samedi 18 juin 2016

18 juin 2016, Paris, Gabon : Casimir Oyé Mba

L’information avait sans doute circulé dans la diaspora sur facebook mais je n’ai su qu’en début d’après-midi que le leader de l’Union nationale Casimir Oyé Mba était à Paris en conférence. Quand on m’a donné l’adresse, à la Mutualité, je n’imaginais pas qu’il s’agirait de la grande salle, et pourtant si, les spectateur-trice-s étaient accueilli-e-s par des hôtesses souriantes, dans un décor somptueux. Il s’agissait plus d’un show de campagne de la présidentielle du 27 août que d’une conférence- débat. Le show a commencé très en retard, devant 200 personnes environ.
Casimir Oyé Mba sera probablement le candidat du Front uni de l’opposition gabonaise et il l’est déjà pour l’Union national. La question de la primaire du Front est en suspens, mais pour lui la campagne semble déjà lancée. Il y a deux ‘parties’ du Front uni de départ de 2014, puisque Jean Ping en a emporté une partie avec lui, ou deux Fronts, selon comment l’on voit les choses. Trois grands candidats seront sans doute en lisse le 27 août, Casimir Oyé Mba, Jean Ping et Ali Bongo. Quelques candidats sans doute moins importants sont aussi annoncés dont Bruno Ben Moubemba.
Le scénario que tout le monde a en tête, c’est une mascarade électorale de dictature classique, puisqu’en dictature en Afrique, il n’y a eu que trois élections correctes depuis 1990 (Congo B 1992 suivie 5 ans plus tard d’une guerre annulant son effet, Ghana 2000, Kenya 2002). Ali Bongo pourrait gagner en dictateur normal avec 40% au premier tour, par exemple – pure hypothèse de travail –, 15% de votants réels, 10% de votants mineurs et étrangers issus de la fraude au niveau du fichiers électoral, 10% de résultat en plus le jour du vote par bourrages d’urne et falsification des procès verbaux, 5% de résultat supplémentaires ajouté à la compilation des procès verbaux à la CENI, et le tout validé par la Cour constitutionnelle aux ordres. La question que tout le monde se pose, c’est donc de savoir si l’opposition divisée arrivera à éviter ce scénario. Ali Bongo est un dictateur faible, qui fait parfois pitié, mais l’exemple de Faure Gnassingbé au Togo montre que les dictateurs faibles peuvent être très résistant, très créatif, et n’avoir aucune pitié au moment des élections.
Le 16 mai 2016, Jean-Marie Le Guen, Secrétaire d’Etat français auprès du Premier ministre Manuel Valls chargé des Relations avec le Parlement français a rencontré Ali Bongo, et la présidence gabonaise a indiqué après ce rendez-vous qu’il avait « confirmé la bonne marche des institutions politiques Gabonaises et a souligné l’assurance fournie par le Président de la République de la présence d’observateurs étrangers au Gabon pour témoigner de la transparence du scrutin présidentiel. » Derrière la communication, on ne sait pas ce qui s’est dit. Malgré l’historique de la Françafrique et du financement des partis politiques français, la probabilité d’un soutien actif d’Ali Bongo à la manière de Sakozy et Kouchner en 2009 est impossible. Mais on se demande ce qu’est allé faire Jean-Marie Le Guen pour discuter d’un sujet pour lequel il n’a aucune compétence et aucune responsabilité. Rien qu’à ce niveau, on est déjà dans les méthodes de la françafrique classique.
Un autre aspect très françafricain et récent est aussi l’affaire du désastre de la biométrie électorale installée par Gémalto en 2013. Cette histoire n’a jamais été soldée et le fichier électoral actuel ne convient pas à une élection démocratique.
Le journaliste Désiré Ename fait la présentation. Une représentante de des ‘Femmes-commandos’ a d’abord évoqué la stratégie Destitutions-Transitions-Elections (DTE) avec une conviction profonde, en interrogeant Casimir Oyé Mba. Puis elle l’a interrogé sur la transparence du processus électoral, avant de déclarer que le Gabon n’est pas un pays islamique, qu’il est laïc. Ensuite intervenait le coordinateur de la Coordination des Association et Partis Politiques de l'Opposition Gabonaise En Europe (CAPPO), Jean-Jules Mikala Nziengui, qui a insisté lui aussi sur la DTE, puis sur l’acte de naissance d’Ali Bongo. Désiré Ename revient pour parler de Casimir Oyé Mba, son parcours comme cadre de la Banque des Etats de l'Afrique Centrale (BEAC) et de ministre d’Omar Bongo pendant 19 ans jusqu’en 2009, premier ministre après la Conférence nationale, de ministre des hydrocarbures.
Le leader de l’Union nationale commence par une description de l’Etat du pays, parlant de la multiplication des agences court-circuitant le gouvernement, dont l’Agence nationale des grands travaux, de parlement d’enregistrement des ordonnances du président, d’un chef de l’Etat « autiste et dans son univers » « qui ne dialogue avec personne », des libertés publiques bafouées, des détentions arbitraires, des crimes rituels, de l’endettement public entre 45 et 50% du PIB, pour une utilisation inappropriée, du manque d’emploi et des grèves.
Viennent ensuite les propositions : il va « libérer le pays par la première alternance », instaurer le dialogue.
Casimir Oyé Mba parle alors de la situation administrative du chef de l’Etat et des faux actes de naissance, en indiquant que le problème est d’abord l’absence de respect de la constitution. Il indique que le « refus de la candidature d’Ali Bongo » conduira à une « destitution ». Selon moi, cette position pourrait aussi être une manière de désacraliser au maximum le chef de l’Etat sortant pour casser l’idée d’un chef de l’Etat légitime à la manière monarchique, l’idée d’un fils d’une espèce de père de la Nation ou de chef traditionnel suprême, inconsciemment accepté en raison du pouvoir déjà gardé depuis des décennies par sa famille, même dans sa manière de voler le pouvoir, de voler les richesses, une manière aussi de casser un fatalisme face aux élections fraudées. Si cela était perçu ainsi, il s’agirait de casser l’image du dictateur jusqu’au bout, même s'il est probable qu'il participe. Et il est évidemment très improbable qu’il ne participe pas, puisqu’en dictature, un chef d’Etat n’obéit qu’à ses propres règles, à un point tel que les stratégies de contournement des obstacles par les démocrates ont dû se complexifier.
Selon Casimir Oyé Mba, le « dispositif électoral est conçu pour que le PDG gagne ». Il demande « un audit par des étrangers (de la communauté internationale) du dispositif électoral ». Sur la liste électorale, il explique « l’enrôlement des étrangers après distribution de cartes d’identité », « la biométrie tronquée », « sans connexion des bureaux de votes », au minimum « l’interconnexion des centres urbains pour 75% à 80% des électeurs ». Je crois comprendre qu’il parle de l’authentification biométrique le jour du vote qui n’a été mise en place que lors de 3 élections (Ghana lors de la présidentielle et des législatives de 2012 par la société GenKey, Nigéria lors de la présidentielle et des législatives de 2015 mis œuvre par la Ceni) et jamais dans des dictatures où il n’y pas de consensus sur le processus électoral. Il explique que dans la CENAP, des partis satellites ont été introduits pour remplacer la vraie opposition, et que la Cour constitutionnelle est une vraie ‘Tour de pise’ qui penche toujours du même côté. Il souhaite une réforme constitutionnelle : élection présidentielle à 2 tours et limitation à deux mandats.
Il rappelle les Biens Mal Acquis et critique enfin la place de la Holdind Delta Synergie des Bongos.
Il revient sur ses propositions : modifier l’attribution des marchés, diversifier l’économie, améliorer les transports, les écoles. Il se fait fortement applaudir par la salle quand il conclut que « la France ne doit pas intervenir pour choisir les dirigeants ».
Le débat est ensuite très court. La salle n’est pas acquise, certaines personnes sont pour éviter d’aller aux élections sans garantie d’élection correcte. A une question sur la responsabilité d’ancien ministre sur la situation actuelle, le leader de l’UN répond que dans un gouvernement d’Omar Bongo, il y avait des divergences qui n’étaient pas publiques, et que tous les ministres ne se ressemblaient pas. Des craintes s’expriment aussi sur l’absence d’unité de l’opposition, et il répond que les partis reflètent les positions de la population.
L’événement se termine par un rapide cocktail.
Régis Marzin,
écrit et publié le 20 juin 2016

mardi 14 juin 2016

14 juin 2016, Paris, Tchad après l'élection présidentielle ?

