A force d'attendre la fin de l'hiver, on finit par avoir envie de nature, de soleil, et d'écologie. Je rejoins donc l'Ile-Saint-Denis, pour assister à la fin du festival 'Effet de CER'. J'arrive pour le débat 'Nourrir la ville en circuit court', avec Evelyne Gatineau d'Ecobox, Frédérique Basset de Graine de Jardin, l'animateur Jérôme Gleize, Nicolas Bel d'Agro Paris Tech, Fabienne Giboudeaux adjointe au Maire de Paris chargée des espaces verts. La discussion revient beaucoup sur les jardins dans les villes, et en particulier sur les toits. J'apprends que l'essentiel de la pollution transmise par la nourriture provient de la terre et pas de l'air, l'air très pollué étant dangereux à respirer, et que les jardins en villes ne posent pas de problème lié à la pollution de l'environnement si la terre est propre. Les différents types de jardins sont décrits. Dans le débat suivant, un architecte précisera qu'il est possible de construire des immeubles avec une serre au dernier étage. Un adjoint écologiste du 18e arrondissement à Paris, se bat pour un immense jardin de 5000m2 sur le toit d'une société. Les toits doivent supporter un certain nombre de kilo au m2 par exemple 700kilos au m2 pour celui-là. Il y a beaucoup de résistances culturo-administratives qui freinent les projets. D'autres initiatives sont évoqués autour des arbres fruitiers, de bacs déposés un peu partout, comme en ce moment dans les Yvelines. Un jardin en ville, c'est aussi des activités collectives et la vie de quartier qui décolle. De manière plus globale, les terres agricoles sont à défendre en Ile-de-France. Après ce débat, le film sur les villes en transition, 'In transition 2.0', est très décevant, alors que le thème est important et que beaucoup de sujets abordés sont essentiels, en particulier la transition énergétique et la réflexion entre local et global, entre vie sociale et vie économique au travers de la réflexion et de l'action sur l'environnement. L'alimentation revient toujours comme sujet qui mobilise le plus.
lundi 25 mars 2013
dimanche 24 mars 2013
23 mars 2013, Lille, Ingénieurs Sans Frontières
Je passe une très belle journée à Lille avec Ingénieurs Sans Frontières. C'est la 3e fois que je participe à leurs Journées Nationales pour parler de politique africaine, et cette fois j'arrive assez tôt pour participer aux ateliers précédents. Après la conception de schémas heuristiques autour de la question 'Pourquoi mon ordinateur portable ne dure-t-il que 3 ans ?' sur l'obsolescence programmée, nous passons à un autre atelier sur de nouvelles questions issues de cette première question. Je choisis la table 'Le progrès technologique est-il durable?', et nous réfléchissons aux problèmes, à l'idéal, et à des solutions concrètes. J'ai l'impression que la réflexion d'ISF a muri depuis 2 ans, que les aspects politiques dérangent moins, et que c'est très bien organisé cette année. Je suis aussi plus à l'aise que les fois précédentes. Ensuite, c'est mon atelier et 1h30 de discussion tambours battants. Les projets d'ISF concernent beaucoup le Cameroun, un peu le Burkina Faso, le Sénégal, le Togo. Je réponds aux questions sur les contextes politiques nationaux dans lesquels se placent leurs projets, en mettant l'accent sur la politique française, la politique européenne, les dictatures, les processus de démocratisation difficiles, la guerre au Mali et ses conséquences. Comme avec les autres étudiant-e-s, les questions sont souvent plus pertinentes que dans des débats publics classiques, parce que, sans doute, les étudiant-e-s essayent de vraiment bien comprendre les choses en raccordant les éléments logiquement, en exigeant une meilleure cohérence du discours. Par ailleurs, ils et elles thésaurisent, semblent sérieux-se-s dans les prises de notes et comptes-rendus pour essayer de progresser. A suivre...
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samedi 16 mars 2013
16 mars 2013, St-Denis, rroms du 93: quelles solutions ?
Le réseau 1427, La voix des Rroms et la Ligne 13 organisent la soirée d’ouverture de la quinzaine antiraciste et solidaire à Saint-Denis, sur le thème « Rroms à Saint-Denis et en Île-de-France : quelles solutions pour quels problèmes ? ». Laure Labrosse, Saimir Mile, le président de « la Voix des Rroms » et Agnès Cluzel présentent la situation à Saint-Denis et à au niveau national. L'actualité de St-Denis, du département et du pays se télescopent. Beaucoup de choses intéressantes sont dites, et les réflexions vont plus loin que d'habitude, entre les questions pratiques et les questions politiques. La scolarisation des enfants revient souvent dans le débat. Les positions ne sont pas idéologiques mais très pragmatiques. Niveau local, il faut faire avec la situation existante même si ce n'est pas simple. Niveau national, le manque de solidarité est évident et dramatique, et avec un ministre de l'intérieur qui dérape maintenant autant que Sarkozy, rien ne va plus.
J'expose quelques photos issue de ma série sur la culture rrom en Sene-Saint-Denis.
Après le débat, c'est une nouvelle fois le show de Chavé Sumnakuné. Ils et elles progressent chaque fois et cela laisse les spectateur-trice-s bouche bée. Ca va très vite, et, j'ai à peine le temps de sentir l'ambiance que le spectacle se termine.
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16 mars 2013, Aubervilliers, 3 semaines après l'incendie
L'incendie du campement rrom à la limite d'Aubervilliers et de Plaine-Saint-Denis, au carrefour des rues Germaine Tillion et des Fillettes, près du nouveau métro Front Populaire, a eu lieu le 22 février. Le jour-même, j'y étais allé trop tard, il faisait déjà nuit et la police bouclait tout le quartier. Depuis, je n'avais pas eu le temps de revenir et j'avais l'idée de prendre des photos depuis le bus 'navette' du nouveau métro. De grandes palissades cachent les restes du campement, les baraques et les véhicules brûlés. Il ne reste plus rien des grands hangars à côté. Le 25 février, le maire de Saint-Denis publiait un communiqué 'Incendie d’un bidonville : la résorption par l’Etat ne peut plus attendre' qui demandait au gouvernement "l'évacuation les bidonvilles dangereux" et "des mesures d’urgence d’hébergement par réquisition de terrains ou dans le patrimoine
immobilier de l’Etat". Le 8 mars, deux des 7 campements de Saint-Denis ont été évacués et détruits. Le 14 mars, le ministre de l'intérieur a dérapé à la manière de Sarkozy : « Des familles sont désireuses de s’intégrer, mais elles sont
une minorité », et, « Les Roms ont vocation à rester en
Roumanie, ou à y retourner. » (phrase qu’il attribue
au Premier ministre roumain), ce qui a évidemment provoqué des réactions contre les discriminations du ministre. Celui-ci préfère cacher l'absence de mise en œuvre de solutions pratiques par des propos qui créent des polémiques dilatoires. En attendant, des expulsions sont effectuées sans relogement et sans diagnostic social réel. Toujours le 14 mars, cette fois dans le Figaro, comme le souligne la voix des rroms, M. Valls insinue que l'incendie était d'origine criminel en déclarant "Implantés en bordure de quartiers populaires déjà percutés par la
crise, ils sont à l’origine de problèmes de cohabitation qui prennent
des formes parfois inquiétantes comme en témoignent les incendies
constatés la semaine dernière à Aubervilliers et Sarcelles.” Il en a trop dit, pour ne pas avoir à mieux s'expliquer, parce que, nous ne sommes pas au Togo, le pays des mascarades judiciaires autour des incendies.
