jeudi 19 octobre 2017

19 octobre 2017, Paris : esclavage des femmes et des filles au Népal

La Fondation Carmignac a décerné son 8e Prix du photojournalisme à la française Lizzie Sadin pour son projet sur l’esclavage des femmes et des filles au Népal. Le 19 octobre avait lieu le vernissage.
Le prix succède à celui du photojournaliste Narciso Contreras sur le trafic d’êtres humains en Libye. En 2016, l'exposition sur la Libye avait été un coup médiatique très fort. Cela avait été la première communication sur le domaine des migrations en Libye, juste avant que ce domaine ne se mette à bouger fortement. Depuis, de nombreuses décisions politiques ont rythmé l'année écoulée. L'ensemble des processus migratoires de l'Europe vers l'Afrique s'est depuis un an beaucoup éclairci. Beaucoup d'encre a coulé. Progressivement l'Europe rationalise sa politique migratoire et la contrôle. Il reste surtout un tabou sur les migrants d'Erythrée et du Soudan, comme cela est de nouveau récemment apparu dans le scandale de la coopération des Etats belges et français avec l'Etat soudanais. Les Etats européens et l'Union européenne arriveront peut-être à soutenir la reconstruction d'un Etat libyen et à bloquer le flux du Nigéria mais n'ont, pour l'instant, absolument rien à proposer sur le Soudan et l’Érythrée.
L'exposition sur le Népal est loin de ces enjeux politiques européens. Les photographies sont très belles. L'enquête sur le travail domestique en Inde se transformant en esclavage et la prostitution au Népal est assez simple. Elle s'appuie sur le témoignages d'associations. Il manque des éléments de contexte. Si des femmes très nombreuses ne sont pas respectées au Népal et en Inde, c'est qu'il y a une absence d'Etat de droit plus général. Est-ce seulement suite au tremblement de terre de 2015 au Népal ? Sans doute pas. Est-ce culturel ? Certainement, mais encore ? Cette première enquête pose plus de questions qu'elle ne répond à des questions.
Les droits des femmes sont un levier formidable pour faire progresser le monde. On ne peut se contenter de se scandaliser de loin, sans réfléchir aux actions possibles aux Nations-Unies ou à l'Union européenne. Cela pousse aussi à replacer chaque sujet dans une approche plus large et globale. C'est une question de posture pour aborder des questions d'un pays à un autre, en évitant certains écueils dans la promotion des règles d'un droit international.
Régis Marzin, article écrit et publié le 22 octobre 2017

dimanche 15 octobre 2017

15 octobre 2017, Paris : Forum de la diaspora camerounaise

La diaspora camerounaise a organisé le week-end du 13 au 15 octobre, à Paris, un forum à Paris sur les « Stratégies et l’organisation pour un changement durable et libérateur au Cameroun ». Les principales entités organisatrices, à ma connaissance, sont le Conseil des Camerounais de la Diaspora (CCD), le Collectif des Organisations Démocratiques et Patriotiques de la Diaspora Camerounaise auquel participe l’Union des Populations du Cameroun (UPC). Le rendez-vous vise surtout à rassembler un maximum de personnes, des partis, de la société civiles et des électrons libres, pour travailler dans une nouvelle organisation. Des anglophones participent.
Des élections sont attendues à l’automne 2018, présidentielle et législatives. Paul Biya est au pouvoir depuis 1982 et maintient le pays dans une dictature féroce autour d’un système de « parti-Etat ». Il aura 85 ans et voudra faire un nouveau mandat de 7 ans.
Depuis plusieurs années, International Crisis Group explique que le Cameroun est potentiellement instable et en danger faute de réformes : « La stabilité apparente du Cameroun dissimule la diversité des pressions internes et externes qui menacent l'avenir du pays. Sans changement social et politique, un Cameroun affaibli pourrait devenir un autre « flashpoint » (point de crise ou de rupture) dans la région » (traduction de l’anglais, ICG 4 septembre 2014).
Avec la crise de la partie anglophone, on se rapproche du point de rupture : « Dans un contexte d'attentats à la bombe, de violence sporadique et de mesures répressives de l'Etat, la crise anglophone du Cameroun est entrée dans une phase nouvelle et intensifiée. Afin d'éviter le déclenchement d'un soulèvement armé, le président camerounais doit aller au-delà des mesures superficielles en mettant en œuvre d'urgence des réformes clés et en poursuivant un dialogue inclusif de haut niveau, sous la médiation des Nations unies ou de l'Union africaine » (traduction de l’anglais, ICG 19 Octobre 2017).
La Centrafrique s’est démocratisée malgré la guerre et l’Etat failli. La dictature au Tchad fait face à une opposition de plus en plus forte. Au Gabon, Ali Bongo et Denis Sassou ont renforcé la dictature après leurs coups d’Etat électoraux de 2016. L’Afrique centrale commence à bouger en mieux ou en pire selon les pays. Le Cameroun ne pourra pas rester le seul pays où une opposition démocratique et une société civile sont totalement neutralisées, désorganisées par le pouvoir en place.
Le dimanche, j’arrive pour la conclusion et la ou les résolutions du Forum. Le modérateur, le Père Ludovic Lado remplit parfaitement son rôle. Les référents terminent de rendre compte des conclusions des ateliers de la journée sur « la situation politique camerounaise aujourd’hui », la « crise anglophone », le « processus électoral pour un vote crédible en 2018 », les « stratégies pour une alternance et une alternative en 2018 », « contribution concrète de la diaspora ».
Le communiqué final qui contient la résolution finale est lue en version française puis en version anglaise. La diaspora apporte son « soutien indéfectible aux populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest », exige « la libération des personnes arrêtées », appelle à « un dialogue inclusif » « pour régler la question institutionnelle au Cameroun ». De nombreuses propositions concrètes ont été formulées. Un début d’organisation se met en place pour poursuivre les travaux à tout niveau. A suivre…
Régis Marzin
Article écrit et publié le 21 octobre 2017