A la conférence-débat, « Quel avenir pour le Tchad après l'élection présidentielle ? » organisée par la Fondation Gabriel Péri, au siège du PCF, intervenaient ce soir, de gauche à droite, Marielle Debos, chercheuse et auteure du livre ‘Le métier des armes au Tchad, Le gouvernement de l'entre-guerres’, Makaila Nguebla, le journaliste, blogueur, et Bruno Angsthelm, chargé de mission Afrique au CCFD-Terre solidaire. Je suis arrivé en retard et n’ai pas pu écouter le célèbre activiste tchadien qui a fait un bilan de l’actualité suite au premier tour de la présidentielle du 10 avril et au coup d’Etat électoral. Marielle Debos finissait en concluant sur le lien entre la lutte syndicale en France et les mouvements de contestation au Tchad, sous-estimé par le pouvoir ou la presse.
Bruno Angsthelm, s’appuyant sur l’étude de Roland Marshall d’avril 2015, a souligné la baisse de soutien de la population à Idriss Déby entre 2011 et 2016. Selon lui, en 2011, après le conflit de 2006-2008 et la défaite des rebelles, une partie de la population se satisfaisait encore de Déby. Depuis, le clan au pouvoir s’est isolé, et des satellites se sont marginalisés. Il remarque que le « système féodal est maintenant réduit et sans base sociale », et que la « jeunesse musulmane manifeste », ou que « la société civile musulmane s’organise ».
La fin de son discours sur les élections me fait comprendre qu’il n’est pas un spécialiste des élections en Afrique. Le chargé de mission Afrique du CCFD indique avoir publié une tribune dans La Croix (le 8 avril), et en parle comme s’il avait recommandé à l’opposition de boycotter, parce que l’ «agitation » ne « servait à rien ». C’est un point de vue trop simple, et ce n’est pas le rôle d’un membre d’une ONG française de dire à l’opposition tchadienne ce qu’elle doit faire. Le 11 mai, la coalition animée par le Secours catholique « Tournons La Page » a publié sur le coup d’état électoral d’Idriss Déby un communiqué avec un point de vue plus adapté, pour « soutenir les démocrates tchadiens dans leurs revendications en faveur de l’instauration de processus électoraux crédibles et transparents à tous les niveaux – fichier électoral, CENI, surveillance des bureaux de vote, rédaction des procès-verbaux, compilation des résultats à partir des procès-verbaux – respectueux des principes démocratiques. »
Ce n’est pas parce que les mascarades électorales sont prévisibles en dictatures depuis 1990 et qu’il n’y a eu que deux ou 3 présidentielles correctes en dictature (Congo-B 1992 suivi d’un retour de Denis Sassou Nguesso en 1997, Ghana 2000, Kenya 2002), que les oppositions ne doivent pas participer. Les stratégies de boycott sont également très difficiles et problématiques, car, dans le boycott, la culture démocratique ne progresse pas, l’opposition ne se réorganise pas, le lien entre population et leaders de l’opposition ne se construit pas au travers d’une expérience, le processus électoral ne s’améliore pas techniquement. En conclusion du débat, Bruno Angsthelm distinguera « une alternance par les urnes, d’une d’alternance par le bas », parlant de « société en paix dans son imaginaire », sans avoir le temps de bien expliciter ces propos.
Le 30 mai 2016, dans une conférence de presse, le leader de l’opposition Saleh Kebzabo était venu rendre compte du processus électoral en présentant les choses dans leur complexité. Ce soir, dans la salle était également présent Mahamat-Ahmad Alhabo, le candidat du Parti pour la Liberté et le Développement (PLD) qui fait parti des 6 candidats de l’opposition unie dénonçant l’inversion des résultats du premier tour de la présidentielle. Il décrit le processus électoral de la même manière que Saleh Kebzabo, en parlant de la biométrie.  Il indique en plus que le 22 avril, après la communication des résultats fictifs par la CENI, quand les forces de l’ordre ont tiré massivement toute la nuit pour dissuader la contestation, il y a eu des morts et des blessés. A la fin de la conférence, il me précise, qu’une soixantaine de blessés sont arrivés dans un hôpital de Ndjamena, qu’il a eu connaissance d’au moins 2 mort-e-s, et que ce sont des balles perdues qui ont provoqué morts et blessés. Il conclut que Déby, non élu, « à 10% », sera dans l’impossibilité de gouverner, et reparle d’un Gouvernement de salut public. Le célèbre député Yorongar arrive à la fin du débat mais ne prend pas la parole.
Le débat est ensuite très décevant. Les critiques sur la politique française démarrent sans nuances. Les politico-militaires tchadiens sont venus assez nombreux et embrouillent les discours. L’un d’entre eux, dans une brillante tirade classe « l’opposition dans le même bloc qu’Idriss Déby » et prédit « une radicalisation contre la France ». Un autre embraye en exagérant, me semble-t-il, le « sentiment anti-français ». Puis, le débat en arrive à « la logique impériale » et à la « recolonisation déguisée ». Je me demande s’il n’est pas de plus en plus difficile d’organiser un bon débat à Colonel Fabien, et je me souviens que plus on avancera vers la présidentielles de 2017 en France, plus on entendra des discours critiques énervés et simplifiés.
A la sortie, Makaila Nguebla me tend un communiqué du groupe des 6 candidats sur la répression qui continue avec des « arrestations arbitraires et tortures »  de l’Agence Nationale de Sécurité. Le texte « demande à la communauté internationale de cesser d’observer une indifférence coupable dans la situation actuelle qui peut entrainer le Tchad dans une situation de violence ».
Régis Marzin, Paris, 14 juin 2016

