mercredi 31 mai 2017

31 mai 2017, Aubervilliers, les balles du 14 juillet 1953

Daniel Kupferstein, également auteur de 2 documentaires sur le 17 octobre 1961 et sur le massacre de la station de métro Charonne le 8 février 1962, vient à Aubervilliers pour présenter son livre et son documentaire sur un massacre méconnu à Paris, celui du 14 juillet 1953 lors d’une manifestation du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques, parti politique du leader algérien Messali Hadj. J’arrive après le débat à la librairie, pour voir le film « Les balles du 14 juillet 1953 » et je ne peux pas faire de photos.
Le 14 juillet 1953, la manifestation est organisée avec le soutien du PCF et de quelques associations comme le Mouvement de la paix. Les revendications concernent la guerre en Indochine, les arrestations de membres du PCF en France, et, pour l’Algérie, la libération de Messali Hadj, l’égalité entre français et algériens, les élections en Algérie. Elle rassemble essentiellement des algériens, des syndicalistes et des communistes. Quand la partie algérienne du cortège est arrivée Place de la Nation, les CRS ont ouvert le feu, avec des pistolets, faisant 7 mort et 50 blessés. Un des morts était un ouvrier de la CGT, Maurice Lurot, dont la famille s’est battue, en vain pour obtenir justice. Le documentaire présente longuement les 6 victimes algériennes.
Le préfet de police responsable est Jean Baylot, un ancien résistant, qui « a réintégré de nombreux policiers révoqués en 1945 » et a reconstitué la Brigade nord-africaine. Le Ministre de l'Intérieur des gouvernements Joseph Laniel, du 28 juin 1953 au 18 juin 1954, Léon Martinaud-Déplat, du Parti radical-socialiste, a défendu les CRS en parlant de légitime défense. Le reportage de Daniel Kupferstein rappelle les faits sans aucun rapport avec de la légitime défense. La justice mène ensuite une fausse investigation sur une prétendue « rébellion ». Un procès a lieu en 1957, reprenant uniquement la version policière.
Suite à ce massacre, les cortèges ouvriers seront interdits à Paris. Les manifestations du 1er mai ont disparu entre 1954 et 1968. Le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques en sortira affaibli et une partie supplémentaire des militants algériens pour l’indépendance se tournera vers la lutte armée. La désillusion sur l’obtention de l’indépendance par la voie pacifique avait commencé après les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata en mai 1945, et s’accélérera alors en 1953. Le MTLD se scindera en deux fin 1953 et définitivement en août 1954.
Une banderole attire mon attention. Ce 14 juillet les manifestants avait écrit « Assez de trucages électoraux ». Le 11 avril 1948, ont eu lieu des élections pour le deuxième collège de l'Assemblée algérienne, 60 députés sur 120 élus par 1 300 000 citoyens « de statut musulman». Les fraudes électorales, des bourrages d’urnes surtout, et 8 personnes tuées par les forces de l’ordre ont fait scandale. Les partis algériens, le MTLD n’a eu que neuf députés et l'UDMA de Ferhat Abbas huit, alors que les « deux mouvements avaient obtenu un très grand nombre de voix aux élections municipales de 1947 ». L’assemblée en était ressortie dominée par les « béni-oui-oui ». Les fraudes continueront en 1954.
Ainsi l’expérimentation des fraudes électorales par les français en Afrique a commencé le 11 avril 1948 en Algérie. Daniel Kupferstein me précise que « la démocratie était intolérable pour les colons ». Le janvier 1948, en Inde mourrait Gandhi qui lui avait exigé à la fois l’indépendance et la démocratie, ce qu’il avait obtenu le 15 août 1947, mais cela n’a rien à voir…
Régis Marzin, 
écrit et publié le 6.6.17

samedi 27 mai 2017

27 mai 2017, Aubervilliers, il était une fois l’esclavage

Ce samedi 27 mai, à l’Embarcadère, le service de la Vie associative et des Relations internationales d’Aubervilliers organise une journée sur l’esclavage. En arrivant, dans le hall, au milieu d’autres expositions, je discute de Ouidah, et de la mémoire de l’esclavage au Bénin, comme je connais un peu le Bénin.
Une première conférence a pour thème ‘L'esclavage dans le monde aujourd'hui, l'exemple de la Mauritanie’. Le chercheur Daouda Ndiaye reprend la problématique à partir de la structure de la société Soninké, organisée en classes, avec une noblesse de chefs de villages et de savants, des castes de métiers, et des familles dépendantes des familles de noblesses. L’esclavage dans lequel les maîtres avaient tous les droits, a été supprimé en 1970, mais la dépendance est restée après cette étape d’affranchissement. La loi n’est pas bien appliquée. Dans le lien traditionnel, l’entraide est obligatoire, les familles restent proches. Waly Diawara, de l’Association Ensemble pour l'Espoir et le Développement (EED) complète les explications. Dans certains cas, les anciens esclaves et maîtres ne se parlent plus. Il n’y a pas de mariages entre castes. Il y a une division ethnique qui s’ajoute. L’Etat a créé une agence pour lutter contre les séquelles, Tadamoun, qui s’attaque à la pauvreté. Daouda Ndiaye me précise ensuite, qu’il y a des élections locales mais que l’ordre ancien se perpétue, quand les élus sont ‘nobles’ et très rarement des familles d’esclaves. Selon lui, les mentalités n’évoluent pas assez, et il y a un problème de société. Comme j’insiste un peu sur l’absence de démocratie en Mauritanie, il reconnaît que la citoyenneté est aussi mal comprise au niveau national.
Après un court-métrage, et un film de bilan historique parrainé par l’Unesco, le second débat rassemble Marcel Dorigny, historien spécialise de l’esclavage, Huguette Marcelin, originaire d’Haïti, Dominique Sopo de SOS-Racisme, et l’animateur Alphonse Karim, du cinéma le Studio.
Marcel Dorigny est passionné. Il démarre sur la révolte de St-Domingue entre 1891 et 1803 quand 500 000 esclaves ont pris les armes. Il n’y avait alors que 600 000 esclaves aux USA. Les français ont accordé l’abolition pour éviter une conquête anglaise. Ce fût la seule insurrection victorieuse. Cela me rappelle le film « Queimada », ce chef d’œuvre, une fiction dans laquelle on devine que des esclaves libérés transformés en ouvrier agricoles pouvaient ensuite rapporter autant d’argent aux propriétaires et aux investisseurs dans le sucre. En Amérique du sud, l’esclavage est resté après les indépendances. Lors du débat avec la salle, l’historien précise que l’esclavage sous l’empire romain n’était pas « racialisé », alors que « l’esclavage colonial est racialisé ». Il estime à 13 millions le nombre de personnes transportés dans la traite atlantique, en s’appuyant sur des archives des sociétés d’assurances à Londres, en évaluant à 5 ou 6 fois plus le nombre de morts autour du commerce avant les départs, soit 70 millions de morts. Dans son « Atlas des esclavages », bourré de cartes et de graphique, se remarque un graphique des quantités de personnes annuellement transportées sur plusieurs siècles, on remarque les guerres en Europe qui limite le commerce. Il n’y a pas d’archives pour la traite « arabo-musulmane » qui a déporté entre 8 et 13 millions de personnes.
Huguette Marcelin précise quelques faits sur Haïti et remercie Christiane Taubira, dont la loi de 2001 a permis la reconnaissance de l’esclavage en crime contre l'humanité. Dominique Sopo intervient sur le racisme. Selon lui, pour justifier l’utilisation, on a construit une théorie raciale. Il constate qu’en 2017, lors de la cérémonie du 10 mai, il y avait « des blancs dans la tribune et des noirs en bas ». Il regrette que Jean-Marc Ayrault ait été nommé à la tête d’une Fondation sur l’esclavage à la place d’une personne concernée.
Carlos Semedo, le directeur de la Vie associative et des Relations internationale conclut en souhaitant aller plus loin. Il propose de renouveler ce rendez-vous tous les ans.
Régis Marzin
Article écrit et publié le 6 juin 2017

