n’arrivent plus à atteindre des résultats par la rue, sauf dans quelques cas plus rares. Les diplomates, en particulier européens, qui s’impliquaient plus positivement avant sont renvoyés à d’autres priorités mondiales et l’objectif du soutien de la démocratie baisse fortement en priorité. Les anciennes colonies britanniques accumulent depuis très longtemps les éléments favorables à leur bilan statistique. En revanche, les anciennes colonies françaises sont moins avancées dans leur démocratisation quand il y en a une, et, en raison de leurs fragilités, elles régressent beaucoup plus vite à partir de 2016, et la démocratie réelle ne se maintient qu’au Sénégal et, encore, avec difficultés.
Une discussion plus libre continue ensuite dans la rue, avec Pierre Haski, Ousmane Ndiaye, Seidik Abba et une responsable du PPA-CI. Au salon lui-même, j’apprécie de rencontrer un scénariste de bande-dessinée camerounais installé en Allemagne, auteur d’un ouvrage intitulé « Résistance ». Et au passage, sur le stand d’AfricaVivre, je suis bien sûr heureux de voir mon livre sur les élections en Côte d’Ivoire, premier livre d’une série sur les élections en Afrique dans 55 pays depuis 1792.
Régis Marzin
22 mars 2026
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