mercredi 8 juin 2016

7 juin 2016, Paris, Conférence IFRI sur Burundi et Congo Kinshasa

Ce mardi 7 juin, à Paris, l’Institut français des relations internationales, assisté par la Direction générale des relations internationales et de la stratégie du ministère de la défense (DGRIS) organise une conférence intitulée « Enjeux politiques et sécuritaires dans les Grands Lacs. Les cas du Burundi et de la RDC ». Le point commun entres les 2 pays est évidemment la limitation du nombre de mandats présidentiels (+ dossier) Je suis arrivé au début du débat de la première partie sur le Burundi.
Pendant ce débat sur le Burundi, Tomas Van Acker, de l’université de Gand, Thierry Vircoulon, chercheur associé à l'Ifri (ex-ICG), et Antoine Kaburahe, directeur du journal Iwacu, répondent surtout aux questions sur l’avenir de l’accord d'Arusha. Une commission pour la révision de la constitution parle déjà d’annuler l’accord. Antoine Kaburahe explique que l’Accord d’Arusha avec ses quotas de Tutsis et Hutus aurait pu vieillir en démocratie et peut-être disparaître un jour, mais que pour l’instant il avait d’abord permis 10 ans de paix.
Le chercheur belge dénonce la communauté internationale qui n’a pas essayé, par le levier de l’aide, de prévenir la crise. La Belgique, par exemple, à accordé 50 millions d’Euros d’aide bilatérale sous conditions mal évaluées, lié au processus électoral de 2010 qui en soi n’était pas mauvais. Thierry Vircoulon, lui, reproche à tous les garants, citant les français, de n’avoir pas joué leurs rôles en « diplomatie préventive », sachant que la justice transitionnelle était enterrée et que la démocratie a été attaqué lors du second mandat, avec la fin de l’alliance du premier mandat. Il constate que la médiation de l’Union européenne entre 2013 et 2015 a échoué.
Ensuite, sur la République démocratique du Congo, les intervenants sont, de gauche à droite, Cyril Musila, chercheur associé à l’Ifri qui parle de la « traçabilité et de la certification de l'artisanat minier », Habibou Bangré, journaliste, qui s’exprime sur « les mouvements citoyens et la jeunesse », et Marc-André Lagrange, consultant évoquant « 17 ans de présence de l’ONU ». Ils sont modéré-e-s par Christoph Vogel.
Habibou Bangré fait un bilan assez élogieux des mouvements citoyens, la Lucha, Filimibi, et le Front citoyen, qui ne peuvent que nous être sympathiques. L’ANR aurait décidé d’infiltrer les mouvements. La Lucha est entrée dans le comité préparatoire du dialogue national. Elle signale des divergences stratégiques dont sur la question du leadership de l’opposition. Cette opposition  se réunit justement à Bruxelles pour en parler.
Cyril Musila, sur la traçabilité et la certification de l'artisanat minier, en particulier dans le Kivu, explique l’Initiative sur les Ressources naturelles qui vise à séparer l’exploitation artisanale des minerais, le Coltan, l’Etain (Cassitérite), le Tungstène, et l’or, des activités des rébellions. Ce sont surtout des notables et militaires des FARDC qui empêchent l’organisation correcte. Il y a eu beaucoup de bonne volonté mais la mise en œuvre est très décevante. Fraude et contrebande sont réalisées par des notables « proches d’une mafia ».
Marc-André Lagrange est très convainquant sur les aspects militaires et l'historique de la Monusco. Il dénonce un grand nombre d’erreurs historiques de la force de maintien de la paix, qui obéit excessivement aux Etats contributeurs, Inde, Pakistan, Afrique du Sud, Tanzanie, Malawi, pour conclure sur une « impasse » présente. Mais, le chercheur est moins convainquant sur le processus électoral actuel de la présidentielle. Sans doute insiste-t-il trop sur un des scénarii possibles, celui où Joseph Kabila resterait maître du jeu jusqu’au bout comme dans n’importe quelle dictature. Il est vrai que, selon mes calculs, seules 2 présidentielles organisées en dictatures ont, depuis 26 ans, permis une alternance. Mais le rapport de force sur le Congo Kinshasa est aussi inédit. Je suis surpris que personne ne rappelle les pressions américaines constantes.
Selon moi, Marc-André Lagrange revient trop sur 2011. Si l'ONU a permis à Kabila de passer en 2011 par « au minimum, une complicité implicite », et que ce qui lui a fait perdre du crédit dans l’opposition, je ne suis pas convaincu que cela ne pèse alors qu’il y a un vrai rejet de Kabila par la "communauté internationale", bien visible depuis plus d’un an. En 2006, comme le précise Cyril Musila, l’ « instrumentalisation des conflits à l’Est pouvaient marcher » et servir d’argument, mais en 2016, « aujourd’hui, Kabila n’est plus la solution ». 
La veille, l'Union africaine (UA), les  Nations  unies,  l'Union  européenne  (UE)  et  l'Organisation  internationale  de  la Francophonie  (OIF) annonçaient qu’elles allaient assister le facilitateur Edem Kodjo, pour  « permettre d'arriver  à  un  consensus  permettant  la  tenue, dans   le   cadre   de   la   Constitution   congolaise,   d'élections   libres,   régulières, transparentes et crédibles », un souhait très important exprimé par l’opposition et la société civile, et encore récemment par l’Eurac. Comme à l’époque de la lutte contre le M23, est-ce que le Conseil de sécurité ne pourrait pas jouer son rôle ? Fédérica Mogherini l’a implicitement proposé, en parlant de travail commun, le 6 juin à New-York. Edem Kodjo, ministre togolais et ami du dictateur Faure Gnassingbé, pourrait donc réussir à faire avancer le processus malgré son pedigree. Cela ne signifie par que l’on surestime le poids des influences externes sur le rapport de force interne.
Le débat ne se conclut sur aucune certitude. Cela me semble normal à ce stade du processus électoral congolais, qui reste pour l’instant très imprévisible. La durée du délai après le 27 novembre n’est-elle pas en train de se « négocier » en même temps que les conditions de réalisation des élections ? Sur RFI, Corneille Nangaa, président de la Commission électorale, dit le jour-même : « le fichier ne sera pas disponible avant la fin de l’année. En milieu de l’année 2017, le fichier sera déjà prêt. Le fichier aujourd’hui est le seul argument, malheureusement, qui justifie la non-tenue de l’élection. » A bien lire, le fichier électoral pourrait donc être prêt entre le 1er janvier et le 30 juin 2017. Au contraire de ce qui s’observent habituellement dans les processus électoraux dans les dictatures, une certaine raison se constate derrière le flou diplomatique, les manœuvres des politiques congolais, et une négociation internationalement suivie et extrêmement serrée.
Régis Marzin,
Article écrit et publié le 8 juin 2016

jeudi 2 juin 2016

2 juin 2016, Paris - Congo B, Djibouti, Tchad, RDC : conférence de l’IPDD

L'Initiative Panafricaine pour la Défense de la Démocratie (IPDD) organisait ce jeudi une conférence de presse à l’Hôtel Crowne Plaza, place de la république à Paris. Les intervenants sont de gauche à droite, Mathias Dzon, président de l’ARD au Congo-Brazzaville, Freddy Kita, Coordonnateur du comité de suivi de l’IPDD et Secrétaire général de la Démocratie chrétienne en RDC, Daher Ahmed Farah, président du MRD, parti de l'opposition djiboutienne, actuellement en retrait de la coalition USN, Saleh Kebzabo, Chef de fil de l'opposition tchadienne, président de l’UNDR et candidat probablement arrivé en tête au 1er tour de la présidentielle tchadienne.
Puisque cette conférence suit les présidentielles au Congo B, à Djibouti et au Tchad, c’est sans surprise que la conférence traite en priorité de ces trois pays. Freddy Kita anime le débat et parle pour l’IPDD. Dans ces 3 pays, le point commun est que le président sortant s’est attribué au premier tour plus de 50% des voix réalisant ainsi un ’coup d’Etat électoral de premier tour’.
Mathias Dzon fait le bilan de la mascarade congolaise du 20 mars, après le « coup d’Etat constitutionnel ». Pour lui, Denis Sassou Nguesso est président « de fait », jamais élu, et donc un problème à résoudre pour le pays. Il ironise : « Mobutu s’était attribué le titre de Président à vie, Bokassa d’Empereur, au moins les choses étaient plus clairs ». Lui-même était en faveur du boycott le 20 mars.
Saleh Kebzabo, très applaudi par la salle comme président du Tchad, commence par démentir : il n’était que premier au premier tour et pas encore élu. Comme toujours, très réaliste, encore, il souligne les difficultés des oppositions africaines à lutter ensemble contre les dictatures en Afrique centrale. Comme lundi où il intervenait seul, il décrit le coup d’Etat électoral d’avril en ajoutant quelques éléments, dont le fait que pendant la campagne, l’armée s’était déjà déployée dans tout le pays pour empêcher un « soulèvement ». Il annonce pour l’investiture en août des « actions pacifiques » contre le pouvoir et « un quinquennat d’enfer ». Il précise, pour ceux ou celles qui n’ont pas compris, que quand l’opposition parle de « Gouvernement de salut national », il ne s’agit pas « de gérer le pays », mais de structurer l’opposition pour « une refondation politique », en lien avec « une jeunesse et une société civile combattive ».
Daher Ahmed Farah retrace également les derniers événements à Djibouti. Son parti, le MRD, a poussé la population au boycott de la présidentielle, puisque qu’ « il n’y avait plus aucune chance après la fin de l’accord cadre ». La participation réelle n’a été selon lui que de 20%.
Saleh Kebzabo ne reste que 15 ou 20 minutes à répondre aux questions des quelques journalistes et de la salle. Sur le procès Habré, il demande surtout d’en « relativiser les conséquences », parce qu’il n’y aura rien d’exemplaire,  la preuve étant que les crimes d’Etat ont continué violemment pendant le procès dans plusieurs pays. A ma question sur les missions d’observation de l’Union africaine et sur l’Union européenne, il redit ce qu’il a dit le lundi sur leur inutilité et leur absence de sérieux. Il rappelle que jusqu’en 2008, le Parlement panafricain menait des observations, et qu’il a participé à une mission en 2008 au Zimbawé qui a eu un effet positif (Mugabe a été obligé d’accepter une alternance au parlement, l’une des 5 alternances en dictature depuis 1990), puis que la commission de l’Ua a ensuite empêché ces missions parlementaires de continuer. Il annonce que sur la présidentielle tchadienne, les experts de l’Ue sont eux resté 55 jours, dont 1 mois avant, et ont écrit un rapport très objectif, pas encore publié. Sur le  terrorisme et la collaboration militaire internationale avec les dictatures, spécialement françaises, il ne doute pas que « la phase amoureuse ne va pas durer plus longtemps ».
Daher Ahmed Farah partage l’avis sur les missions d’observation de l’Union africaine. La dernière à Djibouti a duré, comme au Tchad, moins d’une semaine, avec un regard sur 124 bureaux sur 456. La commission de l’Ua avait été saisie en 2013 après l’inversion du résultat des législatives, mais n’a jamais donné de suite. L’Ue n’a « jamais estimé une élection digne d’être observée à Djibouti », et en 2013 avait envoyé des experts 3 mois qui avaient rédigé un « rapport accablant ». En 2016, Guelleh a refusé les experts.
Mathias Dzon parle de la corruption fréquente au Congo B – les gens disent que quelqu’un est « nguirisé », le nguiri étant un sac noir rempli de billets  –  après avoir évoqué le passage de soi-disant enquêteurs de l’Union africaine à la télé congolaise lors de la présidentielle. Il souhaite une refondation de l’Ua.
Freddy Kita souhaite rapidement avec l’IPDD, « saisir la communauté internationale sur les massacres dans plusieurs pays ». Mathias Dzon remarque qu’après les massacres dans le Pool, Denis Sassou Nguesso a envoyé des membres de Caritas Congo avec des militaires, pour faire un rapport édulcoré, à rejeter complètement. Il souhaite que le Conseil de sécurité s’empare de la question du Pool.
Le débat revient assez longuement sur la stratégie du boycott, deux défenseurs du boycott étant à la tribune. L’alternative évoquée est la « mobilisation de la population » pour Mathias Dzon, et la « conscientisation » de militants pour Daher Ahmed Farah. Puis la fin du débat revient sur l’absolu nécessité d’obtenir des élections correctes et transparentes dans les dictatures. Cependant, revendications plus précises sur les processus électoraux et projets d’actions de plaidoyer ne sont pas directement discutées en conférence publique.
Régis Marzin, article écrit et publié le 2 juin 2016

