Quand il y a un événement à Aubervilliers, je ne suis pas inquiet de savoir à l'avance si cela sera bien organisé parce que c'est à côté. Aujourd'hui, je crois donc aller à la mairie pour un débat avec Houcine Abassi, le Secrétaire Général de l’Union Générale Tunisienne du Travail. Mais celui-ci ne reste pas longtemps en raison d'un autre rendez-vous plus important, et il est remplacé par un cadre de l'UGTT. Finalement, il est beaucoup question de Farhat Hached, l’un des principaux chefs du mouvement national aux côtés
d’Habib Bourguiba et de Salah Ben Youssef et fondateur de UGTT, parce que Paris inaugure le lendemain une place à son nom, et qu'il y a une forte délégation tunisienne à Paris pour cela. Cette place permettra d'oublier un peu la bourde de la place Bouguiba inaugurée le 20 mars 2013, dictateur qui a torturé une personne présente dans la salle. C'est donc le portrait de Farhat Hached qui est posé devant la tribune. L'ambassadeur de Tunisie, Adel FEKIH, est là aussi. J'ai l'impression que des gens quittent la salle à son arrivée. La salle est pleine de militants, syndicalistes, historiens, par exemple Mustapha Filali, 92 ans. Le débat est original parce que des fortes tensions entre les discours croisent des paroles constructives et optimistes. Il y a plein de non-dits. Houcine Abassi explique la dégradation de la situation : liberté des femmes en danger, liberté de la presse menacée, par exemple par des pressions sur le marché publicitaire, pour empêcher des entreprises de soutenir des media d'opposition au gouvernement Ennhada. Le second représentant de l'UGTT parle en conclusion d' "essai d'instauration d'une autre dictature". L'ambassadeur est plus philosophe et dialectique, et est assez peu convainquant. Je ne comprends pas trop les subtilités de la situation. Un dialogue national doit essayer de sortir le pays du climat de violence depuis l'assassinat de Chokri Belaïd. Pour une personne du public, le conflit principal en Tunisie est social et pas politique. Il est aussi beaucoup question d'histoire, de vérité et de justice sur des crimes coloniaux, dont l'assassinat de Farhat Hached, en 1952, par des agents de l'Etat français. Une personnalité de l'UGTT demande à la France "une justice transitionnelle de la période coloniale" pour obtenir la vérité et la justice sans demande de réparations et de repentances, puisque la Tunisie est elle aussi sur la voie de la justice transitionnelle suite aux crimes de la dictature de Ben Ali. Alors que le maire, M.Salvator, est en retard, Abderrahim Hafidi, le maire-adjoint délégué aux relations internationales, anime avec aisance, un peu à la manière d'un débat de télévision. L'invitation que j'avais reçue indiquait ensuite de la musique à l'Espace Fraternité, et je tombe sur un repas sur invitation ou payant avec un groupe folkorique, soirée à laquelle je n'ai pas l'autorisation de participer. Je ne sais pas si le film sur la délégation albertvillarienne au Forum Social Mondial de Tunis sera finalement projeté. Tout cela est assez improvisé et me fait faire une petite ballade.
lundi 29 avril 2013
samedi 20 avril 2013
20 avril 2013, Paris, les leaders de "Sauvons le Togo" à Paris
Il est extrêmement rare d'avoir dans une conférence publique, ensemble à Paris, plusieurs leaders démocrates en lutte contre une dictature. A la tribune, de gauche à droite sur la photo ci-dessous, se trouvent Zeus Ajavon, porte-parole du Collectif Sauvons le Togo, Jean-Pierre Fabre, président de l'Alliance Nationale pour le Changement, Agbéyomé Kodjo, président d'Obuts, Olivier Amah de l'Association des Victimes de Torture au Togo (ASVITTO). Cette action de rassemblement est à ajouter au bilan d'un an de lutte du collectif Sauvons le Togo. Ce collectif unitaire a changé la face du pays. La conférence est, elle, organisée par Synergie Togo. 150 personnes surtout togolaises se sont déplacé-e-s à l'Espace Grenelle. Le président de Synergie Togo, Camille Lawson-Body, présente d'abord les aspects importants des législatives. Il insiste sur le découpage électoral inacceptable qui favorise le parti au pouvoir RPT-Unir(-UFC) pour lui permettre une victoire facile avec une minorité de voix. Cela ne peut évidemment rester ainsi. Olivier Amah explique la violence des tortures au Togo, qui montrent la nature du régime. Zeus Ajavon dresse le bilan du CST depuis sa création il y a un an, puis aborde des questions de stratégie: "A chaque élection, ils inventent des méthodes de fraudes nouvelles et cela fait que l'union de l'opposition ne sert à rien." Le CST ne sera jamais pour le boycott: "pas d'accord sur l'organisation des élections, pas de réformes, pas d'élections". Il cite, sans doute sans le savoir, le gabonais Marc Ona: "La peur a changé de camp", la population s'est appropriée le combat. Agbéyomé Kodjo explique comment la mascarade judiciaire a été mise en place pour essayer de détruire l'opposition. Faure Gnassingbé a choisi une stratégie de terreur juste avant les législatives. Lui-même a passé 60 jours en prison pour de fausses accusations et les tentatives d'humiliations et d'atteinte à sa santé se sont ajoutées au coup politique. Le rapport des experts français sur l'incendie est aujourd'hui essentiel. Selon lui "le Togo est en danger, et la communauté internationale doit se mobiliser". Jean-Pierre Fabre insiste aussi sur la mascarade judiciaire de l'incendie (cf texte de son discours). Il lit la lettre, l'une des 2 lettres, car il y en a deux, de l'accusateur principal qui s'est rétracté, Mohamed Loum (photo ci-dessus). Il y a un passage philosophique intéressant : "L'argent peut acheter un lit mais pas le sommeil, une position mais pas le respect." Lui aussi précise qu'il n'y aura pas de boycott.
Depuis le début, le fait que l'incendie soit un coup monté du régime togolais est une évidence pour tout le monde. Mais Faure Gnassingbé a agit en plein déclenchement de l'intervention française au Mali, en essayant de profiter de l'immaturité du gouvernement français et des compromissions historiques françaises. Le but du clan dictatorial était de casser l'image des démocrates, selon le principe voltairien "Mentez,mentez, il en restera toujours quelque-chose", "Il faut mentir comme le diable, non pas timidement, non pas pour un temps, mais hardiment et toujours."(Voltaire, lettre à Thiriot du 21octobre 1736.) En vérité, la dictature togolaise est à bout de souffle et les pouvoirs français et européens n'en tiennent pas compte, et refusent toujours de s'engager réellement dans le soutien de la démocratie en Afrique. Ainsi, la loi du plus fort militairement continue. Le débat avec la salle permet de préciser les choses sur le rôle des diplomates actifs au Togo (Europe, USA, France, Allemagne, ONU) qui n'arrêtent pas les jeux de dupes, poussant vers des négociations pièges, en refusant de tenir compte de la réalité de la dictature. Sans doute, les diplomaties européennes et françaises sont des diplomaties aux objectifs obsolètes, qui ne sont pas encore sortie, plus de 20 ans après, des logiques de la guerre froide et du mépris pour les populations. La diplomatie française semble aussi incapable de sortir de l'influence de l'armée française en Afrique. Le débat revient aussi sur la nécessité de ne pas aller vers un accord électoral de l'opposition avant que les conditions d'organisation des élections ne soient fixées.
Je m'éclipse pour rejoindre juste à la fin une autre conférence que tient l'opposition djiboutienne, toujours sur le thème des législatives. Les 2 luttes se rejoignent. Dans les 2 pays, les diplomaties françaises et européennes brillent par l'absence de soutien à la démocratie. L'opposition djiboutienne est marquée par l'impossibilité historique de s'organiser à cause de la répression, plus forte qu'au Togo.