samedi 14 octobre 2017

14 octobre 2017, Aubervilliers : en passant par la bike war

En rentrant des Champs Élysées, je croise un défilé de chars construits à base de vélos. C'est tellement étrange que je mets à suivre le cortège et que j'arrive dans un grand hangar où peu de temps après se déclenche une tonitruante "bike war 2017" sur une musique punk-hardcore tout à fait adaptée. Je range mon appareil photo, car je ne me sens pas de photographier ce qui est organisé pour être photographié dans un style post-moderne totalement décadent. Car ça serait trop facile et sans intérêt...
Régis Marzin
Article écrit et publié le 21 octobre 2015
Photos de l'événement organisé par le squat le Clos sauvage et vidéos sur l'événement Facebook, dans cet article de Libération ou dans cette vidéo.

14 octobre 2017, Paris : défilé de mode de Mike Sylla

J’ai reçu une invitation de la part de l’« évènement haute couture et prêt-à-porter Afro Fashion Week Paris » et du styliste designer Mike Sylla, alors que je ne me suis jamais intéressé à la mode. Mais comme journaliste en politique africaine, je suis tout de même intéressé par l’idée d’un défilé de mode en rapport avec l’Afrique, et simplement curieux de voir pour la première fois de ma vie un défilé de mode. Ailleurs dans Paris, aux mêmes heures, on défile ou on manifeste pour la libération du Togo ou du Gabon.
Cela se passe au salon d’Automne, qui s’est installé dans des stands près du Petit et du Grand Palais, au milieu des peintures et des sculptures. Quand j’arrive, les défilés ont déjà commencé et il est délicat de s’approcher dans la salle principale ou quelques vidéastes et photographes ont déjà pris les meilleures places sous les projecteurs. Il y fait d’ailleurs très chaud, trop chaud, en cette magnifique journée d’automne. Un peu en retrait, j’observe, d’abord dubitatif, le temps de m’habituer, deux premiers défilés. Aux pauses, des musiciens proches de Mike Sylla interprètent quelques morceaux. Je commence à ressentir autre chose de plus ouvert et riche que ce à quoi je m’attendais.
Puis arrivent les mannequins portant robes et manteaux de Mike Sylla. Je redeviens photographe. La lumière est basse hors des projecteurs et les femmes marchent vite. Je n’utilise jamais de flash, par principe. Le couloir est étroit et elles passent très proches. Mon Nikon refuse de déclencher à moins de 60 ou 70 cm, et cela se complique, aïe ! Parce qu’en fait, j’hésite entre deux choses différentes, les visages et les vêtements. En photo, j’ai toujours préféré le portrait mais ce n’est pas le moment a priori. J’aime trouver des histoires à raconter en dehors de l’apparence des choses, et il n’est ici question surtout d’apparence. J’aime aussi les approches décalées, hors des standards. Je remarque dans le dos des robes et des manteaux des figures de personnages d’Afrique, peut-être certains illustres. Mais, il n’y a pas la possibilité d’analyser et d’en parler.
Ce qui est très agréable, c’est que cela bouge, passe vite. Il faut suivre le rythme et passer dans le « flow ». Quand cela s’arrête, après la fin euphorique, les mannequins sorties du spectacle ont l’air de personnes normales. Au calme, ensuite, quand, je regarde mes photos, je constate que le manque de lumière sur des scènes en mouvement a eu un effet désastreux. Il y a beaucoup de flous, comme si j’étais un stupide débutant. La pause est finie et je retourne aux élections en Afrique et au dossier que je termine sur les élections locales, aux données et aux graphiques.
Régis Marzin
Article écrit et publié le 21 octobre 2017