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16 mars 2013, Paris, manifestion pour Djibouti, et la Guinée
Cette photo est plus pour l'anecdote. En arrivant sur la place Edouard Herriot, près de l'Assemblée Nationale, pour une manifestation contre le hold-up électoral à Djibouti, je découvre des manifestant-e-s guinéen-ne-s, eux-elles-aussi inquiets devant l'organisation des législatives en Guinée Conakry qui dégénère, et des manifestant-e-s malien-ne-s satisfait-e-s de l'intervention française au Mali. Les djiboutien-ne-s ont eu droit un instant au micro des malien-ne-s, mais les messages ne correspondaient pas, puisque la diplomatie française reste silencieuse face à la mascarade électorale à l'ombre de la base militaire à Djibouti, et que le dictateur djiboutien, IOGuelleh, profite de la guerre au Mali, des regards focalisés sur le Mali, comme plusieurs dictateurs des ex-colonies françaises pour accentuer la répression. La préfecture n'a même pas prévenu les organisateur-trice-s que plusieurs manifestations étaient prévu-e-s au même moment et au même endroit, ce qui en pratique, revient à rendre inaudible les messages. C'est aussi dommage que les informations n'aient pas correctement circulé entre les réseaux de diaspora surtout djiboutienne et guinéenne puisque ces 2 manifestations étaient sur des législatives en Afrique. Enfin vers 17h30 arrivaient les sans-papiers pour une 4e manifestation prévue à 18h.
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samedi 9 mars 2013
9 mars 2013, Aubervilliers, festival au féminin
En venant au festival international au féminin d’Aubervilliers, je me suis trompé. A force de lire les articles sur l'actualité de la guerre sans bien noter les choses sur mon agenda, j'avais imaginé qu'il y avait des débats sur la situation politique et militaire au Mali, et en fait, je suis arrivé dans une soirée de concert, dédié aux femmes du Nord Mali, et comme la journée a commencé à midi et que j'arrive à 21h30, les discours sur la situation au Mali sont terminés depuis longtemps. J'entends juste Miss France-Mali sur le sujet. Je pensais venir pour discuter de l'Afrique et du Mali, et je me trouve de nouveau à prendre des photos de musique, ce qui est bien agréable. J'oublie ainsi mes réunions sérieuses de l'après-midi. L'association Kolomba basée à Aubervilliers et à Bamako qui lutte contre
les violences faites aux femmes et aux filles organise l'événement. Parmi les artistes, il y a, selon le programme, Safi Diabate, Assi Diabate et la Compagnie des Tambours Lingueurs, la chanteuse Fantani Touré et ses invités. Et j'entends d'autres noms, dont Mme Coulibaly pour une des autres chanteuses. L'espace Fraternité est un espace merveilleux parce que la scène est très proche du public, que le décor est très chaleureux. Une fois de plus l'ambiance est là, les musicien-ne-s et chanteur-se-s sont heureux-ses et s'éclatent, et tout le monde est aux anges. C'est aussi une manière de faire vivre Aubervilliers, de se faire se rencontrer les gens.Ce soir, il y a une chose en plus, sans doute, c'est encore plus de liberté de ton et d'expression, de liberté qui touche la relation entre les hommes et les femmes, et la relation entre les générations. Il se poursuit quelque chose de fort après la soirée Orient de velours du 9 février, qui allait aussi dans ce sens.
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dimanche 24 février 2013
24 février 2013, Paris, Festival du film d'environnement
Je suis si fatigué que je dis à une amie de choisir les films pour moi, ce dimanche, au Festival Internationl du Film d'Environnement. J'arrive ainsi à une séance sur le travail des femmes, avec 2 courts-métrages: "Yvette" de Marie Bassolé et Ferdinand Bassono, au Burkina Faso, et, "Madame Servante / Kaniz Khanum" d'Afsaneh Salari, en Iran. Cela me rappelle 'Who's counting', film féministe sur la non considération dans les normes internationales comptables servant à définir les PIB, du travail familial, ce qui impacte énormément la prise en compte du travail des femmes dans le monde. Finalement, cela donne une photo sympathique au milieu d'un beau décor.
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samedi 23 février 2013
23 février 2013, Aubervilliers, hommage à Ibni Oumar Mahamat-Saleh
Voici un événement de plus à Aubervilliers, dans une école. Guy Labertit, l'ex Monsieur Afrique du PS, dont on entend beaucoup parler aussi à propos de la Côte d'Ivoire et de Laurent Gbagbo, présente son livre 'IBNI une vie politique assassinée au Tchad'. Il s'agit surtout d'une conférence-débat en hommage à Ibni Oumar Mahamat-Saleh tué en 2018 au Tchad par la garde présidentielle tchadienne. Le sénateur Gaëtan Gorce résume bien comment la françafrique permet d'effacer les traces des crimes : "L'affaire malienne en témoigne : qui voudrait aujourd'hui, 5 ans après les faits,chercher des poux dans la tête au seul chef d'État africain qui ait dépêché ses troupes aux cotés de nos soldats engagés au Sahel ?". Une plainte a été déposée en France en février 2012, concernant l'assassinat, mais, selon l'un des intervenants, "la justice française traine pour confier l'instruction à un juge" J'évoque l'importance de l'armée française dans la nouvelle direction prise par la politique française, et le danger de recul dans toutes les dictatures.
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jeudi 21 février 2013
21 février 2013, Paris 14e, inauguration de la Maison des Thermopyles
C'est un grand jour pour la pension de famille des Thermopyles, la maison des Thermopyles. Paris Habitat organise l'inauguration officielle avec plein d'invités, les architectes, les élu-e-s, ... Il y a foule au rez-de-chaussé et des visites ont lieu dans les étages. Je suis dégoûté d'arriver après les discours, occupé que j'étais à finir un travail pénible ce jour-là. Mes photos sont juste mauvaises, je n'y suis pas pour la photo, trop fatigué et la tête un peu ailleurs. Dommage, après 11 ans de réunions, c'est enfin la reconnaissance pour l'association Pension de Famille à Bauer-Thermopyles-Plaisance, dont j'ai partie depuis le début. Tous les résidents ne participent pas à la fête, pour eux, ce n'est pas un endroit public.
mercredi 20 février 2013
20 février 2013, Paris, nouveau concert WarmUp
J'arrive en retard après avoir discuté assez longtemps avec les Djiboutiens, et je me lance vite dans les photos. Je ne sais pas si je progresse, en allant régulièrement aux concerts-boeufs d'Hilaire Panda et de l'association Rares Talents à l'Alimentation générale, en tout cas, j'adore le style et l'ambiance. Il y a toujours un-e invité-e principale et ce soir c'est Mariama, et je me concentre aussi sur la guitare.
20 février 2013, Paris, conférence-débat des démocrates djiboutiens
Les démocrates djiboutiens réunis dans la coalition Union pour le Salut National, se rencontrent quelques jours avant la mascarade électorale des législatives à Djibouti. Plusieurs bases militaires occidentales sont installées dans ce pays, sans contrôle de l'utilisation des loyers, qui sont détournés par le clan du dictateur au pouvoir. La dictature djiboutienne est sur le modèle de celle de Ben Ali en Tunisie, une dictature 'sans soupape'. La surveillance et la répression ne laisse pas la possibilité aux démocrates de s'organiser correctement. Ces élections devraient cependant permettre quelques progrès et monter l'illégitimité du pouvoir. Les états occidentaux profitent du besoin des dictateurs africains de se faire d'autant plus valoir qu'ils ne le méritent pas: la position géographique stratégique du pays suffit donc à assurer le silence. La Chine aussi semble soutenir le régime à lire les communiqués de l'agence de presse Xinhua. En faisant une revue de presse, je constate à quel point peu de monde s'intéresse au sort du peuple djiboutien. Le Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politiques en Afrique a alerté la presse par un communiqué et les député-e-s français-se-s par un courrier d'interpellation, sachant qu'il reste encore beaucoup de chemin à parcourir ici et là-bas.