Depuis le début, le fait que l'incendie soit un coup monté du régime togolais est une évidence pour tout le monde. Mais Faure Gnassingbé a agit en plein déclenchement de l'intervention française au Mali, en essayant de profiter de l'immaturité du gouvernement français et des compromissions historiques françaises. Le but du clan dictatorial était de casser l'image des démocrates, selon le principe voltairien "Mentez,mentez, il en restera toujours quelque-chose", "Il faut mentir comme le diable, non pas timidement, non pas pour un temps, mais hardiment et toujours."(Voltaire, lettre à Thiriot du 21octobre 1736.) En vérité, la dictature togolaise est à bout de souffle et les pouvoirs français et européens n'en tiennent pas compte, et refusent toujours de s'engager réellement dans le soutien de la démocratie en Afrique. Ainsi, la loi du plus fort militairement continue. Le débat avec la salle permet de préciser les choses sur le rôle des diplomates actifs au Togo (Europe, USA, France, Allemagne, ONU) qui n'arrêtent pas les jeux de dupes, poussant vers des négociations pièges, en refusant de tenir compte de la réalité de la dictature. Sans doute, les diplomaties européennes et françaises sont des diplomaties aux objectifs obsolètes, qui ne sont pas encore sortie, plus de 20 ans après, des logiques de la guerre froide et du mépris pour les populations. La diplomatie française semble aussi incapable de sortir de l'influence de l'armée française en Afrique. Le débat revient aussi sur la nécessité de ne pas aller vers un accord électoral de l'opposition avant que les conditions d'organisation des élections ne soient fixées.
Je m'éclipse pour rejoindre juste à la fin une autre conférence que tient l'opposition djiboutienne, toujours sur le thème des législatives. Les 2 luttes se rejoignent. Dans les 2 pays, les diplomaties françaises et européennes brillent par l'absence de soutien à la démocratie. L'opposition djiboutienne est marquée par l'impossibilité historique de s'organiser à cause de la répression, plus forte qu'au Togo.
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mardi 16 avril 2013
16 avril 2013, Aubervilliers, logements insalubres : alerte à la misère !
Ce colloque sur le logement insalubre « Habitat indigne dans la métropole parisienne : quelle mobilisation des territoires ? » était certainement organisé avant que ne survienne l'incendie du 4 rue Prévost et ses 3 morts, près de la porte de la Villette. Je me sens de plus en plus concerné comme habitant d'Aubervilliers. Bien qu'ayant été parfois à des débats sur le logement, je n'avais jamais assisté à des conférences-débats à un niveau aussi élevé, avec des professionnel-le-s et élu-e-s très compétent-e-s. A la première conférence de l'après-midi "la boîte à outils "opérationnels" ", les intervenant-e-s sont : Delphine Cervelle, Solidarités de la ville d'Aubervilliers, Christine Anmuth et Stéphane Fernandes, inspecteur-trice-s de salubrité, Carine Bensimon, Urbanis, Céline Brodovitch, SOREQA, Pascaline Tardivon, DRIHL,
Bernard Loche, animateur. A la conférence de conclusion, se trouvent
Evelyne Yonnet, adjointe mairie d'Aubervilliers chargé de l'Habitat et
de la santé, Gilles Catoire, maire de Clichy-la-garenne, Jean-Yves Mano,
adjoint au maire de Paris en charge du logement, Patrick Braouzec,
président de Plaine Commune en charge de l'habitat, et Alain Régnier, délégué
interministériel à l'Habitat et au Droit au Logement. Jacques Salvator conclut la journée.
Les questions de logement sont très techniques et je suis loin de tout comprendre. Il ressort surtout un cri d'alarme de la ville d'Aubervilliers et de Plaine Commune. C'est l'occasion de parler de la pauvreté de ma ville en fonction de données statistiques: avec 39% des ménages sous le seuil de pauvreté, 2e ville de France au taux de pauvreté le plus élevé après Roubaix. Selon l'Observatoire des inégalités, les villes comme Aubervilliers ou Saint-Denis "accueillent ceux qui n’ont plus les moyens de se loger à Paris et y travaillent". Il y a 5000 demandes de logement sociaux en attente pour 75000 habitant-e-s. Aubervilliers compte 42% de logement sociaux (et Plaine Commune 40%). Il y a de le sur-occupation, du logement insalubre, avec des problèmes de santé, et récemment la situation s'est beaucoup aggravée. Les services de la ville découvre de plus de personnes logeant dans des caves, des abris de jardins et mêmes des locaux à poubelles. Il y a de plus en plus d'arrêtés de périls et de plaintes.
Médecins du Monde pose la question des bidonvilles dont les administrations ne tiennent pas compte, mais cette question reste en suspens. A la pause, la responsable m'explique qu'en cas d'épidémie dans un campement rrom la seule réponse de la préfecture est l'expulsion !
Médecins du Monde pose la question des bidonvilles dont les administrations ne tiennent pas compte, mais cette question reste en suspens. A la pause, la responsable m'explique qu'en cas d'épidémie dans un campement rrom la seule réponse de la préfecture est l'expulsion !
La question qui revient le plus souvent est celle des marchands de sommeil. Non seulement, ils exploitent des pauvres, mais ils se permettent aussi de profiter d'une législation très favorable à la propriété privée, bien ancrée dans la constitution, pour récupérer de l'argent public et parfois gagner avec leurs avocats des procès contre les collectivités locales. Alain Régnier, le délégué interministériel, explique qu'une loi sur le logement pourrait être débattue au parlement à l'automne. La ville d'Aubervilliers attend avec impatience cette loi, et d'autres aides de l'état pour rénover l'habitat. Une plus grande solidarité entre Paris et les banlieues pauvres est aussi attendue. La situation en arrive à un point où il faut faire des choix tels qu'entre priorité aux logements DALO et priorité à la lutte contre l'habitat insalubre. Cela pose des questions plus générales sur la société: nouveaux types de constructions, solidarité des territoires, relation ville-campagne, mixité sociales, et je rajoute redistribution des richesses. En attendant les idées de génie, les chiffres sont accablants: il faudrait construire 70 000 logements par en Ile-de-France, qui n'arrive à en construire que 35 000. Selon Patrick Braouzec, "On va à la catastrophe, en sifflotant", et il faudrait enfin se donner les moyens d'agir.
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dimanche 14 avril 2013
14 avril 2013, le soleil enfin !
Enfin le soleil ! Si dieu existe, se venge-t-il du mariage pour tous-tes en rallongeant l'hiver au maximum? C'est encore la faute aux Femens! Encore une semaine de froid, et on avait un million de personne dans la rue contre la corruption de la classe politique. Encore deux semaines de froid, et on avait une vague de suicide équivalente à celle du passage à l'an 2000. Encore 3 semaines de froid, et on avait une révolution ! Parce que çà déprime collectivement quand le soleil ne se montre pas pendant des mois et que les factures de chauffage augmentent. Comme les français-es ont tendance à croire que tout dépend du roi-soleil de la République ! Heureusement, c'est fini, et le printemps arrive un 14 avril, alors que l'été était arrivé un 7 avril en 2010. Vraiment ! Hollande n'a pas de chance ! Je préfère une salle obscure de cinéma pour ne pas m'éblouir trop vite les yeux : "En compagnie d'Antonin Artaud" de Gérard Mordillat, un film qui me plaît énormément, programmé au festival 'Théâtres au cinéma'. Je passe par la Villette en revenant, où je tombe au milieu d'une foule venue profiter enfin d'un peu de chaleur.
samedi 13 avril 2013
13 avril 2013, Aubervilliers, Pole sup' en scène
Cette photo ne représente pas du tout l'état de la scène une minute avant et le spectacle extraordinaire qui a précèdé : 45 hommes et femmes bougeaient dans tous les sens (46 moins une blessée). Ce soir, je n'ai pas sorti l'appareil photo avant la dernière note des 3 spectacles de Pole sup' en scène. Du 8 au 13 avril 2013, les étudiant-e-s du Pôle Sup’93 s’affichaient au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers. J'ai entendu Shao-Wei Chou « [Immersion] Sons, gestes et images », Marielle Le Monnier « Concert de musique polonaise (sauf Chopin !) », au piano avec une violoniste, et la chorale menée par Jeanne Dambreville «Répète un peu pour voir, 46 choristes a cappella mis en espace ». Cette chorale chante de la musique répétitive. La mise en scène est faite par Florence Lebailly. Je trouve cela vraiment bon, il se dégage une énergie et une bonne humeur contraire à l'hiver qui n'en finit pas. C'est très original et créatif dans le chant et la chorégraphie. Les 2 autres spectacles étaient aussi très bien. C'était aussi l'occasion d'en savoir plus sur les formations musicales pour les jeunes en Seine-Saint-Denis. Le nouveau conservatoire à Aubervilliers ouvrira en juin, mais pour l'instant l'état supprime 29,5% de sa subvention au Conservatoire à Rayonnement Régional d’Aubervilliers-La Courneuve dont les 22 emplois sont menacés.