samedi 15 avril 2017

15 avril 2017, Bonneuil-sur-Marne : Tchad : 25e anniversaire de l’UNDR

Anniversaire du parti politique tchadien Union Nationale pour la Démocratie et le Renouveau, parti de Saleh Kebzabo. Je suis présent uniquement à la fin de l’événement. J’interviens rapidement sur le bilan africain de 2016, l’année des coups d’état électoraux.
En 2017, Tchad et Gabon se retrouve dans des positions différentes pour aborder la question des législatives : après les coups d’Etat électoraux, l’opposition tchadienne menée par Saleh Kebzabo exige dialogue et législatives rapides, quand, l’opposition gabonaise menée par Jean Ping rejette le faux dialogue et s’interroge sur la perspective des législatives, la population considérant que les législatives risquent de ‘valider’ le coup d’Etat électoral de 2016. La différence entre les deux pays vient aussi des différents niveaux de violence atteint pendant les coups d’Etat électoraux, en raison du massacre au Gabon.
Régis Marzin
Article écrit et publié le 20 avril 2017

jeudi 13 avril 2017

13 avril 2017, Paris, Afrique : 1ere approche du bilan du quinquennat

Ce jeudi 13 avril, je suis invité par la commission Transnationale d’Europe Ecologie Les Verts à parler de « la politique africaine de la France durant le quinquennat de François Hollande ». J’interviens comme journaliste dans le premier panel, avec Félix Blanc, qui est enseignant-chercheur à l’EHESS et a contribué au « Livre Vert de la Défense » (Sénat / EELV, 2014) et Julie Owono d’Internet sans frontières. La modératrice est Elise Lowy, déléguée aux relations internationales du bureau exécutif d’EELV.
Le second panel est ensuite dédié aux cas de Djibouti, du Gabon, du Tchad et du Congo Brazzaville, avec pour intervenants Maki Houmed-Gaba, représentant en France de l'Union pour le Salut National (de Djibouti), Makaila Nguebla, le célèbre blogueur tchadien et Benjamin Moutsila, de la Fédération des Congolais de la Diaspora (Congo B), et le modérateur Régis Essono, responsable du groupe Afrique EELV également mobilisé sur le Gabon.
J’interviens en premier sur le bilan de François Hollande. Je commence par préciser les phases. On ne peut comprendre la politique française en Afrique sans voir le lien avec la seconde phase du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Sous Sarkozy, il y a eu d’abord la période Kouchner au Ministère des affaires étrangères de 2007 à 2010, puis le passage d’Alain Juppé du ministère de la défense au MAE, avec, alors, les interventions militaires en Libye et en Côte d’Ivoire, qui ont replacé l’armée française au centre du jeu politique après une période de retrait. Donc en 2012, Hollande et le gouvernement ont récupéré un processus de revalorisation de l’armée française déjà fortement engagé, qu’ils n’avaient ensuite qu’à poursuivre, d’une autre manière.
La première phase a été courte : mi-2012 à fin 2012, une période d’indécision avec des signaux positifs sur la démocratie. Puis à partir du voyage de Déby à Paris en décembre 2012, jusqu’à mi-2014, s’est déroulé la phase liée à la guerre au Mali, où l’influence de l’armée française a déséquilibré la politique française, où la démocratie a été oubliée, ce qui a permis aux dictateurs des ex-colonies d’en profiter. A partir de mi-2014, quelques mois après le remplacement de l’Amiral Guillaud par le général de Villers comme chef d’Etat-major de l’armée, les excès ont été gommés, et la politique s’est partiellement rééquilibrée, sans arriver pour autant à un discours correct sur la démocratie. Le pire venait d’être évité en Centrafrique en obligeant Déby à laisser la place aux forces de l’Onu et c’est aussi très important de souligner ce qui a failli arriver. Puis, le gouvernement a fait preuve d’un certain suivisme sur la crise des constitutions dans les Grands lacs, en participant correctement sur la RDC et le Burundi, mais le soutien à Sassou en octobre 2015 sur le référendum est resté comme la pire erreur. La forte mobilisation sur le climat a suivi et concerne fortement l’Afrique. En 2016, année de 4 coups d’Etat constitutionnel, l’exécutif français a finalement choisi de ne pas s’engager pour la démocratie, comme le reste de la communauté internationale.
Un autre point de vue consiste à constater qui ont été les décideurs de la politique française pendant 5 ans. L’étude détaillée de la participation française au génocide du Rwanda a permis de comprendre un peu mieux ce que peut-être un fonctionnement en « cercle restreint », sans vouloir en comparer les effets. Les principaux décideurs ont été autour de François Hollande, le Ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, et son chef de cabinet, Cédric Lewandowski, le Ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, puis Jean-Marc Ayrault, et leurs directeurs Afrique, Jean-Christophe Béliard, puis Rémi Maréchaux en 2016, les conseillers à l’Elysée, Hélène Le Gal et Thomas Mélonio, les chefs d’Etat-major, l’Amiral Guillaud, puis en 2014 le Général de Villiers, et le chef d’Etat-major particulier du président, le Général Puga, remplacé mi-2016 par le Général Rogel. Le parlement français s’est contenté de suivre le mouvement en proposant quelques bons rapports.
En fin de mandat, Hollande assume son non-engagement pour la démocratie, en parlant de sécurité et de développement en oubliant la démocratie. D’un point de vue théorique, l’ « approche globale » en 3 pôles, ‘Paix et sécurité’, ‘Economie et développement, ‘Démocratie et droits humains’ est pourtant acceptée et a été appliquée en Centrafrique et en RDC. La question qui se pose en France est la capacité d’équilibrer les 3 pôles si l’influence de l’armée est forte. Sous Hollande, cela n’a pas été équilibré du tout. Cela a fragilisé l’approche européenne à ce niveau. Au pire, le danger serait que l’Union européenne s’habitue à ce déséquilibre en France et s’en accommode au point de vouloir utiliser les forces françaises comme son bras armé sans exiger d’effort du gouvernement français sur la démocratie en Afrique. Ce déséquilibre a par ailleurs participé à scinder en deux la gauche et la droite du PS et à affaiblir l’alliance de gouvernement avec les Verts.
Pourtant, les socialistes avaient une solution évidente à appliquer en Afrique, celle de participer à exiger fermement une augmentation de la qualité technique des processus électoraux, sans concession pour les fraudeurs. L’influence des militaires français et l’alliance avec Idriss Déby ont empêché le débat à ce niveau. Le gouvernement français s’est coupé des sociétés civiles et des démocrates africains.
L’année 2016, année des coups d’Etat constitutionnel aboutit sur la crise des législatives d’Afrique centrale. La position européenne critique sur le Gabon montre en négatif la mauvaise position française. Le PS n’avait sans doute pas de recul sur l’histoire des élections en Afrique depuis 1990. Le génocide des Tutsis du Rwanda en 1994 a fortement terni de bilan de François Mitterrand mais a aussi caché l’arrêt brusque vers 1994-1995 du lancement d’un processus de démocratisation continental rapide entre 1990 et 1994. Le PS aurait sans doute eu à faire un travail de deuil sur sa participation historique ambivalente dans les années 90 avant de revenir au pouvoir en 2012.
Ayant assez développé ma partie, je résume la suite de la conférence plus rapidement. Félix Blanc souligne le rejet de la jeunesse africaine, et revient sur la coopération militaire, le redéploiement, avec 10 000 soldats actuellement, le poids du ministre augmenté par exemple par la cosignature rétablie par Hollande des ordres par Ministre de la défense.
Julie Owono explique que la politique française a été décevante concernant la défense des libertés sur internet. Le gouvernement a mis l’accent sur les aspects économiques en réaction au recul de la présence française, sans constater que la liberté économique est impossible sans liberté politique. Lors des élections, les coupures d’internet se sont multipliées, parfois, alors que des gens se faisait massacrer. Elle souligne aussi le risque au niveau de la perception des jeunes. Elle insiste sur la coupure actuelle au Cameroun anglophone, puis précise que la coupure d’internet est une spécialité des pays francophones.
Un court débat permet de parler de l’élection française de 2017. Je suppose que la question des élections en dictature ne tardera pas à revenir sur le devant de la scène, en particulier en Afrique centrale, et qu’un nouveau gouvernement français va devoir se positionner plus clairement. En particulier, il faudra observer comment évoluera la position française en vue des législatives au Tchad. L’alliance avec le dictateur-fraudeur peut-elle perdurer ? Les effets négatifs de cette alliance ont déjà été bien analysés. Une question qui se pose dans le contexte actuel est aussi de savoir si le point de vue des partis politiques compte face à l’appareil d’Etat, puisque les partis politiques seront plus nombreux à l’Assemblée et que le débat pourrait s’approfondir.
Pendant le seconde panel, sur le Gabon, Régis Essono souligne qu’après 8 mois, Hollande n’a rien dit, ce qui place les français « à la croisée des chemins », « à devoir décider si la France est du côté de la démocratie ou du côté de ses intérêts ».
Sur le Congo Brazzaville, Benjamin Moutsila, rappelle ce qui s’est passé en octobre 2015, quand le gouvernement congolais a fait des affiches avec la phrase de Hollande sur la constitution. Hollande n’a ensuite rien dit sur la cinquantaine de morts qui ont suivi, ce qui a évoqué les « massacres à huis-clos des années 1997-2000 ». Il explique qu’il y a actuellement des morts en forêts dans le Pool.
Sur Djibouti, Maki Houmed-Gaba de l’USN revient sur les 6 bases militaires dont dépend son pays. Il y a « un mauvais mariage avec la France, qui s’est aggravé ». Les bases militaires servent aussi à enregistrer les communications au Soudan, en Erythrée, au Yémen, en Arabie saoudite. Les loyers des bases ne sont pas redistribués. 60% de la population est au chômage, 40% dans une « pauvreté absolue ». En 2013, le résultat des législatives a été totalement inversé, au bout d’un moment l’ambassadeur de France a demandé la publication des procès-verbaux, mais quand Guelleh a refusé, il n’a pas insisté, puis cet ambassadeur trop exigent a été retiré avant le coup d’Etat électoral d’avril 2016. Maintenant, « la France est dépassée par son propre jeu, avec la base militaire chinoise et une économie qui tourne sans la France ».
Sur le Tchad, Makaila Nguebla est lui aussi très critique, car « Hollande est arrivé après le printemps arabe, puis s’est embourbé dans un certain strabisme, en ne soutenant pas la société civile, les journalistes, les démocrates neutralisés ». Les élections fraudées ont eu lieu au nez et à la barbe de Hollande. Paris ne s’est pas indigné des exactions de son allié. Le Drian est devenu l’ami de Déby. Les tchadiens ont été « humiliés ». Selon lui, au lieu de croire que Déby est indispensable à la lutte contre le terrorisme, les français et européens devraient s’appuyer sur la société civile et les media libres. Voir aujourd’hui Le Drian avec Macron l’inquiète alors que cela devrait poser problème aux électeurs.
Régis Essono conclut sur le mauvais calcul à court terme du soutien aux dictatures par le biais sécuritaire, alors que les dictatures alimentent les flux migratoires et sont un facteur de violence. Puis Lucie Schmidt de la Fondation pour l’Ecologie politique souligne l’importance des « lanceurs d’alertes » et le besoin d’« une démocratie réelle ».
Régis Marzin, 
article écrit et publié le 20 avril 2017 