samedi 7 octobre 2017

7 octobre 2017, Aubervilliers, cours en plein air sur le tissu urbain

Ce samedi matin, un attroupement attire l’attention de quelques curieux entre la mairie et l’église d’Aubervilliers. Il s’agit d’une conférence, d’un cours, un peu atelier. Fanny Delaunay de l’Université Paris 8 à Saint-Denis propose ce cours dans un cycle sur « la face cachée des projets urbains ». Sont présent-e-s un groupe d’étudiant-e-s et deux autres personnes, dont moi. Les étudiant-e-s devront un moment dessiner des bâtiments.
Le cours commence par l’histoire d’Aubervilliers, au moyen-âge « village des vertus », organisé autour de l’actuelle rue du Moutier, proche de Saint-Denis, la ville d’enterrement des rois de France, terre importante aussi pour l’église catholique. Le diocèse de Saint-Denis était un important propriétaire terrain à Aubervilliers jusqu’à ce qu’il vende pendant l’industrialisation entre 1820 et 1850. A Saint-Denis et Aubervilliers, la distance rapprochée entre églises et mairies signale cette histoire ancienne prégnante de l’église catholique.
La population a gonflé très rapidement dans la seconde partie du XIXe siècle. Les ouvriers des usines ont remplacé les ouvriers agricoles maraîchers. Les terres ont été bâties et le maraichage a progressivement disparu. Les anciennes fermes restent visibles au centre de la ville, dans les porches qui donnent sur les cours. Ces cours étaient autrefois des lieux très vivants, avec des enfants qui jouaient, et, ne le sont plus guère, me semble-t-il. Au centre, se côtoient ces anciennes fermes transformées, agrandies, des maisons de style bourgeois, et des constructions plus récentes.
Le tramway à chevaux a été installé en 1877 et a duré jusqu’aux années 30. Il passait à la mairie dont l’entrée était alors côté rue. A partir de 1930, a commencé la séparation des zones de travail et de logement, avec une priorité accordée à l’augmentation de la vitesse de transport, jusqu’à l’arrivée massive de la voiture dans les années 60. Des architectes et urbanistes de la Charte d’Athènes ont poussé dans cette direction.
Le cours se prolonge vers le Canal Saint-Denis, où sont visibles quelques vieilles usines. Aubervilliers était proche des abattoirs de la Villette, et se sont installées à partir de 1850, entre autres, des industries de transformation des matières restantes des animaux, des industries très polluantes et odorantes. Très longtemps, Aubervilliers a été stigmatisée comme une ville avec une mauvaise odeur, liée à ces activités chimiques assez sinistres. Les activités était aussi dangereuse sanitairement pour les ouvriers. L’aménagement dépendait de Paris qui voulait les activités polluantes au Nord-Est, les vents dominants étant ceux du Sud-Ouest.
Les ouvriers arrivés à partir de 1850 pouvaient être allemand, alsaciens, bretons, … des déplacements nationaux surtout. Puis sont venus au XXe siècle italiens, espagnols et portugais, autour du Landy, qui tire son nom de la ‘foire du Lendit’, très grande foire qui a débuté au IXe siècle.
Régis Marzin, 7 octobre 2017,
article écrit de mémoire, notes perdues en rentrant.

lundi 18 septembre 2017

16 et 17 septembre 2017, Fête de l'humanité : manifestation contre les dictatures au Togo et en Afrique

La mobilisation continue à Paris pour le départ de Faure Gnassingbé. Une manifestation principale avait de nouveau lieu à Bastille le samedi 16. Les opposants togolais battaient aussi le pavé de la Fête de l'Humanité à plusieurs reprises ce week-end pour informer le public de la fête et les militants des autres stands du Village du monde. 
Les manifestations menées tambour battant par Raymond Ayivi, étaient panafricaines et insistaient sur d'autres dictatures en Afrique, au Tchad, au Congo Brazzaville, à Djibouti ou ailleurs. 
La Fête de l'Humanité revenait aussi sur le Burkina Faso avec un débat du Village du Monde sur Thomas Sankara, le samedi à 18h, intitulé « Thomas Sankara : 30 après son assassinat hommage à l’homme intègre ». Ce débat était animé par la journaliste de l'Humanité, Rosa Moussaoui et avait comme intervenants Bruno Jaffré, biographe de Sankara, et Aly Traoré et Drissa Sow du Balai citoyen. Bruno Jaffré présentait également son nouveau livre, 'Thomas Sankara, la liberté contre le destin', un recueil de discours publié aux éditions Syllepse, au village du livre.
Cette mobilisation qui revenait sur la révolution de 2014 a Ouagadougou a aussi été l'occasion de discuter sur le lien entre le Togo et le Burkina Faso. Avant octobre 2014, le Balai citoyen s'était déplacé dans tous le pays et avait organisé des projections et débat pour discuter de Sankara et de la situation bloquée en dictature. En 2017 au Togo, c'est cette démarche d'information qui a été reprise par le Parti national panafricain (PNP) mené par Tikpi Salifou Atchadam, pour casser le blocus informationnel au Centre et au Nord du Togo. Elle a permis de faire sortir les populations dans la rue le 19 août 2017, faisant ainsi basculer l'équilibre politique du Togo.
En outre, Blaise Compaoré en janvier 2000 avait été obligé d'enlever la limitation du nombre de mandats de la constitution, mais il s'était imposé en 2005 pour un 3e mandat puis en 2010 pour un quatrième sans respecter l'ajout de la limite. Ce scénario, évidemment, les togolais n'en veulent pas, et personne n'en voudra sans doute ! C'est ce qu'ils sont venu crier haut et fort à la Fête de l'Humanité.
Régis Marzin, 18 septembre 2017

dimanche 10 septembre 2017

9 septembre 2017, Paris - Togo : manifestation pour le départ de Faure Gnassingbé