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mardi 9 avril 2013
9 avril 2013, Paris, Tunisie, révolution tunisienne en perspective(s)
La conférence 'La révolution tunisienne en perspective(s)' se passe dans un lieu que je ne connaissais pas encore, l'IREMMO, dans le Ve. Je mets du temps à arriver à cause d'un incident de métro et je ne peux me placer correctement pour les photos. La conférence est très intéressante. Il y a là Jocelyne Dakhlia, historienne anthropologue, de l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), auteur de ‘Tunisie, Le pays sans bruit’, 2011, Pierre Puchot, reporter sur le Maghreb/Moyen-Orient à Médiapart, auteur de ‘Tunisie, une révolution arabe’, 2011, et ‘La Révolution Confisquée, Enquête sur la transition démocratique en Tunisie’, 2012, et Adnane Ben Youssef, secrétaire exécutif du parti Al Joumhouri pour la Fédération « France Nord » et ancien vice président FTCR (Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives). Le débat s'anime entre les conférenciers sur la question de la 'Justice transitionnelle': "Ce qui fait l’originalité de la Tunisie, c’est aussi la création d’un Ministère de la justice transitionnelle, ce qui est totalement inédit" selon Kora Andrieu. La loi se fait attendre. Cette justice transitionnelle ne sera peut-être pas possible dans les conditions actuelles, alors qu'une grande partie des cadres de l'ancien régime dictatorial se blanchissent discrètement. La justice et les réparations sont nécessaires mais la question est complexe, et le débat bloque sur certaines expressions comme 'mal nécessaire' qui expriment sans doute les difficultés à concevoir un équilibre entre justice, lutte contre l'impunité, changement de système, et continuité de l'Etat et de ses fonctions. Beaucoup de gens ont pris part à des activités liées à la dictature. Il existait une plage où les jeunes se baladaient en entendant les cris des torturé-e-s. 2 millions de personnes avaient une carte au parti au pouvoir. Les opposant-e-s démocrates étaient parfois rejeté-e-s parce que les gens avaient peur du danger qu'ils-elles véhiculaient avec la répression. La constitution écrite par l'assemblée constituante elle-aussi se fait attendre. Les partis politiques principaux négocient en dehors et ont peut-être transformé l'assemblée constituante en 'chambre d'enregistrement'. La gestion actuelle par le gouvernement est qualifiée de désastreuse, mais la dictature avait aussi empêché les partis issus de la révolution de 2011 d'avoir de l'expérience de gestion.
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samedi 6 avril 2013
6 avril 2013, Paris, les Rroms premières victimes du mépris de la loi
A Bastille, est organisée une manifestation de soutien aux Rroms, contre les expulsions, organisées par Amnesty International. Quelques centaines de personnes se sont réunies dont assez peu de rroms. Il est parfois difficile de savoir si le gouvernement socialiste fait mieux que la droite, mais il y a un sujet sur lequel il n'y a plus aucun doute, c'est le traitement des Rroms par le Ministère et le Ministre de l'intérieur : discrimination, racisme, mépris de la loi. La justice vient d'être obligée de rappeler à l'ordre un préfet: "Un juge a condamné le préfet du Rhône à proposer un hébergement à des familles Roms qu’il venait d’expulser d’un terrain." Selon ce jugement, à partir de ce 4 avril, les expulsions de campements pourront être contestées devant les tribunaux si elles ne sont pas effectuées avec solution alternative. C'est vrai que le scandale est inadmissible, il se base sur la certitude pour l'Etat que les rroms sont dans une catégorie de population qui n'arrive pas à se défendre. C'est bien là notre époque: les intimidations, le mépris des gens et des lois sont admis de la part de ceux-celles qui s'estiment les plus fort-e-s, et la justice galère derrière avec toujours un temps de retard. Il y a des lois, des moyens, de l'argent, une multitude de personnes qui sont en charge de procédure et de taches diverses, mais des seuils sont inaccessibles pour les plus pauvres ou les plus faibles qui ne peuvent se défendre. Souvent, les forts et les riches en profitent, et savent embrouiller les situations pour les rendre inextricables ou transformer ce qui était un droit selon des lois, en cadeau issus de processus humanitaires subjectifs et aléatoires.
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lundi 25 mars 2013
24 mars 2013, Ile-St-Denis, Effet de CER
A force d'attendre la fin de l'hiver, on finit par avoir envie de nature, de soleil, et d'écologie. Je rejoins donc l'Ile-Saint-Denis, pour assister à la fin du festival 'Effet de CER'. J'arrive pour le débat 'Nourrir la ville en circuit court', avec Evelyne Gatineau d'Ecobox, Frédérique Basset de Graine de Jardin, l'animateur Jérôme Gleize, Nicolas Bel d'Agro Paris Tech, Fabienne Giboudeaux adjointe au Maire de Paris chargée des espaces verts. La discussion revient beaucoup sur les jardins dans les villes, et en particulier sur les toits. J'apprends que l'essentiel de la pollution transmise par la nourriture provient de la terre et pas de l'air, l'air très pollué étant dangereux à respirer, et que les jardins en villes ne posent pas de problème lié à la pollution de l'environnement si la terre est propre. Les différents types de jardins sont décrits. Dans le débat suivant, un architecte précisera qu'il est possible de construire des immeubles avec une serre au dernier étage. Un adjoint écologiste du 18e arrondissement à Paris, se bat pour un immense jardin de 5000m2 sur le toit d'une société. Les toits doivent supporter un certain nombre de kilo au m2 par exemple 700kilos au m2 pour celui-là. Il y a beaucoup de résistances culturo-administratives qui freinent les projets. D'autres initiatives sont évoqués autour des arbres fruitiers, de bacs déposés un peu partout, comme en ce moment dans les Yvelines. Un jardin en ville, c'est aussi des activités collectives et la vie de quartier qui décolle. De manière plus globale, les terres agricoles sont à défendre en Ile-de-France. Après ce débat, le film sur les villes en transition, 'In transition 2.0', est très décevant, alors que le thème est important et que beaucoup de sujets abordés sont essentiels, en particulier la transition énergétique et la réflexion entre local et global, entre vie sociale et vie économique au travers de la réflexion et de l'action sur l'environnement. L'alimentation revient toujours comme sujet qui mobilise le plus.
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dimanche 24 mars 2013
23 mars 2013, Lille, Ingénieurs Sans Frontières
Je passe une très belle journée à Lille avec Ingénieurs Sans Frontières. C'est la 3e fois que je participe à leurs Journées Nationales pour parler de politique africaine, et cette fois j'arrive assez tôt pour participer aux ateliers précédents. Après la conception de schémas heuristiques autour de la question 'Pourquoi mon ordinateur portable ne dure-t-il que 3 ans ?' sur l'obsolescence programmée, nous passons à un autre atelier sur de nouvelles questions issues de cette première question. Je choisis la table 'Le progrès technologique est-il durable?', et nous réfléchissons aux problèmes, à l'idéal, et à des solutions concrètes. J'ai l'impression que la réflexion d'ISF a muri depuis 2 ans, que les aspects politiques dérangent moins, et que c'est très bien organisé cette année. Je suis aussi plus à l'aise que les fois précédentes. Ensuite, c'est mon atelier et 1h30 de discussion tambours battants. Les projets d'ISF concernent beaucoup le Cameroun, un peu le Burkina Faso, le Sénégal, le Togo. Je réponds aux questions sur les contextes politiques nationaux dans lesquels se placent leurs projets, en mettant l'accent sur la politique française, la politique européenne, les dictatures, les processus de démocratisation difficiles, la guerre au Mali et ses conséquences. Comme avec les autres étudiant-e-s, les questions sont souvent plus pertinentes que dans des débats publics classiques, parce que, sans doute, les étudiant-e-s essayent de vraiment bien comprendre les choses en raccordant les éléments logiquement, en exigeant une meilleure cohérence du discours. Par ailleurs, ils et elles thésaurisent, semblent sérieux-se-s dans les prises de notes et comptes-rendus pour essayer de progresser. A suivre...
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samedi 16 mars 2013
16 mars 2013, St-Denis, rroms du 93: quelles solutions ?