dimanche 26 mars 2017

26 mars 2017, Paris, Togo : Jean-Pierre Fabre à Paris

Un des leaders d’une opposition démocratique d’une dictature africaine est à Paris ce dimanche 26 mars, le ‘chef de file de l’opposition’ togolaise, Jean-Pierre Fabre. Il a failli en croiser un autre, Jean Ping. Le débat est organisé par la fédération Internationale Europe-Asie de son parti, l’ANC. J’arrive pour le débat après la première intervention qui sera ensuite publiée sur le site de l’ANC.
Dans ce discours, Jean-Pierre Fabre insiste sur une des priorités actuelles, « le processus de décentralisation et le calendrier des élections locales » promises il y a déjà 12 ans. Il revient également sur la mascarade présidentielle de 2015, le rôle de la CENI et sa « proclamation de résultats non délibérés en plénière et donc « sans aucune base légale » selon la mission d’expertise électorale de l’UE ».
Concernant les réformes institutionnelles bloquées depuis l’Accord politique global de 2006 (APG), l’ANC vient aussi de recevoir la réponse à sa « requête demandant à la Cour Constitutionnelle, d’enjoindre l’Assemblée nationale de mener à son terme la procédure d’examen et d’adoption des propositions de loi de révision constitutionnelle, abusivement interrompue et gelée ». Il dénonce la Commission nationale de réflexion sur les réformes institutionnelles et constitutionnelles crée par Faure Gnassingbé, « dans le but évident d’enterrer l’APG et de s’offrir d’autres moyens de s’accrocher au pouvoir. »
Puis, Jean-Pierre Fabre dénonce les atteintes aux droits humains et la répression des dernières manifestations, comme les atteintes à la liberté de la presse.
Lors du débat, la diaspora revient sur la présidentielle de 2015, et la stratégie de l’ANC. Jean-Pierre Fabre reprend avec quelques détails l’historique impliquant le Collectif Sauvons le Togo (CST) et la coalition Arc-en-ciel, aux législatives de 2013, quand ils y « sont allés sans préparation ». Il admet déçu : « on a travaillé avec des gens avec qui on n’aurait jamais dû travailler », sans donner de nom.
En 2015, « la candidature unique était prévu s’il n’y avait pas de réformes », et « l’Arc-en-ciel a choisi un candidat ». Selon lui, « la candidature unique permet au pouvoir de diviser l’opposition », comme un « Plus Grand Commun Diviseur (PGCD) de l’opposition ».
Il revient sur la réunion avec Alassane Ouattara et John Dramani Mahama qui sont venus sortir Faure Gnassingbé vainqueur par magie des compilations de la CENI. Faure Gnassingbé avait placé comme interprète Anglais-français du président ghanéen une chargée de mission de la présidence pour espionner.
Concernant le général Sangaré et l’OIF, il explique que « maintenant, l’OIF ne veut plus faire d’observation, et veut aider à établir des fichiers électoraux en travaillant sur l’état civil ».
Sur les élections locales, Jean-Pierre Fabre explique : « tout est flou », « si on se soulève pas, il n’y aura rien, … il faut que le togolais se soulève », « je ne peux parler que du vote », « l’article 150 (de la constitution) donne le droit de soulever ». Il précise : « mobilisation et élections, c’est les deux à la fois », il n’y a « pas d’impasse sur les élections », « la lutte n’est pas une question de réforme ou pas ». Il préfère ne pas parler de tout concernant la stratégie, en évoquant un point de départ en 1998.
Le débat est aussi abondant en critiques, ce qui l’oblige aussi le politicien à être souvent dans une position défensive. Les multiples échecs des démocrates au Togo depuis 1990 marquent sans doute les esprits. Jean-Pierre Fabre évite-t-il d’essayer de résoudre la quadrature du cercle togolais en « combattant incompris » ?
Pendant le pot, je signale au leader de l’opposition que j’ai récemment découvert (cela sera expliqué dans une étude pas encore publiée) que le Togo était, grâce à la famille Gnassingbé, recordman d’Afrique des coups d’état électoraux, c’est-à-dire des processus électoraux avec inversion du résultat au moment de la compilation des procès-verbaux et de la publication du résultat national. En effet, le Togo a déjà connu 4 inversions de résultats en 1998, 2003, 2005 et 2010, soit un tiers des 12 coups d’état électoraux lors de présidentielles, répertoriés dans toute l’Afrique depuis début 1990. Un coup d’état électoral n’est pas en soi pire qu’un processus électoral détourné en amont, mais ce record d’Afrique togolais devrait tout de même attirer l’attention.
Mohamed Ibn Chambas, représentant du secrétaire général de l’ONU en Afrique de l’Ouest, connu comme soutien de Faure Gnassingbé, voit aujourd’hui dans la chute de Jammeh en Gambie, « le début d’une nouvelle ère » grâce à la « diplomatie préventive régionale ». Il est peut-être temps pour lui de se souvenir du besoin d’une  limitation à deux mandats dans la constitution au Togo, puisque la Gambie et le Togo restent les deux seuls pays d’Afrique de l’Ouest sans limitation. Aujourd’hui Faure Gnassingbé se retrouve seul chef d’Etat concerné et le rôle de la « diplomatie préventive régionale » serait de faire pression sur Faure Gnassingbé pour qu’il respecte enfin les réformes de l’Accord politique global de 2006, pour sortir enfin de « l’injonction paradoxale togolaise ».
Régis Marzin, écrit et publié le 4 avril 2017