Je me rends ce samedi à Bastille pour une seconde manifestation des démocrates togolais. Le mot d'ordre est maintenant d'exiger la démission de Faure Gnassingbé. Au retour, j'écris un article d'analyse pour mon blog R*E terminé le lendemain. Régis Marzin, 10 septembre 2017.

mercredi 6 septembre 2017

6 septembre 2017, Paris - Tchad : contre-sommet à la conférence des bailleurs

De 2012 à mai 2017, les dirigeants socialistes français, focalisés sur le Mali, fortement influencés par l’Etat-major de l’armée française, se sont appuyés sur le dictateur tchadien Idriss Déby, sans faire pression pour obtenir des progrès sur l’état de droit et le processus de démocratisation. En 2016, Idriss Déby a inversé le résultat de la présidentielle dans le silence de son allié français et de l’Union européenne. Le seul acquis depuis début 2016 pourrait être une légère baisse du niveau de répression alors que les leaders de la société civile et de partis politiques continuent pourtant d’être emprisonnés. C’est pourquoi, le devenir de la relation franco-tchadienne a été, dès le début quinquennat d’Emmanuel Macron, identifiée comme un marqueur probable de continuité ou de changement de politique du nouvel exécutif français dans sa relation avec les dictatures africaines.
En France comme au Tchad, l’annonce de la conférence des bailleurs de fonds des 6, 7 et 8 septembre a été interprété comme une affirmation de continuité de l’alliance française avec le dictateur. La société civile tchadienne a dénoncé l’organisation de la conférence qui risque de conduire à un « surendettement sans amélioration des conditions de vie de la population tchadienne », et a envoyé à Paris, Mahamat Nour Ibedou, secrétaire général de la Convention Tchadienne pour la Défense des Droits de l'Homme (CTDDH) et membre du Mouvement d'Eveil Citoyen (MECI). La diaspora tchadienne de Paris a organisé un contre-sommet dans un grand hôtel du centre parisien, le Normandy hôtel. Mais Mahamat Nour Ibedou a été bloqué sur le trajet en Ethiopie et n’a pu participé.
L’illustre blogueur Makaila Nguebla a présenté la conférence et les 3 panels, sur l’économie, la mauvaise gouvernance et les atteintes aux droits humains, et sur la relation politique entre la France et le Tchad. En introduction, Antoine Bangui, ministre entre 1962 et 1972, décrit la crise permanente du Tchad, la replace dans son historique, et rappelle que les efforts sont inutiles, tant qu’aucune alternance n’est possible, dans le déni sur l’absence de démocratie « avec des complicités étrangères ».
Lors du premier panel, l’activiste Thomas Dietrich explique la situation économique du Tchad, les pires indicateurs, la « manne pétrolière dilapidée », la mauvaise gestion, l’agriculture abandonnée, la santé et l’éducation méprisées, le plan National de Développement (PND) rédigé par un cabinet extérieur méconnaissant le pays. Françoise Wasservoegel, à partir de l’exemple du Mali, conclut à l’impossibilité pour la population de surveiller l’emploi des financements et de lutter contre la corruption. Bessane Darnace accuse les créanciers de l’Etat tchadien d’être derrière la conférence pour être remboursés et dénonce la construction des éléphants blancs.
Dans la 2e partie, Nadjo Kaïna, du mouvement citoyen Iyina, de passage à Paris, décrit la répression actuelle, revient sur son emprisonnement pendant 21 jours pendant lesquels il a subi le supplice du piment. Delphine Lecoutre, au nom de la campagne Tournons la page, retrace un historique des atteintes aux droits humains depuis 1990. Selon elle, Idriss Déby n’a plus d’argent pour corrompre et a remplacé la corruption par la répression autour la présidentielle de 2016. Selon Tahirou Hissein Daga, il est impossible de développer au travers de l’aide, alors que les jeunes ne peuvent participer. Le 5e intervenant, Djibrine Kirarch rappelle qu’il s’agit du 3e appel à l’aide international.
Je participe au troisième panel. Le premier intervenant, Laurent Duarte de Tournons la page parle de la continuité qui s’installe entre Hollande et Macron, évoque le fait que Déby a menacé de se retirer du G5 Sahel, et s’inquiète de l’influence grandissante de l’Allemagne dans des buts économiques. Julien Moisan, salarié de l’association Survie, maintenant très spécialisée sur l’armée française, pense que « dans la lutte contre le terrorisme, les dirigeants français, en diabolisant un tiers, priorise les relations et s’autorise les relations avec les dictatures ». Selon lui, « l’enjeu est de pouvoir critiquer la lutte contre le terrorisme qui accompagne un renforcement du régime tchadien ». Delphine Lecoutre évoque les manœuvres d’Idriss Déby qui a fait du Tchad « une puissance de circonstance ».