Le réseau 1427, La voix des Rroms et la Ligne 13 organisent la soirée d’ouverture de la quinzaine antiraciste et solidaire à Saint-Denis, sur le thème « Rroms à Saint-Denis et en Île-de-France : quelles solutions pour quels problèmes ? ». Laure Labrosse, Saimir Mile, le président de « la Voix des Rroms » et Agnès Cluzel présentent la situation à Saint-Denis et à au niveau national. L'actualité de St-Denis, du département et du pays se télescopent. Beaucoup de choses intéressantes sont dites, et les réflexions vont plus loin que d'habitude, entre les questions pratiques et les questions politiques. La scolarisation des enfants revient souvent dans le débat. Les positions ne sont pas idéologiques mais très pragmatiques. Niveau local, il faut faire avec la situation existante même si ce n'est pas simple. Niveau national, le manque de solidarité est évident et dramatique, et avec un ministre de l'intérieur qui dérape maintenant autant que Sarkozy, rien ne va plus.
J'expose quelques photos issue de ma série sur la culture rrom en Sene-Saint-Denis.
Après le débat, c'est une nouvelle fois le show de Chavé Sumnakuné. Ils et elles progressent chaque fois et cela laisse les spectateur-trice-s bouche bée. Ca va très vite, et, j'ai à peine le temps de sentir l'ambiance que le spectacle se termine.
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16 mars 2013, Aubervilliers, 3 semaines après l'incendie
L'incendie du campement rrom à la limite d'Aubervilliers et de Plaine-Saint-Denis, au carrefour des rues Germaine Tillion et des Fillettes, près du nouveau métro Front Populaire, a eu lieu le 22 février. Le jour-même, j'y étais allé trop tard, il faisait déjà nuit et la police bouclait tout le quartier. Depuis, je n'avais pas eu le temps de revenir et j'avais l'idée de prendre des photos depuis le bus 'navette' du nouveau métro. De grandes palissades cachent les restes du campement, les baraques et les véhicules brûlés. Il ne reste plus rien des grands hangars à côté. Le 25 février, le maire de Saint-Denis publiait un communiqué 'Incendie d’un bidonville : la résorption par l’Etat ne peut plus attendre' qui demandait au gouvernement "l'évacuation les bidonvilles dangereux" et "des mesures d’urgence d’hébergement par réquisition de terrains ou dans le patrimoine
immobilier de l’Etat". Le 8 mars, deux des 7 campements de Saint-Denis ont été évacués et détruits. Le 14 mars, le ministre de l'intérieur a dérapé à la manière de Sarkozy : « Des familles sont désireuses de s’intégrer, mais elles sont
une minorité », et, « Les Roms ont vocation à rester en
Roumanie, ou à y retourner. » (phrase qu’il attribue
au Premier ministre roumain), ce qui a évidemment provoqué des réactions contre les discriminations du ministre. Celui-ci préfère cacher l'absence de mise en œuvre de solutions pratiques par des propos qui créent des polémiques dilatoires. En attendant, des expulsions sont effectuées sans relogement et sans diagnostic social réel. Toujours le 14 mars, cette fois dans le Figaro, comme le souligne la voix des rroms, M. Valls insinue que l'incendie était d'origine criminel en déclarant "Implantés en bordure de quartiers populaires déjà percutés par la
crise, ils sont à l’origine de problèmes de cohabitation qui prennent
des formes parfois inquiétantes comme en témoignent les incendies
constatés la semaine dernière à Aubervilliers et Sarcelles.” Il en a trop dit, pour ne pas avoir à mieux s'expliquer, parce que, nous ne sommes pas au Togo, le pays des mascarades judiciaires autour des incendies.
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16 mars 2013, Paris, manifestion pour Djibouti, et la Guinée
Cette photo est plus pour l'anecdote. En arrivant sur la place Edouard Herriot, près de l'Assemblée Nationale, pour une manifestation contre le hold-up électoral à Djibouti, je découvre des manifestant-e-s guinéen-ne-s, eux-elles-aussi inquiets devant l'organisation des législatives en Guinée Conakry qui dégénère, et des manifestant-e-s malien-ne-s satisfait-e-s de l'intervention française au Mali. Les djiboutien-ne-s ont eu droit un instant au micro des malien-ne-s, mais les messages ne correspondaient pas, puisque la diplomatie française reste silencieuse face à la mascarade électorale à l'ombre de la base militaire à Djibouti, et que le dictateur djiboutien, IOGuelleh, profite de la guerre au Mali, des regards focalisés sur le Mali, comme plusieurs dictateurs des ex-colonies françaises pour accentuer la répression. La préfecture n'a même pas prévenu les organisateur-trice-s que plusieurs manifestations étaient prévu-e-s au même moment et au même endroit, ce qui en pratique, revient à rendre inaudible les messages. C'est aussi dommage que les informations n'aient pas correctement circulé entre les réseaux de diaspora surtout djiboutienne et guinéenne puisque ces 2 manifestations étaient sur des législatives en Afrique. Enfin vers 17h30 arrivaient les sans-papiers pour une 4e manifestation prévue à 18h.
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samedi 9 mars 2013
9 mars 2013, Aubervilliers, festival au féminin
En venant au festival international au féminin d’Aubervilliers, je me suis trompé. A force de lire les articles sur l'actualité de la guerre sans bien noter les choses sur mon agenda, j'avais imaginé qu'il y avait des débats sur la situation politique et militaire au Mali, et en fait, je suis arrivé dans une soirée de concert, dédié aux femmes du Nord Mali, et comme la journée a commencé à midi et que j'arrive à 21h30, les discours sur la situation au Mali sont terminés depuis longtemps. J'entends juste Miss France-Mali sur le sujet. Je pensais venir pour discuter de l'Afrique et du Mali, et je me trouve de nouveau à prendre des photos de musique, ce qui est bien agréable. J'oublie ainsi mes réunions sérieuses de l'après-midi. L'association Kolomba basée à Aubervilliers et à Bamako qui lutte contre
les violences faites aux femmes et aux filles organise l'événement. Parmi les artistes, il y a, selon le programme, Safi Diabate, Assi Diabate et la Compagnie des Tambours Lingueurs, la chanteuse Fantani Touré et ses invités. Et j'entends d'autres noms, dont Mme Coulibaly pour une des autres chanteuses. L'espace Fraternité est un espace merveilleux parce que la scène est très proche du public, que le décor est très chaleureux. Une fois de plus l'ambiance est là, les musicien-ne-s et chanteur-se-s sont heureux-ses et s'éclatent, et tout le monde est aux anges. C'est aussi une manière de faire vivre Aubervilliers, de se faire se rencontrer les gens.Ce soir, il y a une chose en plus, sans doute, c'est encore plus de liberté de ton et d'expression, de liberté qui touche la relation entre les hommes et les femmes, et la relation entre les générations. Il se poursuit quelque chose de fort après la soirée Orient de velours du 9 février, qui allait aussi dans ce sens.
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dimanche 24 février 2013
24 février 2013, Paris, Festival du film d'environnement
Je suis si fatigué que je dis à une amie de choisir les films pour moi, ce dimanche, au Festival Internationl du Film d'Environnement. J'arrive ainsi à une séance sur le travail des femmes, avec 2 courts-métrages: "Yvette" de Marie Bassolé et Ferdinand Bassono, au Burkina Faso, et, "Madame Servante / Kaniz Khanum" d'Afsaneh Salari, en Iran. Cela me rappelle 'Who's counting', film féministe sur la non considération dans les normes internationales comptables servant à définir les PIB, du travail familial, ce qui impacte énormément la prise en compte du travail des femmes dans le monde. Finalement, cela donne une photo sympathique au milieu d'un beau décor.
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samedi 23 février 2013
23 février 2013, Aubervilliers, hommage à Ibni Oumar Mahamat-Saleh
Voici un événement de plus à Aubervilliers, dans une école. Guy Labertit, l'ex Monsieur Afrique du PS, dont on entend beaucoup parler aussi à propos de la Côte d'Ivoire et de Laurent Gbagbo, présente son livre 'IBNI une vie politique assassinée au Tchad'. Il s'agit surtout d'une conférence-débat en hommage à Ibni Oumar Mahamat-Saleh tué en 2018 au Tchad par la garde présidentielle tchadienne. Le sénateur Gaëtan Gorce résume bien comment la françafrique permet d'effacer les traces des crimes : "L'affaire malienne en témoigne : qui voudrait aujourd'hui, 5 ans après les faits,chercher des poux dans la tête au seul chef d'État africain qui ait dépêché ses troupes aux cotés de nos soldats engagés au Sahel ?". Une plainte a été déposée en France en février 2012, concernant l'assassinat, mais, selon l'un des intervenants, "la justice française traine pour confier l'instruction à un juge" J'évoque l'importance de l'armée française dans la nouvelle direction prise par la politique française, et le danger de recul dans toutes les dictatures.