samedi 25 mars 2017

25 mars 2017, Paris : Gabon, 200ème jour de lutte

Ce 25 mars à Paris, pour son 200eme jour de lutte depuis le coup d’Etat électoral, la diaspora gabonaise organise une manifestation « 200 jours de la résistance » entre Trocadéro et l’ambassade du Gabon.
En tête de manifestation, se reconnaît le leader de la société civile, Georges Mpaga, de passage à Paris, qui sera quelques jours après, le 29 mars, à Bruxelles pour rencontrer l’Union européenne. Le 2 février, le Parlement européen avait adopté une résolution contre les auteurs du coup d’état électoral. Le 28 mars, le porte-parole de l’Ue a rappelé sa position ferme : dialogue inclusif, suivi des « recommandations faites par sa Mission d'observation électorale, enquête indépendante sur les allégations de violations des droits humains, dialogue politique intensifié avec l'UE, dans le respect de l'accord de Cotonou ».
Le 24 mars, Jean-Marc Ayrault a accepté de rencontrer Emmanuel Issoze Ngondet, Premier ministre post-coup d’Etat électoral, venu promouvoir le dialogue factice démarrant le 27 mars à Libreville. Le compte-rendu du ministère indique « M. Jean-Marc Ayrault a exprimé l'espoir que le dialogue se tienne entre les principales forces politiques du pays et qu'il débouche sur des réformes structurelles et des échéances bien identifiées. La préparation des prochaines élections législatives est une opportunité pour que les différentes sensibilités politiques prennent des engagements en faveur de la démocratie et l'État de droit au Gabon. Une facilitation internationale pourrait utilement être mobilisée. MM. Ayrault et Issoze Ngondet ont également évoqué les relations entre le Gabon et l'Union européenne et la situation économique et sociale au Gabon. »
Depuis qu’il est ministre des affaires étrangères, jamais Jean-Marc Ayrault n’avait affiché une position si proche d’un soutien d’une dictature, dans le sillage de son prédécesseur Laurent Fabius ou de Manuel Valls, l’admirateur de Faure Gnassingbé. Emmanuel Issoze Ngondet venait par ailleurs démarcher les entreprises. Cette position du ministre français peut être a priori interprétée comme un sabotage de la position européenne. A partir du moment où les démocrates gabonais ont rejeté le faux dialogue, arguer de la possibilité de faire avancer un processus de démocratisation arrêté par un coup d’Etat électoral travers des législatives, signifie apparemment soutenir le dictateur. Le Gabon n’est pas le Tchad, et c’est au Tchad que l’opposition victime d’un autre coup d’Etat électoral veut aller aux législatives après un dialogue inclusif. Si on lui accorde le bénéfice du doute, Jean-Marc Ayrault pourrait avoir confondu Ndjamena et Libreville, Saleh Kebzabo et Jean Ping. S’opposer à ou soutenir la stratégie des démocrates dans un pays signifie quelque chose.
Le premier ministre « putschiste », comme disent les gabonais, a réussi également à se faire voir à En marche ! en rencontrant l’ex-ministre de droite Jean-Paul Delevoye, qui préside la commission d’investiture des législatives du mouvement En marche !, un poste stratégique. Est-ce de nouveau la maudite Françafrique qui se prépare à redémarrer contre vents et marées, discrètement camouflée derrière le vote utile anti-FN et anti-républicains ?
A un certain niveau de nullité des dirigeants français, ils se décrédibilisent totalement et Bruxelles continue d’aspirer les responsabilités. Pour se faire entendre à Bruxelles, il faut mieux éviter de parler la langue de bois françafricaine. Jean Ping reste confiant et affirme le 31 mars que « la communauté internationale demande que la situation revienne à la normale ».
La diaspora gabonaise a su restée mobilisée depuis maintenant 7 mois, sur internet comme dans la rue, elle fait feu de tout bois, manifestant pour réclamer son rapport sur l’élection à l’OIF ou empêcher le Médef de reprendre les affaires. Pendant la manifestation, des orateurs de passage du Gabon soulignent l’importance de ce soutien extérieur.
Régis Marzin, article écrit et publié le 4 avril 2017