Mon intervention commence sur les élections au Tchad et en Afrique et termine sur l’analyse de l’évolution de la politique française. Le coup d’Etat électoral d’avril 2016 au Tchad a été l’un des 4 de l’année 2016, année des coups d’Etat électoraux en Afrique, plus précisément année des inversions de résultats de présidentielle. Le silence international a duré jusqu’au 4e, celui du Gabon, quand l’Ue a enfin protesté. Ces pays sont maintenant face à l’organisation des législatives, aux résultats plus difficiles à inverser.
La conférence des bailleurs de fonds arrive au moment où le président tchadien, qui accumule 5 présidentielles au processus électoral détourné depuis 1990, n’a plus aucune légitimité à gouverner, entre présidentielle au résultat inversé et report anticonstitutionnel des législatives. Et c’est à ce moment que le pouvoir français lui fait un cadeau, en le sortant de la banqueroute, comme le souligne International Crisis Group, et en lui assurant la poursuite du financement de ses actions militaires régionales sur le Nigéria ou le Mali, en justifiant ce sauvetage budgétaire par des discours sur les actions de développement incertaines dans le contexte politique actuel précaire du Tchad.
Cette action de sauvetage aurait nécessité une prise en compte globale de l’ensemble des problèmes du Tchad, dans l’écoute de la société civile et des opposants démocrates, mais elle est, au contraire, faite sans exigence de progrès, sans exigence de dialogue inclusif nécessaire au Tchad. Silence et mépris s’accumulent envers les démocrates, quand le seul interlocuteur reconnu reste le président actuel qui n’a jamais été élu.
Paris est soutenu dans cette action par l’Union européenne, qui augmente son aide de 550 Millions d’Euros sur 5 ans sans exigences de contreparties sur l’Etat de droit, la gouvernance, les processus électoraux. Emmanuel Macron essaye de gommer les divergences avec l’exécutif européen en associant les priorités françaises et européennes au niveau régional autour de Libye et du Mali. Emmanuel Macron et Jean-Yves Le Drian reprenne la structure de l’alliance sous Hollande en incluant Idriss Déby dans les opérations de contrôle migratoire avec le HCR au sud de la Libye, en plus des services rendus au Mali.
Il se profile une sorte d’échange : après ces services rendus, le dictateur a de bonne chance d’obtenir de nouveau une absence de soutien français à la démocratie et un recul européen sur ces mêmes points. Aucune contrepartie sur le processus de démocratisation n’est discutée ni lors du sommet des bailleurs, et ne le sera sans doute suite au sommet. La confusion entre la fonction présidentielle et la personne physique ‘Idriss Déby’ semble continuer puisque, comme lors de la présidentielle de 2016, il n’y a pas de critiques des conséquences des alliances militaires et sécuritaires dans l’impossibilité de démocratiser le Tchad. Il devient ainsi probable qu’en échange de ses services, Jean-Yves Le Drian et Emmanuel Macron ne demanderont rien à Idriss Déby concernant la qualité du processus électoral des législatives. Pire, le doute s’insinue concernant l’Ue.
Pourtant, l’exemple récent du Kenya, où l’on a observé un certain échec des missions d’observation, y compris occidentales, montre qu’il devient difficile de parler de maintien de la paix en Afrique sans envisager le contrôle sérieux des processus électoraux. Si la position de Macron et Le Drian n’évolue pas, elle restera obsolète et très critiquée par la jeunesse africaine. Au final, pour l’instant, avec un soutien qui se renouvèle à Idriss Déby et l’accent mis sur le développement dans le Sahel, Macron et Le Drian restent dans la fausse « approche globale » déjà proposée par François Hollande, une approche à deux domaines, « Paix et sécurité » et « développement », dans laquelle manque la « démocratie et l’état de droit » nécessaire à la véritable approche globale.
Régis Marzin
Ecrit et publié le 8 septembre 2017
Ajout du 19.9.19 : Par oral, j’ai aussi insisté sur l’anormalité de l’absence de date des législatives. Le MEAE a demandé un calendrier à Déby le 11.9.17. R. Marzin