lundi 30 mai 2016

30 mai 2016, Paris, Tchad : conférence de presse de Saleh Kebzabo

Le leader de l’opposition tchadienne, Saleh Kebzabo, qui était déjà passé fin février - début mars,  est de nouveau à Paris pour parler de la présidentielle du 10 avril. La conférence de presse est animée par le journaliste Louis Keumayou.
En ce jour de condamnation d’Hissène Habré à la prison à perpétuité, la séance commence bien sûr par cet aspect judiciaire et historique. Selon le leader de l’opposition, la condamnation « a valeur d’exemple, pour réduire les tendances dictatoriales », mais il y a eu « deux procès », l’un à Dakar, et l’autre des complices à Ndjaména, qui était « à sens unique ». En conférence, il n’insiste pas sur le fait que le procès n’a pas montré le rôle d’Idriss Déby au côté d’Habré - comme commandant des Forces armées nationales tchadiennes pendant les massacres entre septembre 84 et août 85 -, puis dans la poursuite des crimes dans les années 90 selon des méthodes similaires, surtout entre 1990 et 1993. Puis, dans une interview vidéo de Louis Keumayou, il précise sa position de manière plus ferme.
Sans le nouveau coup d’état électoral d’Idriss Déby d’avril, Saleh Kebzabo serait peut-être aujourd’hui président du Tchad. Il commence par qualifier de « terrorisme politique » la méthode d’Idriss Déby qui a imposé « un recul de 20 ans au niveau processus électoral ». Après la proclamation des résultats par la CENI le soir 21 avril, des tirs en l’air ont été entendus dans tout le pays, toute la nuit, de toutes sortes d’armes y compris des canons, pas pour exprimer la joie mais pour faire peur et empêcher ainsi la contestation.
En fonction des procès verbaux, l’opposition a présenté un calcul de résultat qui montre qu’Idriss Déby n’a pas pu dépasser les 43% au premier tour, avec l’hypothèse de 100% des votes au Nord, dans les provinces où l’opposition n’a pas les  procès verbaux. Saleh Kebzabo est satisfait des candidatures multiples de l’opposition au premier tour, et indique que selon ses résultats, Idriss Déby n’était pas qualifié au second tour. Il explique de le président sortant n’a reçu aucune félicitation, juste quelques félicitations lors des résultats provisoires (Niger, Mali, Cameroun, Congo B). Les réactions françaises, européennes, américaines se font attendre, et il regardera avec attention les représentations à l’investiture le 8 août.
Le président de l'Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR) décrit les méthodes de fraudes. Il est mécontent de la biométrie en raison des 2 kits refusés : celui qui devait servir lors « de la distribution des cartes » et celui de la vérification biométrique le jour du vote. Ce kit n’a été utilisé que dans 3 pays, et il était peu probable qu’il soit utilisé au Tchad, selon mon étude (1.1 Biométrie électorale : mode d’emploi). Les cartes non distribuées ont été données aux chefs de village et aux chefs militaires locaux. Le vote des nomades est aussi évoqué comme source de fraudes.
Il y a eu une « CENI parallèle » du pouvoir. Même le président de la CENI ne savait pas que le 21, les résultats seraient annoncés.
Il insiste sur le vote des militaires : « la surveillance des isoloirs », « la récupération des bulletins » non utilisés, puis les militaires « battus, humiliés, arrêtés, libérés rapidement ou disparus des jours ou des semaines, et des assassinats » dont le nombre reste inconnu. Cette affaire est à suivre, le MAE français, les USA, la FIDH ou Amnesty suivent le sujet.
Il décrit, enfin, une opposition unie autour de 6 candidats qui pour « la première fois refuse un résultat ». Ce groupe a commencé à « rassurer la population ». Il prévoit une « recomposition de l’opposition, une refondation politique », avec les nouveaux partis. Les législatives pourrait avoir lieu début 2017 et le vote de la présidentielle sans la fraude est « encourageant ». Il pourrait y avoir une « coalition nouvelle et des listes communes ». Il y aura ensuite les élections locales. Il est enthousiaste sur le « rajeunissement, la jeunesse éclairée et engagée », et indique que « la société civile aura son mot à dire ».
De nombreuses questions des journalistes et du public permettent ensuite de préciser les points. Sur le projet de Gouvernement de salut public, il explique qu’il y a une « intention », et que l’intronisation du 8 août sera l’occasion de réagir de manière adaptée. Un dialogue sera possible mais selon des conditions. Il parle également de la baisse du pouvoir d’achat, des tensions sociales, les grèves sectorielles.
La condamnation du chef de file de l’opposition de l’observation électorale de l’Union africaine est sans équivoque (Rapport préliminaire avant annonce résultats). Il condamne une mission inutile qui coûte cher pour rien, choquante, insultante, alors que le Tchad avait déjà connu de bonnes observations de l’Union européenne. L’Ue avait envoyé une Mission d'Expertise Electorale, restée assez longtemps, qui n’a pas encore eu d’effet et dont le rapport n’a pas encore été publié. Il dénonce les chefs d’Etats qui grognent contre « la démocratie des blancs », qui sont eux-mêmes « les fraudeurs », et qui voudraient « une démocratie tropicale » selon des « débats qui n’en finissent pas », quand la démocratie est « universelle ».
Saleh kebzabo souligne qu’au Tchad, la culture démocratique s’enracine, que la jeunesse est combattive, que la peur diminue, que les gens n’ont plus peur de crier des slogans ou de qualifier Déby de voleur dans les meetings. Il signale cependant que des mécontents ont rejoints des rébellions au Soudan, mais qu’il faut attendre quelques mois pour « voir si la tendance se confirme ». Sur la différence entre le vote au Nord et au Sud, il nie une division, et admet que les candidats sont liés à des régions, et voit un mélange du vote se faire. Il dénonce la volonté du pouvoir de se justifier d’exister au travers de divisions.
A la question de savoir si Déby concédera le droit de manifester, il répond qu’ « il y aura des manifestations », et que « l’on va arracher le droit et ne pas attendre qu’on nous l’accorde ». En 2016, comme en 2011, une certaine liberté d’expression a été accordée mais uniquement pendant la campagne, ce qui est, pour un pouvoir, une manière originale d’agir en Afrique, ailleurs, ce lâché de lest en campagne électorale n’étant pas si visible.
Comme chaque fois, Saleh kebzabo est philosophe, optimiste malgré les difficultés, dont il n’oublie aucune. Il prédit une évolution rapide de l’Afrique, même si l’Afrique centrale est en retard.
Régis Marzin, article écrit et publié le 1er juin 2016, corrigé le 2 juin 2016