mardi 28 février 2017

25 et 28 février 2017, Paris, Djibouti : manifestations pour la démocratie

25 février 2017, Trocadéro
28 février 2017, Place Madeleine
Dix mois après son coup d'Etat électoral d'avril 2016, l'assassin présumé du juge Borrel est reçu à l'Elysée par François Hollande, le président « normal avec les dictateurs ». La diaspora djiboutienne se battant pour la démocratie à Djibouti condamne cette réception d'Ismaël Omar Guelleh à l'Elysée. La coalition d'opposition Union pour le salut national a appelé à deux manifestations, le samedi 25 février place Trocadéro, puis le mardi 28 février Place Madeleine.
L'Elysée n'a pas communiqué avant le 28 février sur les raisons de son choix de recevoir un chef d'Etat criminel et isolé, au risque de salir son image déjà bien écornée en Afrique. Les journaliste de RFI ou Monde ont été obligés de faire des hypothèses sur la politique militaire ou la réaction à l'influence chinoise à Djibouti.
Finalement, le 28 février, la présidence française a sorti un communiqué sans référence à l'Etat de droit, axé uniquement sur les aspects militaires et économiques, avec une référence imaginaire ou ironique à la démocratie au travers de la francophonie, qui pourra être aussi comprise comme une insulte méprisante à l'égard des démocrates. Le message affiché est celui d'un soutien « normal » à un dictateur alors que celui-ci a maintenant augmenté le niveau de dictature à un niveau très élevé, réprimant maintenant fortement toutes les activités politiques d'opposition.
Les partis sont systématiquement clonés, et les politiciens des vrais partis empêchés d'agir. Ismaël Omar Guelleh est à nouveau décomplexé. Débarrassé d'une surveillance internationale qui s'était installée avant la présidentielle, il peut facilement désorganiser les opposants. A l'ombre des bases militaires, il pourrait même bientôt se payer le luxe de développer un peu le pays – ce qui n'est pas si fréquent dans les pays où les richesses sont détournées par un clan – en faisant comprendre au peuple qu'il ne sert à rien de perdre son temps avec de la politique !
Ce que l'on observe, principalement, c'est que durant tout le quinquennat, François Hollande et son gouvernement auront été incapable de sortir d'une soumission à l'influence militaire dans plusieurs pays d'Afrique, Djibouti en particulier. Dans ce pays, le soutien constaté en 2014 des diplomates occidentaux à la démocratisation s'est effacé en 2015 quand le dictateur a fait progressivement valoir ses arguments, militaires et économiques. François Hollande est dans la continuité de la reculade de début 2016.
En 2012, au moment où les Verts sont entrés au gouvernement et ont accepté le Ministère du développement pour une personnalité de type 'économiste' et très peu 'politique', il était alors question du protocole d'accueil des dictateurs africains, avec ou sans tapis rouge. Ce n'était sans doute pas la bonne question. Les échanges diplomatiques ne s'arrêtent jamais. Un rejet trop marqué des dictateurs par les anti-néocolonialistes alors que ces chefs d'Etat interviennent dans le domaine militaire, a peut-être facilité indirectement le jeu des conseillers militaires français, qui ont trouvé chez des dirigeants socialistes peu compétents et sans programme une écoute attentive, parce que ceux-ci se sentaient dans une obligation de mettre en œuvre une politique réaliste et compatible avec les contraintes sécuritaires. Il y a eu un coup de balancier quand la bonne volonté de départ pour la démocratie a disparu fin 2012 et au premier semestre 2013. Les conseillers militaires étaient alors devenus très présents et les démocrates africains n'ont presque plus été écoutés jusqu'à mi-2014.
Que se serait-il passé si les opposants démocrates avaient développé leurs positions dans une «approche globale» sur le modèle européen ? Est-ce qu'il aurait été possible d'empêcher les militaires français et le gouvernement d'oublier la nécessité de maintenir des exigences fortes sur la démocratisation de l'Afrique, en dehors de la gestion des crises militaires, au Mali et en Centrafrique? La question se repose en 2017. Si un nouveau président très incompétent sur l'Afrique accède à la présidence française, est-ce que la politique française en Afrique peut se rééquilibrer ou pas ? Ce nouveau président va-t-il par défaut se laisser guider par des stratèges du Ministère de la défense sous prétexte de lutte anti-terroriste ?
Les démocrates djiboutiens confrontés à la violence de la répression des dictatures attendent eux et elles de la politique française qu'elle affiche un soutien réel et ferme à la démocratie. Sur RFI, Maki Houmed Gaba, le représentant en France de l’USN, a indiqué: "Nous lui disons : vous allez recevoir Ismaïl Omar Guelleh, ce qui est une mauvaise opération puisque Omar Guelleh a une politique antidémocratique dans son pays. Aucune opposition à Djibouti ne peut fonctionner. La société civile, les opposants… à Djibouti, pratiquement tout le monde est sous surveillance. Djibouti est un pays complètement fermé à la liberté, à la démocratie, aux élections... Ce que nous disons à Monsieur François Hollande c’est que Djibouti, représente, évidemment, un intérêt majeur et stratégique pour la France, avec le passage maritime et... la piraterie [qui] est surveillée. Nous comprenons donc que François Hollande ait besoin que la France – partenaire historique de Djibouti – soit toujours présente et il est normal que la France soit présente. Néanmoins, la France a tout à fait la possibilité de conseiller à son partenaire djiboutien pour qu’il ne favorise pas uniquement son clan et qu’il n’interdise pas la démocratie à Djibouti". 
Pour ce faire, il serait utile que la diplomatie française accepte de mettre en œuvre réellement une «approche globale», qui respecte l'équilibre entre les domaines, Démocratie et Etat de droit, Paix et sécurité, Economie et développement. En ce qui concerne la démocratie, la priorité serait évidemment à mettre sur la qualité des processus électoraux.
Ismaël Omar Guelleh n'a jamais été élu selon une élection démocratique, et à Djibouti, même l'Assemblée nationale n'est pas élue puisque le résultat a été totalement inversé aux législatives en 2013. Des élections municipales viennent d'avoir lieu qui n'ont aucun écho puisque elles n'ont aucun rapport avec la démocratie.
Faut-il encore s’appesantir sur François Hollande ? La question est maintenant de savoir quelle politique mènera son successeur. Le point de l'influence anormale et excessive de l'armée française est en suspens, parce que le soutien à la démocratie en Afrique n'est toujours pas mis en avant par des propositions concrètes incontestables, en particulier dans le domaine électoral. Dans ces conditions, après l'élection de 2017 en France, les décisions seront sans doute de plus en plus prises à Bruxelles, et, dans le domaine de la politique étrangère, les transferts de pouvoir continueront de se faire par défaut, faute de politique française adaptée à l'évolution de l'Afrique.
Régis Marzin,
article écrit et publié le 28 février 2017

lundi 27 février 2017

26 février 2017, Paris, Bobines Sociales, Alice Diop

Je passe dire bonjour aux ami-e-s à la fin du festival Bobines Sociales, à la Belleviloise à Ménilmontant. Lors de la dernière séance sont proposés les films d'Alice Diop, «Vers la tendresse» (2015, 39min), et «La Mort de Danton»
(2011, 64min).
Le premier, que j'ai vu déjà 2 fois en 2016, expose 4 récits de jeunes hommes, sur leur vie sentimentale, sexuelle ou amoureuse. Le second nous retrace l'expérience d'un homme en école de cinéma, originaire d'une cité, originaire d'où...?... peut-être un peu aussi du Cameroun, car un de ses amis intime l'appelle de bamiléké. Il est question un moment de l'hypothèse de voir jouer Danton par cet acteur de peau assez foncée, qui à l'écran est un tout petit peu jaune d'ailleurs ce soir, et des préjugés supposés des professeurs sur la question.
Alice Diop qui vient de recevoir un prix pour le premier des courts-métrages s'est décommandée au dernier moment. Patrick, l'une des 3 personnes filmées, est avec nous. Son point de vue est qu'Alice Diop présente une «universalité» au travers de quelques cas. Les expériences présentées n'ont pas été choisies pour représenter la banlieue et ne correspondent pas à un classement sociologique.
Le film a été projeté récemment à Saint-Denis, devant un public jeune qui a eu des difficultés à discuter d'homosexualité. Cela me rappelle une bande-dessinée que je viens de terminer, «Gouines à suivre», d'Alison Bechdel. J'ai lu ce livre avec un plaisir lié au fait que les histoires, extrêmement bien racontées, pourraient être vécues par des personnes de tous 'genres', la référence à une catégorie n'étant pas la seule chose intéressante. Patrick pense que les histoires racontées dans le court-métrage d'Alice Diop parlent de choses essentielles qui dépassent une quelconque catégorie.
La salle commence un peu à débattre de la question de la référence à ces «catégories». D'ailleurs, existe-t-elles toujours? Garçons de banlieue? Homosexuel-le-s et-ou bisexuel-le-s? «Noirs et arabes» ou de couleur foncée et originaires du Maghreb, d'origine kabyles, etc...? Une personne s'inquiète de l'«instrumentalisation» potentielle de «Vers la tendresse» dans un contexte de montée de l'extrême droite, et, une autre considère, à juste titre sans doute, que le film est suffisamment bien construit et pensé pour empêcher une mauvaise analyse. Il s'attaque aux préjugés.
Il aurait fallu pouvoir débattre un peu plus de la «La Mort de Danton» pour mélanger les réflexions sur plusieurs types de préjugés, de discriminations, de manière et de sentiments d'être, d'adaptations ou d'assimilations, d'histoires vécues... Débat à suivre... peut-être à Bobines Sociale 2018?
Régis Marzin,
article écrit et publié le 27 février 2017

samedi 4 février 2017

4 février 2017, Paris-Pantin, Tchad : 9e Commémoration de l’assassinat Ibni Oumar Mahamat Saleh