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mardi 12 février 2013
12 février 2013, Paris, conférence-débat sur Madagascar
Je retrouve l'association GIRAF des étudiants du CEMAF au Centre Mahler pour une nouvelle conférence-débat, intitulée 'Crise politique malgache et échec de la gouvernance des ressources naturelles'. La séance de 2 heures commence par le documentaire « Sable bitumineux : jusqu’au bout de la terre », de
Christopher Walker produit par les amis de la Terre (France,
2012, 29min). Devant une salle pleine, les intervenant-e-s du débat sont, à droite, Hugo Sada, ancien délégué aux Droits de
l’Homme, à la Démocratie et à la Paix de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), médiateur dans le
processus de résolution de la crise malgache, au centre, Vahinala Douguet-Raharinirina, docteur en économie
écologique et des ressources naturelles, impliquée dans le projet
européen EJOLT sur la justice environnementale, coordinatrice du
réseau Kilonga de solidarité avec Madagascar, et, à gauche, Nome Razaranaina, docteur en droit international de l'Université d’Antananarivo. Les 2 grands sujets abordés sont la crise politique entre 2009 et 2013, et les ressources naturelles et l'environnement. Je suis venu surtout pour m'informer de l'évolution politique: les 2 questions sont très liées, la priorité de Madagascar est d'avoir des dirigeant-e-s élu-e-s pour pouvoir reconstruire l'état malgache, et rien ne pourra être correctement envisagé sur l'exploitation des ressources naturelles sans avoir franchi cette étape. Le danger est la mise en place d'une 'démocratie formelle', dont les protagonistes seraient uniquement les personnalités qui ont réussi à récupérer des financements pour leur parti et leur campagne par l'argent des matières premières. Selon Vahinala Douguet-Raharinirina, ces élections auraient dû permettre de fixer des règles de financement des partis, ce qui n'est pas le cas. Nome Razaranaina souhaite que Madagascar suive la voix tracée par le Congo Brazzaville, pays où les Contrats de Production Partagés permettent au pays de gagner 33% du prix du pétrole, en renforçant ses capacités de négociations des contrats d'hydrocarbures, et réclame un transfert de technologies. Hugo Sada explique la situation politique au regard des dernières années. Selon lui, les médiations ne sont pas déroulées correctement, d'abord la médiation des églises qui fût un échec puis, en concurrence, les médiations de l'Union africaine, de la SADC très influencée par l'Afrique du sud, et celle de la francophonie(OIF), représentée par l'ancien premier ministre togolais Edem Kodjo. Selon lui, le principe de subsidiarité qui a donné le pouvoir à la SADC plutôt qu'à l'UA était un 'abus', et la SADC a commencé sa médiation sans aucune compétence, avec des responsables qui ne parlaient 'ni français ni malgache'. Il ajoute enfin qu'il ne se fait 'aucune illusion'. Les élections de 2013 sont pour lui le 'début d'un processus' et elles ne seront 'pas parfaites'. Il regrette le report qui vient d'être annoncé. Hugo Sada n'aura pas le temps pour s'exprimer sereinement, à cause du gardien du centre, qui, ce soir, n'a pas fait honneur à l'éducation nationale en coupant brusquement et sans respect le débat.
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samedi 9 février 2013
9 février 2013, Aubervilliers, Orient de Velours
Cette soirée 'Orient de velours' à l'Espace Fraternité, organisée par l'association Art d'ici et d'ailleurs, est extraordinaire: musique, danse, chant, tout me plait. J'essaye de noter et de retrouver la liste des artistes : Camille Nassim (chant, Liban), Chocolaata (danse, Antilles), Soleil (folklore tunisien),
Cheb
Walid (chant, Algérie), Najat Ghazal (chanteuse d'origine marocaine),
Samira Cherraj (chant, la présidente d'Art d'ici et d'ailleurs), Mayodi (danse, Maroc), Salma
et Hakim (Tunisie, Salma qui fait un cour à Aubervilliers), Zomzom (danseur d'origine marocaine), les élèves du cour de Salma, Jalal Labhairi (chant populaire marocain appelé Chaâbi), et les musiciens d'Art d'ici et d'ailleurs qui font l'exploit d'accompagner tout le monde. Mes photos ne sont pas au niveau du plaisir de ce soir là. C'est que ce
n'est pas simple, il y a la lumière qui manque souvent, et
surtout le souhait de ne pas déranger le déroulement du spectacle, de ne
rien gâter pour tous-tes les autres spectateur-trice-s. Sur la photo, c'est le danseur Mayodi. Il y aussi autre chose qui me réjouit, qui me fait du bien: comme je regarde beaucoup ce qui se passe au Mali, qu'en ce moment la situation est délicate en Tunisie, pendant toute cette soirée, je vois des personnes heureuses, libres, se référant à des traditions tout en étant créatives. Même si je ne comprends pas les chants en arabe, je ressens un message, et c'est peut-être aussi par ce que le spectacle est à une échelle locale, que plusieurs artistes sont de cette ville d'Aubervilliers, que cela donne aussi du sens.
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samedi 2 février 2013
2 février 2013, Aubervilliers, manifestion des malien-ne-s
Ce midi, des malien-ne-s d'Aubervilliers se sont rassemblées devant la mairie, à l'appel de 2 associations locales, La voix du Mali et l’association Kolomba, et avec le soutien de la mairie, alors que François Hollande, Laurent Fabius, Jean-Yves le Drian et Pascal Canfin sont au Mali, à Tombouctou, avec le président malien par intérim Dioncounda Traoré. Le discours est globalement consensuel sur les remerciements pour l'intervention au Nord.
Il y a aussi des divergences sur la position de la diplomatie française sur le MNLA, et l'association 'la Voix du Mali' (nom d'un journal) distribue une pétition qui, met l'accent sur "le danger de "banalisation" et de "légitimation" d'organisations terroristes comme le MNLA", 'après le "couac" de Kidal'.
La député d'Aubervilliers, présidente de la Commission des Affaires Etrangères de l'Assemblée Nationale, Elisabeth Guigou est interrogée par BFM. Elle répète certainement ce qu'elle vient de dire le matin-même sur I>télé sur les solutions politiques qui passent par des élections avant la fin du mois du Juillet, et le développement de ce pays. En désaccord avec une bonne partie des manifestant-e-s d'aubervilliers, elle a avancé sur I>télé, qu' "Il faut qu'un plan d'autonomie pour le Nord du mali soit mis en place parce que c'est demandé depuis très longtemps par les Touaregs en particulier mais pas seulement" en prenant des précautions sur la souveraineté politique pour les autorités maliennes, ce qui n'est pas sans une certaine contradiction.
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dimanche 27 janvier 2013
27 janvier 2013, Paris, festival Bobines Sociales
Les années passent depuis ma dernière participation à la programmation de Bobines Sociales, et maintenant, je ne fais plus que rendre quelques coups de
mains. J'arrive fatigué en raison de mes activités sur l'Afrique. Je suis aussi moins présent pour faire des photos au festival. J'apprécie beaucoup le film ‘Le Thé ou l'électricité’ de Jérôme le
Maire (2012) qui raconte l’arrivée de l’électricité dans un village du Haut Atlas marocain. Je prends aussi quelques images du débat après les films ‘Territoire Perdu’de Pierre-Yves Vandeweerd sur le Sahara
occidental, territoire colonisé par le Maroc, et Ceuta douce prison’ de Jonathan Millet et Loïc H. Rechi sur le trajet de 5
migrants vers l’Europe. Le débat sur le Sahara Occidental permet d'informer sur la vie des populations sahariennes abandonnées de tous les regards, alors que l'état français, qui a toujours ses propres colonies, dont l'île de Maoré/Mayotte, ne dénonce pas la colonisation marocaine.