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jeudi 21 février 2013
21 février 2013, Paris 14e, inauguration de la Maison des Thermopyles
C'est un grand jour pour la pension de famille des Thermopyles, la maison des Thermopyles. Paris Habitat organise l'inauguration officielle avec plein d'invités, les architectes, les élu-e-s, ... Il y a foule au rez-de-chaussé et des visites ont lieu dans les étages. Je suis dégoûté d'arriver après les discours, occupé que j'étais à finir un travail pénible ce jour-là. Mes photos sont juste mauvaises, je n'y suis pas pour la photo, trop fatigué et la tête un peu ailleurs. Dommage, après 11 ans de réunions, c'est enfin la reconnaissance pour l'association Pension de Famille à Bauer-Thermopyles-Plaisance, dont j'ai partie depuis le début. Tous les résidents ne participent pas à la fête, pour eux, ce n'est pas un endroit public.
mercredi 20 février 2013
20 février 2013, Paris, nouveau concert WarmUp
J'arrive en retard après avoir discuté assez longtemps avec les Djiboutiens, et je me lance vite dans les photos. Je ne sais pas si je progresse, en allant régulièrement aux concerts-boeufs d'Hilaire Panda et de l'association Rares Talents à l'Alimentation générale, en tout cas, j'adore le style et l'ambiance. Il y a toujours un-e invité-e principale et ce soir c'est Mariama, et je me concentre aussi sur la guitare.
20 février 2013, Paris, conférence-débat des démocrates djiboutiens
Les démocrates djiboutiens réunis dans la coalition Union pour le Salut National, se rencontrent quelques jours avant la mascarade électorale des législatives à Djibouti. Plusieurs bases militaires occidentales sont installées dans ce pays, sans contrôle de l'utilisation des loyers, qui sont détournés par le clan du dictateur au pouvoir. La dictature djiboutienne est sur le modèle de celle de Ben Ali en Tunisie, une dictature 'sans soupape'. La surveillance et la répression ne laisse pas la possibilité aux démocrates de s'organiser correctement. Ces élections devraient cependant permettre quelques progrès et monter l'illégitimité du pouvoir. Les états occidentaux profitent du besoin des dictateurs africains de se faire d'autant plus valoir qu'ils ne le méritent pas: la position géographique stratégique du pays suffit donc à assurer le silence. La Chine aussi semble soutenir le régime à lire les communiqués de l'agence de presse Xinhua. En faisant une revue de presse, je constate à quel point peu de monde s'intéresse au sort du peuple djiboutien. Le Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politiques en Afrique a alerté la presse par un communiqué et les député-e-s français-se-s par un courrier d'interpellation, sachant qu'il reste encore beaucoup de chemin à parcourir ici et là-bas.
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mardi 12 février 2013
12 février 2013, Paris, conférence-débat sur Madagascar
Je retrouve l'association GIRAF des étudiants du CEMAF au Centre Mahler pour une nouvelle conférence-débat, intitulée 'Crise politique malgache et échec de la gouvernance des ressources naturelles'. La séance de 2 heures commence par le documentaire « Sable bitumineux : jusqu’au bout de la terre », de
Christopher Walker produit par les amis de la Terre (France,
2012, 29min). Devant une salle pleine, les intervenant-e-s du débat sont, à droite, Hugo Sada, ancien délégué aux Droits de
l’Homme, à la Démocratie et à la Paix de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), médiateur dans le
processus de résolution de la crise malgache, au centre, Vahinala Douguet-Raharinirina, docteur en économie
écologique et des ressources naturelles, impliquée dans le projet
européen EJOLT sur la justice environnementale, coordinatrice du
réseau Kilonga de solidarité avec Madagascar, et, à gauche, Nome Razaranaina, docteur en droit international de l'Université d’Antananarivo. Les 2 grands sujets abordés sont la crise politique entre 2009 et 2013, et les ressources naturelles et l'environnement. Je suis venu surtout pour m'informer de l'évolution politique: les 2 questions sont très liées, la priorité de Madagascar est d'avoir des dirigeant-e-s élu-e-s pour pouvoir reconstruire l'état malgache, et rien ne pourra être correctement envisagé sur l'exploitation des ressources naturelles sans avoir franchi cette étape. Le danger est la mise en place d'une 'démocratie formelle', dont les protagonistes seraient uniquement les personnalités qui ont réussi à récupérer des financements pour leur parti et leur campagne par l'argent des matières premières. Selon Vahinala Douguet-Raharinirina, ces élections auraient dû permettre de fixer des règles de financement des partis, ce qui n'est pas le cas. Nome Razaranaina souhaite que Madagascar suive la voix tracée par le Congo Brazzaville, pays où les Contrats de Production Partagés permettent au pays de gagner 33% du prix du pétrole, en renforçant ses capacités de négociations des contrats d'hydrocarbures, et réclame un transfert de technologies. Hugo Sada explique la situation politique au regard des dernières années. Selon lui, les médiations ne sont pas déroulées correctement, d'abord la médiation des églises qui fût un échec puis, en concurrence, les médiations de l'Union africaine, de la SADC très influencée par l'Afrique du sud, et celle de la francophonie(OIF), représentée par l'ancien premier ministre togolais Edem Kodjo. Selon lui, le principe de subsidiarité qui a donné le pouvoir à la SADC plutôt qu'à l'UA était un 'abus', et la SADC a commencé sa médiation sans aucune compétence, avec des responsables qui ne parlaient 'ni français ni malgache'. Il ajoute enfin qu'il ne se fait 'aucune illusion'. Les élections de 2013 sont pour lui le 'début d'un processus' et elles ne seront 'pas parfaites'. Il regrette le report qui vient d'être annoncé. Hugo Sada n'aura pas le temps pour s'exprimer sereinement, à cause du gardien du centre, qui, ce soir, n'a pas fait honneur à l'éducation nationale en coupant brusquement et sans respect le débat.
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samedi 9 février 2013
9 février 2013, Aubervilliers, Orient de Velours
Cette soirée 'Orient de velours' à l'Espace Fraternité, organisée par l'association Art d'ici et d'ailleurs, est extraordinaire: musique, danse, chant, tout me plait. J'essaye de noter et de retrouver la liste des artistes : Camille Nassim (chant, Liban), Chocolaata (danse, Antilles), Soleil (folklore tunisien),
Cheb
Walid (chant, Algérie), Najat Ghazal (chanteuse d'origine marocaine),
Samira Cherraj (chant, la présidente d'Art d'ici et d'ailleurs), Mayodi (danse, Maroc), Salma
et Hakim (Tunisie, Salma qui fait un cour à Aubervilliers), Zomzom (danseur d'origine marocaine), les élèves du cour de Salma, Jalal Labhairi (chant populaire marocain appelé Chaâbi), et les musiciens d'Art d'ici et d'ailleurs qui font l'exploit d'accompagner tout le monde. Mes photos ne sont pas au niveau du plaisir de ce soir là. C'est que ce
n'est pas simple, il y a la lumière qui manque souvent, et
surtout le souhait de ne pas déranger le déroulement du spectacle, de ne
rien gâter pour tous-tes les autres spectateur-trice-s. Sur la photo, c'est le danseur Mayodi. Il y aussi autre chose qui me réjouit, qui me fait du bien: comme je regarde beaucoup ce qui se passe au Mali, qu'en ce moment la situation est délicate en Tunisie, pendant toute cette soirée, je vois des personnes heureuses, libres, se référant à des traditions tout en étant créatives. Même si je ne comprends pas les chants en arabe, je ressens un message, et c'est peut-être aussi par ce que le spectacle est à une échelle locale, que plusieurs artistes sont de cette ville d'Aubervilliers, que cela donne aussi du sens.
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samedi 2 février 2013
2 février 2013, Aubervilliers, manifestion des malien-ne-s
Ce midi, des malien-ne-s d'Aubervilliers se sont rassemblées devant la mairie, à l'appel de 2 associations locales, La voix du Mali et l’association Kolomba, et avec le soutien de la mairie, alors que François Hollande, Laurent Fabius, Jean-Yves le Drian et Pascal Canfin sont au Mali, à Tombouctou, avec le président malien par intérim Dioncounda Traoré. Le discours est globalement consensuel sur les remerciements pour l'intervention au Nord.
Il y a aussi des divergences sur la position de la diplomatie française sur le MNLA, et l'association 'la Voix du Mali' (nom d'un journal) distribue une pétition qui, met l'accent sur "le danger de "banalisation" et de "légitimation" d'organisations terroristes comme le MNLA", 'après le "couac" de Kidal'.