Les intervenant-e-s à la 9e Commémoration de la disparition d’Ibni Oumar Mahamat Saleh le 2 février 2008, à la Fondation Gabriel Péri, sont, de gauche à droite, Makaila Nguebla, célèbre journaliste en exil, Delphine Lecoutre, experte sur l’Union africaine et responsable bénévole sur le Tchad à Amnesty International, Thomas Dietrich, écrivain et aventurier, qui a organisé l’événement, Seidik Abba, journaliste au Monde Afrique, Roland Marchal, chercheur au CERI à Sciences Po, auteur d’un rapport édité en 2015, ‘Petites et grandes controverses de la politique française au Tchad’, et, absent de l'image, Brahim Ibni Oumar, fils benjamin du leader de l’opposition tchadienne assassiné par le président tchadien. Le député Gali Gata Ngothé a annulé sa venue. 
Delphine Lecoutre fait le point sur le dossier qui a été très défendu depuis le début par Amnesty. Arrivant en retard, je manque cette intervention, celle de Brahim Ibni Oumar et le début de celle de Roland Marchal.
Roland Marchal parle de la relation entre les états tchadiens et français les dernières années. Il souligne la violence de l’armée tchadienne au Tchad, citant un militaire français, pour qui il ne s’agit pas de soldats mais de guerriers. D’après lui, la lutte contre le terrorisme nécessite des armées qui sachent rassurer la population, ce qu’est incapable de faire l’armée tchadienne.
Il regrette en France : « la survalorisation de l’outil militaire qui signifie une fin de réflexion politique » (lire aussi ‘La politique africaine française sous influence militaire ?’, 7.7.13), posant problème dans la « structure », quand il y a « une incapacité des diplomates à jouer leurs rôles ». La relation entre le ministre de l’Afrique de Hollande, Jean-Yves le Drian, et chef d’Etat tchadien est restée au beau fixe pendant 4 ans 1/2, tandis que l’enquête en France, sur son assassinat n’avançait pas.
Seidik Abba prend un autre exemple qui illustre la proximité du ministre commercial en armement avec le président criminel. Sur l’affaire des votants militaires disparus pendant la présidentielle, alors que le lorientais passait à Ndjaména, le journaliste a pu entendre la conseillère du président français, Hélène le Gall signifier qu’« on avait pris acte » sans donner de suite. Il rappelle que Jean-Yves le Drian a interrompu ses vacances pour venir à l’investiture après le coup d’Etat électoral.
Thomas Dietrich intervient sur les droits humains. Makaila Nguebla continue sur ce sujet en remarquant que les media sont actuellement au plus bas au Tchad. Il constate que les chercheur-se-s français-e-s comme Roland Marchal ou Marielle Debos ne sont pas écouté-e-s comme il se devrait et que le député socialiste Philippe Baumel, qui contestait la relation avec le Tchad a été à cause de cela « ostracisé à l’Assemblée nationale », comme si le gouvernement ne supportait aucune critique à propos de son alliance avec le dictateur qui lui était utile dans sa lutte contre le terrorisme au Mali.
L’activiste Abdelkerim Yacoub ne compte pas sur la France et pense, lui, que l’affaire d’Ibni Oumar Mahamat Saleh est l’affaire du peuple tchadien.
Thomas Dietrich lit un texte en hommage. Une vidéo est aussi projetée qui indique qu’Ibni Oumar Mahamat Saleh était un opposant qui critiquait le pouvoir et les rébellions, s’étant éloigné des deux.
Thomas Dietrich lance le débat en présentant dans le public « son général », Mahamat Nouri, ancien chef des  rebelles de l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD), qui réside depuis cinq ans en France et dont des comptes viennent d’être gelés pour 6 mois par le gouvernement français. Paradoxalement, Mahamat Nouri reconnaît qu’Ibni Oumar Mahamat Saleh a été tué alors qu’il était pacifiste et opposé aux violences. Un peu plus tard, une personne du public affirme qu’Idriss Déby pensait que les rebelles « politico-militaires travaillaient pour Ibni Oumar Mahamat Saleh ».
Les questions du public renvoient sur la politique du gouvernement français sous Hollande. Roland Marchal voit « une continuité historique » sur plusieurs dizaines d’années avec des « changements de raisons » : d’abord, une alliance avec Déby « contre l’islamisation face à Khartoum », avec les rebelles au Soudan considérés comme des mercenaires d’El Beshir, puis un « containment de Khadafi », puis la lutte contre le terrorisme au Mali, le gouvernement français utilisant son « imagination pour justifier un soutien ».
A cela, il serait possible de répliquer que le fait que les raisons se succèdent ne fait pas qu’elles ne soient pas d’une certaine pertinence. L’argument ne sous-estime-t-il pas les qualités ‘logiques’, sans être éthiques, des raisonnements des 'stratèges' militaires et politiques français ? Ne faudrait-il pas insister sur le fait que l’armée française ne tient a priori pas du tout compte du fléau des dictatures en Afrique et de la nécessité d’une démocratisation ? Le leader actuel de l’opposition, Saleh Kebzabo, souhaiterait, lui, que le gouvernement français fasse la différence entre Déby et l’armée tchadienne>, sachant que l’opposition démocratique est, elle-aussi, très sensible aux arguments de Paix et sécurité en Afrique. Pendant le quinquennat d’Hollande, l’armée française et le gouvernement français n’ont pas montré qu’elle et il faisaient autre chose que de favoriser le maintien d’une dictature au Tchad. Le niveau de répression des libertés a pendant ce temps un peu baissé, alors qu’il remontait violemment à Djibouti, au Gabon et au Congo Brazzaville en 2015 et 2016.
Le chercheur se souvient que mi-2012, « Hollande a commencé par ne pas vouloir rencontrer le président tchadien, puis que les militaires ont influencé, et qu’il y a eu un enchainement rapide avec Serval au Mali et une logistique installée en 2 semaines, et que Déby s’est retrouvé au centre du jeu ». Seidik Abba indique que fin 2012, « alors que Déby n’était pas allé à Kinshasa, la DGSE et les miliaires l’ont persuadé d’envoyer un contingent au Mali », pour finir par avoir « open bar » à Paris.
Enfin, une rebelle exilée fait l’éloge du parti d’Ibni Oumar Mahamat Saleh, le Parti pour les Libertés et le Développement (PLD). Puis un homme en colère se disant appartenir à la rébellion le Front pour l'alternance et la concorde au Tchad (FACT), bombardée en décembre par le Général libyen Haftar, attaque verbalement violemment la France. Le général Nouri en profite dans signaler à l’auditoire qui se lève alors ,qu’il n’a pas de comptes en banque en France. La commémoration s’achève ensuite rapidement…
Régis Marzin
Compte-rendu écrit et publié le 12 février 2017

vendredi 27 janvier 2017

27 janvier, Aubervilliers : Qu'est-ce qu'on attend ?

« Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ? » dit la chanson. Le dernier film de Marie-Monique Robin, c'est « Qu'est-ce qu'on attend ?» pour ... être en transition, en transition comme le village d'Ungersheim. Les symptômes se déplacent dit le psy, et on a beau vouloir être heureux, il y a toujours quelque chose qui cloche quelque part. Mais en Alsace, il existe tout de même un village extraordinaire.  
Le collectif climat d'Aubervilliers organise cette projection-débat au cinéma le Studio à laquelle participe la réalisatrice. Selon Bernard, qui présente le film, « il y a souvent un réflexe d'aller vers l'Etat et les collectivités, alors qu'il est possible pour les gens et la société civile de se mobiliser pour interpeler et devenir une force de proposition.»
Le film présente la transition écologique, dans le bâtiment, l'énergie, les déchets, l'agriculture, l'alimentation, telle quelle a été mise en œuvre à Ungersheim, très inspiré par son maire, Jean-Claude Mensch. Celui-ci a patiemment réussi, pendant 20 ans, avec un groupe d'une cinquantaine de personnes motivées, à entraîner dans « un cercle vertueux » le reste du village de 2200 habitants. On sent une grande convivialité dans le village, avec un peu de fierté à participer à la construction d'un modèle.
Pendant le débat, Marie-Monique Robin propose de parler des « lanceurs d'avenir » comme on parle des lanceurs d'alerte. Elle évoque une « société post-croissance », le partage du travail, la décarbonation de l'alimentation, l'isolation thermique, l'exode urbain, et plus globalement de changement de paradigme face à une crise sociale, économique et écologique.
Elle observe la prise de conscience sur le climat, regrette que «la gauche soit encore très productiviste » et espère que les élections en France, puissent enfin faire avancer les choses, s'il y avait une alliance... Le documentaire tombe au bon moment pour parler des choses en sortant des simplifications liées à un ancien schéma de pensée basé sur une 'valeur travail obsessionnelle' et un mythe de croissance illimitée.
Régis Marzin, article écrit et publié le 1er mars 2017

jeudi 19 janvier 2017

19 janvier 2017, Aubervilliers, le Campus Condorcet en 2019 !

C'est en juin 2019 que doit s'ouvrir le Campus Condorcet, dont près des trois quarts seront à Aubervilliers près du Métro Front populaire, et dont le quatrième quart sera Porte de la Chapelle à Paris. Un dernier bout, la MSH existe déjà à Saint-Denis sur le site du Front populaire. Le campus en sciences humaines et sociales abritera 18 ou 19000 étudiant-e-s et 3500 chercheur-se-s. Il sera l'un des plus grand d'Europe. Le site regroupera 4000 étudiant-e- au niveau licence, 4100 au niveau master, 4800 doctorant-e-s, et 4200 enseignant-e-s chercheur-se-s.
Les responsables sont invités par la Mairie d'Aubervilliers pour présenter le Campus. Sont présents, aux côtés de Silvère Rozenberg, conseiller municipal déléguéà l'Urbanisme, Jean-Marc Bonnisseau et David Bérinque, respectivement Président et Directeur général du Campus Condorcet.
Selon eux, les recherches en sciences humaines et sociales doivent servir à aider à éviter des dérives liées à l'ignorance, aider à la décision, par exemple dans le domaine des migrations. L'idée est partie en 2007, du projet de déplacement de l'EHESS, et, il y avait pénurie d'espace pour les chercheur en intra muros.
Aubervilliers a donné le foncier. Le premier ministre a confirmé le projet en 2015. La région Ile-de-France a la maîtrise d'ouvrage pour certains bâtiments, mais l'essentiel sera géré en Partenariat Public Privé (PPP). Le contrat PPP, à Aubervilliers seulement, a été décidé en 2012. L'Etat paiera pendant 25 ans, un loyer à des sociétés privées. Les contrats ont été signés en 2016 avec, entre autres, Vinci pour la construction et Engie Cofely pour l'exploitation.
Les architectes principaux seront Elizabeth et Christian de Portzamparc, en particulier pour la bibliothèque de 14 millions d'ouvrages. Le campus abritera en plus des universités 1, 8 et 13, le CNRS, l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), l'Institut National d’Études Démographiques (INED), l'École Pratique des Hautes Études, l'École Nationale des Chartes. Il participera à la ville, sera ouvert sur la ville, sans aucune clôture. Plusieurs bâtiments seront ouverts au public en journée, en particulier le rez-de-chaussée de la bibliothèque. Un centre de colloques attirera du monde. Quelques bâtiments seront très hauts, par exemple la Cité universitaire de 17 étages, en respectant 40% d'espace au sol libres, dont 20% végétalisés. Le tramway T8 pourrait un jour être prolongé depuis Porte de Paris. Plaine Commune investit 4 millions dans l'aménagement des rues, en zone 30. Beaucoup de place sera accordée aux piétons et aux vélos.
D'octobre à décembre 2016, des rencontres citoyennes ont permis de définir 24 engagements négociés entre mairie et campus, dont des plantations d'arbres ou une priorité dans l'accès aux femmes à l'espace public. Abderahim Hafidi, conseiller municipal chargé de la Coopération internationale, de la Vie universitaire, et du Campus Condorcet Paris-Aubervilliers souligne la dimension nationale et mondiale du pôle universitaire.
La salle demande ensuite des précisions. Quelques personnes ont des inquiétudes concernant le très haut bâtiment et d'autres concernant le lien entre le campus et la ville. Est-ce que les routes et chemins à pied et en vélo vont être amélioré-e-s? La question se pose à peine car la campus arrivera en même temps que le métro. Cependant, l'aménagement du canal est encore à travailler, il est question de nouvelles passerelles. Le logement autour du campus créera aussi du lien. Catherine, chercheuse engagée, reconnaît que les professeurs auront au début peur de venir. Il reste aussi une prairie dont l'usage n'a pas encore été défini. Une personne demande des garanties pour des emplois en local. Une autre semble en vouloir aux mécaniciens en plein air. On lui répond qu'il y a des amendes. Un élu répond sur l'attractivité de la ville mais se 'trompe' selon mes critères dans ses références à des lieux, prouvant qu'il y a encore du travail à faire là-aussi.
Le débat est un peu frileux, clivé, sans enthousiasme, comme si plusieurs mondes se parlaient pour la première fois, le savoir, la parole facile, et l'argent d'un côté, des habitants peu habitués aux grands projets et aux grands discours, de l'autre, comme si une nouvelle réalité décalée s'inscrivait dans un espace par surprise. Qui est le plus intimidé ? Les cités de banlieue ne sont pas évoquées explicitement. Les élu-e-s locaux font leur maximum pour faire le trait d'union.
Quant à moi, en tant qu'habitant-chercheur en sciences politiques, en plus d'être journaliste-blogueur, je suis pour l'instant enthousiaste ! Au lieu que j'aille à l'Ehess, l'Ehess va venir près de chez moi, à 1 minute en métro de ma porte, merveilleux ! Une grande bibliothèque sera juste à côté. Il y aura des conférences. Il y aura des jeunes dans la ville, plus de vie, de débats intellectuels. Évidemment, on ne pas prévoir exactement comment cela va tourner, mais cela sera très intéressant d'observer les choses et sans doutes les mélanges de genres à venir. A suivre...
Régis Marzin, article écrit et publié le 2 mars 2017