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jeudi 24 janvier 2013
24 janvier 2013, Ivry : Silence Turquoise
Chaque avancée vers la vérité et la justice sur l'implication française dans le génocide des Tutsis du Rwanda demande un travail considérable tant les résistances sont fortes. Le livre "Silence Turquoise" de Laure de Vulpian et Thierry Prungnaud aide à franchir une étape de plus. L'association Appui Rwanda et la librairie Envie De Lire organisent, à Ivry-sur-Seine, une rencontre avec les 2 auteurs et avec José Kagabo, historien, membre de la Commission Nationale Rwandaise Chargée de Rassembler les Preuves de l’Implication de l’Etat Français dans le Génocide Perpétré au Rwanda en 1994. Laure de Vulpian est journaliste à France Culture, et, Thierry Prungnaud, ancien du GIGN, était sous-officier de l'opération Turquoise dans le Commandement des Opérations Spéciales, et était présent à Bisesero. Dans ce lieu, l'armée sauva un certain nombre de Tutsis après avoir tergiversé et laissé aux mains de génocidaires le plus grand nombre. Il a lui-même désobéit à un ordre pour intervenir. C'est très important pour moi de rencontrer pour la première fois un militaire ayant servi au Rwanda et j'en oublie le froid polaire de ce jour. Il y a quelque chose de très psychologique. Le débat porte beaucoup sur le déroulement des événements à Bisesero, plusieurs personnes expertes du génocide étant dans la salle. Je questionne Thierry Prungnaud sur le fait que les soldats obéissant aux ordres sont mis en cause alors que les responsabilités seraient d'abord à faire porter à l'état-major et aux politiciens : "les militaires d'actives ne parleront pas". Il est plus tard question d'une liste de 50 noms de génocidaires qu'il aurait détruite à la demande d'un général, ce qu'il regrette maintenant. La discussion revient sur l'actualité du moment et le rôle de Paul Barril, puisqu'une perquisition ordonnée par le juge Trévidic fait apparaître sa complicité avec l'état rwandais dans la fourniture de munitions et de mercenaires, ce qui sera confirmé le lendemain, par la publication d'un document exclusif, un contrat d'assistance. José Kagabo insiste sur la fausse version qui a été défendue depuis 19 ans par des personnalités françaises, politiques, journalistiques et universitaires. Laure de Vulpian espère que son livre aidera un juge, elle l'a écrit dans cet objectif. Hubert Védrine intervient toujours sur France Culture comme expert, et elle le croise parfois.
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samedi 12 janvier 2013
12 janvier 2013, Jeunes ChercheurEs en Etudes africaines
Invité par un ami universitaire, je viens faire mon curieux à la première rencontre nationale des Jeunes ChercheurEs en Etudes africaines. Je suis intéressé de voir la discussion entre les thésard-e-s et les 2 universitaires Pierre Boilley et Jean-François Bayard. J'ai constaté sur le programme que les thèses dispersent les jeunes chercheurs sur un grand nombre de sujets pointus, malheureusement dépolitisés et assez éloignés des intérêts des populations africaines, alors, qu'au contraire, les universitaires les plus connu-e-s s'impliquent en faisant des conférences ou en publiant des tribunes, sur le Mali par exemple. Quelqu'un évoque un cadre épistémologique européanocentré. Il est aussi
question de 'l'économie libérale qui met en danger la création et la
liberté scientifique' ou d'un 'savoir-pouvoir, en particulier pour la
gouvernance, créateur d'inégalité sociale' (JF Bayard). Les étudiant-e-s africain-e-s présent-e-s m'ont semblé mettre de côté l'esprit critique supplémentaire qui vient de la connaissance du terrain. Pourtant un sursaut serait nécessaire. Pendant que le monde politique se compromettait en Afrique dans le néocolonialisme, le monde universitaire se ramollissait et trouvait des voies de refuges. Si le monde change, la structure devrait s'adapter et évoluer à tous niveaux, sinon les pesanteurs renvoient au fonctionnement d'un système obsolète. Je ne me sens pas de faire des photos dans la salle, et je me contente à
la sortie du décor somptueux, symbole d'un cadre intellectuel qui ne
peut qu'impressionner les étudiant-e-s.
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samedi 29 décembre 2012
21 décembre, Aubervilliers: Front Populaire ?
On l'a attendu un certain temps, et, il faudra encore attendre un peu pour le métro à la mairie d'Aubervilliers en 2017. En maintenant, c'est la fête! Je découvre dans la joie et la bonne humeur, la navette 512 jusqu'à la nouvelle station puis le nouveau tronçon jusqu'à la porte de la Chapelle. Je gagne peu de temps pour rejoindre le 18e. Il me faudra refaire plein de calculs de temps de trajet. "Front Populaire", c'est joli comme nom. Est-ce que c'est 'populaire' pour qu'Aubervilliers soit plus populaire ou moins populaire ? Au ciné-club de mon lycée, le prof nous avait dit que c'était les gens riches qui aimaient les films de Charlot. Alors ? On nous annonce, pour oublier les difficultés du centre commercial pas très loin de là: du logement neuf en grand nombre, des sièges d'entreprises, une piscine olympique, le grandiose campus Condorcet, et, l'expulsion des rroms à côté...
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mercredi 19 décembre 2012
19 décembre 2012, St-Ouen, Islande Année 0*
Je suis curieux de savoir ce qui s'est passé en Islande depuis la crise financière de 2008. Le film de de Sigurdur Magnusson, et, je suppose, Armande Chollat-Namyh, s'intitule "Islande, année zéro" et la projection-débat est organisée par Cinéma 93. C'est un très beau film, au niveau photographie, d'une grande sensibilité dans les interviews des islandais-es. Iles elles sont désemparée-s devant des changements économiques qu'ils et elles ne maîtrisent pas et qui les accablent. Au-delà des difficultés, face au chômage, aux économies évanouies, n'est-ce pas, plus que la culpabilité, une blessure narcissique qui touche un peuple toujours un peu viking dans l'âme ? Je profite du film et du pot qui suit pour découvrir un nouveau lieu, Commune Image, à Saint-Ouen, lieu, qui, comme le Comptoir Général, appartient à Olivier Laffon.
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mardi 18 décembre 2012
18 décembre 2012, Fête reconnaissance 17 0ctobre 1961..
Ce soir c'est la fête ! ... la fête de la reconnaissance du 17 0ctobre 1961 et de la fraternité franco-algérienne, au Cabaret Sauvage du Parc de la Villette, organisée par Au
nom de la Mémoire et Médiapart. Autant dire que c'est d'abord un
rendez-vous militant, et que le but n'est pas d'encenser François Hollande ! Son geste symbolique de reconnaissance sous forme de communiqué minimaliste de l'Elysée est symboliquement important, mais il reste beaucoup à
faire: donner l'accès à toutes les archives, et reconnaître l'ensemble
des crimes coloniaux en Algérie de 1830 à 1962. C'est Olivier
Lecour-Grandmaison, qui n'est pas là ce soir, qui résume le mieux le
sentiment général dans sa tribune.
François Hollande doit être en Algérie le lendemain, et, c'est le moment de lui
faire passer le message. 800 personnes sont dans la salle. La
mobilisation est toujours là, 51 ans après les faits. La
peur de déplaire à l'armée française et la police française du Parti Socialiste m'impressionne: mais quel est donc le cercle vicieux
qui les tient tous ? Chaque génération qui arrive, qui découvre les institutions dans un état donné, ne peut comprendre les horreurs du passé. Les crimes eux-mêmes mais aussi l'horreur du silence, du déni, l'obstruction de la justice, la répression des victimes, sont inconcevables au présent parce qu'il y a déjà eu des progrès et que ces progrès font considérer comme inadmissible des faits et méthodes qui furent auparavant admis par obligation. La salle écoute avec attention le récit de 50 ans de luttes, de rapport de force. Jusqu'en 1981, Maurice Papon était toujours ministre. Le crime des algérien-ne-s assassinés par la police parisienne le 17 octobre 61 est un crime d'état, contre l'humanité, qui sera reconnu comme tel, imprescriptible, et ne peut conduire un jour ou l'autre qu'à la vérité entière, incluant la vérité sur les actes de ceux et celles qui firent obstruction à la vérité et la justice. Mais qui veut la vérité ?
Les intervenant-e-s se succèdent à la tribune, en
alternance avec les intermèdes musicaux: un groupe de femmes dont je
n'ai pas le nom, Elnour, Idir, Serge Guérin, Frédo des
Ogres de Barback et Akli D, HK et les déserteurs. Le premier panel que
j'entends regroupe Jean-Luc Einaudi et Didier
Daeninckx, entre les 2 modérateurs de la soirée, Mehdi Lalloui et Edwy
Plenel. L'historique du combat est rappelé, il s'est accéléré avec le
travail de Jean-Luc Einaudi, l'historien, et Didier Daeninckx, l'écrivain d'Aubervilliers. Mon voisin raconte l'histoire de
la fille de 15 ans dont le corps a été retrouvé dans le canal St-Denis,
dans une des écluses d'Aubervilliers. Pour moi, c'est essentiel d'écouter ce témoignage, de cet homme que je croise souvent dans la rue, signe du lien étroit entre littérature, écriture et engagement politique, en rapport avec un espace physique. Un autre panel rassemble les
partis politiques: Europe Ecologie les
Verts, et le Parti de Gauche, et des membres du PS très impliqués. Le PS
apparaît très
divisé sur le colonialisme et le néocolonialisme: en silence,
réformateurs et conservateurs continuent de s'affronter, et le rôle des
associations et militant-e-s est sans doute de faire bouger la frontière
pour essayer de faire basculer le parti dans la modernité et le respect des droits humains.