La député d'Aubervilliers, présidente de la Commission des Affaires Etrangères de l'Assemblée Nationale, Elisabeth Guigou est interrogée par BFM. Elle répète certainement ce qu'elle vient de dire le matin-même sur I>télé sur les solutions politiques qui passent par des élections avant la fin du mois du Juillet, et le développement de ce pays. En désaccord avec une bonne partie des manifestant-e-s d'aubervilliers, elle a avancé sur I>télé, qu' "Il faut qu'un plan d'autonomie pour le Nord du mali soit mis en place parce que c'est demandé depuis très longtemps par les Touaregs en particulier mais pas seulement" en prenant des précautions sur la souveraineté politique pour les autorités maliennes, ce qui n'est pas sans une certaine contradiction.
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dimanche 27 janvier 2013
27 janvier 2013, Paris, festival Bobines Sociales
Les années passent depuis ma dernière participation à la programmation de Bobines Sociales, et maintenant, je ne fais plus que rendre quelques coups de
mains. J'arrive fatigué en raison de mes activités sur l'Afrique. Je suis aussi moins présent pour faire des photos au festival. J'apprécie beaucoup le film ‘Le Thé ou l'électricité’ de Jérôme le
Maire (2012) qui raconte l’arrivée de l’électricité dans un village du Haut Atlas marocain. Je prends aussi quelques images du débat après les films ‘Territoire Perdu’de Pierre-Yves Vandeweerd sur le Sahara
occidental, territoire colonisé par le Maroc, et Ceuta douce prison’ de Jonathan Millet et Loïc H. Rechi sur le trajet de 5
migrants vers l’Europe. Le débat sur le Sahara Occidental permet d'informer sur la vie des populations sahariennes abandonnées de tous les regards, alors que l'état français, qui a toujours ses propres colonies, dont l'île de Maoré/Mayotte, ne dénonce pas la colonisation marocaine.
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jeudi 24 janvier 2013
24 janvier 2013, Ivry : Silence Turquoise
Chaque avancée vers la vérité et la justice sur l'implication française dans le génocide des Tutsis du Rwanda demande un travail considérable tant les résistances sont fortes. Le livre "Silence Turquoise" de Laure de Vulpian et Thierry Prungnaud aide à franchir une étape de plus. L'association Appui Rwanda et la librairie Envie De Lire organisent, à Ivry-sur-Seine, une rencontre avec les 2 auteurs et avec José Kagabo, historien, membre de la Commission Nationale Rwandaise Chargée de Rassembler les Preuves de l’Implication de l’Etat Français dans le Génocide Perpétré au Rwanda en 1994. Laure de Vulpian est journaliste à France Culture, et, Thierry Prungnaud, ancien du GIGN, était sous-officier de l'opération Turquoise dans le Commandement des Opérations Spéciales, et était présent à Bisesero. Dans ce lieu, l'armée sauva un certain nombre de Tutsis après avoir tergiversé et laissé aux mains de génocidaires le plus grand nombre. Il a lui-même désobéit à un ordre pour intervenir. C'est très important pour moi de rencontrer pour la première fois un militaire ayant servi au Rwanda et j'en oublie le froid polaire de ce jour. Il y a quelque chose de très psychologique. Le débat porte beaucoup sur le déroulement des événements à Bisesero, plusieurs personnes expertes du génocide étant dans la salle. Je questionne Thierry Prungnaud sur le fait que les soldats obéissant aux ordres sont mis en cause alors que les responsabilités seraient d'abord à faire porter à l'état-major et aux politiciens : "les militaires d'actives ne parleront pas". Il est plus tard question d'une liste de 50 noms de génocidaires qu'il aurait détruite à la demande d'un général, ce qu'il regrette maintenant. La discussion revient sur l'actualité du moment et le rôle de Paul Barril, puisqu'une perquisition ordonnée par le juge Trévidic fait apparaître sa complicité avec l'état rwandais dans la fourniture de munitions et de mercenaires, ce qui sera confirmé le lendemain, par la publication d'un document exclusif, un contrat d'assistance. José Kagabo insiste sur la fausse version qui a été défendue depuis 19 ans par des personnalités françaises, politiques, journalistiques et universitaires. Laure de Vulpian espère que son livre aidera un juge, elle l'a écrit dans cet objectif. Hubert Védrine intervient toujours sur France Culture comme expert, et elle le croise parfois.
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samedi 12 janvier 2013
12 janvier 2013, Jeunes ChercheurEs en Etudes africaines
Invité par un ami universitaire, je viens faire mon curieux à la première rencontre nationale des Jeunes ChercheurEs en Etudes africaines. Je suis intéressé de voir la discussion entre les thésard-e-s et les 2 universitaires Pierre Boilley et Jean-François Bayard. J'ai constaté sur le programme que les thèses dispersent les jeunes chercheurs sur un grand nombre de sujets pointus, malheureusement dépolitisés et assez éloignés des intérêts des populations africaines, alors, qu'au contraire, les universitaires les plus connu-e-s s'impliquent en faisant des conférences ou en publiant des tribunes, sur le Mali par exemple. Quelqu'un évoque un cadre épistémologique européanocentré. Il est aussi
question de 'l'économie libérale qui met en danger la création et la
liberté scientifique' ou d'un 'savoir-pouvoir, en particulier pour la
gouvernance, créateur d'inégalité sociale' (JF Bayard). Les étudiant-e-s africain-e-s présent-e-s m'ont semblé mettre de côté l'esprit critique supplémentaire qui vient de la connaissance du terrain. Pourtant un sursaut serait nécessaire. Pendant que le monde politique se compromettait en Afrique dans le néocolonialisme, le monde universitaire se ramollissait et trouvait des voies de refuges. Si le monde change, la structure devrait s'adapter et évoluer à tous niveaux, sinon les pesanteurs renvoient au fonctionnement d'un système obsolète. Je ne me sens pas de faire des photos dans la salle, et je me contente à
la sortie du décor somptueux, symbole d'un cadre intellectuel qui ne
peut qu'impressionner les étudiant-e-s.
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samedi 29 décembre 2012
21 décembre, Aubervilliers: Front Populaire ?
On l'a attendu un certain temps, et, il faudra encore attendre un peu pour le métro à la mairie d'Aubervilliers en 2017. En maintenant, c'est la fête! Je découvre dans la joie et la bonne humeur, la navette 512 jusqu'à la nouvelle station puis le nouveau tronçon jusqu'à la porte de la Chapelle. Je gagne peu de temps pour rejoindre le 18e. Il me faudra refaire plein de calculs de temps de trajet. "Front Populaire", c'est joli comme nom. Est-ce que c'est 'populaire' pour qu'Aubervilliers soit plus populaire ou moins populaire ? Au ciné-club de mon lycée, le prof nous avait dit que c'était les gens riches qui aimaient les films de Charlot. Alors ? On nous annonce, pour oublier les difficultés du centre commercial pas très loin de là: du logement neuf en grand nombre, des sièges d'entreprises, une piscine olympique, le grandiose campus Condorcet, et, l'expulsion des rroms à côté...
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mercredi 19 décembre 2012
19 décembre 2012, St-Ouen, Islande Année 0*
Je suis curieux de savoir ce qui s'est passé en Islande depuis la crise financière de 2008. Le film de de Sigurdur Magnusson, et, je suppose, Armande Chollat-Namyh, s'intitule "Islande, année zéro" et la projection-débat est organisée par Cinéma 93. C'est un très beau film, au niveau photographie, d'une grande sensibilité dans les interviews des islandais-es. Iles elles sont désemparée-s devant des changements économiques qu'ils et elles ne maîtrisent pas et qui les accablent. Au-delà des difficultés, face au chômage, aux économies évanouies, n'est-ce pas, plus que la culpabilité, une blessure narcissique qui touche un peuple toujours un peu viking dans l'âme ? Je profite du film et du pot qui suit pour découvrir un nouveau lieu, Commune Image, à Saint-Ouen, lieu, qui, comme le Comptoir Général, appartient à Olivier Laffon.
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mardi 18 décembre 2012
18 décembre 2012, Fête reconnaissance 17 0ctobre 1961..