19 janvier 2017, Paris, Centre Pompidou : Magritte

19 janvier 2017, exposition « Magritte. La trahison des images » au centre Pompidou su 21 septembre 2016 au 23 janvier 2017. Les peintures me semblent avoir un peu vieilli, peut-être parce qu'elles sont souvent très conceptuelles . Elles sont déjà assez célèbres, très adaptées au monde moderne et à ses multiples images publicitaires. Une fois un concept connu, il manque par la suite de surprise. C'est une statue qui me surprend le plus finalement, « La folie des grandeurs » de 1967.
Quelques temps auparavant, j'étais allé découvrir avec un ami, le Musée Picasso, à quelques pas de là, à la fin de l'exposition « Picasso-Giacometti, Dialogue entre deux maîtres ». J'y avais trouvé un peu plus de mystère et de richesse de style... Pour le souvenir.
Régis Marzin, post-souvenir écrit et publié le 1er mars 2017

lundi 16 janvier 2017

16 janvier 2017, Aubervilliers, Musulmans « ordinaires » d’Europe

Nilüfer Göle, sociologue et directrice d’études à l'EHESS,  auteure de "Musulmans au quotidien, une enquête européenne sur les controverses autour de l’islam", La Découverte, Paris, 2015, présente la conférence "Musulmans « ordinaires » d’Europe", organisée par le Campus Condorcet, au Lycée le Corbusier à Aubervilliers.
Nilüfer Göle a voyagé en Europe pour étudier les "controverses", en multipliant des échanges sur des thèmes comme le voile, les mosquées, ou l'alimentation halal.
Elle affirme sa volonté de sortir de la société du spectacle (Guy Debord), parce que le spectacle "empêche de se lier", de "soustraire la vie publique de la vie médiatique", parce que les gens ne se voient maintenant qu'au travers des media. Elle insiste sur l'idée de "surmonter le rejet et se familiariser avec l'autre, grâce au "potentiel créatif dans l'espace public", illustré par une présentation d’œuvres  artistiques questionnantes. 
Au début du débat, le politologue et élu local d'Aubervilliers, Abderrahim Hafidi, s'éloignant de la culture du consensus albertivilarienne, exprime fortement sa déception, parce que, pour lui, il faut se replacer dans "une histoire complexe de Napoléon à la guerre en Irak".
Une autre personne du public remarque que les technologies actuelles réduisent les distances entre les lieux géographiques. Nilüfer Göle voit plutôt les technologies en question, internet, comme un frein à la rencontre réelle avec une "familiarisation", entre les uns et les autres. Elle estime que "le rôle des intellectuels doit changer" et conclut sur son rôle de "traductrice".
Régis Marzin, 16.1.17, 22h45 

lundi 9 janvier 2017

9 janvier 2017, Aubervilliers : débat « le mal logement »

Le débat "le mal logement", avec comme principale intervenante la Ministre du logement, Emmanuelle Cosse, a lieu ce lundi à Aubervilliers au café culturel ‘le Grand bouillon’. Il a été organisé par Elisabeth Guigou, députée d’Aubervilliers et Evelyne Yonnet, sénatrice. Intervient également, Nancy Bouché, ancienne inspectrice générale de l’Equipement, actuellement en retraite mais toujours très active, qui a été Présidente du Pole national de lutte contre l'habitat indigne de 2002 à 2009.
Le débat doit parler des thèmes « habitat insalubre, marchands de sommeil, logement social », et en introduction, Elisabeth Guigou insiste sur l’habitat indigne et les marchands de sommeil.
Evelyne Yonnet indique que 10% du parc locatif privé en Seine-St-Denis est de l’habitat indigne. Aubervilliers a la particularité d’avoir beaucoup de logement d’une ou 2 pièces et de « propriétaires occupants impécunieux », au point que « les plus pauvres sont les propriétaires privés ». Elle rappelle les projets de rénovation urbaine des quartiers 4 chemins-Villette et Landy, et évoque des Plans de sauvegarde de copropriétés endettées. Le temps d’attente pour obtenir un logement social est de 8 ans. Elle signale la présence d’une Pension de famille ou Maison-relais.
Au Sénat, une loi présentée par Évelyne Yonnet et Jean-Pierre Sueur, est en préparation sur l’habitat indigne et les marchands de sommeil, en lien avec Emmanuelle Cosse. La sénatrice parle des lits superposés, des appartements avec entre 10 et 15 adultes et des enfants en plus. Quatre propriétaires ont été condamnés et un autre est proche de l’être. Paris a éradiqué son logement indigne mais cela a repoussé les « propriétaires malfaisants » vers la banlieue proche.
Emmanuelle Cosse était vice-présidente de la Région Ile-de-France chargée du logement avant d’être ministre. Elle constate que le ‘droit de propriété est très protégé’. Les éléments de langages sont nuancés : elle différencie les « propriétaires négligents » des marchands de sommeil, en constatant que « tous font de l’argent » et que la question est aussi « d’éradiquer le commerce de l’insalubre ». La loi Alur de 2014 prévoyait déjà une « police de l’insalubrité », avec des sanctions contre les marchands de sommeil, des blocages au niveau de la CAF, des « permis de louer », des « permis de division ». En ce moment, il y a des « divisions pavillonnaires avec une famille par pièce ». Concernant le parcours législatif de la loi, elle attend les réponses de la Cour constitutionnelle.
La ministre constate l’absence de relogement des DALOs (Droit au logement opposable) dans certains départements, dont les Hauts-de-Seine, 28% seulement, le Var, le Vaucluse, qui ne respectent pas la Loi relative à la solidarité et au renouvellement urbains (SRU), alors que Paris et le 93 relogent 90%. Elle redoute les projets du candidat Fillon. Il y a des problèmes dans 100 communes sur 3600. Elle « n’insiste pas sur les effectifs du Tribunal de Bobigny ».
Nancy Bouché regrette que les « sans-papiers soient les premières victimes », puis, se plaint de l’absence d’un site internet qui centraliserait toutes les informations sur l’insalubrité. Elle affirme que « contre les marchands de sommeil, le plus efficace, ce sont les travaux d’office », et qu’il faut « la police d’abord, la discussion après, et non pas l’inverse », comme cela semble être le cas très souvent.
Pendant le débat, le Maire de Pantin, Bertrand Kern, regrette « un droit de propriété trop fort, qui bloque les projets des mairies contre les marchands de sommeil, qui, eux, multiplient les procédures pour gagner plusieurs années, avec des loyers au noir ».
Emmanuelle Cosse indique que, grâce à la loi SRU, avec les 25% de logements sociaux, il y a un enjeu de 700 000 logements. Elle signale un besoin qui grossit de logement pour les retraités, des difficultés dans les successions en indivision, le manque de magistrats et d’officiers de police judiciaire associés. Elle souhaite des brigades spécialisés. Elle regrette, citant l’arrivée de la Ligne 12 à Aubervilliers, le « phénomène d’éviction des populations les moins favorisées » (sous-entendu « par un phénomène de « gentrification » »).
En conclusion, Elisabeth Guigou propose de commencer par rencontrer en délégation le président du Tribunal de Bobigny.
Le débat montre l’importance d’Aubervilliers, ville à la fois pauvre et proche de Paris, dans les débats législatifs. Plusieurs personnes félicitent Evelyne Yonnet pour ses efforts sur le terrain et au sénat.
Régis Marzin

Compte-rendu écrit et publié le 11 janvier 2017