dimanche 3 septembre 2017

2 septembre 2017, Paris, Togo : la colère et le ras-le bol gagnent Paris

Le 19 Août 2017, le jeune parti politique PNP, le Parti National Panafricain de Tikpi Atchadam, appelait les populations togolaises à des manifestations à Lomé, Anié, Sokodé, Kara et Bafilo. La répression a fait au moins 7 morts (vidéo), la plupart à Sokodé, ville de plus de 100 000 habitant-e-s du Centre du Togo. La responsabilité des morts est attribuée au Colonel Yark Damehane, actuellement ministre de la Sécurité et de la Protection Civile, déjà connu pour sa participation aux massacres de 2005 quand il fut accusé de torture par l’OMCT.
La coalition CAP 2015 autour de l’ANC et de son leader, Jean-Pierre Fabre, a le 22 août rejoint le PNP « en vue d’une mobilisation encore  plus forte  pour la libération du peuple togolais de la situation d’esclavage que lui impose le régime RPT/UNIR depuis plus d’un demi-siècle » et « pour mettre fin au régime RPT/UNIR ». Ils ont été rejoints le 23 par le groupe des 6 (partis) dans un appel à manifester les 30 et 31 août, puis les 6 et 7 septembre.
Pour Jean-Pierre Fabre et l’ANC ou CAP 2015, le ton a vraiment changé. Quelques jours auparavant, également le 19 août, au Gabon, Jean Ping avançait lui aussi vers la tension en disant : « À partir de ce jour, je ne vous retiens plus. En conséquence, je demande aux populations et à tous les Gabonais de la diaspora de se lever comme un seul homme pour marquer solennellement mon arrivée au pouvoir. » Un an après la seconde inversion de résultat de présidentielle d’Ali Bongo, le Togo rejoint-il le Gabon dans une résistance active à la dictature ?
Les 2 pays ont quelques points communs : la monarchisation des régimes dictatoriaux, la durée de plus de 50 ans sans alternance ni de président ni de parti depuis 1967, ou encore, la quantité d’inversions de résultats de présidentielles depuis 1990, 3 au Gabon (1993, 2009, 2016), 4 au Togo (1998, 2003, 2005, 2010) sur au minimum 12 répertoriées en Afrique. Par ailleurs, avec simultanément l’annulation de la présidentielle au Kenya, est-ce que quelque chose est en train de changer sur les processus électoraux en Afrique ?
Le retour à la constitution de 1992 pour le Togo, au-delà du respect de l’Accord politique global de 2006, signifierait l’application immédiate de la limitation du nombre de mandats. En cours de 3e mandat de Faure Gnassingbé, l’opposition togolaise se sent maintenant légitime pour demander, comme le font les congolais en RDC, le départ de leur chef d’Etat pour entrer dans une période de transition vers la démocratie. Cette hypothèse est optimiste, mais Faure Gnassingbé a constamment refusé d’appliquer l’accord de 2006 qui aurait déjà dû le faire partir au bout de 2 mandats, et il a déjà inversé deux résultats de présidentielle.
Le changement actuel est que la contestation ne se limite plus au Sud du Togo et a gagné le Centre. Depuis plusieurs décennies, le régime des Gnassingbé a tenté d’enfermer les togolais-es du Centre et du Nord dans un statu quo politique mêlant sous-développement, limitation des transports, censure maximale de l’information et fraudes massives aux élections. Une prise de conscience des populations du centre et du nord d’avoir été, au final, victime des manipulations d’un clan prédateur des richesses, pourrait maintenant être difficile à gérer pour le pouvoir.
Les togolais-es se mobilisent aussi à Bruxelles et à Strasbourg. Le reste du vieux réseau datant de Louis Michel y est peut-être encore actif. Le directeur Afrique du SEAE, le belge Koen Vervaeke affiche malheureusement,  en particulier sur twitter, une certaine proximité et familiarité avec le pouvoir togolais.
A Paris, la manifestation était organisée par le Conseil Mondial de la Diaspora Togolaise (CMDT), mené par son président, Raymond Ayivi, avec le soutien d’autres organisations de société civile proche de l’opposition démocratique, telle que Synergie Togo. Elle a rassemblé près d’un millier de personne, rappelant ainsi les manifestations de 2005. Un an de mobilisation des gabonais-es sur Paris a donné l’exemple. D’autres rendez-vous sont prévus à partir du 6 septembre.
Régis Marzin, 
3 septembre 2017