dimanche 29 mai 2016

29 mai 2016, Pré-Saint-Gervais, spectacle de Claude Yvans

Superposition à la prise de vue et long temps de pose, après le spectacle-performance de Claude Yvans au Tapis de la poésie à Pré-Saint-Gervais. J'ai croisé Claude Yvans pour la première fois à Aubervilliers il y a quelques mois, puis de nouveau il y a quelques semaines. Il est musicien et vidéaste, poète. En revoyant le spectacle, je redécouvre plein de choses qui m'intéresse. J'étais captivé par les images et le son.
Comme je suis juste en train de lire un roman sur l'amnésie, la perte de la mémoire, les efforts pour retrouver la mémoire, cela me fait penser au codage de l'information, au flou qui entre dans la mémoire, au souvenir par les émotions... Le rêve permet la mémorisation. Est-ce que l'on peut mieux se souvenir d'une ambiance que traits précis des personnes que l'on ne reverra sans doute pas ? La mémoire est biologique et artificielle. La technologie informatique et les télécommunications ont aussi modifié notre approche de la mémoire. On va se souvenir d'un fait et de l'image de ce fait sur un support. Cela me redonne un instant l'envie de bricoler sur mon appareil comme au bon vieux temps de l'argentique, quand j'essayais de faire de la peinture.

samedi 28 mai 2016

27 mai 2016, Aubervilliers, Aubercail

Moment de déchaînement des Hurlements d'Léo, sur une chanson de Mano Solo, ou peut-être bien des Béruriers noirs, à en oublier que je n'ai jamais vu les bérus! Concert magnifique ! et l'occasion de redécouvrir les paroles de Mano Solo. En première partie ce vendredi : Ottilie [B] puis Jérémie Bossone et son frère.

vendredi 27 mai 2016

26 mai 2016, Paris, l’ONU, l’Afrique et le maintien de la paix

Ce 26 mai, Thinking Africa et le Master Géopolitique et sécurité internationale de l’Institut catholique de Paris organisait une demi-journée d’étude sur l’ONU, l’Afrique et l’état actuel du Maintien de la paix.
L’après-midi commençait par la projection du documentaire ‘L’ONU, dernière station avant l’enfer’ de Pierre-Olivier François produit par Arté, qui était suivi d’un débat avec le réalisateur. La discussion a surtout porté sur les casques bleus, par exemple en Centrafrique ou au Congo Kinshasa. Certains étudiants ont retenus les aspects négatifs du bilan de l’ONU alors que le documentaire restait assez positif. J’ai évoqué la diplomatie pour prévenir les crises, moins visibles quand elle atteint ses objectifs.
Puis le directeur de Thinking Africa, le Dr Said Abass Ahamed, a présenté la situation actuelle du maintien de la paix de l’ONU. Il y a des progrès dans la rapidité de déploiement. Selon lui, les trois défis et débats actuels concernent l’usage de la force, les compétences des missions de la paix, et le renseignement. Il souhaite que les acteurs africains proposent un projet politique pour accompagner les missions de maintien de la paix.
Le débat avec s’est parfois dispersé sur des sujets connexes. Les responsabilités internationales occidentales semblent intéresser particulièrement les étudiant-e-s, et le rôle des membres du Conseil de sécurité en particulier. De même que les missions de la paix sont frustrantes pour ceux-celles qui y participent parce qu’elles ne vont pas au bout des choses, le débat lui aussi ne pouvait pas aborder trop de sujets. Il a été aussi question de la gestion des émotions pour analyser et rechercher des solutions.
Régis Marzin, 27.5.16

mercredi 25 mai 2016

24 mai 2016, Paris, EHESS, conférence sur le vote en Afrique

Invité par le laboratoire Tepsis, à la conférence 'Le vote en Afrique : Continuités et ruptures au miroir du multipartisme', je suis venu présenté mes recherches de journaliste-indépendant et ma dernière étude 'Après 26 ans de démocratisation, dictature et démocratie bientôt à l’équilibre en Afrique'.
La conférence a été organisée par Carla Bertin et Emmanuelle Kadya Tall. Le modérateur est Oumarou Barry. Le directeur de recherche à l’EHESS, Remy Bazenguissa-Ganga est intervenu  sur les guerres électorales et la dernière élection au congo-Brazzaville. L’exposé de Jean-Nicolas Bach, du LAM Sciences Po Bordeaux : s’intitulait « Elections et ajustements autoritaires en Ethiopie et dans la corne de l’Afrique ».
J’ai parlé du processus de démocratisation continental et des élections de 2016 (en bas de la page du blog) à partir de quelques graphiques de mon étude, surtout le bilan de la démocratisation du continent après classement des régimes, et du bilan sur 25 ans de la qualité des processus électoraux, en particulier dans les dictatures.
Le débat a permis d’affiner quelques analyses, par exemple sur les stratégies des opposants ou sur les influences internationales. Nous avons beaucoup parlé du Congo-Brazzaville. Il a été comme souvent trop court. Le journaliste Seidik Abba a remarqué que sur le sujet, il faudrait organiser un colloque. Sur le domaine de la démocratie et des élections, il serait en effet possible de continuer à étudier les cas, à dresser des bilans plus généraux, à proposer des solutions. A suivre… ?
Et, comme je ne peux pas aller à une conférence sans faire de photos, il a fallu que je quitte mon siège d'intervenant pour les faire!

lundi 16 mai 2016

15 mai 2016, St-Denis, Fête de l'insurrection gitane

J'avoue, je n'étais pas venu à la Fête de l'insurrection gitane pour réfléchir, m'informer, un peu fatigué depuis ma dernière publication sur l'Afrique. Je suivais un peu les débats des dernières années, en 2015 et en 2016. Cette année, je suis simplement inquiet des simplifications qui vont se développer d'ici les élections françaises de 2017, ou encore du fait que le mot 'racisme' soit employé à toutes les sauces. Mais cela n'a pas vraiment de rapport. J'avais envie de croiser des ami-e-s. Puis, au final, la nuit tombée, bien que je sois déjà allé au bout de mon reportage sur les Rroms de St-Denis, je me suis laissé encore facilement emporté par l'action de photographier musique et danse gitane. Puisque la culture rrom enrichit le paysage... le groupe Marcela los murchales a lâché prise ce soir.
(seconde version en Nef compressé au lieu de Jpeg compressé)

lundi 9 mai 2016

9 mai 2016, Aubervilliers dans la MGP (Métropole du Grand Paris)

