Le Fonds pour une Presse Libre (FPL) organise ce mardi une suite de conférence intitulée « Liberté d'informer : six mois pour ne pas sombrer » à l’Espace Reuilly à Paris dans le 12e, une « étape dans une mobilisation contre l’extrême droite » des media indépendants. Je ne peux pas arriver assez tôt pour les premières parties, « Droites extrêmes, les médias indépendants enquêtent » et « Réformer la presse, et si on le faisait enfin ? », ni pour les intervenant-e-s suivant-e-s, Éric Vuillard et Sara Trabi. La présentation de la soirée est faite, par François Bonnet et une autre journaliste.
Dans le débat « Comment faire perdre le fascisme ? », le mot « fascisme » est déterminant. Il oriente ici la réflexion alors qu'il ne fait pas consensus dans la lutte contre l'extrême droite. Le mot est surtout employé par le sociologue Ugo Palheta, auteur, entre autres, de « Comment le fascisme gagne la France ». Lumir Lapray, activiste et autrice de « Ces gens-là » a étudié le racisme et la montée de l’extrême droite dans le milieu rural. Elle invite la gauche à continuer à parler au monde rural. A propos du vote féminin, elle considère que « la catégorie femme n’est pas pensée comme une identité politique ». Ugo Palheta évoque le « gender gap » ou « écart entre les sexes » dans le vote et considère que le discours sur l’islam a participé à rapprocher des femmes de l’extrême droite. Il souhaiterait que ce discours soit mieux contredit.
Magali Lafourcade, la secrétaire générale de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH), décrit un processus de dérive vers l’« illibéralisme » : des corrections constitutionnelles, l’attaque de la liberté de la presse, puis de la société civile et des syndicats, avant de s’en prendre aux opposants. Elle décrypte quelques menaces sur la presse, dont les procédures-bâillons et l’« astroturfing » ou ‘contrefaçon de mouvement d'opinion' ou 'désinformation populaire planifiée », une forme moderne de propagande. Elle souligne le refus du gouvernement français d’appliquer la réglementation européenne. Elle reste optimiste face à la « vague populiste » et pense que « le racisme décomplexé a diminué » ou que l’immigration n’obsède pas comme les politiciens voudraient le faire croire.
Ensuite, Maboula Soumahoro, autrice de « Le Triangle et l’Hexagone : réflexions sur une identité noire » évoque le concept de « charge raciale », le poids d’un racisme micro ou macro sur une personne. Elle remarque qu’en France, on éprouve une « injonction à prouver » une « francité », alors que « les identités sont multiples ».
Dans le débat sur le thème « Pourquoi parle-t-on de ‘bataille culturelle ?’ », l’écrivaine et philosophe italienne d’origine italienne Hélène Frappat, autrice de « Nerona », revient sur la situation actuelle en Italie. Pour elle, Marine Le Pen est de « genre patriarcal fasciste même si elle est une femme », comme Giorgia Meloni, dont le « faux visage de mère courageuse » est, selon elle, une « arnaque ». Elle évoque la récupération du concept d’« hégémonie culturelle » du communiste Antonio Gramsci, « revendiqué par le gouvernement d’extrême droite de Giorgia Meloni », en considérant un « pouvoir culturel » dans l’optique d’une prise de pouvoir en « imposant ses propres mots en lieu et place de ceux de l’adversaire ». Marine Riou, programmatrice du cinéma l’Écran à Saint-Denis et membre du collectif « Zapper Bolloré », évoque les difficultés de financement du cinéma depuis le conflit ouvert avec Canal+ et Bolloré. Le risque principal est peut-être actuellement l’autocensure.
Pour finir, Antton Rouget, journaliste au pôle « enquête » de Mediapart, vient parler de l’enquête sortie la veille sur les écrits antisémites de Jordan Bardella et les « faux-semblants de la dédiabolisation ». Selon lui, alors que « tout glisse sur le RN, la riposte montre qu’ils sont atteints ». Il rappelle que sur Marine le Pen, nous sommes en attente de la décision de la Cour de cassation et que la question du port d’un bracelet électronique pendant la campagne en dépend. François Bonnet constate que dans la culture française, la plupart des journalistes politiques ne parlent pas des affaires, en particulier financières.
Régis Marzin
Paris, 30 septembre 2026




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