Ce soir c'est la fête ! ... la fête de la reconnaissance du 17 0ctobre 1961 et de la fraternité franco-algérienne, au Cabaret Sauvage du Parc de la Villette, organisée par Au
nom de la Mémoire et Médiapart. Autant dire que c'est d'abord un
rendez-vous militant, et que le but n'est pas d'encenser François Hollande ! Son geste symbolique de reconnaissance sous forme de communiqué minimaliste de l'Elysée est symboliquement important, mais il reste beaucoup à
faire: donner l'accès à toutes les archives, et reconnaître l'ensemble
des crimes coloniaux en Algérie de 1830 à 1962. C'est Olivier
Lecour-Grandmaison, qui n'est pas là ce soir, qui résume le mieux le
sentiment général dans sa tribune.
François Hollande doit être en Algérie le lendemain, et, c'est le moment de lui
faire passer le message. 800 personnes sont dans la salle. La
mobilisation est toujours là, 51 ans après les faits. La
peur de déplaire à l'armée française et la police française du Parti Socialiste m'impressionne: mais quel est donc le cercle vicieux
qui les tient tous ? Chaque génération qui arrive, qui découvre les institutions dans un état donné, ne peut comprendre les horreurs du passé. Les crimes eux-mêmes mais aussi l'horreur du silence, du déni, l'obstruction de la justice, la répression des victimes, sont inconcevables au présent parce qu'il y a déjà eu des progrès et que ces progrès font considérer comme inadmissible des faits et méthodes qui furent auparavant admis par obligation. La salle écoute avec attention le récit de 50 ans de luttes, de rapport de force. Jusqu'en 1981, Maurice Papon était toujours ministre. Le crime des algérien-ne-s assassinés par la police parisienne le 17 octobre 61 est un crime d'état, contre l'humanité, qui sera reconnu comme tel, imprescriptible, et ne peut conduire un jour ou l'autre qu'à la vérité entière, incluant la vérité sur les actes de ceux et celles qui firent obstruction à la vérité et la justice. Mais qui veut la vérité ?
Les intervenant-e-s se succèdent à la tribune, en
alternance avec les intermèdes musicaux: un groupe de femmes dont je
n'ai pas le nom, Elnour, Idir, Serge Guérin, Frédo des
Ogres de Barback et Akli D, HK et les déserteurs. Le premier panel que
j'entends regroupe Jean-Luc Einaudi et Didier
Daeninckx, entre les 2 modérateurs de la soirée, Mehdi Lalloui et Edwy
Plenel. L'historique du combat est rappelé, il s'est accéléré avec le
travail de Jean-Luc Einaudi, l'historien, et Didier Daeninckx, l'écrivain d'Aubervilliers. Mon voisin raconte l'histoire de
la fille de 15 ans dont le corps a été retrouvé dans le canal St-Denis,
dans une des écluses d'Aubervilliers. Pour moi, c'est essentiel d'écouter ce témoignage, de cet homme que je croise souvent dans la rue, signe du lien étroit entre littérature, écriture et engagement politique, en rapport avec un espace physique. Un autre panel rassemble les
partis politiques: Europe Ecologie les
Verts, et le Parti de Gauche, et des membres du PS très impliqués. Le PS
apparaît très
divisé sur le colonialisme et le néocolonialisme: en silence,
réformateurs et conservateurs continuent de s'affronter, et le rôle des
associations et militant-e-s est sans doute de faire bouger la frontière
pour essayer de faire basculer le parti dans la modernité et le respect des droits humains.
Parmi les discours, je remarque celui très
offensif de la seule femme qui intervienne, au nom d'une association pour
les femmes en Algérie. Elle dénonce le code de la famille, qui fait des
femmes algériennes des "mineures", l'instrumentalisation de l'islam pour
des visées politiques, les autocrates, les intégristes "modérés" qui
appliqueraient "modérément" les mêmes discriminations, et pourraient
ainsi être bien vus à l'étranger.
Idir est là aussi. C'est extrêmement beau. Quand il lève les bras, c'est juste pour les youyous.
A la fin, HK et les déserteurs commencent par la chanson de Boris Vian, et enchaînent ensuite des classiques de la chanson française, pour finir sur le très fameux "On lâche rien" dont je ne me lasse jamais.
lundi 17 décembre 2012
17 décembre 2012, Aubervilliers, concept et expérience
Je viens dire au revoir à Luca pour sa dernière d'Illegal Cinéma, aux Laboratoires. Il passe ce soir du statut d'animateur à celui de 'programmeur' bénévole et a choisi 4 courts-métrage autour du thème de la conversation. L'expérience autour du concept connaît ainsi un nouvel essai, et dans cette itération, un acteur structurant de l'expérience a bougé. Comme chaque fois, le débat est un peu "sur le fil", et encore un peu plus ce soir, car, le thème de la conversation pourrait permettre une mise en abime du concept de ce rendez-vous régulier. Que cherchons nous en venant voir ces films et en nous mettant en cercle pour discuter ensuite ? sommes-nous en recherche du thème qui réunit les films ? ou qui nous réunit? de la raison qui fonde le thème? de la justification d'être là ? ou sommes-nous là juste pour être là ? et converser ? quelle règles de conversation appliquons-nous? quelle légitimité a la parole de l'individu dans le groupe? qu'est-ce qui relie l'espace et le temps dans cette expérience ? et en général? Le débat en reste aux films, sans méta-discours. Moi-même, je me tais jusqu'au bout, et j'observe. La lumière blanche des projecteurs de la salle de spectacle, se pose sur les vêtements, les peaux, les cheveux, et fait ressortir les individualités apparentes. Bonne nouvelle! l'expérience continuera en 2013 avec quelques modifications dans les règles, une fois tous les 15 jours au lieu d'une fois par semaine, et pour le lieu, en alternance entre la salle aux rideaux noirs et d'autres lieux.
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jeudi 13 décembre 2012
13 décembre 2012, colloque CPI et génocide du Rwanda
J'arrive à l'Ecole Normale Supérieure, rue d'Ulm, pendant le débat de la 3e table ronde du colloque "Cour Pénale Internationale 2002-2012 : regards sur ces dix premières années", et je suis surtout intéressé par la 4e table ronde, "Le principe de complémentarité – quel rôle pour la France ?" avec,
de gauche à droite sur la photo, Délou Bouvier,
magistrat, Syndicat de la magistrature - qui s'ajoute au panel en raison de l'absence de Jean-Pierre Sueur, le Président de la Commission des lois du Sénat -, Patrick Baudouin, coordinateur du groupe d’action judiciaire et président d’honneur de la FIDH, Aurélia Devos, Vice Procureur près le Tribunal de Grande Instance de Paris, Pôle crimes contre l’humanité, crimes et délits de guerre, Christopher Hall, Senior legal adviser d’Amnesty International. La conférence quitte la question de la CPI pour aborder plus globalement la justice internationale et l'état français. Le bilan est globalement négatif, selon la FIDH, Amnesty et le Syndicat de la Magistrature, surtout en raison de la loi d'application du statut de Rome de 2010, qui définit les règles de fonctionnement de la CPI : une loi "scélérate", selon le président d'honneur de la FIDH, votée après 8 années de tergiversation et dont les 4 verrous doivent être enlevés. Le nouveau parlement et le sénat ne devraient pas tarder à le faire, suite à la proposition de loi de Jean-Pierre Sueur. Aurélia Devos, venue pour parler du nouveau pôle du TGI de Paris créé le 1er janvier 2012, est extrêmement intéressante. Selon elle, "la justice devient générale et préventive, après avoir été réactionnelle". Il y a un mouvement européen lié à l'Union Européenne. Le statut de Rome crée de nouvelles incriminations, par exemple, la "responsabilité du supérieur hiérarchique" avec une "complicité par abstention", qui "trouble les pénalistes". Le pôle du TGI traitera très peu de dossiers, 30 actuellement, par rapport aux autres pôles, mais le droit international est très complexe et demande une spécialisation. Les enjeux politiques pèsent, parfois avec des "instrumentalisation". Le pôle est confronté à des questions spécifiques: faut-il "lutter contre l'impunité?" viser "des réparations ? des réconciliations ? la paix ? écrire l'histoire? parler de sociologie et politique ?". L'enjeu est celui de la "création d'une politique pénale". Le pôle du TGI connait "une naissance à risque" et doit "être légitime". Patrick Baudouin venait de signaler que la création du pôle permettrait peut-être de débloquer les plaintes concernant le génocide du Rwanda qui attendent depuis 17 ans. Celui-ci évoque aussi ensuite l'affaire du Beach du Congo Brazzaville victime du parquet. Pendant le débat, une ancienne conseillère de Bernard Kouchner, précise que c'est l'ancien ministre des affaires étrangères, qui a décidé de la création de ce pôle en pensant aux affaires du Rwanda. La question des immunités de présidents et ministres est abordée et des décisions de la Cour de cassation sont attendues.