Parmi les discours, je remarque celui très
offensif de la seule femme qui intervienne, au nom d'une association pour
les femmes en Algérie. Elle dénonce le code de la famille, qui fait des
femmes algériennes des "mineures", l'instrumentalisation de l'islam pour
des visées politiques, les autocrates, les intégristes "modérés" qui
appliqueraient "modérément" les mêmes discriminations, et pourraient
ainsi être bien vus à l'étranger.
Idir est là aussi. C'est extrêmement beau. Quand il lève les bras, c'est juste pour les youyous.
A la fin, HK et les déserteurs commencent par la chanson de Boris Vian, et enchaînent ensuite des classiques de la chanson française, pour finir sur le très fameux "On lâche rien" dont je ne me lasse jamais.
lundi 17 décembre 2012
17 décembre 2012, Aubervilliers, concept et expérience
Je viens dire au revoir à Luca pour sa dernière d'Illegal Cinéma, aux Laboratoires. Il passe ce soir du statut d'animateur à celui de 'programmeur' bénévole et a choisi 4 courts-métrage autour du thème de la conversation. L'expérience autour du concept connaît ainsi un nouvel essai, et dans cette itération, un acteur structurant de l'expérience a bougé. Comme chaque fois, le débat est un peu "sur le fil", et encore un peu plus ce soir, car, le thème de la conversation pourrait permettre une mise en abime du concept de ce rendez-vous régulier. Que cherchons nous en venant voir ces films et en nous mettant en cercle pour discuter ensuite ? sommes-nous en recherche du thème qui réunit les films ? ou qui nous réunit? de la raison qui fonde le thème? de la justification d'être là ? ou sommes-nous là juste pour être là ? et converser ? quelle règles de conversation appliquons-nous? quelle légitimité a la parole de l'individu dans le groupe? qu'est-ce qui relie l'espace et le temps dans cette expérience ? et en général? Le débat en reste aux films, sans méta-discours. Moi-même, je me tais jusqu'au bout, et j'observe. La lumière blanche des projecteurs de la salle de spectacle, se pose sur les vêtements, les peaux, les cheveux, et fait ressortir les individualités apparentes. Bonne nouvelle! l'expérience continuera en 2013 avec quelques modifications dans les règles, une fois tous les 15 jours au lieu d'une fois par semaine, et pour le lieu, en alternance entre la salle aux rideaux noirs et d'autres lieux.
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jeudi 13 décembre 2012
13 décembre 2012, colloque CPI et génocide du Rwanda
J'arrive à l'Ecole Normale Supérieure, rue d'Ulm, pendant le débat de la 3e table ronde du colloque "Cour Pénale Internationale 2002-2012 : regards sur ces dix premières années", et je suis surtout intéressé par la 4e table ronde, "Le principe de complémentarité – quel rôle pour la France ?" avec,
de gauche à droite sur la photo, Délou Bouvier,
magistrat, Syndicat de la magistrature - qui s'ajoute au panel en raison de l'absence de Jean-Pierre Sueur, le Président de la Commission des lois du Sénat -, Patrick Baudouin, coordinateur du groupe d’action judiciaire et président d’honneur de la FIDH, Aurélia Devos, Vice Procureur près le Tribunal de Grande Instance de Paris, Pôle crimes contre l’humanité, crimes et délits de guerre, Christopher Hall, Senior legal adviser d’Amnesty International. La conférence quitte la question de la CPI pour aborder plus globalement la justice internationale et l'état français. Le bilan est globalement négatif, selon la FIDH, Amnesty et le Syndicat de la Magistrature, surtout en raison de la loi d'application du statut de Rome de 2010, qui définit les règles de fonctionnement de la CPI : une loi "scélérate", selon le président d'honneur de la FIDH, votée après 8 années de tergiversation et dont les 4 verrous doivent être enlevés. Le nouveau parlement et le sénat ne devraient pas tarder à le faire, suite à la proposition de loi de Jean-Pierre Sueur. Aurélia Devos, venue pour parler du nouveau pôle du TGI de Paris créé le 1er janvier 2012, est extrêmement intéressante. Selon elle, "la justice devient générale et préventive, après avoir été réactionnelle". Il y a un mouvement européen lié à l'Union Européenne. Le statut de Rome crée de nouvelles incriminations, par exemple, la "responsabilité du supérieur hiérarchique" avec une "complicité par abstention", qui "trouble les pénalistes". Le pôle du TGI traitera très peu de dossiers, 30 actuellement, par rapport aux autres pôles, mais le droit international est très complexe et demande une spécialisation. Les enjeux politiques pèsent, parfois avec des "instrumentalisation". Le pôle est confronté à des questions spécifiques: faut-il "lutter contre l'impunité?" viser "des réparations ? des réconciliations ? la paix ? écrire l'histoire? parler de sociologie et politique ?". L'enjeu est celui de la "création d'une politique pénale". Le pôle du TGI connait "une naissance à risque" et doit "être légitime". Patrick Baudouin venait de signaler que la création du pôle permettrait peut-être de débloquer les plaintes concernant le génocide du Rwanda qui attendent depuis 17 ans. Celui-ci évoque aussi ensuite l'affaire du Beach du Congo Brazzaville victime du parquet. Pendant le débat, une ancienne conseillère de Bernard Kouchner, précise que c'est l'ancien ministre des affaires étrangères, qui a décidé de la création de ce pôle en pensant aux affaires du Rwanda. La question des immunités de présidents et ministres est abordée et des décisions de la Cour de cassation sont attendues.
La conclusion du colloque organisé par la Coalition Française pour la CPI est laissée à Robert Badinter, ancien président du Conseil constitutionnel de Mars 1986 à Mars 1995. Celui-ci avait lui-même rédigé une proposition de loi pour le statut de Rome de la CPI qui a pu, cette année, être reprise par M.Sueur. Il relativise le mauvais bilan français en soulignant les progrès en remontant dans le temps. Pour lui, la CPI est "une révolution face à la souveraineté des états". Il cite aussi comme points positifs, les Tribunaux Pénaux Internationaux pour la Yougoslovie et le Rwanda, que François Mitterrand aurait aidé à créer parce qu'il "voulait une compensation" suite à la "non-intervention dans les conflits". Il insiste sur la place prédominante de juristes français dans le processus de création du TPIY. Ainsi, la France ne serait pas le plus mauvais des pays. Je me demande pourquoi Robert Badinter prend le risque de prendre comme exemple le rôle de Mitterrand sur la Yougoslavie et le Rwanda, puisque Mitterrand est désigné par un certain nombre d'experts et d'associations comme très impliqué dans le génocide du Rwanda. On ne peut pas ne pas envisager l'hypothèse d'une volonté de contrôler le domaine d'application de la justice. Le TPIR n'a justement pas eu dans ses fonctions d'instruire sur les responsabilités françaises. Au-delà, est-ce que Robert Badinter n'essayait pas d'envoyer un message crypté aux juges du pôle du TGI en charge des plaintes sur le Rwanda ? Il aurait fallu poser la question au vieil homme, mais ce n'est après tout que la conclusion du colloque, et, pendant les applaudissements, je quitte la salle, déjà un peu en retard à ma réunion de la soirée. En 1988, Elisaleth et Robert Badinter, avait écrit une biographie de Condorcet que j'avais lu avec passion. La construction de la justice internationale me rappelle la philosophie de l'"Esquisse d'un Tableau historique des progrès de l'esprit humain" écrit pendant la révolution française, alors que Condorcet savait qu'il avait peu de chance d'échapper à la mort. Quoi qu'on entende ou voit, il faut mieux rester optimiste.