La qualité des politiques se mesure à la capacité à rester positif-ve-s et optimistes quelles que soient les situations quand cela concerne leurs responsabilités. En l’occurrence, la Métropole du Grand Paris (MGP) et la transformation de l’agglomération de communes Plaine Commune en Etablissement public territorial (EPT) le 1er janvier 2016, ont été imposés. Mais aussitôt l’opération effectuée, il s’agit de retomber sur ses pieds et de revenir aux réalités locales.
Dans AuberMensuel que je viens de recevoir, un élu du Modem, Damien Bidal, dans sa tribune (p29), se plaint que les impôts d’Aubervilliers vont augmenter de 6,14%, alors que « les habitants paient trop de taxes pour une médiocre qualité de vie » et que «  la capacité de la ville à se désendetter retombe dans les catacombes ». Voilà de nouveau le débat d’avant les municipales. Quel rapport avec le Grand Paris ? C’est que l’organisation de l’imposition sera changée. Comment et avec quels résultats?
Ce 9 mai, Le président de Plaine Commune, Patrick Braouezec, est là pour tout nous expliquer aux côtés de la nouvelle maire, Mériem Derkaoui, et des autres élus réunis en conseil municipal, dans la magnifique salle de l’Embarcadère. Patrick Braouezec parle d’Aubervilliers dans Plaine Commune. Il commence par la partie finance, c’est assez obscur pour les novices, parce que trop rapidement expliqué. Entre autres, la grille de répartition de la Cotisation sur la valeur ajoutée (CVAE) va changer, Paris va gagner sur la partie « dynamisme ». Plaine commune va devoir réduire ses dépenses.  Il a l’air inquiet : la MGP n’apporte rien automatiquement, il faudra se battre, se battre « pour un développement inclusif et pas exclusif des (revenus) modestes ».
Le président de Plaine Commune aborde aussi de nombreux sujets : l’urbanisme, les médiathèques, l’emploi, …Dans les obsessions du moment, il y a la propreté et la piscine olympique pour 2024. Hé ! On est pas obligé d’être pour les jeux olympiques, la télévision et la société du spectacle ! Concernant l’emploi, Patrick Braouzec invite à s’intéresser à la « mutation anthropologique » qui arrive avec le travail numérique et la fin de la robotisation, par exemple des caisses de supermarchés. Puis, le débat revient sur l’essentiel, …
Ce qui est déjà décidé, c’est le fonctionnement des ETPs et de la MGP. Il y aura 209 conseillés de la MGP dont 3 de Saint-Denis, 2 d’Aubervilliers, 1 pour les autres villes de Plaine Commune. Les oppositions des communes ne seront presque plus représentées. Plaine Commune garde la même composition, mais certaines autres nouvelles ETP ne correspondent pas aux anciennes agglomérations et c’est très difficile pour eux. Il est prévu de nouveaux transferts, de compétences des communes vers les ETP en 2017, décidés collectivement. Ce sera, obligatoirement la fin des Zacs communales.
Les impôts locaux iront à la MGP qui restituera aux communes qui restitueront à l’ETP. Actuellement, il y a souvent « 4 générations sous un même toit » et on construit du logement, mais, Patrick Braouzec a des craintes pour les finances des villes qui créent des logements et qui ne sont pas plus aidées par la région que les villes qui ne créent pas de logement. Il espère obtenir un « Contrat de développement territorial » dans le cadre d’un «  Contrat d’intérêt national », qui servirait à la construction des équipements publics, les crèches, écoles, parcs, qui sont nécessaires quand la population augmente.
L’ancien maire, Pascal Beaudet, intervient pour préciser que « le Grand Paris n’aura de sens que s’il y a solidarité », en particulier pour « les écoles et équipements à construire ». Mais, alors, rien n’est encore décidé au niveau de cette solidarité, d’une redistribution entre villes riches et pauvres ! En rentrant, je croise une connaissance qui travaille justement à Plaine Co, et qui me confirme que rien n’est clair et qu’on en a pour « deux ans d’incertitude ». En effet, j’avais cru comprendre ! Et s’il faut compter sur la solidarité des villes riches, rien n’est moins sûr.

Régis Marzin, 12.5.16

jeudi 5 mai 2016

5 mai 2016, Paris, République, en passant...

... avec un ami, entre le monument populaire en mémoire du 13 novembre 2015...
... et un petit bout de Nuit debout, une présentation-débat sur la 'sobriété'.
C'est mon jour de repos après une période de crise électorale multi-fronts en Afrique, et je ne fais que passer sans grande envie de me mêler de sensibilisation politique.

mardi 3 mai 2016

2 mai 2016, Paris, Tchad : conférence de presse sur la présidentielle du 10 avril

A la nouvelle conférence de presse sur la présidentielle du 10 avril et du 9 mai au Tchad, à la Fondation Gabriel Péri à Pantin, les journalistes sont venus moins nombreux qu’à celle du 3 mars 2016, bien que le leader de l’opposition tchadienne, Saleh Kebzabo, intervienne de nouveau. Les media français semblent être déjà passés à la suite sans s’être méfiés que la crise électorale s’enracinait à un autre rythme qu’à Djibouti ou au Congo Brazzaville.
Dire que tout est terminé parce que le dictateur s’impose par la voie officielle, en sous-entendant que les mascarades électorales sont inévitables en Afrique, ne correspond pas la réalité tchadienne. En enquêtant, en se renseignant auprès des opposants, on peut comprendre que l’enjeu n’est pas situé là où la version officielle a essayé de le placer.
La technique des processus électoraux en Afrique ne passionne pas les lecteurs et auditeurs français, sans doute parce que cela demande une attention à une complexité. Mais cette complexité n’est pas si grande, ce sont surtout des habitudes qui sont prises, au travers de préjugés, qui renvoient à un certain mépris pour la démocratie en Afrique, et sont maintenant intégrées dans des mécanismes inconscients, un suivisme des positions officielles et de l’autocensure.
Pourtant, ce n’est pas si dur de voir que Denis Sassou Nguesso, Ismaël Omar Guelleh puis Idriss Déby ont inversé le résultat du premier tour avec des méthodes très proches. La constatation des techniques de fraudes le jour du scrutin et de compilation des résultats permet de constater la similitude de la méthode. Les dictateurs n’organisent pas les scrutins pour les perdre et ne veulent pas se confronter aux seconds tours. Malheureusement beaucoup de media préfèrent privilégier la version officielle, puis remplacer l’enquête sur le scrutin, par une dialectique qui met en scène les efforts des opposants face à un ennemi invincible, sans remettre en cause la version officielle. En effet pourquoi commencer par dire qu’un chef d’Etat est élu quand il n’est pas élu et quand il n’a jamais été élu depuis 20 ou 30 ans, et qu’il se maintient au pouvoir par la force et la fraude électorale.
La réalité tchadienne est tout autre. Les diplomates et militaires peuvent être inquiets de l’après Déby, si la démocratie ne s’est pas installée avant sa mort. Derrière la puissance militaire se cache un état encore mal structuré, parce que le clan au pouvoir a monopolisé l’essentiel de l’appareil de l’Etat. Idriss Déby est contesté dans la rue depuis peu. La société civile et les partis arrivent à mieux s’organiser et à capter le mécontentement de la population. Une nouvelle inversion du résultat au premier tour s’inscrit dans un historique électoral depuis 1990 et le bilan d’Idriss Déby qui s’aggrave lui sera reproché ardemment. Le rapport de force va continuer de se durcir. Il y avait déjà des « villes mortes » et cela va continuer autant que faire se peut.
M. Saleh Kebzabo, le candidat de l’Union nationale pour le renouveau et le développement (UNDR) qui intervient par téléphone depuis Ndjaména, et M. Abdel-aziz Koullamallah, directeur adjoint de campagne de M. Laokein Medard Kourayo, le Maire de Moundou, leader de la Convention Tchadienne pour la Paix et le Développement (CTDP) sont en mesure de bien décrire le processus électoral à l’étape actuelle. Makaila Nguebla et Mahamat Zang animent la conférence.
Les fraudes se sont déroulées surtout dans les régions du Nord: bourrage de centaines d’urnes et trucage de milliers de procès-verbaux. Dans les régions du Nord, les délégués de l’opposition ont été chassés et, dans les procès verbaux, le score de Déby a été arbitrairement fixé à plus de 90%, malgré l’évidence de la défaite d’Idriss Déby dans certaines villes et régions. Au Sud, la population et les partis ont, en partie, réussi à empêcher les fraudes. Même si Idriss Déby avait 100% dans les 13 régions du Nord, alors en fonction des Procès verbaux au Sud, son score serait au maximum de 42%, soit 35,62% + 10,1%(1-0,3562) = 42,12%, où 35,62% est le pourcentage d’électorat du Nord et 10,1% le pourcentage de votes de Déby au Sud. Il ne pourrait en aucun cas être élu au premier tour. Si les résultats réels apparaissaient, il pourrait même arriver en 4e position et ne pas être retenu au second.
Dans ces conditions, que vont dire les acteurs de la communauté internationale concernés par les processus électoraux en Afrique et par la présidentielle tchadienne ? Une vision à plus long terme du Tchad exigerait de renforcer la démocratie et l’Etat de droit dès maintenant pour prévenir un conflit dans les années qui viennent. Alors que le Conseil constitutionnel tchadien s’apprête sans doute à mentir sur la valeur du processus électoral en validant un résultat inversé, un discours honnête sur la technique des processus électoraux serait la manière la plus simple de soutenir les démocrates tchadiens.
Entre autres, la réaction internationale immédiate déterminera l’Etat du Tchad dans les années à venir dans une région, l’Afrique centrale, qui sera soumise à la pression de la volonté populaire pour arriver aux départs des dictateurs. Les puissances étrangères ne sont pas si bien perçues en Afrique, qu’elles puissent faire l’impasse sur l’opinion publique qui émerge, par les nouvelles technologies et le caractère inexorable de la démocratisation de l’Afrique centrale. Le passif est déjà tellement important que toutes nouvelles erreurs de posture viendront aggraver un bilan déjà très lourd. Une vision à court terme est dangereuse.
Régis Marzin, article écrit et publié le 3.5.16