La conclusion du colloque organisé par la Coalition Française pour la CPI est laissée à Robert Badinter, ancien président du Conseil constitutionnel de Mars 1986 à Mars 1995. Celui-ci avait lui-même rédigé une proposition de loi pour le statut de Rome de la CPI qui a pu, cette année, être reprise par M.Sueur. Il relativise le mauvais bilan français en soulignant les progrès en remontant dans le temps. Pour lui, la CPI est "une révolution face à la souveraineté des états". Il cite aussi comme points positifs, les Tribunaux Pénaux Internationaux pour la Yougoslovie et le Rwanda, que François Mitterrand aurait aidé à créer parce qu'il "voulait une compensation" suite à la "non-intervention dans les conflits". Il insiste sur la place prédominante de juristes français dans le processus de création du TPIY. Ainsi, la France ne serait pas le plus mauvais des pays. Je me demande pourquoi Robert Badinter prend le risque de prendre comme exemple le rôle de Mitterrand sur la Yougoslavie et le Rwanda, puisque Mitterrand est désigné par un certain nombre d'experts et d'associations comme très impliqué dans le génocide du Rwanda. On ne peut pas ne pas envisager l'hypothèse d'une volonté de contrôler le domaine d'application de la justice. Le TPIR n'a justement pas eu dans ses fonctions d'instruire sur les responsabilités françaises. Au-delà, est-ce que Robert Badinter n'essayait pas d'envoyer un message crypté aux juges du pôle du TGI en charge des plaintes sur le Rwanda ? Il aurait fallu poser la question au vieil homme, mais ce n'est après tout que la conclusion du colloque, et, pendant les applaudissements, je quitte la salle, déjà un peu en retard à ma réunion de la soirée. En 1988, Elisaleth et Robert Badinter, avait écrit une biographie de Condorcet que j'avais lu avec passion. La construction de la justice internationale me rappelle la philosophie de l'"Esquisse d'un Tableau historique des progrès de l'esprit humain" écrit pendant la révolution française, alors que Condorcet savait qu'il avait peu de chance d'échapper à la mort. Quoi qu'on entende ou voit, il faut mieux rester optimiste.
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mercredi 12 décembre 2012
12 décembre, Paris, Hate Radio sur génocide du Rwanda
La pièce "Hate radio" de l'Institut International du Crime
Politique et du metteur en scène Milo Rau est jouée au Théâtre-Villette du au 18 décembre. J'ai déjà vu plusieurs pièces sur le génocide des Tutsi du Rwanda. Celle-ci m'a vraiment impressionné, par sa manière de faire ressortir l'horreur du mental génocidaire. Nous assistons à une émission de la Radio des Milles Collines (RTLM), qui a été le principal media du génocide, et nous revivons 3 mois au travers de cette émission. Les acteur-trices-s jouent les rôles de 3 animateur-trice-s qui ont réellement existé: Georges Ruggiu, Valérie Bemeriki, et Habimana Kantano. Leurs interprétations sont impressionnantes. L'effroi vient de la capacité de ces acteur-trice-s à alterner deux registres, mélangeant sans discontinuer la folie de "psychopathes" et des détails du quotidien totalement banals. Je sors de la pièce un peu sidéré, je pense au livre des premiers témoignages, "Death, despair and defiance' d'African Rights, qui était sorti en septembre 1994, et dont j'avais lu presque 400 des 1200 pages pour chercher des traces des actions françaises, et je parle à l'un des acteurs, Diogène Ntarindwa, puis me calme en parlant des livres sur le génocide. La question de la RTLM avait aussi été évoquée par Raoul Peck dans "Sometimes in April". Chaque soir une conférence-débat est organisée, et ce soir, sont présent-e-s, de gauche à droite,
Milau Rau, l'un des acteurs, Stéphane Audoin-Rouzeau : Historien,
directeur de recherche à l'école des Hautes
Etudes en Sciences Sociales, et Assumpta Mugiraneza, Directrice du Centre IRIBA pour le Patrimoine Multimédia, Rwanda. Le débat reste beaucoup sur la pièce puis s'oriente sur des questions psychologiques, sociologiques. Ce soir, il n'est pas question de l'implication française dans le génocide, si ce n'est discrètement sur la table de presse de Survie Paris. La pièce y faisait bien sûr allusion pour sensibiliser un peu plus les spectateur-trice-s aux responsabilités des politiques et militaires.
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mardi 11 décembre 2012
11 décembre 2012, Pantin, colloque sur le Mali
Le matin, je trouve dans les actualités du jour le renversement du gouvernement malien par le putschiste Sanogo, et cette nouvelle me motive à m'informer une fois de plus sur le Mali. Le colloque organisé par la Fondation Gabriel Péri du PCF s'intitule 'Les processus de militarisation en zone sahélo-saharienne', et fait partie du cycle de conférences sur l’espace sahélo-saharien. La première partie sur l’intervention de l’Union européenne, de la
France et des Etats-Unis dans la région, est abordée par Bérangère Rouppert, du Groupe de recherche et d’information
sur la paix et la sécurité (GRIP) de Bruxelles, Antonin Tisseron,
chercheur associé à l’Institut Thomas More, et Jacques Fath, responsable du secteur international du PCF. Laurent Bigot,
sous-directeur pour l’Afrique de l’ouest au Ministère des Affaires
étrangères, connu pour son franc-parler et que j'espérais entendre, n'est pas présent. La 2e partie a pour titre : 'L’architecture africaine de paix et de
sécurité est-elle en capacité de gérer les conflits au Sahel ? Comment
évoluer vers des armées nationales républicaines articulées à un pouvoir
politique légitime ?' avec Oumar Keita, historien à l'EHESS, Ali Sanou,
secrétaire général du Mouvement Burkinabè des Droits de l’Homme et des Peuples (MBDHP), Kissima Gakou, conseiller au Ministère de la Défense du Mali, et Amandine Gnanguênon, chargée d’étude sur l’Afrique à l’Institut de recherche Stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM). Ce colloque est très intéressant parce que s'y expriment des points de vues contradictoires, parfois opposés. Il est difficile de résumer un contenu complexe et plein de nuances. Entre autres, Jacques Fath insiste sur la nécessité d'éviter d'aller vers la guerre, en faisant preuve de créativité politique pour définir une nouvelle politique avec l'Afrique, en en finissant avec la Françafrique. J'apprécie beaucoup l'intervention d'Ali Sanou qui insiste sur l'obligation d'aller vers la démocratie en Afrique pour résoudre les conflits en allant vers des armées "républicaines" respectant l'état de droit. Cela paraît évident, mais dans le contexte hypocrite qui prévaut sur les dictatures, il est rare de parler franchement de réformer les armées africaines. Je suis très surpris par l'intervention d'Amandine Gnanguênon, qui parle en son nom et non au nom du Ministère de la Défense dont dépend son institut, parce que son analyse est originale et franche. J'ai du mal à prendre des notes, car trop d'idées s'accumulent en très peu de temps. Je retiens une idée forte que je retrouve, ensuite, sur le net. Elle a repris un argument déjà exprimé en 2011 à propos du cas de la Côte
d'Ivoire pour pour l'appliquer au Mali, et je lis l'équivalent dans l'introduction de la revue Dynamiques Internationales de Mai 2011: "Au-delà de cet exemple ivoirien, il nous
semble que transparaît là une des incohérences liées à la volonté «
d’africaniser » la gestion des conflits. Nous assistons en effet à l’opposition
de deux discours dont l’un repose sur une obligation de moyens et l’autre sur
une obligation de résultats. En d’autres termes, dans la mesure où les acteurs
les plus légitimes, en l’occurrence les Etats africains, ne disposent pas des
capacités nécessaires (logistiques, financiers), ils restent soumis à
l’obtention de ces moyens pour intervenir. A l’inverse, pour les acteurs dotés
de ces mêmes capacités, l’enjeu est de parvenir à compenser un manque de
légitimité par l’emphase portée sur la légalité de l’intervention.
L’utilisation de moyens militaires à des fins humanitaires suivant une logique
assez sélective contribue au final à politiser le débat légalité/légitimité. Il
n’est donc pas évident pour la France de concilier le respect de la
souveraineté et de l’indépendance des Etats, tout en étant fidèle à un discours
sur le développement des populations."
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