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mercredi 12 décembre 2012
12 décembre, Paris, Hate Radio sur génocide du Rwanda
La pièce "Hate radio" de l'Institut International du Crime
Politique et du metteur en scène Milo Rau est jouée au Théâtre-Villette du au 18 décembre. J'ai déjà vu plusieurs pièces sur le génocide des Tutsi du Rwanda. Celle-ci m'a vraiment impressionné, par sa manière de faire ressortir l'horreur du mental génocidaire. Nous assistons à une émission de la Radio des Milles Collines (RTLM), qui a été le principal media du génocide, et nous revivons 3 mois au travers de cette émission. Les acteur-trices-s jouent les rôles de 3 animateur-trice-s qui ont réellement existé: Georges Ruggiu, Valérie Bemeriki, et Habimana Kantano. Leurs interprétations sont impressionnantes. L'effroi vient de la capacité de ces acteur-trice-s à alterner deux registres, mélangeant sans discontinuer la folie de "psychopathes" et des détails du quotidien totalement banals. Je sors de la pièce un peu sidéré, je pense au livre des premiers témoignages, "Death, despair and defiance' d'African Rights, qui était sorti en septembre 1994, et dont j'avais lu presque 400 des 1200 pages pour chercher des traces des actions françaises, et je parle à l'un des acteurs, Diogène Ntarindwa, puis me calme en parlant des livres sur le génocide. La question de la RTLM avait aussi été évoquée par Raoul Peck dans "Sometimes in April". Chaque soir une conférence-débat est organisée, et ce soir, sont présent-e-s, de gauche à droite,
Milau Rau, l'un des acteurs, Stéphane Audoin-Rouzeau : Historien,
directeur de recherche à l'école des Hautes
Etudes en Sciences Sociales, et Assumpta Mugiraneza, Directrice du Centre IRIBA pour le Patrimoine Multimédia, Rwanda. Le débat reste beaucoup sur la pièce puis s'oriente sur des questions psychologiques, sociologiques. Ce soir, il n'est pas question de l'implication française dans le génocide, si ce n'est discrètement sur la table de presse de Survie Paris. La pièce y faisait bien sûr allusion pour sensibiliser un peu plus les spectateur-trice-s aux responsabilités des politiques et militaires.
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mardi 11 décembre 2012
11 décembre 2012, Pantin, colloque sur le Mali
Le matin, je trouve dans les actualités du jour le renversement du gouvernement malien par le putschiste Sanogo, et cette nouvelle me motive à m'informer une fois de plus sur le Mali. Le colloque organisé par la Fondation Gabriel Péri du PCF s'intitule 'Les processus de militarisation en zone sahélo-saharienne', et fait partie du cycle de conférences sur l’espace sahélo-saharien. La première partie sur l’intervention de l’Union européenne, de la
France et des Etats-Unis dans la région, est abordée par Bérangère Rouppert, du Groupe de recherche et d’information
sur la paix et la sécurité (GRIP) de Bruxelles, Antonin Tisseron,
chercheur associé à l’Institut Thomas More, et Jacques Fath, responsable du secteur international du PCF. Laurent Bigot,
sous-directeur pour l’Afrique de l’ouest au Ministère des Affaires
étrangères, connu pour son franc-parler et que j'espérais entendre, n'est pas présent. La 2e partie a pour titre : 'L’architecture africaine de paix et de
sécurité est-elle en capacité de gérer les conflits au Sahel ? Comment
évoluer vers des armées nationales républicaines articulées à un pouvoir
politique légitime ?' avec Oumar Keita, historien à l'EHESS, Ali Sanou,
secrétaire général du Mouvement Burkinabè des Droits de l’Homme et des Peuples (MBDHP), Kissima Gakou, conseiller au Ministère de la Défense du Mali, et Amandine Gnanguênon, chargée d’étude sur l’Afrique à l’Institut de recherche Stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM). Ce colloque est très intéressant parce que s'y expriment des points de vues contradictoires, parfois opposés. Il est difficile de résumer un contenu complexe et plein de nuances. Entre autres, Jacques Fath insiste sur la nécessité d'éviter d'aller vers la guerre, en faisant preuve de créativité politique pour définir une nouvelle politique avec l'Afrique, en en finissant avec la Françafrique. J'apprécie beaucoup l'intervention d'Ali Sanou qui insiste sur l'obligation d'aller vers la démocratie en Afrique pour résoudre les conflits en allant vers des armées "républicaines" respectant l'état de droit. Cela paraît évident, mais dans le contexte hypocrite qui prévaut sur les dictatures, il est rare de parler franchement de réformer les armées africaines. Je suis très surpris par l'intervention d'Amandine Gnanguênon, qui parle en son nom et non au nom du Ministère de la Défense dont dépend son institut, parce que son analyse est originale et franche. J'ai du mal à prendre des notes, car trop d'idées s'accumulent en très peu de temps. Je retiens une idée forte que je retrouve, ensuite, sur le net. Elle a repris un argument déjà exprimé en 2011 à propos du cas de la Côte
d'Ivoire pour pour l'appliquer au Mali, et je lis l'équivalent dans l'introduction de la revue Dynamiques Internationales de Mai 2011: "Au-delà de cet exemple ivoirien, il nous
semble que transparaît là une des incohérences liées à la volonté «
d’africaniser » la gestion des conflits. Nous assistons en effet à l’opposition
de deux discours dont l’un repose sur une obligation de moyens et l’autre sur
une obligation de résultats. En d’autres termes, dans la mesure où les acteurs
les plus légitimes, en l’occurrence les Etats africains, ne disposent pas des
capacités nécessaires (logistiques, financiers), ils restent soumis à
l’obtention de ces moyens pour intervenir. A l’inverse, pour les acteurs dotés
de ces mêmes capacités, l’enjeu est de parvenir à compenser un manque de
légitimité par l’emphase portée sur la légalité de l’intervention.
L’utilisation de moyens militaires à des fins humanitaires suivant une logique
assez sélective contribue au final à politiser le débat légalité/légitimité. Il
n’est donc pas évident pour la France de concilier le respect de la
souveraineté et de l’indépendance des Etats, tout en étant fidèle à un discours
sur le développement des populations."
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dimanche 9 décembre 2012
9 décembre 2012, Paris, Elections au Togo et en Guinée Conakry
J'organise avec l'Observatoire des Médias pour la Démocratie et la Bonne Gouvernance (du Togo), la conférence-débat 'Elections en Afrique de l’Ouest : cas du Togo et de la Guinée Conakry'. Ces 2 pays très différents, par leur histoire et par la nature des régimes au pouvoir, se rejoignent actuellement dans la difficulté pour les oppositions d'obtenir l'organisation d'élections législatives correctes et transparentes. La Guinée essaye de terminer une transition démocratique qui piétine sous la présidence d'Alpha Condé, et le Togo cherche à en finir avec la dictature 'à bout de souffle' de Faure Gnassingbé. Dans les deux cas, la formation d'un parlement qui corresponde vraiment aux volontés des électeur-trice-s permettrait de sortir de l'impasse et de mettre la priorité sur les institutions démocratiques. Les intervenant-e-s sont, de gauche à droite, Agbéyomé Kodjo,
président de l’Organisation pour Batir dans l’Union un Togo
Solidaire (OBUTS, Togo), Hasatou Baldé,
juriste, sur les élections législatives en préparation en Guinée
Conakry, et Cyril Kudjawu, président
de l’Alliance Nationale pour le Changement Ile-de-France (ANC-IDF, Togo). Je modère cette conférence-débat qui se passe dans la grande salle de l'AGECA. Le public est essentiellement togolais, mais les questions portent aussi sur la Guinée. L'évocation des 2 pays permet d'élever le débat sur des propos plus généraux concernant la démocratie en Afrique. Nous entrons également dans le détail en ce qui concerne les processus électoraux et le rapport de force auxquels ils correspondent. En Guinée, pays dans lequel l'état de droit peine à se mettre en place, des efforts sont nécessaires dans le contrôle et l'organisation au niveau de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante), au niveau du fichier électoral. Au Togo des réformes institutionnelles plus importantes s'imposent. Entre autres, pour les législatives, un redécoupage des circonscriptions est indispensable. Les membres du Collectif Sauvons le Togo que sont ANC et OBUT sont d'accord pour l'essentiel mais ont quelques divergences sur des modalités de dialogue avec le pouvoir ou sur des points de leur stratégie. L'ancien premier ministre Agbéyomé Kodjo termine son exposé sur la nécessité de passer par une Assemblée Constituante et la rédaction d'une nouvelle constitution (ajout du 25.12.12 : voir la vidéo de l'intervention d'Agbéyomé Kodjo). L'ANC insiste sur d'autres points dont, parmi les préalables pour aller aux élections, la fin de l'impunité des criminels impliqués dans les tortures. La
question de la qualité de l'opposition et de son comportement suite à une
alternance politique après la fin d'un régime dictatorial est aussi abordée. Le débat se termine sur le rôle de l'Union Européenne, de l'état français, et sur la Françafrique. Même si les guinéen-ne-s et togolai-se-s sont maître-sse-s de leurs destins, la Communauté Internationale est une nouvelle fois appelée à ses responsabilités, pour bien prendre en compte l'importance des enjeux et les risques.