mardi 29 août 2017

29 août 2017, Paris : en passant par le Ministère des affaires étrangères

L’après-midi "Je rencontre un ambassadeur" m’a permis pour la première fois de mettre un pied dans le MAE et de voir des personnes dans le IN alors que travaille dans le OFF, de voir la surface des choses à défaut de mieux, de ressentir un peu l’ambiance. C’était une promenade de fin d’été, parce que le rendez-vous était plutôt axé sur les étudiant-e-s parisien-ne-s et pas sur les journalistes.
Il y avait des débats dans des salons intitulés « confidences d’ambassadeurs ». J’ai manqué Christophe Guilhou sur Djibouti. Romain Nadal ne parlait plus d’Afrique mais du Vénézuela. Hélène le Gall ne parlait plus non plus d’Afrique et se dépatouillait face aux questions du public comme : « Accepteriez-vous d’être ambassadrice à Daesh ? Puisque vous avez accepté d’être ambassadrice en Israël qui a chassé les palestiniens ? ».
Sur l’Afrique, j’ai pu écouter quelques minutes Evelyne Decorps, ambassadrice au Mali, ex-ambassadrice au Tchad entre 2013 et 2016. La consigne était de parler du métier plus que des sujets de fond. Alors elle ne disait pas grand-chose à part qu’elle invite les ONG dans les cocktails et n’a pas besoin de les voir en réunion trop souvent.
La contrainte de ne pas parler des sujets importants rappelait celle du métier de diplomate, d’accepter tout sans broncher, ou presque. Je me suis dit que je la voyais tout à fait dans le rôle qu’elle a eu plusieurs années au Tchad, pendant les années de réhabilitation d’un des pires dictateurs d’Afrique. Oui, à l’écouter, je la voyais bien parlant décomplexée avec Idriss Déby du Mali et de la Centrafrique, ou de la présidentielle en avril 2016. Une inversion de résultat, ce n’est pas très important pour une diplomate chevronnée, capable de tout encaisser sur les processus électoraux en Afrique. Naïvement, je me suis demandé si elle avait encore conscience des choses, du décalage entre les faits et une éthique politique normale.
Passons sur les fausses confidences à la française et les marivaudages de salons parisiens ! Je n’étais pas initié, et je n’avais pas droit aux primeurs des réactions après le discours présidentiel du matin axé sur la Libye et le Mali, où l’on pouvait peut-être, selon mes hypothèses et déductions rapides, comprendre que les miliciens libyens qui empêcheront les européens de bloquer humainement les flux migratoires auront peut-être un jour des problèmes, une fois que la pression remontera du Niger et du Tchad.
Le vrai programme, c’était 3 conférences : ‘Le multilatéralisme peut-il encore préserver la paix ?’, ‘Avec le Brexit, quel avenir pour l’Union Européenne ?’, et ‘La cyberguerre aura-t-elle lieu ?’. La conférence qui me concernait était celle sur l’Onu et le maintien de la paix, avec Alexis Lamek le représentant permanent de la France auprès de l'ONU, Véronique Roger-Lacan, ambassadrice, représentante permanente auprès de l’organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), Christian Bader, ambassadeur en République centrafricaine. Le cinéaste Eric Rochant était aussi sur le plateau.
Christian Bader a parlé d’ « échec » du maintien de la paix de l’Onu en Centrafrique, et d’un besoin d’« adapter les moyens », de « faire évoluer les missions de l’Onu ». Il a indiqué que « l’appréciation de la crise en Centrafrique n’avait pas été correctement faite avant d’intervenir, au niveau répartition des richesses, pouvoir, religions…». Faut-il le croire puisque la Centrafrique était sacrifiée pour agir au Mali pendant l’alliance entre Hollande et Déby en 2013 ? Ensuite, Sangaris a bien sûr « évité le bain de sang et (permis) un processus démocratique ».
Il admet une « dimension sous-régionale » et que « les voisins étant partie prenante de la crise et une partie de la solution ». Cependant, le diplomate m’a semblé un peu indécis sur la suite, sur les moyens à mettre en œuvre pour empêcher le pays de sombrer de nouveau. Il a parlé du besoin d’une armée nationale, mais n’a pas parlé de désarmement, alors que le programme de DDR (Démobilisation, désarmement, réinsertion) allait être lancé le lendemain. Etait-il en attente d’instruction plus précise de Jean-Yves Le Drian ou de l’Elysée ? ou n’était-ce pas l’endroit pour parler de l’essentiel ?
Véronique Roger-Lacan a rappelé que l’OSCE intervient plus sur l’Ukraine et dans les relations avec la Russie, elle s’est plainte que « les russes utilisent notre argent (le budget de l’OCDE) pour décortiquer les actions de sécurités internationales ».  Eric Rochant a proposé de parler de « désidéoligisation et de complexification des conflits ».
Alexis Lamek a précisé que tous les pays n’était pas au même niveau d’ambition et que la Russie était opposée à de bonnes opérations de la paix. Par ailleurs, il a parlé d’Antonio Guterres comme du meilleur Secrétaire général de l’Onu, se préparant « à faire ressembler l’Onu à un gouvernement », alors que « le temps est venu pour des réformes » favorable aux émergents, Brésil, Inde et pays d’Afrique.


La troisième table-ronde sur la cyberguerre était également intéressante. Entouré des ambassadrices en Estonie, Claudia Delmas-Scherer, et en Ukraine, Isabelle Dumont, l’ambassadeur chargé de la cyber-diplomatie et l’économie numérique, David Martinon, a redit ses inquiétudes devant la « cyberguerre froide actuelle, pour l’instant sans victime, multipolaire, en affrontement direct au travers de mercenaires ». Même si le « naming et le shaming est embarrassant », il a été discrètement question de la Russie et un peu de la Chine, et, le diplomate a, en conclusion, évoqué « les options de sanctions en réflexion actuellement ».
J’étais venu pour essayer d’entendre parler de l’Afrique et j’ai compris que les diplomates étaient en ce moment surtout inquiets en raison des relations tendues avec la Russie, même si cela n’est discuté qu’à mots couverts, et des difficultés de fonctionnement du Conseil de sécurité des Nations-Unies, aggravées par l’arrivé de Donal Trump. La Centrafrique était finalement le seul pays africain mis en exergue sérieusement et sur lequel quelques messages ont été communiqué publiquement mais sans approfondir.
Régis Marzin,
Écrit et publié le 3 septembre 2017