vendredi 8 avril 2016

7 avril 2016, Saint-Denis, en souvenir des Penn Sardin

Je n’ai pas pris mon appareil photo ce soir. Ce n’est pas grave, ce qui compte c’est le film de Marc Rivière ‘Penn Sardin’. Celui-ci est projeté en version française, et donc pas en version bretonne, ce qui signifie que les paroles des pêcheurs et ouvrières sont traduites. C’est une fiction basée sur des faits réels, la grève des ouvrières à Douarnenez entre le 21 ou 27 novembre 1924 et le 7 janvier 1995, une grève de 7 semaines qui a eu un grand retentissement à l’époque. Je suis bien heureux de découvrir ces faits historiques. A la fin du film, Théo Bernard, qui a fait une thèse sur cette grève, nous explique la vraie histoire. Elle est assez différente du film.
La grève a démarré dans une usine de métallurgie et pas de conserves. Le syndicaliste Charles Tillon n’était même pas là, il sera connu plus tard pour d’autres choses à Douarnenez. Il y a eu d’autres grèves entre 1905 et 1924 au contraire de ce qui est dit dans le film. Les patrons, qui n’étaient pas si paternalistes et étaient parmi les plus exploiteurs de France, étaient prêts à céder sur les revendications au bout de 2 semaines. La grève elle-même était pendant une période d’arrêt de la pèche et d’arrêt de travail des poissonneries. Les pêcheurs ont continué à travailler 2 semaines avant de rejoindre les ouvrières et sont repartis travailler en accord avec le comité de grève et le syndicat CGTU. Les villes de banlieue parisienne n’était pas encore gagnée par le Parti communiste et n’ont pas pu acheter les poissons, la banlieue parisienne est devenue rouge 4 mois plus tard, ce qui n’a pas empêché le soutien à l’époque dans ces mêmes villes. La revendication du droit de vote des femmes n’y était pas, celle du salaire égal avec les hommes non plus, ce qui était normal puisque les hommes et les femmes ne faisaient pas les mêmes métiers.
C’est étrange de faire un film sur des faits historiques et de modifier tant de choses. J’ai aimé ce film mais cela me dérange que l’on corrige le récit d’une réalité. Comme journaliste, je suis constamment en train de me battre contre les mensonges qui peuvent empêcher de savoir ce qui s’est passé réellement.
La tentative d’assassinat du maire communiste est conforme, elle. L’historien nous précise qu’ensuite la préfecture a effacé les preuves du lien avec les patrons. Il y avait 23 usines à Douarnenez dont 18 de conserves.
Le patronat était francisé, un peu venue d’ailleurs, par exemple de Nantes. Les femmes parlaient plus le français que les hommes. 2000 personnes s’étaient mises en grève, dont 75% de femmes. Les réunions étaient des meetings ou la CGTU dirigeait, et pas des assemblées générales. La mairie fournissait les salles.
Encore des choses, qu’il y a 30 ans, nos professeurs d’histoire, gentils et un peu coincés, n’ont pas pris la peine de nous apprendre. Cette soirée m’intéressait pour des questions historiques. Le film correspondait bien au lieu, la Belle étoile. J’entends parler des ‘nuits debout’ à République, mais ce n’est pas la vraiment lutte ouvrière dans le Finistère, en ce qu’elle pourrait nous apprendre quelque chose sur le présent, qui m’intéresse. Nous aurions eu besoin que l’on ne nous cache pas cette histoire en Bretagne, et que l’on évite de nous faire croire que la Bretagne n’avait pas d’histoire, à toutes les époques, pour nous permettre ne nous confronter à la complexité de la réalité. Dommage ! Heureusement, il n'est jamais trop tard. 

jeudi 7 avril 2016

7 avril 2016, Paris, Guinée Équatoriale : conférence de presse de la CORED

Ce jeudi 7 avril, à Paris, à l’institut Iremmo, le nouveau lieu partagé avec la Maison de l’Afrique, le parti 'Coalition restauratrice de l'Etat Démocratie' (CORED), organise une conférence de presse. Elle est animée par Makaila Nguebla, l’éminent blogueur tchadien.
Le secrétaire général de la CORED, Raimundo Elang présente le contexte et les enjeux de l’élection présidentielle du 24 avril 2016 en Guinée Equatoriale, devant une dizaine de journalistes et sympathisants.
Selon lui, c’est parce que sa « dictature » est en en grande difficulté que le président Obiang vient d’avancer la date de la présidentielle, pour qu’elle coïncide avec celles du Congo Brazzaville, du Tchad et de Djibouti. Il a peur de la nouvelle vague démocratique et de se retrouver dans la position de Sassou Nguesso. Son plan de transmission monarchique à son fils est aussi périlleux.
L’élection elle-même traduit un retour 30 ans en arrière, à l’époque du parti unique, plus exactement du candidat unique. La répression est maximale : impossibilité pour la société civile de se réunir, aucune liberté de la presse et de manifester. L’opposition boycotte et il ne reste que six candidats faire-valoir attiré par le financement distribué pour la campagne. Le pouvoir va jusqu’à cibler une répression dosée sur certains partis pour les désigner comme partis d’opposition, pour choisir ses opposants. Il duplique aussi les partis.
La CORED demande à la communauté internationale de ne pas accepter l’élection. La participation très faible risque d’être gonflée.
La population est mécontente. La tension augmentera avec le nouveau mandat de Téodoro Obiang. La Cored se donne comme objectif de « transformer le mécontentement en expression politique ». Pour cela, la Cored, comme nouveau parti politique, s’implante actuellement très rapidement en Guinée Equatoriale, après s’être fait connaître dans ses actions en exil. Elle continue les relations avec les décideurs et diplomates souvent inquiets de l’avenir du pays.
Bien que la CORED ne participera pas à l’élection, elle possède un programme qui lui permettrait de le faire si les conditions le permettaient :
-        un pacte de « vivre ensemble » contre les divisions ethniques renforcées par la dictature,
-        la réforme des institutions : diminution du nombre de ministres, réformes de l’armée, de la police, de la justice,
-        des réformes économiques, la lutte contre la corruption, la restauration du climat des affaires,
-        la réforme de la politique d’éducation, de culture, de santé,
-        une nouvelle politique étrangère pour redorer l’image du pays après le retour à la démocratie
Le secrétaire général de la CORED pense que le peuple guinéen se libérera seul et souhaite une « lutte non-violente ». Selon lui, « l’Afrique centrale bouillonne » entre désespoir et pauvreté. La population sait que la Guinée équatoriale est liée à l’occident par le pétrole.
Régis Marzin
Article écrit et publié le 9 avril

samedi 5 mars 2016

5 mars 2016, Paris : Congo B : le grand meeting

15 jours avant la présidentielle au Congo Brazzaville. De très nombreux orateurs se succèdent à la tribune du meeting  « Congolais debout, Sassou doit partir », j’en verrai une vingtaine, plus ou moins optimistes ou pessimistes, dont Joseph Ouabari Mariotti, le représentant du FROCAD et de l’IDC en Europe, sur la photo, très optimiste. Les partisans du général Mokoko sont assez présents. Certains insistent sur la demande de report. D’autres espèrent que les messages de l’Union européenne et des USA pour une élection transparente seront entendus. Une personne signale la veille 3 tués par les forces de l’ordre et 11 blessés. Une personne demande la refont du fichier électoral. Benoît Boukebene, ancien ministre des Hydrocarbures du Congo de juin 1993 à octobre 1997 et actuel vice-président de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS) rappelle les enjeux pétroliers (il avait lui-même mis en place les contrats de partage de production du pétrole à 33% pour l’Etat congolais remis en cause par Sassou Nguesso après sa guerre de reconquête du pouvoir). Beaucoup de propositions sont faites, et rendez-vous est donné pour 19 mars pour une manifestation de la diaspora.