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vendredi 7 décembre 2012
7 décembre, Paris 14, inauguration de la Maison des Thermopyles
La pension de famille Maison des Thermopyles a ouvert en juin dernier. Ce fût un long parcours de 10 ans, pour l'association dont je fais partie, pour y arriver et pour faire construire ce lieu. Une vingtaine d'habitant-e-s, qui ont connu de très grandes difficultés pour le logement, partage donc cet habitat collectif, animé et géré pas 2 salarié-e-s et l'association. La crémaillère, inauguration pour le quartier, avant l'inauguration officielle, permet la rencontre entre ces habitant-e-s et les nombreux-se-s ami-e-s de la maison, qui ont soutenu ce projet de quartier. Je retrouve donc plein de personnes actives dans les associations et que j'ai connu dans le quartier Thermopyles-Plaisance entre 2000 et 2005, et les ami-e-s de la Fondation Abbé Pierre. Autour d'un repas sous forme d'auberge espagnole, tout le monde fait connaissance, avant de laisser les habitant-e-s retrouver le calme, la soirée continuant autour du match de foot. Celui-ci remplace sur la télévision, le diapo-vidéo-rama des 10 ans d'histoire de l'association. Pour le photographe que je suis, c'est aussi la première occasion de sortir l'appareil, en gardant à l'esprit l'équilibre à conserver entre vie privée et regard associatif extérieur. Ce projet de pension de famille a pour particularité d'être très lié au quartier, mais rien ne se fera "sans patience et longueur de temps".
mardi 4 décembre 2012
4 décembre 2012, Paris, liberté de la presse en Afrique
L'Observatoire des Médias pour la Démocratie et la Bonne Gouvernance vient d'ouvrir au Togo, quelques mois avant les législatives, étape importante pour aller vers la fin de la dictature togolaise. Cet observatoire a vocation à travailler sur l'Afrique de l'Ouest francophone. J'ai organisé cette projection-débat avec les étudiant-e-s de l'association GIRAF du Centre d'études des mondes africains (CEMAF) à Paris I. Le documentaire "Borry Bana, le destin fatal de Norbert Zongo", de Luc Damiba et Abdoulaye Ménès Diallo, sur l'assassinat de Norbert Zongo en 1998 au Burkina Faso, permet de rentrer très vite dans le débat. Le lien entre politique et journalisme, face aux régimes dictatoriaux qui ne supportent aucune transparence, y apparaît. Le journaliste sérieux ne peut éviter de s'engager. Actuellement, la situation est très variable selon les pays, et les assassinats ne continuent que dans quelques pays comme la Somalie, le Congo Kinshasa, en cas de guerre, et dans quelques autres dictatures comme le Congo Brazzaville (Bruno Ossébi en 2009) et peut-être le Cameroun. Dans d'autres pays sans état de droit et sans démocratie véritable, cela est maintenant moins violent. Max Savi Carmel, secrétaire général de l'OMDG informe sur la situation au Togo en prenant l'exemple du journal Tribune d'Afrique, dont il est directeur de publication, qui est actuellement interdit au Togo et dont le site internet est victime de la censure. Certes, la dépénalisation des délits de presse a permis de limiter la répression et les emprisonnements, mais la censure prend de nouvelles formes, comme des attaques juridiques infondées, suivies d'amendes, ou la censure sur internet. Le président d'Internet Sans Frontières, Archippe Yepmou, après avoir évoqué la situation au Cameroun, nous précise l'importance d'internet. Ziad Maalouf, de l'atelier des médias sur RFI, parle de la créativité des bloggeur-se-s, qui essayent de s'organiser en créant des communautés comme Mondoblog. La qualité du travail des journalistes, la formation sont évoquées. Pendant le débat, est aussi abordé la question essentielle du financement de la presse.
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samedi 1 décembre 2012
1er décembre 2012, Montreuil, le Tchad après Déby ?
Pendant qu'Ayrault et Valls se plantent sur l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, Hollande et Fabius se plantent sur les dictatures en Afrique. L'incompétence et la médiocrité sur la politique africaine font écho à la médiocrité et à l'incompétence sur l'écologie. Sous prétexte d'avancer sur la résolution de la guerre au Mali, François Hollande se permet de recevoir, en douce, le pire dictateur des ex-colonies françaises en Afrique, Idriss Déby. En quoi une armée qui maintient dans la terreur sa population peut-elle être impliquée pour sauver la population dans un autre pays qui aspire à revenir à la démocratie et à la paix ? Mais quel est donc ce 'deux poids deux mesures' si ce n'est celui de la la Françafrique, avec une espèce d'aveu d'incompétence en plus. Il ne suffit pas d'aller à Kinshasa montrer un peu d'indignation face à un autre dictateur plus connu internationalement, pour se permettre ensuite de faire exactement l'inverse, et d'envoyer un signal contradictoire aux démocrates et aux populations africaines, signifiant le retour du mépris pour la démocratie et les droits humains. Depuis qu'a commencé le conflit malien, le flirt va bon train avec le régime tchadien, sans aucun effort pour exiger plus de démocratie, de droits humains, ou moins de corruption. Pour l'instant, le conflit malien a servi d'excuse pour s'assoir sur la définition d'une nouvelle politique de soutien à la démocratie en Afrique. Je doute fort que quelques menus reproches mercredi à 15h puissent y changer quelque chose, car l'Elysee semble se plier honteusement à la logique de l'armée française, installée à N’Djamena à observer les crimes. Ce samedi, le Conseil National pour le Changement et la
Démocratie (CNCD), optimiste, organisait une journée de débat «le Tchad de l’après Idriss Déby Itno: enjeux et défis». De nombreux intervenants y ont informé les tchadien-ne-s, et j'ai particulièrement apprécié l'intervention de Thierry Vircoulon, d'International Crisis Group, qui a parlé de l'ONU, du maintien de la paix et des gestions de crises. En même temps, le parti Rassemblement National Républicain (R.N.R) manifestait à la Porte d'Orléans. Cependant, l'opposition tchadienne démocrate reste très impuissante et démunie, face à un régime militaire toujours soutenu de l'étranger, qui écrase toujours autant toute opposition. C'est un cercle vicieux : si l'occident attend une alternative au niveau dirigeant pour commencer à soutenir la démocratie dans un pays comme le Tchad, celle-ci ne pourra jamais arriver. Seule consolation de la semaine : rire de l'UMP qui teste les élections fraudées à l'Africaine! C'est vraiment bien fait pour eux-elles! Et Fillon n'avait pas qu'à aller soutenir Paul Biya, en 2009, juste après les massacres de 2008, ce grand spécialiste des élections truquées. Entre démocratie et dictature, il faut choisir !