lundi 3 juillet 2017

2 juillet 2017, Paris, Djibouti : conférence autour de l’USN

Ce dimanche, a lieu à la mairie du 2e arrondissement de Paris, une commémoration de 40 ans de répression à Djibouti, à laquelle j’ai été invité à intervenir par l’Union pour le Salut National et son représentant en France, Maki Houmed-Gaba. Arrivé tard dans cette journée, concentré sur mon intervention, je ne suis pas en mesure de faire un compte-rendu et j’évoque ici uniquement mon message.
Je parle dans le dernier panel, modéré par l’illustre blogueur tchadien Makaila Nguébla, sur les élections à Djibouti et en Afrique. Je commence par replacer la situation djiboutienne dans le contexte électoral africain. 2016 a été l’année des coups d’Etat électoraux en Afrique, avec 4 inversions de résultats de présidentielles, au Congo Brazzaville, à Djibouti, au Tchad et au Gabon. L’inversion de résultat à Djibouti est passée inaperçue parce que le processus électoral a été détourné et quasiment détruit en amont. Les djiboutiens ont majoritairement boycotté le scrutin mais celui-ci a tout de même eu son résultat inversé.
Je rappelle la règle : « Il ne s’observe pas de présidentielle correcte en dictature sans une transition vers la démocratie préalable », et il n’y a eu que 3 exceptions, au Ghana en 2000, au Kenya en 2002, deux cas de limitations à 2 mandats acceptées, puis en Gambie fin 2016, grâce à une intervention militaire extérieure.
Depuis 1990, pour 120 élections présidentielles, concernant 70 chefs d’Etat en dictature stable, il y a eu 25 élections boycottées, soit 20,83%, 62 processus détournés en amont sans boycott, soit 51,67%, 10 mascarades le jour du vote, soit 8,33%, et seulement 12 coups d’Etat électoraux ou inversion de résultat à la compilation des procès-verbaux et à la publication des résultats, soit 10%. L’élection d’avril 2016 à Djibouti fait partie de ces 12 dernières, bien que la destruction en amont du processus électoral ait été beaucoup plus visible.
Je reviens ensuite sur les responsabilités internationales, françaises et européennes à partir des législatives de 2013, en résumant mon étude d’analyse du processus électoral djiboutien du 5 juillet 2016, pour arriver au blocage de la situation actuelle dans l’indifférence internationale.
Comme au Congo Brazzaville, le président djiboutien n’a pas essayé de de donner l’apparence d’une démocratie formelle, il a voulu montré son mépris de la démocratie, sa capacité à écraser l’opposition et sa capacité à neutraliser les interventions étrangères en faveur de la démocratie. Il a profité de la complicité de l’Union africaine au travers d’une fausse mission d’observation.
Déplaçant le débat sur le plan sécuritaire, Ismaïl Omar Guelleh a utilisé à partir de mi-2015 la mise en concurrence entre français, américains et chinois pour se placer en position d’arbitre pouvant choisir ses partenaires sans subir de pressions. La présence chinoise, nouvelle, introduite juste au bon moment pour faire un effet maximum, lui redonne du souffle.
En décembre 2015, IOG a utilisé l’attentat du Bataclan à Paris pour réprimer juste après son opposition sachant que le gouvernement français tombait dans une obsession sécuritaire. Il a aussi habilement profité que la politique africaine était en France passée des mains du ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, à celles du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian.
Au niveau européen, il y a des divergences entre le parlement européen qui soutient au maximum les démocrates djiboutiens, le SEAE plus réaliste dans une approche globale équilibrée sur plusieurs pôles, et les dirigeants des Etats européens. Un processus autour de l’accord de Cotonou n’a pas été enclenché par l’Union européenne. La CPI n’a pas non plus joué son rôle à Djibouti.
Pendant le débat, nous revenons en particulier sur l’Union africaine et l’Union européenne. Un plaidoyer vers l’Ua est sans doute nécessaire, mais il est impossible d’estimer quand il pourrait porter des fruits. La relation entre l’Ue et l’Ua va aussi évoluer, en particulier lors des renégociations sur l’Accord de Cotonou d’ici 2020.
L’année 2016 a été désastreuse au niveau des élections en Afrique. Après les inversions de résultats des présidentielles, les crises électorales perdurent dans l’organisation des législatives, en particulier en Afrique centrale. Une mascarade électorale aura lieu au Congo Brazzaville le 17 juillet, et les législatives djiboutiennes pourraient avoir lieu en février 2018. Dans ces deux pays, le processus de démocratisation est totalement à l’arrêt et les dictateurs ne laissent aucune marge de manœuvre. Le constat est amer mais nécessaire.
Régis Marzin, 3.7.17