Régis Marzin, article écrit et publié le 10.4.16 

jeudi 3 mars 2016

3 mars 2016, Paris, Tchad : conférence de presse de Saleh Kebzabo

Est-ce à cause des souffrances accumulées que les leaders politiques tchadiens sont devenus si sages ? Saleh Kebzabo est ce 3 mars 2016 en conférence de presse, accompagné pour la présentation de l’éminent blogueur tchadien Makaila Nguebla. Les journalistes sont très nombreux, tous les grands media sont là. Le discours est clair, net et précis. Il n’y aucune exagération, aucun décalage avec la réalité. Cela permettra d’alimenter la réflexion et fera sans doute une certaine différence avec d’autres pays dans le traitement de l’information ensuite. Le cas du Tchad sous la mainmise du dictateur Déby a des aspects désespérés mais au moins les choses sont claires. Par exemple, Saleh Kebzabo est persuasif quand il explique la stratégie des candidats régionaux au premier tour. Il nous assure qu’Idriss Déby ne pourra pas passer au premier tour. Cependant, nous savons aussi que les dictateurs n’organisent pas des élections pour les perdre.

Régis Marzin, article écrit et publié le 10.4 .16 

samedi 27 février 2016

27 février 2016, Paris, Tchad : conférence de Saleh Kebzabo

Le principal opposant tchadien, le chef de file, Saleh Kebzabo, est à Paris devant la diaspora pour présenter la situation avant la présidentielle des 10 avril et 9 mai. L’éminent blogueur Makaila Nguebla l’accompagne pour l’animation. Le candidat présente l’historique électoral du pays et le processus électoral. Il n’est pas, par exemple, satisfait de l’entreprise française Morpho qui a mis en œuvre la biométrie électoral sans transparence et qui contesté sur la distribution des cartes électorales. Cependant, il signale que la France ne s’ingère plus dans les élections, tout en étant satisfait d’Idriss Déby comme bon soldat fournissant des mercenaires. L’opposant propose aux puissances étrangères de travailler avec des autorités légitimes issues d’élections crédibles, ce qui n’est pas le cas du président actuel. Il dénonce des fraudes au niveau des actes de naissances et l’enrôlement des étrangers.
Pendant le débat, les questions de la salle sont parfois maladroites, avec une certaine confusion qui revient sur ce qu’est la dictature et ce que pourrait être la démocratie, comme si un chef ne pouvait être qu’un chef militaire. La diaspora à Paris marquée par l’exil de rebelles ne semble pas représentative de la population tchadienne. Saleh Kebzabo décrit une transformation actuellement rapide, une peur de s’exprimer qui diminue. Selon le président de l'Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR), face au régime actuel, le programme compte peu, car les politiciens comme la population sont d’abord dans une opposition au pouvoir.

Régis Marzin, article écrit et publié le 10.4.16

jeudi 18 février 2016

18 février 2016, Paris, la Corne de l'Afrique à la Mairie du 2ème

Ce 18 février à la Mairie du 2ème arrondissement, le groupe Afrique et la commission Transnationale d’Europe Ecologie les Verts organise une soirée sur la Corne de l’Afrique. Les intervenant-e-s sont, de gauche à droite, Soliman Chaouche, de l’Observatoire des Enjeux Politiques et Sécuritaires dans la Corne de l'Afrique (Sciences Po Bordeaux), Géraldine Pinauldt, de l’Institut Français de Géopolitique et Alain Gascon, Professeur émérite à l’Université Paris VIII. Sonia Le Gouriellec de Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire (IRSEM) n’est pas là. La conférence est animée par Abdessalam Kleiche.
Géraldine Pinauldt fait une présentation générale en terminant sur migrants et demandeurs d’asiles. Soliman Chaouche intervient sur le Soudan. Avant l’arrivée de Beshir, entre 1956 et 1959, deux partis confrériques soufis, mélangeant déjà religion et politique, dominaient. Ils existent toujours et souhaitent un retour à un régime parlementaire, mais les élections sont utilisées par Béshir pour se renforcer. Alain Gascon intervient surtout sur l’Ethiopie,  dont on a entendu parler dernièrement en raison de la révolte des Oromos contre l’accaparement des terres.
Le débat permet d’évoquer Djibouti et l’Erythrée. Les démocrates sont menacés et abandonnés à quelques semaines d’une mascarade présidentielle à Djibouti. L’Union européenne souhaite apporter une aide à l’Erythrée, en cherchant à externaliser la gestion des migrations, comme au Soudan. Avec Khadafi, déjà, cela avait été fait. Mais les migrations de la Corne de l’Afrique sont justement une conséquence des dictatures, alors pourquoi négocier et aider des Etats contrôlés par des dictateurs !
Régis Marzin, article écrit et publié le 11.4.16

samedi 6 février 2016

6 février 2016, Saint-Denis, à la lisière du festival 'Censures'

16e journées cinématographiques dionysiennes: festival 'Censures'. 10 affiches non sélectionnées par l'artiste Henri Bokilo sont exposées au Café du marché. BALàFOND est en concert au vernissage. Et moi je passe par là... (publié le 11.4.16)

vendredi 5 février 2016

5 février 2016, Paris, Djibouti : massacre du 21 décembre 2016

Le vendredi 5 février, au siège d’Amnesty international France à Paris, a lieu une conférence de presse sur la situation des droits humains Djibouti. Elle est organisée par Maki Houmed-Gaba, à gauche, le représentant en France de l’Union pour le Salut National et Makaila Nguebla, animateur, à droite. Un 3e intervenant est Ahmed Loïta. Les journalistes et sympathisants sont une vingtaine. Il y a aussi deux taupes, bienvenues.
Maki Houmed-Gaba replace le processus électoral de la présidentielle dans le cadre historique. L’intervenant principal est Said Houssein Robleh, victime des forces de l’ordre, le 21 décembre 2015. Le député raconte exactement la double attaque du pouvoir qui a détruit le processus électoral. Il explique qu’il a reçu une balle tirée par la police lors d’une réunion de l’USN et subi une opération chirurgicale à l’hôpital militaire français de Djibouti. Il demande une commission d’enquête internationale.
Maki Houmed-Gaba reprend la parole pendant le débat pour compléter les réponses aux questions des journalistes par exemple sur la communauté internationale. L’USN aura-t-elle le temps de sortir du choc de l’agression pour revenir aux questions électorales ? Les grandes puissances qui utilisent Djibouti pour des raisons militaires sortiront-elles de leur silence ? Le dictateur djiboutien a montré qu’il ne souhaitait faire aucune concession.

Régis Marzin, article écrit et publié le 11.4.16. 

jeudi 4 février 2016

4 février 2016, Paris, Congo K : l’homme qui répare les femmes

Thierry Michel est, comme réalisateur de documentaire, indépassable sur le Congo Kinshasa. Je suis content de le voir enfin dans un débat. Il présente à Paris « L'Homme qui répare les femmes - La colère d'Hippocrate » réalisé avec la journaliste Colette Braeckman sur « l'action du docteur Denis Mukwege auprès des femmes violentées du Sud Kivu ». Le film sortira dans les salles le 17 février. Philippe Hagué interroge l’auteur.
Avant nous avions eu l’honneur d’entendre Julie Gayet, la copine de François Hollande, Geneviève Garrigos, la directrice d’Amnesty France, et Pascale Doitard, la secrétaire d’Etat aux droits des femmes (encore pendant une semaine).
Le film est une belle production, il est couvert de prix. Il a connu des déboires, puisque Joseph Kabila l’a fait interdire. Thierry Michel nous raconte comment il obtenu la levée de l’interdiction le 15 octobre 2015. Il y a maintenant eu 3 projections en RDC après des projections dans 9 pays africains, une autre devant le congrès américain et une autre devant l’ONU. Des copies circulent aussi dans le Kivu générant des débats.
Quelle justice après ces viols ? Un tribunal pénal international ? Un tribunal mixte ? Le parlement congolais a rejeté cette dernière idée.
Je note dans le film une remarque du docteur Mukwege : où sont les hommes ? (quand cela va si mal pour les femmes). Cela m’évoque les présidents africains élus démocratiquement qui ne condamnent jamais les mascarades électorales dans les dictatures ? Pourquoi ce silence ? Thierry Michel pense que « l’Afrique a besoin de modèles, intègres et (porteurs) de convictions ».
La discussion se termine pour certains invités, dont les journalistes, dans un pot dans un bar à côté, et nous approfondissons le débat avec un blogueur très connu sur le Congo Kinshasa et une psychologue qui a travaillé dans l’humanitaire dans le Kivu. 
L’année 2016 verra-t-elle le départ du dictateur congolais ? La médiatisation internationale du film participe à montrer qu’un changement de cap est indispensable et que tout le monde le sait. Reste à convaincre le principal intéressé.
Régis Marzin, article écrit et publié le 11.4.16