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dimanche 25 novembre 2012
25 novembre 2012, Bobigny, Yves Boisset
J'ai beau m'intéresser au cinéma, surtout engagé, je ne connaissais pas encore Yves Boisset. La magie du cinéma, c'est aussi la possibilité de faire toujours de nouvelles découvertes. Son film "Le juge Fayard dit le Shériff" est inspiré de faits réels et de l'assassinat du juge Renaud en 1975. Patrick Dewaere y est fantastique, comment ne pas confondre l'acteur et son personnage, quand lui-même se/le confond. L'événement prend place dans les Rencontres cinématographiques de la Seine-Saint-Denis (entretien avec Yves Boisset), au Magique Cinéma de Bobigny. Je suis heureux d'apprendre qu'Yves Boisset souhaite faire une fiction sur la Françafrique. Dans les années 80, déjà, il avait essayé de tourner un film sur la Centrafrique, le Tchad, et l'état français dirigé par Mitterrand l'en a correctement empêché en le harcelant longtemps et en lui mettant toutes sortes de bâtons dans les roues. Avec l'affaire du juge Renaud, il s'était attaqué à des secrets d'état, ce qui lui avait valu de devoir jouer avec la censure politique. L'anecdote sur le SAC, le Service d'action civique, la milice patronale anti-gréviste, dont les relations avec la pègre sont dénoncées dans le film, est croustillante. Il a fallu sur les bobines enlever toutes références au SAC dans le son et l'image. Ca faisait "bip" à la place et les gens dans les salles de cinéma hurlaient contre le SAC à chaque "bip".
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samedi 24 novembre 2012
24 novembre 2012, Nanterre, les populations et l’uranium d'Aréva
Je quitte le musée Dapper avant la fin du débat pour me rendre à Nanterre. La projection-débat organisée par Survie Paris à l'Agora, "Les populations face à l’extraction de l’uranium" (par Aréva), est une nouvelle occasion d'écouter Marc Ona, le célèbre opposant à la dictature gabonaise, de Publiez-ce-que-vous-payez et Cà suffit comme cà ! toujours aussi brillant. Je rencontre aussi, Ramatou Solli, du Groupe de réflexion et d’action sur les industries extractives au Niger. La fin du débat met en évidence que les institutions démocratiques permettent d'avancer sur l'ensemble des questions, financières, écologiques, sanitaires, liés à l'extraction de l'Uranium, même si cela reste actuellement difficile, au Niger, alors qu'avec la bonne vieille dictature gabonaise... c'est loin d'être le cas. Faudrait-il dire, selon le proverbe togolais, "Avant de soigner les poules, il faut chasser le renard", certainement pas! Sans doute que seul le combat pour des institutions démocratiques permet vraiment d'avancer pour la justice face aux multinationales. Au Gabon, les différents fronts occupent les opposants comme Marc Ona.
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24 novembre 2012, Paris, les dessous de la corruption en Afrique ?
Je viens pour la première fois au Musée Dapper dans le 16e à Paris pour voir le film de Sylvestre Amoussou, "Un pas en avant, les dessous de la corruption" (2011). Je trouve ce film très bon, j'apprécie de voir une présentation très actuelle du Bénin, avec une mise en cause radicale des dirigeants. Le scénario, la mise en scène, le jeu des acteur-trice-s sont excellent-e-s. Le réalisateur béninois, acteur principal, est là pour débattre, après le film. Comme il parle de la corruption en Afrique sans distinction de pays, je lui demande, sans me présenter comme journaliste spécialiste de la démocratisation en Afrique, assez bien informé de la situation au Bénin, s'il fait une différence entre la corruption dans les dictatures et la corruption dans les démocraties. Le Bénin, pays où a été tourné le film, sans que cela ne soit affiché, est l'un des seuls pays francophones où la démocratie fonctionne à peu près en Afrique de l'Ouest, avec le Sénégal, cependant, la démocratie s'y dégrade actuellement comme le montre, entre autres, la récente affaire du soit-disant empoisonnement du président. A ma grande surprise, il me répond que la corruption est partout pareille et ne dit rien de plus, voulant clore au plus vite sur ce sujet. Pourtant, je viens de voir un film qui ne parle pas que de la corruption, mais qui parle aussi de l'état de droit et de la justice, et indirectement de qualité des institutions et de démocratie. Le film insiste sur l'importance de voter en plus. Après tout, c'est du cinéma, plein de coups de feux, de sang, d'exagérations par rapport à ce qui pourrait se passer dans la réalité, heureusement ! Mais, je suis très étonné que le réalisateur soit en retrait par rapport à son scénario. Cela me rappelle la réalisatrice du documentaire "Une affaire de nègres", Oswalde Lewat, qui rechignait à dénoncer clairement la dictature camerounaise, alors que c'était tout l'objet de son excellent film. A ma plus grande surprise encore, il y a des applaudissements dans la salle suite à la réponse simplificatrice de la corruption qui serait partout pareille. Un peu perturbé, je me rassure en me disant que ce doit encore être, en ce qui concerne le public, des relents d'inconscient colonial et raciste, la fameuse croyance, que l' "Afrique n'est pas mûre pour la démocratie" (Chirac, 1990), et qu'il ne faut pas en parler... Mais certainement, je me trompe, victime de mon propre ego. Ce qui me semble plus sûr, c'est que le public est, pour l'essentiel, comme presque toujours, un public qui vient pour s'amuser ou juste s'informer sans penser qu'il peut agir. Il ne faut pas, comme dirait Sankara se repentant dans son cercueil, demander de franchir trop d'étapes trop vite, d'abord commencer par sensibiliser, et, pour la suite, on verra plus tard.
jeudi 22 novembre 2012
22 novembre 2012, Aubervilliers, Solidarité internationale
La mairie d'Aubervilliers organise ce soir un Conseil Municipal Extraordinaire, c'est-à-dire ouvert aux habitant-e-s, sur les Actions et Relations internationales d’Aubervilliers à l’Espace Fraternité. Je passe une très bonne soirée, pendant laquelle j'apprends énormément de choses sur les actions de ma ville, les jumelages, les actions divers et variées. C'est très bien organisé avec plein de vidéos qui illustrent les propos, même si les aspects publicitaires sont un peu pénibles. Je retiens surtout le travail très solide fait à Boully en Mauritanie. Par ailleurs, la quasi-totalité des élu-e-s et de la salle est déterminée à s'engager pour la Palestine. Les gens sont choqués par les événements actuels et il est beaucoup question du fait que François Hollande doit voter le 29 novembre pour l'intégration de la Palestine dans l'ONU. Il est aussi question de l'Algérie, des USA, des espoirs d'échanges commerciaux avec la Chine. Dans une des vidéos, on entend Marzouki le futur président tunisien, venu à Aubervilliers, qui prévenait de l'erreur stratégique des puissances occidentales qui voulaient soutenir les dictatures en fin de vie pour lutter contre l'islam politique intégriste. Le président de groupe PS parle des efforts pour rencontrer les migrants tunisiens pour les aider au niveau social et sanitaire. Le débat final permet aux jeunes de demander un effort à la ville pour renforcer les projets de Solidarité Internationale des jeunes sur le long terme. A un autre niveau, la députée Elisabeth Guigou a la gentillesse de résumer les travaux de la commission des Affaires Étrangères de l'Assemblée Nationale, qu'elle dirige. Deux groupes de travail permanents ont été constitués sur le Sahel et sur la Syrie. Des missions sont mises en place regroupant chacune quelques député-e-s: sur l'Algérie, les révolutions arabes et les questions de sociétés - selon elle "le Maroc est un pays en bonne voix", et pour l'Afrique subsaharienne, la francophonie et les pays émergents anglophones. Je comprends que l'accent sur les pays anglophones semble être pour les intérêts commerciaux. En ce qui concerne l'intérêt des peuples, seule, l'Afrique du Nord est considérée, et je reconnais là une constante socialiste depuis 2011. Je ne participe pas au débat ce soir, pour évoquer la démocratie en Afrique subsaharienne, étant un peu enrhumé et fatigué. Un peu dans le même sens, plusieurs congolais de RDC lui reprochent de ne pas avoir parlé de la guerre actuelle au Kivu. Elisabeth Guigou pense que François Hollande suivra son engagement pour le vote pour la Palestine à l'ONU, et précise, à ce sujet, qu'une partie de la diplomatie reste toujours un peu secrète.
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